Extinction

Un geôlier légendaire, un ambassadeur, un dieu ancestral et quelques démons blagueurs.

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, avec suppléments de ses compagnons d’infortune, 979 A.L.,

Sommaire

1) Li Fu, le fourbe
2) Le tatoueur séculaire
3) Blowing in the wind
4) Les turpitudes du club Med
5) Un nouvel espoir
6) Paroles, paroles, paroles…
7) Au nom de tout ce qui est chair à nos yeux
8) Adinseth, la rencontre d’un dieu plusieurs fois millénaire
9) Adieux déchirants

Li Fu, le fourbe

Soon et moi cherchons nos compagnons. Pélor m’a laissé son beau bâton de marche, un bâton de bois luisant au bout duquel est fixé un soleil peint. L’ensemble est assez lourd et plutôt grand, la chose fait une bonne tête de plus que moi.
Ils ne semblent pas être à Rose-des-Sables… On nous indique la tente de Yoji, que nous allons consulter paisiblement. Ce dernier nous accueille avec une grande surprise, peu confiant que nous puissions arriver vivant de là où nous étions, ce qui renforce deux hypothèses : tout d’abord que le carafon est passé par ici (sans quoi il n’aurait pas su où nous nous trouvions), et d’autre part que même ses fidèles savent pertinemment que Pélor est d’une rigidité cadavérique. Il observe avec attention mon long bâton luisant, et je ne parviens pas à distinguer de jalousie dans son esprit. Peut-être un peu de surprise ? Ça, oui. De la surprise. Le vieil homme nous confirme alors que nos amis lui ont rendu visite et on disparu en buvant dans leurs verres. Discrets, les zouaves ! Je nous prépare le thé, puis nous prenons congé de lui. Soon s’assied contre un palmier pendant que je dégaine mon godet. Cul sec !
Chez Li Fu, la fête ne bat pas son plein. Je rencontre le bon vieil illithid qui m’invite à m’asseoir à une table avant de remonter dans « son bureau ». Fort bien ! J’y rencontre une portion de la compagnie du carafon, à savoir Elentar, Sierra, Fiiling ; tandis que Huclock bosse dans les labos de Li Fu et que Krasus est l’ambassadeur du plan matériel dans une assemblée visant à déterminer la violence de l’attaque des plans élémentaires sur le plan matériel. Je sursaute, déglutis, bois, transpire, ouvre de grands yeux ébahis, déglutis, ouvre de grands yeux effrayés, bois et ouvre de grands yeux amusés. Krasus, ambassadeur du plan matériel ? Je dois voir ça ! Mais pas si vite, nous avons un problème. Li Fu, alias Walter, alias Werelneck-Bar nous a….. Emprisonné ici, dans sa taverne intraplanaire ! Le fourbe, le sac ! Je ne me sens pas bien, quelque chose hurle dans ma poitrine. L’infect, il ose ?! J’apprends de mes camarades qu’il ne nous autorisera à repartir que lorsqu’il sera sûr que nous ne révélerons son secret à personne. Et il veut me faire promettre des trucs ?! Je fulmine !

Le tatoueur séculaire

Mais Huclock revient, fort de ses recherches, et a trouvé un moyen de nous coller un verrou mental, et qu’il lui faut un cobaye. Parfait, je me porte volontaire. Il précise que ce sera long et douloureux, je me porte volontaire. Il précise qu’il n’est pas sûr du résultat, je me porte volontaire. En avant pour une séance de tatouages. Entretemps, des nouvelles de Krasus, et des clarifications sur cette histoire : l’assemblée est tenue par des rebelles des plans élémentaires qui souhaitent saboter les inéluctables attaques de leurs coreligionnaires sur le plan matériel. Malheureusement, l’ambassadeur de nos miches réunies est porté disparu, et nous avons deux jours pour le retrouver… Sans quoi nous n’aurions pas notre mot à dire. Le mec en question est un certain Med, d’Aijun. Un dirigeant d’un grand empire du coin. Le bon roi Léo a au préalable été convié, mais n’a pas voulu venir. Il doit avoir autre chose en tête que le plan matériel ; il a bien raison de laisser ça aux professionnels.
Mon intérêt pour cette mission est moindre : je souhaite avant tout me barrer d’ici. Je m’isole avec Huklock, non sans avoir grogné sur Li Fu qui nous prête quand même un local. Il prend de bien prophétiques précautions, cet ancestral mage légendaire, après nous avoir expliqué que la magie des runes était bien trop instable et dangereuse pour qu’il ait envie de regarder de plus près. Fourbe, mais pas sot ! Tant pis pour lui, la bise de la liberté me chatouille déjà les moustaches. Huclock marmonne en gribouillant sur un morceau de parchemin qu’il me tend : le motif du tatouage sera hideux, mais il ne devrait pas me dévisager. Allez, le lézard, à l’œuvre ! Les deux heures d’après, qu’Huclock aura passé à me labourer le dos de ses griffes pendant que je vomissais sur le sol, se montrent particulièrement désagréables. Surtout lorsque, alors que je poussai un râle de douleur quand la griffe du graveur effleura un nerf un peu trop curieux, Huclock dérapa et balafra mon dos d’une gouttière profonde et nette. Il réfléchit quelques instants, puis reprit son travail.
Alors qu’Huclock s’essuie les pinceaux, je me redresse, et mon dos irradie d’une chaude lueur violette. Le mage écailleux teste son tatouage par de fines questions ciblées, et semble satisfait du résultat. La balafre est nette, mais ne semble pas gêner le processus magique de l’ensemble. Je file chez Li Fu, bien décidé à ne pas répondre à ses questions. Il m’examine, longuement, pendant que je le couve d’un regard haineux ; puis semble satisfait. Il réactive enfin mon verre.
Je retourne en courant à la table du carafon, et je leur souhaite les adieux dans un patois de l’Ouest de Kalsh.

Blowing in the wind

Pop, je reviens à Rose des Sables. Ah, douce liberté ! Je sens le vent chaud balayer mon faciès avec l’espièglerie de la mésange agile. Ah, Li Fu… Que le joug que tu nous imposas me fut insupportable les quelques heures que je le subis ! J’en garderai rancune, sois-en certain. Je me retrouve donc devant un Soon nu (entièrement cette fois, c’est-à-dire plus que d’habitude, c’est-à-dire avec son filet posé à ses cotés) toujours adossé à son arbre, entouré d’offrandes. Devant mon air surpris et amusé, il se défend. « J’ai déjà fait deux tournées de distribution. Et j’ai indiqué l’endroit aux mendiants du coin. » Ah, je comprends mieux ! Mais quelle popularité… des cheveux soyeux, un teint hâlé, un sourire ravageur… Soon, quel est ton secret ? Un vieil homme arrive et nous présente une boîte de gâteaux de riz sucrés. J’en prends un, flatté, avant de me rendre compte que ça ne m’était peut-être pas destiné. Tant pis, Soon n’a pas faim. Je lui explique tout de même la situation, et que je vais retourner au bar de Walter aider la compagnie du Carafon à retrouver Med. Sans douter de leur compétence, je n’aimerais pas qu’il leur arrive malheur.
J’attends donc quelques temps en compagnie agréable du pacifiste poilu et je retourne au bar, alors que ce dernier regroupe de nouvelles offrandes dans son filet et me dit repartir pour un tour de distribution. C’est beau, tous ces gens qui s’entraident les uns les autres. C’est quand même dommage qu’il faille qu’une icône s’en occupe, je n’ai pas l’impression que les villageois de Rose-des-Sables s’en fussent pratiquer leur charité de leur propre chef sans l’intervention de Soon.

Charité bien ordonnée commence par lui-même. Mais trêve de dons, j’arrive à l’auberge. Devant Sierra, Huclock et Filling, tous trois gravés des pourpres tatouages dont je fus le cobaye. Filling en a un supplémentaire, qui court du haut de sa tête jusqu’au dessus de ses épaules, « décoratif ». Sierra marmonne, elle ne doit pas être satisfaite. Huclock boit, je crois comprendre à demi-mot qu’il s’est copieusement vautré lorsqu’il réalisait le sien, et il doit se taper une migraine arcanique des plus salées. Elentar et Krasus sont sereins, et ont le teint frais : Li Fu a jugé qu’un simple sort de quête suffisait. Mais bougre d’illithid, en quoi est-ce suffisant ? Le sort n’a effet qu’une vingtaine de jours, comment a-t-il pu se faire berner de la sorte ? Je suis étrangement irrité par le fait que l’enchanteur ait encore réussi à s’échapper par une scapinerie quelconque… Il s’en sort décidément toujours trop bien.
Li-Fu nous dit qu’il va essayer de localiser Med, pendant ce temps, nous allons temporiser avec les élémentaires guérilléros.

Extrait du livre de Shuwei, Ambassadeur de l’eau

Et ici nous étions, garants de la paix interplanaire dans l’Auberge qui n’existait pas, à une table désertée par la seule personne autochtone du plan concerné. Mon inquiétude grandissait, mais j’avais confiance en les quelques mortels présents. Ils ont l’art de ne trouver des solutions qu’en cas d’urgence, et ceci l’était pour sûr. Alors que nous, des Plans Premiers, et eux des éléments Secondaires, seuls les conflits, la force, une magie qui ne sert qu’armée.

Je dois avouer que ma confiance fut légèrement ébranlée. Ce fut lorsque cet elfe étrange, serviteur de Farlanghn, commença à leur parler. Ils négociaient ses ô combien coûteux services de guide Astral, il me semble. Haxx était son nom. Mais Krasus, le Porteur de la Loi, lui emprunta son verre. Conséquemment les pouvoirs du verre disparurent et Haxx fut banni de l’auberge. Je ne saisis pas les tenants et aboutissants des actions du Porteur, après tout, c’est un mortel… pour le moment. L’aubergiste honnête était catastrophé. J’espère que Haxx reviendra, le son de sa harpe est suffisamment mauvais pour couvrir l’horrible bruit des luths à l’étage du dessous.

Pour la suite des opérations, Li Fu nous indique qu’il a « bitriangulé » la position de Med. Il hésite entre trois points interplans : une frontière entre le plan de l’air et les Abysses, un endroit d’un maëlstrom sur les Terres Extérieures et un coin reculé du plan du chaos. Dans l’ordre croissant de danger. Nous décidons couardement de les explorer dans cet ordre. L’illithid nous confirme l’existence d’un portail dans les toilettes de l’auberge, comme Haxx nous l’avait dit.

Li-Fu nous bricole une « boucle spatiale » nous permettant de revenir ici en prenant n’importe quelle sortie du labyrinthe de portails dans lequel nous nous apprêtons à pénétrer. Dans les toilettes, des trous sombres, turbulents, peu attirants. Et, juste à coté des cuvettes, un portail. Les ténèbres nous guettent de l’autre coté, aussi illuminons-nous l’armure de Sierra d’un sortilège lumineux et je franchis gaillardement le portail avant que la palabre ne s’installe.

Les turpitudes du club Med

WEEEEEEEEEEeeeeee !!! Nous glissons sur un long toboggan qui descend maintenant de façon abrupte, presque verticale, avant de se redresser et de finir en pente douce sur une plate-forme au centre de laquelle un homme se tient. Il est grand, à la peau noire d’ébène, et vêtu très richement. Il manie une longue et fine épée dorée entachée des fluides vitaux des cadavres des créatures qui jonchent le sol. Des démons, des oiseaux. Oui… ça se tient. Med, puisque c’est bien lui, lève un regard circonspect sur ses futurs sauveurs, toujours sur ses gardes. Nous nous relevons et époussetons nos dignités en lui exprimant nos louables intentions, et il accueille la nouvelle avec froideur. La compagnie du carafon ne semble pas vouloir rester dans le coin : peu de questions seront posées à cet être si puissant (du moins politiquement). Elentar parcourt la sombre pièce avec le bâton, scrutant les murs et le toit. Après quelques secondes de réflexion, nous apprenons que l’intégralité des surfaces est constituée de portails divers et variés. Il se concentre sur l’un d’entre eux et nous annonce fièrement qu’il s’agit là d’une sortie ! Parfait. Alors que nous nous concertons sur les mesures de précaution élémentaire, un grondement retentit. Les tunnels d’entrée et de sortie de la pièce se munissent de… de dents ?! Et ils raccourcissent sous les coups de mâchoires d’un grignoteur dimensionnel quelconque ; aussi cessons-nous d’hésiter. J’invoque une échelle de fumée que nous empruntons à toute vitesse alors qu’Elentar et Huclock préfèrent voler et que Krasus préfère sauter. Et nous ressortons gaiement dans les toilettes.
Med et mes compagnons se précipitent vers la salle de réunion tandis que j’emmets le vif désir de me barrer de cette prison. Mais Med insiste pour que je le suive, que je me présente au moins devant les élémentaires présents. Je m’exécute, maugréant, et nous arrivons tous dans la salle du conseil. Plusieurs élémentaires se tournent vers nous, et je jurerais pouvoir discerner sous les vagues, les étincelles et autres stalactites des airs de surprise, voire de déception. Ce n’est pas le cas pour un élémentaire d’eau visiblement heureux de notre retour et d’un élémentaire de métal qui semble sourire tranquillement dans notre direction. Impatient que je suis, je ne prête qu’une oreille distraite aux discours qui suivent, aussi ne comprends-je qu’à demi-mot que Med tient un discours d’une sécheresse désertique, à l’exception d’une oasis de compliments à notre égard, précisant que celui qui nous a permis de rentrer dans cette pièce tenait probablement à lui nuire soit à lui (Med) soit au conseil mais que l’échec de ce plan n’aura rendu notre alliance ( !?) que plus solide. Ensuite, il intime aux élémentaires de nous saluer avec la dignité qui nous est due, ce à quoi la plupart répondent par un salut mou et contraint. Je m’en fiche, je pars.

Je retourne tailler la bavette avec Soon, satisfait une fois de plus de quitter l’auberge. Je le retrouve toujours blindé d’offrandes, et faisant de le tour des pauvres hères de la cité. Note à moi-même : être oisif et pauvre à proximité de Soon est un plan de carrière tout à fait viable. La compagnie du Carafon nous rejoint sous peu, et Krasus me tend un anneau doré. Alors que je le passe, j’apprends que c’est un cadeau de Med, et qu’il peut nous servir à communiquer entre nous par le biais d’appareillages magiques et mécaniques divers. Intéressant ! Nous discutons donc, là, debout, en public et munis des anneaux de la conférence en cours à l’Auberge. Med étant basé en Aijun, il risque de vouloir focaliser l’attaque sur le plan matériel de notre coté de la planète. C’est exact, mais dans ce cas pourquoi l’avoir aidé ? « Que pouvait-on faire d’autre ? » me dit-on. Bah, on aurait pu bricoler un truc dans l’urgence… Mais tant pis. Krasus porte l’anneau de communication à ses lèvres et tente de « parler » « dedans ». « Med, essayez de ne pas détruire Kalsh, s’il vous plait ? » Ce à quoi nous obtenons une réponse sensée : « Je suis en pleine réunion. Silence, s’il vous plaît. »
De toute manière, la compagnie du carafon est bien plus laxiste depuis que les dangers divers se rapprochent. Orcus, l’Ankou, Walter… Tous ces gens sont bien plus importants et dangereux que quelques milliers de génasis du feu. Et puis, zut, on ne peut pas tout faire non plus ! Si on les sauve à chaque fois, ils n’apprendront jamais.

Un nouvel espoir

Nous nous dirigeons à la tav-au temple de Pélor, et nous y retrouvons Ethan, qui nous guide vers une vieille connaissance (Comprendre, une connaissance âgée). Glaniphe ! Elle va bien, et nous abreuve des résultats de son enquête. Elle confirme l’existence d’un portail vers le plan de l’énergie négative à Dreel, et nous a ramené des cristaux de poudre bleue. Il semble qu’une ferme soit spécialisée dans la collecte de ces machins, mais que cela n’ait pas de rapport direct avec le susmentionné portail. Ethan, lui aussi, a du nouveau sur le Refuge : il semblerait qu’Orcus ait trouvé un moyen de devenir mortel. Chouette, nous réjouissons-nous devant l’air consterné du vieux prêtre ! Puis il nous explique ce que cela signifie. Orcus est le maître des morts-vivants, et son état lui permet éventuellement de revenir à la non-vie. Il en va de même pour ses serviteurs : les démons immortels sont irrémédiablement détruits lorsqu’ils meurent ; s’ils deviennent mortels le danger est tout autre. Déçue, la compagnie du carafon. Mais Glaniphe tente de nous remonter le moral : elle nous a ramené un « cadeau ».
Le cadeau en question est un halfelin de belle taille, vêtu (ouf) de cuir sombre et arborant un sourire des plus enjoué, du nom de Mathrim. Il nous connaît vachement bien d’après Glaniphe et nous nous regardons, circonspects, curieux de savoir duquel de nos Fan club il s’est extrait. Elentar, semblerait-il, bien que celui-ci ne puisse nous éclairer sur le sujet. Le petit être nerveux nous abreuve de compliments justifiés, souligne l’honneur qu’il a de rencontrer les héros de la Compagnie du Carafon des Etoiles (CCE), et raconte avec force détails nos exploits plus ou moins récents. Soon et moi échangeons un regard entendu.
Glaniphe s’adresse au nouveau venu. 
-Mathrim, montrez-leur votre relique.
Le halfelin, surpris et hésitant, s’exécute.
-Ok mais… Vous me la rendez, hein ? J’y tiens beaucoup.
Et il sort de sa chemise… Un gros soleil doré. Sans blague. La compagnie entière, que nous avions mise au courant du discutable choix de réincarnation de notre ancien roublard, a compris l’astuce. Pélor, quel blagueur !
Huclock s’empare de la chose… Et quelque chose se passe, à quoi il n’était pas préparé. Les yeux du lézard grandissent soudainement et adoptent la couleur du soleil. Le phare écailleux exhale maintenant une aura lumineuse et réconfortante, et l’incarnation de Pélor se dresse devant nous (Il s’incarne dans Huclock ? Non pas que je sois jaloux, mais il aurait pas perdu de sa superbe le dieu soleil ?). Soudain, un vacarme métallique emplit le paysage auditif, et nous nous retournons pour voir Sierra, un genou à terre, le front baissé. J’affiche ostensiblement mon bâton. Celui surmonté d’un soleil. D’un soleil de Pélor.
«Pélor ! Vous ici ?
La créature en lieu et place de notre ami lézard lévitait au-dessus du sol, émettant une lumière dure à supporter, ses mains écailleuses nouées sur la relique. Sa tête illuminée se tourna vers nous.
- Je me manifeste ici pour vous parler. Je cherche à m’incarner.
La peau d’Huclock commence à fumer. Soon répond.
- Oui, comme vous nous l’aviez dit. Mais vous avez des candidats ? Parce que celui-ci commence à fondre. Vraiment.
Bigre : il a raison ! J’espère que l’autre ne s’attardera pas.
- Je vais chercher, par Ma Foi. J’ai des fidèles qui devraient faire l’affaire.
Je note silencieusement l’immobilisme de Sierra.
- On peut vous suggérer des possibilités ? s’inquiète Krasus.
- Eh bien… Oui, peut-être.
- Et pourquoi diable, pardon, voulez-vous vous incarner ? demande Elentar.
- Tout d’abord à cause de la présence d’Orcus sur le plan matériel. Cela m’inquiète trop, je dois agir. De plus, cela fait bien trop longtemps que je reste passif.
- Mais on nous a parlé d’une règle de réciprocité entre Nérull et vous… cela veut-il dire que…
- Oui. C’est exact, Nérull va tenter de s’incarner, si ce n’est pas déjà fait. Il recherche également un hôte viable, c’est certain. Mais mon armée est puissante, et mon royaume prêt.

Nous restons interdits quelques instants devant l’incarnation : son assurance chaleureuse pourrait inspirer courage et honneur à n’importe quel guerrier un tant soit peu béni ; mais l’effet est tout autre quand on sait que Pélor souhaite passer le relais. Et pendant ce temps, la peau de Hukloc commence à brûler et disparaître, révélant des chairs noircies de l’intérieur. Et Mathrim regarde de loin, interdit, partagé entre le désir de fuite et l’envie de récupérer son médaillon toujours dans les mains de la bougie qui nous sert habituellement de mage.
Pélor s’impatiente (enfin, pour être plus précis, Pélor impatiente le corps d’Huclock)
- Mais je dois partir, ce corps n’est pas adapté. Il se reconstituera naturellement quand je l’aurais quitté. Sachez que je garde un œil sur vous, compagnie du carafon. »
Pélor out. Huclock reprend ses esprits et ses organes, et Sierra se redresse. Une ombre passe devant sont visage, elle s’inquiète probablement de la suite des événements. Elentar est concentré lui aussi, et Krasus, Soon et moi nous regardons, interdits. Et une voix perce le silence.

« Euuuuh… Je peux récupérer mon soleil ? »

Devant notre consentement, il se jette sur l’objet comme les badauds sur l’estranger et l’enserre dans ses bras quelques instants avant de le dissimuler sous ses vêtements. Je sais pas quelle tambouille Pélor a magouillé pour nous ramener notre compagnon mais visiblement ça lui a fait lâcher les élastiques, à notre bon vieux roublard… D’après ses propres dires, le médaillon lui « parle » et le « guide ». Une occupation saine.

Paroles, paroles, paroles…

Nous nous concertons alors sur la marche à suivre. Il convient de noter pour cette fois que les choses seront bien faites par la CCE : tout le monde aura un avis différent et exprimé, puis nous recouperons ceux qui semblent les plus populaires, avant de procéder à un vote où la majorité l’emportera, et tout cela sans aucune aide magique coercitive. Malheureusement, je n’ai pas dit « vite », mais « bien ». Grosso modo, les choix qui nous étaient offerts étaient les suivants : nous aurions pu nous rendre à Dreel, finir d’enquêter nous-mêmes sur l’état des choses là-bas. Nous pouvions aussi essayer de trouver Adinseth, et lui demander pourquoi et comment Orcus était devenu mortel. Nous avions aussi le choix de nous rendre directement au Refuge pour lui botter les fesses, et enfin nous pouvions nous occuper des attaques prochaines des plans élémentaires.
Nous excluons rapidement le Refuge (trop dangereux) et les plans élémentaires (pas assez dangereux) pour hésiter entre Adinseth et Dreel. Force est de l’avouer, les deux situations sont assez préoccupantes, et même si pour ma part je meurs d’envie d’aller tailler la bavette avec Adinseth, il faut bien reconnaître que plein de questions gênent ceux d’entre nous qui ont le moins d’aisance en situation d’improvisation. Des questions comme « pourquoi ? » ou « Comment on peut lui parler ? », ou « comment on peut le rendre… « non-en-train-de-mourir ? » ». Ayant épuisé mon stock de ponctuations, nous réfléchissons à Dreel. Et là, les choses à faire sont évidentes : l’enquête n’est pas concluante, il nous faut encore trouver un rapport entre le plan de l’énergie négative et les cristaux bleus (dont Elentar et Huclock nous ont dit de façon plus qu’absconde qu’il s’agissait d’un résidu nécromantique qui aide la vie et qui s’attaque à ce qui nuit à la vie). Evident, certes, mais un peu trop détaché de la situation du Refuge qui occupe nos esprits, ceux des dieux, ceux des immortels et même ceux des mortels concernés. Après délibération, nous votons globalement en faveur d’Adinseth : nous irons voir le dieu mort dès le lendemain. Je tends mon aiguille à Huclock qui la prend avec moult précautions et utilise sa casserole de divination pour en discerner l’origine. Nous avons maintenant une idée plus précise de l’endroit : allons-y dès demain ! En revanche-nous avertit-il, des formes ombreuses gardent l’endroit. Nous aurons donc un comité d’accueil ! Eh oui, forcément, à vouloir s’opposer à Orcus, de fil en aiguille nous en auront à retordre !

Secret (Lados)

L’aube point, et nous nous levons pleins de gloire. Huclock triangule la position du lit de chair d’Adinseth et arrive a de bons résultats : nous préparons la téléportation. Deux groupes de voyage : Team Huclock (Sierra Soon et moi) et Tem Elentar (Filling, Krasus et Mathrim). Nous partons donc dans un claquement sec et nous retrouvons…. Prisonniers de la pierre.

Au nom de tout ce qui est chair à nos yeux

Enfin, de la pierre… Traditionnellement, les téléportations dans les parois rocheuses s’accompagnent d’une expulsion vers la sortie la plus proche et un écrasement global des corps concernés. Là, on est prisonniers d’une matrice étrange qui présente une vague odeur métallique. C’est vaguement visqueux, et assez mou. On dirait… Oh non. Huclock a foiré son coup, mais ne le jugeons pas. En revanche, à moins qu’on soit coincés dans le plan élémentaire de la viande, je pense qu’on patauge dans Adinseth; et je doute que ce soit une si bonne nouvelle que ça. Je mets mentalement au point trois plans pour essayer d’en sortir et m’emploie à mettre le premier en application.

Secret (Lados)

J’incante dans la volonté de tuer un sort de nécromancie létal sur le dieu mort (je ne peux m’empêcher de me dire que celle-là, pour le coup, je pense être le premier à l’avoir faite), et le résultat ne se fait pas attendre. Sous ma main, la surface se fait molle, visqueuse, putride. Mais en revanche, tout autour de moi se contracte soudainement comme un gigantesque biceps divin dans lequel nous autres, pauvres voyageurs inter dimensionnels dérisoires, ne pourrions nous considérer que comme spectateurs. Il était une fois, la vie.

Expulsée donc du Muscle, la CCE arrive à l’air libre ; et nous voyons enfin ce qui se passe. Tout d’abord, il semblerait que tout le monde ait pris un bain de chair. Sauf Krasus, à qui il manque un bras. Ah oui, tiens ! Krasus est sur le bord de la piscine, aux prises avec une boule noir d’énergie délétère qu’il esquive plusieurs fois, mais il lui manque le bras droit et une bonne partie du poumon ! À ses côtés se trouvent aussi un étrange démon courtaud muni d’une hallebarde qui se rue sur un cristal rouge encastré dans un mur non loin, et un dragon noir de taille modeste, probablement un rejeton de la dragonne que nous avions battue à plate couture à Clyffia. Par souci d’équité, il subira le même sort que sa génitrice.

Pour l’instant, le plus urgent reste Krasus. Une fois à l’air libre, nous chargeons ! Nos combattants se ruent dans la mêlée tandis que Krasus se concentre quelques secondes. Ses yeux s’illuminent, et de sa colonne vertébrale sortent des filaments dorés, filant vers ses blessures.

Secret (Krasus, Elentar)

Un bras squelettique et éthéré remplace alors le membre qu’il a perdu alors que des organes translucides mais visiblement opérationnels se reforment dans sa plaie. Il rouvre les yeux, et se relève, prêt à combattre.

Et Soon entonne une mélopée sauvage et envoûtante, dans une langue absconde mais sirupeuse tandis que du sang commence à couler de ses oreilles. C’est lié à l’utilisation du Verbe de la Création, la liste des effets secondaires est longue.

Elentar se concentre sur la pierre vers laquelle le démon se rue et décoche un air soucieux. « Il appelle des renforts ! », et je me dis que nos sorts de zone seront d’autant plus efficaces. Le démon en question brise de sa hallebarde le cristal rougeoyant, et deux formes impies apparaissent alors. De grandes et ignobles caricatures d’araignées bleues se dressent alors devant nous, des Bébiliths.

Deux nouvelles additions à la bataille : nous les occirons de plus belle ! Huclock prend de la hauteur, le stratège. Sierra et Fiiling courent au contact, tandis que Soon et moi accélérons, que dis-je, affûtons, que dis-je, lubrifions le groupe. Les premiers coups sont échangés, et Krasus survit, le dragon commence à prendre des coups. Elentar carbonise le démon à la hallebarde après que celui-ci ait envoyé des éclairs d’énergie négative dans le groupe. Soon fait tomber un divin rai de lumière sur une Bébilith qui se retrouve assommée, puis je la piège dans un long foulard qui l’enserre et qui l’immobilise. Un craquement ignoble retentit alors derrière nous, dans notre dos, vers le centre de la bassine de chair. Et nous y voyons un spectacle des plus impressionnants, le corps inerte au milieu de la cuve qui se redresse, laissant voir un cadavre décharné, à moitié squelettique et à moitié couvert de chairs en train de pourrir. La chose tremble, se secoue, se redresse et se replie dans des mouvements chaotiques et désordonnés, et visiblement dénués de sens et de conscience. Hâtons-nous. Dans le feu du combat, je ressens des pointes osseuses percer mon front et de solides sabots remplacer mes jambes ; mes compagnons sont maintenant plus qu’habitués à cela.

Du haut de son charisme et avec sa voix la plus forte, Soon ordonne (oui, oui) à une Bébilith de se ruer sur le squelette en réanimation au centre de la pièce. Elle s’exécute, avec dans les yeux cette terreur dont les démons n’ont l’habitude de se munir qu’aux portes de l’abattoir, car elle va devoir traverser le groupe de la CCE presque au complet pour y parvenir. Elle subit alors force dommages, notamment un coup de bâton de pélor aussi dérisoire que bien senti qui la sertit d’un petit soleil doré sur la chitine. Tiens, je vais ptêtre arrêter de l’agiter dans tous les sens ce machin… Nous ne nous préoccupons pas de son sort alors qu’elle fond sur le dieu en train de pourrir, et nous préoccupons du dernier ennemi. Fiiling arme un coup terrible, et l’abat sur la tête du dragon qui… n’oppose pas de résistance et s’affale au sol comme une poupée de chiffon. Et, de derrière lui, Mathrim apparait, essuyant du revers de sa cape le bout de sa rapière couvert de sang. Il a presque tué le dragonnet d’un seul coup particulièrement vicieux. Il sourit, l’assassin. Le magnifique assassin.

Sierra se dirige d’un pas alerte vers la Bébilith immobilisée et l’achève d’un coup sec. Puis elle se retourne vers nous et ses yeux s’élargissent, et un air de surprise s’inscrit sur son visage. Elle ne ressent pas la peur, mais son expression s’en approche beaucoup.

Nous nous retournons, et faisons face à un tsunami de viande qui s’écrase sur nous ! Tout n’est que chaos et détresse, alors que la vague de chair nous écrase contre le mur rocheux de la caverne et que les remous écœurants de la mare déchaînée nous ballottent telles de ridicules poupées de chiffon. En réalité, cela n’aura duré qu’un instant, mais quel instant !
Quand les choses se calment, nous nous relevons péniblement sur la couche de chair qui recouvre uniformément la caverne. Et à son centre, un humanoïde, debout. Nu. Plus que nu en fait, la chair à vif. Adinseth, en personne. En chair et en os.
Il nous scrute de ses orbites vides, et son regard s’arrête sur Krasus. La masse de chair se détruit soudain dans un bruit ignoble d’os qui se brise, et un monticule se forme devant le moine blessé, qui se pourvoit de membres et d’une tête. Et alors que le dieu examine Krasus, on pourrait jurer qu’il vieillit à vue d’œil. Puis il touche le bras fantôme d’un Krasus surpris et celui-ci (le bras) repousse et se reforme devant nos yeux ébahis. Puis, le dieu s’adresse à nous.
« Que me voulez-vous, compagnie du Carafon des étoiles ? »

Adinseth, la rencontre d’un dieu plusieurs fois millénaire

Alors que je me pose la question de l’étiquette à suivre dans ce cas très précis, Elentar, lui, s’en affranchit.
« Vous poser des questions. Nous savons qu’Orcus est devenu mortel. Pourquoi, et comment a-t-il fait ?
- Il est venu me voir, et me l’a demandé. Pourquoi aurais-je refusé ? Il a le droit lui aussi à échapper à son destin immortel. Quant à pourquoi… Je ne sais pas.
- Mais il est en train de poser une sérieuse menace sur le plan matériel ! Pouvez-vous y faire quelque chose ?
L’argument semble faire mouche. Je jurerai que le dieu esquisse un rictus.
- Je suppose. Si vous voulez le faire redevenir immortel, faites lui ingérer ça. –Il extrait de son corps en décomposition une masse de chair informe et putride, une espèce de tumeur visqueuse qu’il tend à Sierra.

- C’est une abomination, une racine d’immortalité.

Le corps branlant du dieu s’effondre et se fond dans la masse de chair, puis se reforme à coté de Fiiling. Celui-ci s’interroge.
- Mais, vous avez déjà fait ça par le passé ?
L’être découvre un sourire tout en gencives.
- Eh bien, oui, ma foi ! Pour la plupart de ceux qui me l’ont demandé. Pourquoi leur refuserai-je ? C’est un droit fondamental, qui est permis à tout le monde. La rigidité de l’immortalité ne doit pas être une prison de l’esprit, et c’est pourquoi j’ai été condamné à mourir et renaître en permanence.
- Pour quelle raison, exactement, avez-vous été puni par les dieux ?
- Parce que j’ai pris les choses en main, et que j’ai brisé leur monde parfait. J’y ai ajouté de la folie et de la couleur en créant de mes propres mains les mortels, avec un peu de moi… Avec un peu de magie.
Nous ouvrons grands nos bouches béates. Adinseth aurait créé les mortels avec de la chair et de la magie ? Tant de termes rappelant la présente et pressante situation avec l’Ankou et Walter!
Sierra saute sur la brèche.
- Vous devez connaître l’Ankou ?
- Connaître ? Oui, on peut dire ça. Un être d’un autre temps, l’une des trois entités gardiennes qui ont été créées il y a bien longtemps.
- Vous devez alors savoir qu’il désire détruire quatre-vingt dix-huit pour cent de la vie sur le plan matériel, qui bloque l’écoulement de la magie. Cela ne vous gêne pas ?
- Oui et non. D’un coté, c’est vrai que ce seraient de vastes quantités de mes créations qui disparaitraient… Mais mon œuvre en elle-même saura résister à un tel détail. Deux pour cent de la mortalité encore en vie ? C’est plus que suffisant pour que les choses repartent sans mon aide. Je suis presque curieux de voir comment ils vont se débrouiller !
- Vous devez savoir comment arrêter ça !
Adinseth a l’air surpris. Ou alors, ses paupières viennent de tomber.
- En effet, je pense que je sais. Voyez-vous, la magie est comme une rivière qui s’écoule entre les plans, et le flux constant ne saurait supporter de déséquilibre. Avec le sort que cet ancien sorcier a lancé sur le plan matériel, un blocage est apparu autour du plan matériel, y emprisonnant une grande quantité de magie et causant un déséquilibre important. Pour faire un amalgame, il existe une force d’attraction fondamentalement inexplicable entre les corps célestes en fonction de leur masse. Eh bien dans ce cas, le plan matériel est bien trop gros, et les autres plans s’en rapprochent donc. Une bonne solution serait de donner plus de poids à d’autres plans, et notamment les Terres Extérieures, où la quantité de magie semble diminuer de façon dramatique.
- Et comment pourrions-nous faire ça ? 
- Avec ceci.
Il plonge alors dans sa piscine et remonte avec une grosse amphore de grès qu’il tend à l’ampoule en plaque. L’amphore est pleine d’un fluide pâteux similaire à celui que nous avions ingéré.
- Il s’agit de mon essence divine. Allez voir Melistra Ektheriban Shallava’Roth-Kor (ou “MESR”) dans les terres extérieures et donnes-lui cela. Elle saura s’en servir. Et je préfère vous prévenir : je ressens des formes conscientes se diriger par ici… Probablement les renforts d’Orcus. Vous ne devriez pas traîner ici.
En effet, nous sommes d’accord avec cette idée. Mais Huclock questionne, curieux.
- Que se passerait-il si quelqu’un devait absorber trop de votre essence ?
- Il deviendrait comme moi. Un avatar en quelques sortes. Je vous le déconseille. Il s’agit de mon essence, et elle est trouvable dans les corps de n’importe quel mortel, mais une surdose s’avérerait désastreuse. Enfin, pour vous, personnellement je trouverais cela… intéressant.
- On peut la prélever dans les corps de tous les mortels, cette essence ?
Je suppose qu’avec un outil assez fin, c’est possible. Il faudrait percer la chair et recueillir le jus.
La CCE s’interroge du regard, et j’envisage quelques secondes de tomber dans la marmite de potion magique. Une idée traverse mon esprit.

Secret (Lados, Soon)
Soon hausse un sourcil et parle au créateur des mortels.
- Bon, ben c’était pas si compliqué. Pourquoi personne n’a fait ça avant ? Ça paraît nettement plus sensé que de massacrer la planète entière.
Le dieu éclate de rire. Ce son nous marquera longtemps, j’ai l’impression qu’on a joué du xylophone sur mes vertèbres. Tiens, je devrais me mettre à la musique.
- Parce que ce sera un formidable chaos ! Avec une telle dose de magie dans les Terres Extérieures… vous pensez que les sorts que vous maîtrisez sont le summum arcanique ? La magie primordiale, puis la magie rituelle, c’était autre chose ! Et ça… ça amènerait un pouvoir immense sur les plans extérieurs. Tout changerait. Des guerres éclateraient, des villes formidables se dresseraient à nouveau dans les cieux. Un âge de la vie, de la magie, et du Chaos ! Ahahaha !
Un silence se fait pour respecter le rire dément du Dieu. Ou pour éviter de le contrarier. Soon reprend la parole.
- Je préfère quand même cette solution.
Le dieu hausse les épaules, qui tombent au sol, puis Fiiling s’adresse à lui après une semi-révérence.
- Ô grand dieu des mortels et du libre esprit de la magie, je crois qu’il y a une partie de mon être qui a été scellée. Qu’en pensez-vous ?
La masse de chair se détruit de nouveau et un squelette partiellement pourvu de vie émerge devant le demi-dragon.
- Je vois, oui. Je pense qu’en faisant une tout petite manipulation, on devrait pouvoir y faire quelque chose.
Et sans plus attendre, il pose la main sur le dos rugueux de notre barbare, dont la peau noircit soudainement, alors qu’il tombe au sol en haletant bruyamment. Nous faisons tous un pas en arrière de surprise ou d’effroi, alors que la masse de muscle vibre d’une puissance qui nous était inconnue, les yeux révulsés mais quand même haineux et les membres tremblants dans une cacophonie épileptique intimidante. Huclock se penche sur la chose et incante rapidement ce que j’estime être une annulation d’enchantement. Il doit savoir ce qu’il fait : il semblerait que l’état de santé de notre vibrohacheur soit « stable ».

Secret (Huclok)

Secret (Fiiling)

Secret (Elentar)
Mouais. Il me semble que nous devrions vite le faire prendre en charge.

Adieux déchirants

Ça tombe bien, il semblerait que la CCE n’ait plus rien à dire à Adinseth, et qu’Adinseth n’ait plus rien à nous dire. Visiblement, notre passage l’aura au moins distrait, et nous repartons avec deux objets oxymoriques : de l’essence de mortalité et une racine d’immortalité. Elentar se fige et se concentre, dans la discrétion la plus totale. Huclock et moi ne sommes pas dupes, et Elentar le sait. Il nous annonce que nous sommes scrutés. Je pense qu’il a réussi à déterminer qui était à l’origine de la scrutation.
Nous nous préparons à nous téléporter à Rose des Sables. Je me retourne alors vers Adinseth.
- Vous vous rappelez de tous les immortels à qui vous avez offert la mortalité ?
- Oui. Ma mémoire est absolue.
- Dans ce cas, le démon Zethemasil est-il venu vous voir, et vous l’a-t-il réclamée ?
La masse de chair se détruit et se reforme dans mon dos. Il affiche un air… circonspect.
- Oui.
- Pourtant vous ne la lui avez pas accordée, je me trompe ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Je n’ai pas confiance en lui. Ce démon a un plan, je ne sais lequel. Mais il est néfaste, et je ne vais pas l’aider à mener à bien ses manigances. Il n’a rien compris à ce que signifiait la mortalité.
Je hoche la tête, pensif, et rejoins la CCE. Après quelques regards entendus, nous remercions notre hôte et nous préparons à partir. Mais ce dernier nous arrête.
- Je peux vous téléporter si vous le voulez. Vous avez une destination ?
- Dreel, réagit Elentar sans concertation aucune et dans un délai spectaculairement court.
POUF.

Ah, Dreel, son climat doux, ses choucros luisants, ses paysans nécromantiques involontaires, et sa place du marché sur-bondée en milieu de matinée, au beau milieu de laquelle nous apparaissons. J’ai les cornes sorties, les trois mètres de chair qui constituent la version prototype de notre nouveau Fiiling vibrent de haine, sa dentition n’aurait rien à envier à celles des plus sournois extraits de cauchemar d’un enfant par trop imaginatif, et la garde ne peut pas être loin : c’est plus par réflexe que par stratégie que j’invoque un brouillard qui saura nous dissimuler le temps de choisir la marche à suivre. J’entends Soon soupirer et marcher dans une direction au hasard puis demander la direction de l’hôpital le plus proche. Bon, je suppose que pour Fiiling, on a trouvé ce qu’il fallait. Pour ma part, je préviens mes camarades que je resterai dans le coin en attendant de leurs nouvelles.

Je me téléporte ainsi en bordure de la ville et trouve un petit coin reculé dans la forêt. On me prévient quelques heures plus tard que nous resterons à Dreel un petit moment, près d’une semaine d’après les médecins (et d’après Huclock). Quel heureux hasard ! Après la couture et la gravure sur gens, j’avais envie de tenter la poterie et l’alchimie. Une semaine ne sera pas de trop !

Et la Compagnie du Carafon se dispersa. La ville de Dreel était au faîte de son développement. Les anciennes fortifications de bois étaient abandonnées, recyclées, ou détruites, et leurs ruines entouraient la Vieille ville de Dreel, ou le “Gourdi”, du nom d’un plat local dont elle avait la forme vague. Là, étaient les bâtiments de ceux du pouvoir, et les résidences premières des propriétaires terriens. Quelques boutiques d’artisanat magique et luxueux parsemaient les ruelles pavées de marbre nain.

Deux choses rappelaient l’origine modeste du Gourdi. D’abord la place du marché, avec son sol de terre résolument battue et ses tréteaux pittoresques, mais qui fournissait tout de même les meilleurs produits, au meilleur prix. Ensuite, il y avait la maison de famille du roi Léo, gardée en l’état. Une plaque rappelait aux passants que le Roi et sa sœur Léa venaient de la même terre que ses sujets. Par décret du roi Léo, les chapelles de Pélor et d’Héronéus avaient été déplacées pierre par pierre dans la périphérie de la ville.

Cette banlieue s’était étendue bien au-delà des murs originaux. Elle était divisée en quatre quartiers de tailles inégales. Le plus grand, résidentiel, était un amas de maisons de bois, de pierre et d’à peu près n’importe quel matériau solide, jetées les unes sur les autres avant qu’on ait pu dire “urbanisme”. Deux quartiers symétriques, au Nord et au Sud, mêlaient granges de stockage, marchés, maisons temporaires et carrioles. C’était de là que partait la poudre bleue de Dreel, et qu’aboutissaient les multiples routes commerciales vers les gnomes de GoldRive, les Nains du Nord, la lointaine Oaze orque et même la cité-état Goulouka, des milliers de kilomètres à l’Ouest. Là, des hordes d’aventuriers pleins d’espoirs et d’illusions se ruinent pour avoir ce bracelet d’armure magique qui les aidera à survivre à cette chasse à la goule.

Le dernier quartier était consacré à la chose religieuse, et abritait adeptes, prêtres et pratiquants en tous genres. Des temples de Pélor, Héronéus, Olidamarra, Moradin, Garl Brilledor, Yondalla, même Gruumsh et Nérull sont trouvables, bien que parfois cachés. Au centre du quartier, un immense bâtiment de bois trônait : l’intérieur en est rempli d’autels en tous genres et de toutes religions possibles. Des masques et des capes sont prêtées à l’entrée, pour préserver la discrétion de chacun, et il s’agit du bâtiment le plus lourdement gardé de la ville.

Une grande partie des Bois Retrouvés au Sud avaient été transformés en champs et en exploitation de bois. Les fortifications étant inaptes à contenir l’expansion de la ville, une cavalerie était dépêchée chaque jour pour faire de larges rondes kilométriques. Les bataillons étaient au nombre de six, chacun ayant un mage volant avec eux, pour la reconnaissance.

L’effervescence est le maître-mot de la ville, et pourtant, les braves gens s’y sentent plus en sécurité qu’à Goulouka.

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PabloMontoya PabloMontoya

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