Extinction

Malheur, Horreur et Mort

Le prix de la libération

Texte reconstruit d’après les journaux retrouvés du mage de sang ferreux, Lados

Sommaire

1) Le « Refuge »
2) Krasus, le cœur sur la main
3) On est ce qu’on mange
4) Terrence, le péniblemancien
5) L’or du rien
6) Le Refuge sens dessus-dessous, ou comment perdre la boussole
7) Le réveil difficile
8) De la démocratie et de pourquoi nous ne l’appliquons pas
9) La salle du portail
10) Conflit des générations
11) Métal hurlant

Le « Refuge »

Nous examinons quelques instants les corps déchiquetés des trolls que nous venons d’abattre. Rien ne reste, sinon la conviction que les trolls morts-vivants ne sont pas plus solides que leurs homologues encore doués de métabolisme. Rien à ramasser non plus, la totalité de l’endroit étant en piteux état.
Elentar inspecte la mare, Filling observe mollement le passage vers l’est, Mathrim enfonce divers objets dans les lourds mécanismes de la porte au Nord-Ouest et je pose mon bâton au sol. Au prix d’encore une autre remarque sur le fait que je possède le bâton de Pélor, je me concentre une poignée de secondes et demande au bâton de nous montrer la voie la plus sûre. Il s’exécute et un long filament doré et diffus s’extrait de la pointe de l’objet pour glisser doucement sous la porte que Mathrim tripote. Un peu surpris, le halfelin, mais il reprend aussitôt son travail. Il semble qu’il y ait bien un piège ici, et au moment précis où il nous le dit, un couinement métallique retentit et un ressort est éjecté de la porte.
L’instant de flottement passé, après lequel nous pouvons considérer que nous ne sommes pas tous morts dans d’atroces souffrances, nous nous engageons dans le long couloir qui suit. Elentar et Mathrim palpent les murs, et une odeur reconnaissable entre mille nous arrive jusqu’aux narines. Du sang! Nous restons perplexes quelques secondes, et soudainement de vilaines mais superficielles balafres viennent entailler nos corps. Etrange… Je jurerais qu’il s’agit là d’un effet de blessures mineures, mais pas de lanceur de sorts à l’horizon. Bah ; nous verrons. Tandis qu’une partie de la compagnie se réfugie courageusement en arrière, nous autres continuons notre progression. A l’issue du couloir, une nouvelle porte. En bois, et qui semble coincée. Mathrim analyse la porte, et lorsqu’il nous indique que nous pouvons continuer, je peine à discerner s’il a réussi à enlever un piège, ou s’il n’y en avait tout simplement pas. Nous poussons la porte, et nous retrouvons devant un spectacle ahurissant.

Krasus, le cœur sur la main

Des lits de pierre garnis de sangles retiennent d’infortunés humanoïdes dont les respirations saccadées parviennent à nos oreilles. Les murs, le plafond et le sol, ainsi que tout objet dans cette pièce sont couverts d’une pâte poisseuse dont la composante principale est assez clairement du sang. Les victimes sont couvertes de plaies béantes et desquelles s’échappe leur vie sous la forme de diverses humeurs nauséabondes, et la pièce est emplie d’une poussière poisseuse et rougeâtre en suspension dans l’air, et qui semble provenir d’une étrange machine placée en son centre. La machine en question ressemble à un entonnoir posé sur un baril de métal cerclé d’une quinzaine de petites pierres chargées de sortilèges… en cours d’activation ! Que quelqu’un détruise ce truc ! Fiiling s’empare de sa lourde épée et tranche efficacement l’entonnoir. Un bruit de rouage se fait entendre, suivit d’un autre, de succion celui-ci, et je ressens une vive douleur dans mon bras gauche. Une pustule apparaît sur mon biceps, puis crève et emporte avec elle quelques grammes de chair, de sang, et d’os. La douleur est formidable, et je tiens mon bras déjà en train de cicatriser de mon autre main tremblante ; mais je ne crois pas être la victime la plus à plaindre. Un bruit de tuyauterie percée accompagne la vision dérangeant du cœur d’un des pauvres hères, arraché de sa cage thoracique et propulsé en destination de la machine, que Krasus attrape en plein vol puis essaye naïvement de le réimplanter dans le buste de son malheureux propriétaire. Il pose ses deux mains croisées sur la blessure béante et appuie, à intervalles réguliers. « Respire, respire ! Allez, reviens ! Nous allons le perdre ! »
Alors, Fiiling achève l’objet d’un coup aussi vertical que définitif.
Nous nous précipitons au chevet des deux suppliciés restants : une femme-serpent qu’Elentar connaît sous le nom de Le, et un inconnu que nous ne connaissons donc pas. Fiiling aide ce dernier à se lever, mais nous nous apercevons vite que la douleur et les blessures auront eu raison de sa santé mentale : il nous regarde avec les yeux vitreux de ceux qui n’ont plus rien derrière. Et Krasus, revient vers nous, dépité : « Je l’ai perdu, je n’ai rien pu faire. ». Je ne pensais pas avoir besoin de lui expliquer d’une amputation du cœur était un processus médical un peu trop carré pour les amateurs. Je jette un regard sur le bout de viande inerte qu’il vient de tenter de ranimer. J’ai connu des bouchers plus respectueux de la chair qu’ils travaillent. Mais revenons à nos blessés.
Tout le corps de Le est contracté, comme si elle s’était figée en une méditation tout sauf sereine. Soon caresse lentement l’épaule de la suppliciée et elle se détend soudain, et nous regarde avec terreur. Elle essaye d’articuler quelques mots mais sa mâchoire inférieure manquante nous empêche de la comprendre. Nous la délions et Soon la soigne de sorte à ce qu’elle ne soit plus en danger. Elle nous apprend alors (en langage des signes) qu’elle fut attachée sur ce lit, condamnée à respirer sa propre chair, arrachée de son corps et pulvérisée par la machine présente. Elle respire difficilement et tousse régulièrement d’immondes glaires écarlates, comme si elle avait besoin de nous prouver la véracité de son histoire. Elle nous dit que le Refuge a soudainement été attaqué, et que cela fait un bon moment qu’elle est attachée là. Le temps se déroule plus rapidement dans les abysses que sur le plan matériel, et je suis pris d’un frisson à l’idée du temps que nous avons passé à ne pas résoudre la situation. D’après ce qu’elle nous dit, des patrouilles espacées d’une dizaine de minutes arpentent les couloirs. Ayant zigouillés les trolls, nous pensons avoir un peu plus de temps que prévu. Bien que l’alarme soit probablement bientôt donnée, si ce n’est déjà fait. La magicienne est toujours nue, et nous demande de quoi la vêtir. J’enlève ma tunique et la lui tend, elle la revêt avec hâte.
Elle nous demande par la suite de trouver et ramener son grimoire, dans une pièce au sud. Je lui invoque une corde enchantée dans laquelle elle et le légume pourront se cacher le temps que nous revenions, et nous nous mettons en branle vers le Sud-Ouest, ignorant la porte au Nord-Est. Le couloir bifurque plusieurs fois en direction du Sud-Ouest, et nous arrivons bientôt devant un croisement. Vers l’Ouest, l’atelier de Pliage de Glanyphe ; vers le Sud, la pièce où nous devrions trouver Le grimoire. Le bâton nous conseille l’Ouest, mais j’attire l’attention du groupe sur le fait que je ne sais pas exactement les critères qui font dire au bâton que son chemin est le bon ; et nous tombons de toute manière rapidement d’accord sur le fait qu’apporter son grimoire à Le peut la sauver de bien des désagréments. De plus, un pont en or nous barre la route ( ?), au-dessus d’un gouffre sans fin que nous identifions aisément comme les abysses. Après quelques tergiversations assez peu pertinentes, nous concluons que le passage mène vers un autre point du Refuge. Je pense qu’il s’agit d’une protection que les mages se réservent le droit de couper s’ils veulent envoyer toute une partie du bâtiment dans un autre plan ; un peu comme quand nous fumes envoyés dans l’espace par la maudite Tarc. Nous traversons le pont en or et nous retrouvons de l’autre côté, dans une pièce banale munie de trois portes, dont une vers l’est : vers la salle où le grimoire de Le doit se trouver. Et une odeur de sang titille nos narines.

On est ce qu’on mange

Nous ouvrons la porte après en avoir désactivé les éventuels pièges, et un spectacle encore plus terrible que le précédent nous attend. Cette pièce est mise en scène similairement à celle dans laquelle Le était torturée, mais celle-ci présente une différence majeure : des tubes sortent des orifices digestifs (le pluriel est important) des victimes et les relient à la machine en route. Derrière la machine, une molette à trois position annotées en Abyssal : « Drôle », « Très drôle », et « Hilarant ». Pendant que nos camarades observent la boîte, Soon, Sierra et moi constatons les dégâts sur les victimes. Trois lits dans cette pièce, et deux d’entre eux recouverts d’un tas informe de chairs en putréfaction et d’excréments. En revanche, le dernier accueille un bonhomme obèse qui déglutit irrégulièrement les immondes matières sanguinolentes et veinées de sombre qui arrivent par le tuyau qui s’enfonce dans sa gorge. Un haut-le-cœur me prend. Dans le mur du fond de cette pièce, un large démon informe et inerte est épinglé au mur par une immense lance enfoncée de plusieurs dizaines de centimètres dans la pierre.
Soon et moi tombons d’accord : Nous ne pouvons pas laisser le pauvre homme ainsi : nous tranchons les tuyaux, et l’infortuné mage vomi à grand bruit le contenu de son estomac, tandis que je lui tiens la tête et que Soon tente de le rassurer. Nous ne voulons pas encore extraire le tuyau : nous ignorons s’il est attaché à l’intérieur ou pas.
Mais Fiiling lève son épée sur sa tête, et l’abat à plusieurs reprises sur l’engin. La machine est détruite sous la furie du demi-dragon, et un grésillement menaçant inonde la pièce. J’incante un mur de glace en dôme au-dessus du captif dans l’optique de le protéger de la probable explosion qui arrive, mais il n’en est rien. Fiiling brise après quelques instants le mur de glace, nous indiquant que rien n’a explosé. Je ne suis pas habitué à ce que ça n’explose pas.
Un étrange petit carré flotte au-dessus des restes de la machine démoniaque : un portail.
Elentar sort le bâton du temps et en tourne la molette : il essaye de fermer le portail de la façon la moins spectaculaire possible. Mais deux indices assez clairs m’indiquent l’échec de la manœuvre : l’air de surprise contrariée qui se grave sur son faciès, et le fait que le portail grandit pour donner sur une immense mer de lave, dans laquelle une créature s’ébroue gaillardement au loin. La chose se rapproche alors qu’Elentar et Huclock cherchent la meilleure manière de fermer le truc, et alors qu’elle s’apprête à passer la tête dans le trou, Elentar tourne la molette du bâton, et le portail se met à vriller en spirale et une gerbe de lave en sort, qui s’apprête à inonder la salle. Je n’ai aucune solution de repli pour parer à ça, et les airs paniqués de mes amis m’apprennent qu’ils ne sont pas plus avancés que moi. Seul Huclock agite les mains frénétiquement, et alors que la vague de lave percute le voile invisible qu’il vient de poser dans la pièce, nous plongeons tous dérisoirement sur et sous les lits de pierre. Il vient de couper la salle en deux à l’aide d’un mur de force, nous sommes hors d’atteinte des flots brûlants. Bien vu, Huclock.

Terrence, le péniblemancien

La lave en fusion recouvre maintenant la moitié de la salle sur une cinquantaine de centimètres, le démon empalé nous est inaccessible. Nous nous occupons du gros mage en train de vomir ses tripes, au sens encore plus propre que le sens premier du terme. Nous apprenons par Elentar qu’il se nomme Terrence, et un air de dépit suivi d’un fugace mouvement de la tête nous indique qu’il n’est pas spécialement fan de lui. J’ôte le tuyau qu’il a dans la gorge, et une gerbe de sang accompagne le retrait. Je tends une lanière de cuir entre ses dents et lui conseille de serrer fort pendant que je retire l’autre. Il s’exécute, je m’exécute. Un hurlement étouffé se fait entendre, suivit d’un soupir de soulagement. Il se présente, Terrence, devin. Un rapide dialogue avec lui nous fait comprendre plusieurs choses : c’est une sacrée ordure, un couard, un voleur, un sans-gêne doublé d’un menteur d’une impolitesse telle que j’envisage de le rebrancher pendant quelques secondes. Juste comme ça. Pour le fun. D’après lui, Orcus a déjà gagné. Il a essayé de collaborer et prendre la place d’un de ses lieutenants, et le démon l’a attaché ici pour rigoler. Mais comme il le dit lui-même : « Je comprends, j’aurais fait pareil ». Il nous indique ensuite que son grimoire est dans le coin et qu’il souhaite le récupérer, nous indiquant la cache du grimoire de Le. Mais bien sûr.
Dans la cache, un grimoire, un kriss et un étrange bracelet représentant deux dragons emmêlés. Il continue de prétendre qu’il s’agit du sien, et nous lui proposons d’en parler avec Le. Il hausse alors les épaules et nous assène d’un « Fallait bien que j’essaye » assez peu mérité. Quel sac à …. Enfin. De retour devant Le, nous avons une confirmation de l’état d’esprit de Terrence le pénible : Le lui adresse un geste de la tête et il ne prend pas la peine de lui répondre. La voyant habillée, il exige des vêtements, que Soon lui procure (en l’occurrence son filet de pêche). Le nous explique alors qu’il n’a pas participé à la défense de la zone contre Orcus, il prétend qu’il était dans les couloirs. Il m’insupporte. J’invoque discrètement un serviteur invisible et lui demande de mettre les doigts dans les plaies du gros pénible qui nous fait face. Il commence à se tordre de douleur, et mes compagnons identifient assez rapidement l’origine de la farce. Même Le, sans la moitié inférieure de sa bouche, semble sourire et me fait un signe de main reconnaissant. Mais Soon et Sierra m’enjoignent d’arrêter mon cirque quand deux de ses blessures s’ouvrent de façon inquiétante. Soon les referme, et je demande au serviteur d’arrêter, puis d’attendre que nous soyons repartis avant de recommencer.
Mais c’est le moment que choisit Soon pour se faire remarquer. Il prend un air profondément las, probablement à cause de nos aventures courantes au royaume des ignobles, et prononce distinctement « Werel Nek-Bahr ». Nous nous figeons, et attendons. Rien ne se passe. Soon se tient la main devant la bouche, et nous explique qu’il a essayé par curiosité. Rien ne semble s’être passé, si ce n’est que l’homme au demi-cerveau, que je propose d’appeler Théodule pour l’occasion, a regardé l’apôtre de la paix d’une façon plus qu’agressive. Pour sa propre sécurité, vu que d’obscurs principes moraux nous empêchent d’ôter à Théodule une vie qu’il ne contrôle clairement plus, et sans savoir ce que nous allons faire de Terrence (le tuer me semble juste, le faire souffrir me semble mérité, dilemme), nous décidons de résoudre le problème en le reportant purement et simplement. Nous déployons donc à l’aide du sceptre du temps une bulle de stase autour d’eux. Habile, le Carafon !

L’or du rien

Nous laissons donc à Le une corde enchantée dans laquelle elle pourra se cacher et nous partons en direction de l’atelier de pliage, en quête d’un arsenal qui pourrait nous aider dans un futur très, très proche. Nous arrivons devant une bifurcation : au nord, le chemin indiqué par Pélor ; au sud, l’atelier de pliage. Elentar et moi ne parviendrons pas à motiver nos compagnons pour l’arsenal, aussi partons-nous vers le Nord suivre le bâton de Pélor plutôt que son porteur. Une nouvelle porte ici, sertie d’un superbe symbole de douleur inactif. Un piège pressant que Mathrim désactive sans aucune gêne, et la porte est ouverte. Le roublard se fige, et transpire. On sent à sa posture qu’il se contrôle –difficilement- et qu’il évalue un certain danger à courir et à se jeter… dans le tas d’or qui est amassé devant nous. Dans cette pièce, des étagères brisées et des auras magiques, maléfiques pour la plupart. Au centre, un tas d’or de 50 cm avec un cratère au centre sur lequel est posé un petit carré rose. Le nous rejoint alors et nous demande de venir jeter un œil à la stase, et plus précisément à Théodule.
Aïe, en effet, il a bougé, et ses yeux sont complètement pourpres. L’Ankou est donc bel et bien parmi nous. Nous estimons qu’il devrait mettre deux jours à en sortir, donc nous ne sommes pas réellement pressés. Après avoir osé rassurer Le sur la situation (sans parler de l’Ankou, bien entendu), nous reprenons notre exploration pécuniaire.
Des pièces d’or, donc, bennées en masse. Trois auras magiques, deux maléfiques, et des traces de sang qui souillent le sol de la pièce, jusque vers le mur au Nord. Une porte au Nord-Ouest, obstruée par un rideau semblable à une cascade. Elentar et moi (il a souhaité me suivre pour une raison que je ne connais pas) retournons demander quelques infos à Le : il s’agit de la trésorerie, et le rideau de flotte ne lui dit rien. De retours à la salle, nous portons notre attention sur le mur Nord. Nous l’étudions, le fouillons, le dépiégeons et la pierre du mur se fait molle, aqueuse même, pour se reformer plus loin en un couloir aux parois lisses que nous empruntons.

Le Refuge sens dessus-dessous, ou comment perdre la boussole

Au bout, une estrade en bois haute d’un mètre quatre-vingt occupe la quasi-totalité de la pièce dans laquelle elle est. Trois grands dômes de verre aplatis sont posés dessus, je peine à en discerner plus. Mais nos mages volants nous l’indiquent : il s’agirait là de la boussole mère ! Un dilemme assez dur s’offre à nous, je vais essayer d’en résumer les plus grandes lignes.
Tout d’abord, nous partons de la considération que les personnes qui nous ont envoyées ici n’ont pas déclenché l’alarme (Orcus nous aurait accueilli avec le respect qu’on nous doit, les autres doivent espérer qu’on mette le bronx avant de fuir). Dans cette optique, on peut considérer que le niveau de sécurité n’est pas extrêmement élevé. Ayant le contrôle de l’endroit depuis maintenant un petit moment, on peut s’attendre à ce que le démon ait dévoyé la boussole originale pour l’aider à ses fins, et ait fournit des boussoles à ses minions. La logique nous semble assez bonne pour tenter de saboter l’objet. A l’intérieur : de bien complexes mécanismes sont mus par l’énergie du portail qui alimente le Refuge, qui arrive par la machine par un long câble après un passage dans un coffret vert bouteille octaédrique contenant… Bien sûr. Une grosse pierre de l’Ankou.
Nous choisissons de la dessertir simplement, en espérant rendre la chose instable : le but étant de ne pas se faire découvrir trop tôt, ce qu’une immense explosion ne manquerait pas de faire. Nous nous préparons donc : Mathrim descelle la pierre, Krasus s’empare du coffre, Sierra et Fiiling trancheront les câbles que je tiens dans l’optique de les accoler afin qu’Huclock puisse lancer un sortilège de réparation pour les souder ensemble. Soon chante, Elentar se cache. Top à la vachette ! En une fraction de seconde les câbles sont tranchés et Krasus sprinte en dehors de la pièce suivit des deux tapeurs, je rapproche les deux extrémités en esquivant un rayon orangé qui produit un grésillement inquiétant en s’éclatant sur une série de diodes proches, puis Huclock appose ses griffes sur l’ensemble et soude le tout. Un gonflement étrange se forme dans le tuyau, et Huclock et moi cavalons alors que les mécanismes commencent à trembler et à émettre une chaleur suspecte, nous avons à peine le temps de passer la trappe qu’une formidable explosion retentit sur nos talons.
Nous volons disgracieusement au travers de la pièce et nous écrasons avec fracas dans la pièce aux pièces. Le tas a été soufflé et les confettis de métal ont valdingué au travers de la salle dans le chaos le plus total. Je finis ma course plaqué contre le mur du fond, soufflé par une déflagration arcanique des plus impressionnantes. Alors que je récupère ce qu’il me reste de dignité, deux formes éthérées s’approchent à pas pressés de notre position. Une espèce de grande elfe portant un énorme livre et à la peau pâle (mais bon, l’aspect éthéré y est peut-être pour quelque chose, la peau, pas le livre), et à ses côtés, Axl ! Celui qui devait être le guide de Med pour la réunion des élémentaires chez Li Fu !
Il ouvre de grands yeux, nous ouvrons de grands yeux. Il sourit et nous expose sa surprise, partagée, de nous trouver ici. Il nous présente son acolyte, une certaine Lüdnibell, celle-ci se tord en une respectueuse révérence. Il nous explique alors qu’il est « bloqué » entre chez lui et ce donjon, qu’il ne peut se téléporter qu’ici et que dès qu’il sort de sa demeure il se retrouve dans le Refuge. Il ne peut pas y rester très longtemps, il s’en retrouve éjecté après un temps aléatoire. Il est le responsable du démon épinglé au mur, et nous indique que la lance est un Clou. Une arme formidable, antique, artefactique et intelligentesque qu’il a trouvé à l’atelier de pliage, et qui sert à conserver l’âme et le corps d’une aberration si on l’empale contre une surface avec le bout pointu de l’arme. Pour le démon en question, il nous certifie n’avoir utilisé que l’aspect « bout pointu ». Très bien, une arme légendaire à disposition ! Fiiling sera ravi. Alors qu’il allait ouvrir la bouche pour nous expliquer leurs pérégrinations, les deux voyageurs éthérés disparaissent soudainement dans un claquement sec.

Le réveil difficile

Nous sommes éreintés, et à court de ressource, nous envisageons de nous reposer. Elentar récupère du fatras magique et dédaigne une petite broche à l’aura maléfique dont je m’empare. Je demanderai à Huclock de faire les présentations. Nous allons récupérer le Clou et examinons la situation de l’Ankouthéodule dans sa bulle. Il a les yeux mauves, grand ouverts et fixés sur nous. Pas d’inquiétude, nous avons encore du temps avant qu’il ne sorte de sa prison de temps figé. Sur ces considérations, nous partons nous coucher, après qu’Huclock ait fournit une nouvelle corde enchantée à Le, qui semble avoir repris de l’écaille de la bête. Nous nous endormons donc, sereins.
Le lendemain point, et Elentar est debout à l’aube. Il s’étire bruyamment, range son lourd grimoire dans son sac à dos et nous propose de descendre. Je n’ai pas fini de préparer mes sorts, les autres peinent à se motiver ; aussi esquisse-t-il un geste impatient de la main et déroule-t-il la corde qui mène à l’entrée du plan. Il revient quelques minutes après, hébété, le regard vitreux. Il me regarde benoîtement avec un grand sourire et m’adresse quelques mots bafouillés et incompréhensibles. Corax est perché sur son épaule, et pour un corbeau, il a l’air soucieux. Nous regardons par la fenêtre: trois immondes bestiaux se dirigent vers nous et prennent position juste sous l’ouverture du demi-plan : un Hezrou, une Nalfeshnie et un… Un Balor. Carrément. Bon, le combat s’annonce… rude. Nous commençons à établir un plan de bataille quand quelque chose nous dérange, quelque chose qui manque. Personne ne parle de les atomiser avec un quelconque objet donc nous ignorions jusqu’à l’existence, Elentar reste coi ! Corax nous annonce gravement que son maître est sous l’emprise d’une débilité. Aïe. Bon, première chose première, comme disent les elfes, nous devons soigner Elentar. Le combat promis semble assez peu réalisable avec lui, je n’ose imaginer sans. Corax nous indique qu’il a des parchemins à la ceinture, qui pourraient nous être utiles. Je me propose volontairement, noblement, bénévolement, de façon désintéressée et sans aucune arrière –pensée pour me jeter dans le havresac avec le corbeau, y chercher un salut quelconque. La compagnie accepte et personne ne souhaite me suivre, à ma grande surprise mais quand même avec un regard soutenu et menaçant de Soon et de Sierra. Bah, on ne vit qu’une fois !

Secret (Lados)

Secret (Hukloc)

De retour auprès de la compagnie, j’apprends qu’une pile de parchemins a été étudiée, et qu’un souhait mineur semble se trouver sur un parchemin de sept pages. Huclock s’apprête à la lire, et prend un soin tout à fait précis pour énoncer son souhait. J’aurais merdé. C’est pas pour moi la magie de précision. Elentar cligne des yeux et prend un air sérieux. Il pense quelques secondes.
« Vous vous êtes débarrassés des démons en bas ?
- … Non.
- Vous attendez quoi ? »

De la démocratie et de pourquoi nous ne l’appliquons pas

De retour, notre bon vieil Elentar ! Nous tergiversons sur la marche à suivre, puis il propose d’annuler la stase qui retient l’Ankouthéodule pour qu’il se jette sur les démons. J’approuve, Huclock aussi, mais Soon, Sierra et Mathrim ne sont pas de cet avis. Krasus et Fiiling hésitent. Pendant que Mathrim expose ses craintes, Elentar se concentre sur le sceptre du temps et en tourne une partie. « Voilà. J’ai annulé la stase ». Je me précipite à la fenêtre pour observer la suite, le demi-dragon derrière mon épaule, et Sierra attrape Elentar par le col et le soulève à un bon mètre de hauteur. A l’extérieur, le Chaos.
Le noir se fait, comme si toutes les bougies du couloir avaient été soufflées, et qu’une couverture encore plus sombre que l’absence de lumière les avait recouvertes. Nous discernons à peine dans un éclat violet une grande forme énervée pourfendre le Hezrou en deux. Puis, deux éclairs mauves comme deux coups de lame pourvus d’une énergie non naturelle fendent l’obscurité et le Nalfeshnie s’effondre en lambeaux au sol. Le Balor ouvre un portail et s’enfuit par là, pourchassé par l’Ankou qui hurle sa haine. Le sol et les murs tremblent, et le plafond s’effondre sur le demi-plan. Nous sommes au milieu des gravats. En théorie, s’il n’y a pas de place pour nous à la sortie du plan, nous devrions traverser la pierre jusqu’à la surface viable la plus proche, ce qui semble être, à mon avis… La salle du portail. Probablement sous bonne garde. Je soupire.
Mes camarades sont en train de débattre de démocratie quand je me retourne, et Sierra porte toujours Elentar à bout de bras. Las, je vais m’asseoir dans un coin et fait du feu. Je dénoue la longue bande de lin qui m’enveloppe, chargée de copeaux de cadavres, et je commence à la faire brûler en chantonnant devant les regards étonnés, méfiants voire scrutateurs de la compagnie. Elentar et Huclock regardent avec attention, ils risquent d’être déçus. Il nous faudra être prêt pour ce combat, et j’aurai probablement besoin d’une trame neuve. A la fin de mon rituel, je m’enroule de nouveau d’une bande de lin propre, puis nous mettons au point un plan d’évacuation. Elentar sortira ses mains du demi plan et tentera de modifier la zone pour en faire un ovoïde, résistant aux éboulis. Je me tiendrai prêt à lancer un mur de fer qui saura retenir d’éventuels cailloux récalcitrants. Il s’exécute, et semble très satisfait de son résultat. Effectivement, un dôme lisse se termine en ovoïde sur nos têtes, et nous pouvons enfin sortir du demi-plan, quelques secondes avant son expiration. Pour la suite, nous nous proposons de rejoindre directement la salle du Portail, aussi Elentar sort-il ses pinceaux et commence à tracer trois portes sur le mur, face à la salle visée. Nous les empruntons.

La salle du portail

Nous nous retrouvons dans une grande salle de près de quatre Fiiling au plafond, une cinquantaine de large et un immense portail de bois blanc sur une extrade au milieu. Autours de ce portail, une petite armée de démons tourne ses yeux vers nous. Une salle grouillante de la pire engeance des multiplans nous fait face, levant vers nous des yeux glauques, globuleux et surpris. Une quantité non négligeable de Dretchs constituent la piétaille de la masse, avec leur corps difforme et boursouflé; menés par une série de lieutenants plus impressionnants. Au menu, un Hezrou, un grand corps humanoïde aux allures de crapaud, couvert de pustules et à la musculature abjectement impressionnante; deux Glabrezus, d’immense araignées bleutées et répugnantes; deux Nalfeshnie, des sangliers difformes aux bras se terminant par des mains gonflées et griffues; et deux Marilith pour compléter le tableau de chasses, des démons au buste de femme sur un corps de serpent, avec trois paires de bras maniant chacun une lame suintante de mauvaises intentions.
Les généraux nous interpellent en Abyssal, et exhortent les Dretch à mener l’assaut. Ils s’y emploient avec zèle, mais la masse des démons mineurs ne nous impressionne pas tellement. Une Nalfeshnie s’enfuit par la porte du fond, probablement déterminée à donner l’alerte, et une Marilith lève les bras et nous fixe d’un œil mauvais. Du sol jaillissent des dizaines de lames tranchantes qui se mettent à danser dans les airs, séparant en deux la compagnie du Carafon. Mathrim, Krasus et Fiiling esquivent adroitement le danger, tandis que Sierra se retrouve balafrée mais ne semble pas accuser le coup. En revanche, elle, le barbare, le roublard et le moine sont maintenant isolés du reste du groupe par le mur de lames. Qu’à cela ne tienne, ils sont en position pour distribuer les baffes, et c’est ce qu’ils comptent bien faire! Mathrim tente le corps à corps avec un Dretch, mais ne parvient pas à trouver de point faible. Sierra et Filling tranchent dans le tas et commencent à réduire la masse grouillante, tandis que Krasus commence à malaxer un petit démon malchanceux. Du côté des mages, pour l’instant, tout va bien. Soon et moi avons incanté des sorts d’amélioration de nos alliés, Elentar vole et Huclock… Alors que le mage écailleux se concentre pour lancer un sortilège, un des Glabrezus crache dans notre direction et des étreintes imaginaires se resserrent dans nos esprits. Nous secouons la tête et elles disparaissent, sauf pour Huclock qui s’enfuit apeuré dans le coin en hauteur de la pièce. Zut. Les généraux s’approchent du combat alors qu’une des Marilith marmonne quelque abjectitude en sombreverbe, et une de ses lames se recouvre d’un voile noir et luisant. Probablement un baume guérisseur. La masse de démons arrive au corps à corps, et nos porteurs de glaives seront bientôt submergés. Ce qu’il y a de chouette avec les démons, c’est qu’ils se contrefichent du placement en combat. Je me mords la langue et souffle un nuage chargé de sang en direction de la masse d’engeances, et un torrent de sang acide s’abat sur eux, faisant fondre une grosse partie des Dretchs et attaquant la peau des lieutenants plus robustes. À la suite de cette manœuvre, Soon me prend le bras et nous traversons tranquillement la barrière de lames, par un artifice planaire de l’ermite nu. Elentar volette juste au-dessus des épées volantes et incante archimagiquement une boule translucide qu’il envoie faire péter au cœur de la mêlée. Il déforme la zone d’effet de sorte à ne pas toucher ses alliés, et un craquement formidable retentit. Une boule de son! Les quelques Dretchs restants sont véritablement déchirés par la puissance de l’onde, et le sol craque, mettant à jour les tuyauteries du portail qui laissent s’échapper de l’énergie positive par à-coups irréguliers. Mathrim et Fiiling mettent à mal les plus obtus des cogneurs d’en face, tandis que Sierra se démène comme un beau diable contre un Glabrezu et une Marilith au corps à corps. Le sanglier difforme se met à rayonner d’une aura noire et poisseuse qui semble affiner les coups de ses alliés, et l’autre Glabrezu tente de nouveau de nous rendre confus, sans succès cette fois. C’est alors qu’Il apparait.

Conflit des générations

Une immondice de près de trois mètres descend tranquillement les escaliers et nous toise d’un regard hautain. Ses jambes arquées terminées par de vils sabots son fines et habiles, une longue et fine mais néanmoins puissante queue fouette le carrelage à chacun de ses pas et son torse noueux supporte deux paires de bras pourvus de mains à trois doigts garnies de longues griffes vicieuses. Son squelette ressort à chacune de ses articulations en pointes mortelles, et d’immenses cornes vrillées et pointues ornent son front au-dessus d’un visage incarnant à lui tout seul toute la haine qu’un mortel puisse ressentir pour une seule engeance. Mon père, Zethemasil, est là. En abyssal, il s’adresse à moi.
“Ah, mon fils… Tu es encore plus pitoyable que la dernière fois que nous nous vîmes.
- Oh, Toi! C’est parce que c’est un couard ou un branleur qu’Orcus ne nous envoie que des sous-fifres?”
Je n’ai rien à lui dire. Mon sang bout. Je vais le tuer. Il va essayer de me parler, il va probablement me proposer de le rejoindre, l’idiot. Il n’a rien compris. Alors qu’il s’approche lentement de notre position, je lui envoie un message clair. Canalisant l’énergie du bâton sacré de Pélor, je lui envoie un rayon sacré. L’énergie positive révélée par la boule de son d’Elentar semble aspirée par l’artefact, et le rayon qui en sort dépasse mes espérances. Il perfore mon père de part en part, lui laissant un trou carbonisé au niveau du ventre. Il râle de douleur ; et de rage à la vue de son rejeton maniant un artefact qui lui est aussi peu familier. Le bâton chauffe dans mes mains, je ne sais pas si c’est bien normal. Non, Pélor, je ne suis pas une de tes brebis égarées, je ne le serai jamais. Mais je doute avoir, dans cette situation très précise, un allié divin aussi efficace que toi. L’Abject se dirige alors vers notre position et déploie son immense grimoire de ses deux bras inférieurs en agitant les autres dans une incantation frénétique. Je sens le regard paniqué d’Elentar se poser dans mon dos. Je l’ai aussi senti, il est en train d’incanter un sortilège de terraformation qui pourrait bien nous emporter tous! Je hurle à mes alliés: “Planquez-vous, fuyez. C’est personnel.” Et le combat prend soudainement un aspect des plus chaotiques.
Fiiling, en rage et en prise devant ses adversaires, entend mes paroles et se calme quelques secondes… Avant de pousser un hurlement d’une puissance inouïe.

Secret (Fiiling)

Ses peaux se tendent, craquèlent, et de larges écailles en émergent, des dents poussent dans la mâchoire et il grandit soudain, prenant un superbe aspect cuivré alors que de larges ailes de peau se tendent dans son dos. Il n’a plus rien d’humain en cet instant, et il ne me semble pas qu’il soit encore en mesure de discerner ses amis de ses cibles. Il déchire en deux coups d’épée le Nalfeshnie qui lui fait face, et se retourne vers Sierra au corps à corps avec la Marilith. Elentar, pour sa part, incante en un cône brillant de milles couleurs une série de rayons grésillant qui achèvent une des Marilith et les deux Glabrezus. Quant à moi, je m’approche tranquillement de mon père qui m’adresse la parole.
“Orcus ne sait rien, c’est un idiot. Rejoins-moi, mon fils, et ensemble nous règnerons sur les mortels et sur les mort-vivants!
- Te rejoindre pour que tu te dores la pilule pendant que je me tape la paperasse? Jamais!”
J’ai peur, je tremble. Je sais ce qui doit être fait et je ne ferai pas machine arrière. Mais je touche ma vengeance du bout de mes doigts, je ne dois pas rater mon coup.
Huclock continue de griffer confusément Elentar, et je lance un nouveau rayon vers Zethemasil. Encore une fois, le bâton aspire toute l’énergie positive de la pièce (y compris en partie du portail qui trône au centre), et vomit un rayon blanc qui déchire l’air en volutes ardents chaotiques sur mon père qui accuse encore une fois le coup. Une voix claire et profonde sort du bâton, et annonce en verbe de la création ce que Soon nous traduit comme “La longue marche commence!” Dans ma main, le bâton brûle et tanne mon cuir démoniaque. Mais je suis déterminé. Je renouvelle mon conseil à mes alliés de trouver une cache sûre, et Elentar se jette en avant, ouvre son sac et disparait à l’intérieur, suivit par toute la compagnie du Carafon à l’exception de Fiiling, toujours enragé et de Sierra, décidément incapable de laisser un allié derrière elle, fusse-t-il un danger immédiat pour elle (ce que Fiiling et moi-même sommes tous deux). Les démons majeurs se retournent vers mon traître de père et l’attaquent furieusement, visiblement mécontents de sa trahison d’Orcus. Je me fraie un chemin parmi l’amas de lames, de membres, de pustules et de griffes démoniaques et arrive devant mon père, sur le point de terminer son incantation. Un rictus malsain orne son visage. Le pauvre. Il n’a pas idée. Je me campe devant lui et inspire profondément.
“Père. Je te pardonne.”

Métal hurlant

Je lève le bâton au ciel et le brise en deux sur mon genou. L’infect arrête son incantation et hurle de terreur. Une sphère dorée apparait au niveau de la fracture, et une chaleur intolérable se fait. Toute l’énergie magique que contient l’artefact est libérée sous forme d’énergie positive, dans une immense nova qui balaye la pièce. De formidables craquements se font entendre et une lumière aveuglante emplit l’espace ; alors que mon corps las prend une décharge d’énergie positive bien trop forte pour mon propre bien. Je me sens aux bords la surcharge. Mon être vibre d’une énergie trop puissante qu’il est bien en peine de contenir. La nova est passée, les démons ont été soufflés. Il n’en reste qu’une vague poussière fine et blanche. Toute la chair du corps de Zethemasil a été déchirée de ses os, il n’en reste qu’une grotesque armature osseuse. Les deux morceaux du bâton, encore dans mes mains, pulsent de manière instable. Ça ne peut pas être aussi simple! Survivrai-je à la manœuvre?
Mais ce que j’avais tristement accepté avant même de le voir s’avère juste : mon père a atteint son but : la mortalité. Son squelette décharné tremble au sol, et commence à se relever en une parodie abjecte de demi-vie démoniaque, faite d’os, de crocs, de griffes, de pointes et de vilenie. Les deux morceaux de bois brut chauffent dans mes mains. Évidemment, Orcus avait préparé le coup… Mais moi aussi. Dans un élan d’émotion, je me jette sur lui et l’enserre dans mes bras. Les deux morceaux du bâton brûlent dans mes mains: une deuxième explosion d’énergie positive devrait avoir lieu. Elle ne devrait pas suffire pour te tuer; mais moi, oui. Et c’est là que tu te rendras compte que c’est ça la vraie force de la mortalité. Notre existence est bornée, aussi n’avons-nous pas le temps d’hésiter ; et je te jure, mon très cher père, que depuis que nous nous parlâmes dans cette petite chaumière, après m’avoir fièrement annoncé que tu avais déjà saboté mon existence, que toute ma vie serait dirigée vers cet instant présent. Et que j’ai tout fait, tout, pour que tu ne me survives pas.
Une sourde explosion retentit, et une petite nova finit d’emporter les deux bouts du bâton, injectant dans mon corps le trop plein d’énergie positive qui détruit mes muscles, mes nerfs, mes neurones et qui fait bouillir mon sang, brunissant légèrement les os du squelette. Alors que la vie me quitte, Zethemasil m’attrape de tous ses membres et pousse un rugissement triomphant. Et je sens dans ma poitrine mes os se briser, des aiguilles de chair et d’os qui se forment à partir de mon corps meurtri, et l’énergie magique que je gardais en réserve qui s’apprête à exploser. Une boule informe de sang, de fer, d’os et de toute la volonté qu’il me reste se forme dans ma cage thoracique, mon dernier recours contre cette pourriture. Mon dernier piège est là, mon père. Il nous emportera tous les deux.
Adieu.

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PabloMontoya PabloMontoya

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