Extinction

Les masques tombent ! (L'impédance du Narval)

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, 979 A.L.

Sommaire

1) Décisions, décisions…
2) Carlos, Big Bourrin.
3) Rose-des-sables, les citoyens d’horreur
4) L’invocation : quelque chose qui Cloche.
5) Ceci n’est pas le druide que nous cherchions.
6) Le bal des éléments : nous sommes de mauvais danseurs.
7) Le jour où Melkaya a bien faillit arrêter de tourner.
8) Confrontation tentaculaire.
9) Pélor, l’assassin.

Décisions, décisions…

Ethan met la main dans sa veste et en sort sa belle flasque argentée, qu’il semble vouloir tenter de finir cul sec. Prudent, il renonce et affiche quand même un grand sourire. Sa surprise n’a d’égale que sa joie, qui, elle, n’a d’égale que sa sagacité : le retour de Plouthlim est un excellent signe. Nous parlons quelques minutes du réveil énigmatique de la légende et le brillant paladin lui-même est assez perplexe quant à son passé chez les Nérulliens.
Sans mémoire de cette époque, Plouthlim semble toutefois convaincu d’avoir dit à Karel de l’éliminer ; sans toutefois comprendre pourquoi il en a fait de même avec sa femme et ses enfants. Alors que le croisé se questionne dans un émouvant élan de lyrisme sur la raison profonde du geste de Karel et sur ses noirs desseins (sic), Ethan hoche régulièrement la tête au rythme endiablé de la superbe grandiloquence du fameux héros plaqué or : lui-même ne comprend pas cet épandage de violence superflue. La prêtrise de Nérull ne suffit pas, quoiqu’en disent les plus pieux, je doute que le massacre soit pour eux un réel passe-temps plus qu’une étape pour arriver à un but. Enfin, le seul qui pourrait réellement nous renseigner à ce sujet est le principal intéressé, donc nous n’aurons pas la réponse tout de suite. Dans l’immédiat la situation dramatique du Refuge nous préoccupe de façon bien plus urgente… Lorsqu’ils apprennent que Orcus, un seigneur des Abysses s’y trouve, Plouthlim et Elentar échangent un regard circonspect. L’armée de Pélor, en route pour pourrir la vie des adorateurs du culte du vrai soleil, ne doit pas se diviser ; le Seigneur des Abysses est quand même vers le haut de la liste des priorités. Carlos semble pourtant plutôt déterminé à mener l’attaque, et d’après ce qu’on m’a raconté sur le bonhomme, il sera malaisé de le convaincre de rentrer à ses pénates. C’est ce que Plouthlim souhaite pourtant faire, aidé dans cette tâche par sa prestance, son bagou, sa force de persuasion qui frôle le divin, et par nous.
Il nous donne une tâche pour nous occuper en attendant : réveiller des paladins déchus, morts et enterrés depuis longtemps pour les combattre. C’est une idée sidéralement stupide mais la finesse d’esprit de Plouthlim, savamment dissimulée sous une épaisse couche de naïveté et d’héroïsme idiot, me laisse penser qu’il se moque indirectement de nous. Ou alors il est sérieux, mais…. je n’en suis pas sûr. Sont-ils fourbes, ces péloriens.
Il demande alors qui souhaite l’accompagner pour ramener Carlos à la raison et le convaincre d’annuler l’attaque vers les villages adorateurs du vrai soleil en Andoucia. Enfin… la croisade, plutôt. La raison est pourtant étrangement moins idiote que ce que je pensais : les adorateurs du culte du vrai soleil semblent avoir brisé un accord de non-colonisation des peuples de la région, et ont mené une campagne agressive de conversion forcée à leur religion. Carlos n’est pas, mais pas du tout d’accord, et je dois bien admettre que vu comme ça, une intervention est presque justifiée. Mais ce que les deux ampoules oublient de préciser, c’est qu’après la croisade, Pélor sera le dieu le plus vénéré de la région. Ce qui n’est pas non plus une façon très saine d’imposer un culte, pour peu qu’il y en ait une.
Bref, Carlos s’en va-t-en guerre, et nous allons lui aussi le couper dans ses plans. Plouthlim demande à la cantonade qui veut l’aider à convaincre le croisé qu’on m’a maintes fois décrit comme l’être le plus rigide et le plus inquisiteur de Melkaya, donc j’accepte. À vrai dire, Sierra et Soon ont déjà validé leur implication : Soon sur demande express du Paladin et Sierra parce que Carlos… Est son père adoptif. La présence de ces deux arguments de poids joue en ma faveur, et peut-être n’y aura-t-il pas d’occasion plus favorable de rencontrer ce fameux Carlos.
En partant, Plouthlim nous confie une mission rocambolesque : lui trouver une arme. Devant l’expression vexée de Fiiling (qui vient de lui prêter une de ses épées), il s’explique avec une diplomatie infinie.
« Je n’ai pas votre force, ni votre carrure, je ne peux pas manier aisément une telle arme. J’ai besoin de ma masse. Bien que légère et d’apparence malingre par rapport à votre impressionnant arsenal, elle a des qualités uniques.
Soon intervient.
-Elle est à la ceinture de Karel. Une autre idée ?
-Eh bien… oui. Une arme légendaire, qui aurait appartenu à un paladin héroïque, Kjovac Senman.
Hahaha. Le paladin fou à l’origine du donjon du temps. Décidément, c’est pas bon pour la soupière de faire le paladin. D’un commun accord, nous lui répondons sobrement que nous allons voir ce que nous pourrons faire.
Plouthlim siffle violemment, et un bruit d’ailes se fait entendre. Un Arrawak arrive, un espèce de vautour collé sous un vautour, en plus gros et en plus coloré. Celui-ci est pourvu d’une scelle. Plouthlim enjambe la bête et nous enjoint à faire de même ; nous nous exécutons avec notre flegme habituel : Soon se vautrant langoureusement sur les genoux du paladin, Krasus sautant sur le dos du monstre avec souplesse, Sierra me suppliant de revenir sur ma décision absurde de participer à l’excursion, et moi qui affiche difficilement l’air du mec résolu mais qui regrette instantanément son choix et qui est impatient que ce soit fini.
La Kensaï, le moine, le halfelin et moi nous attachons avec les lanières de cuir réparties le long du corps de la créature pour empêcher les passager de tomber, car comme Plouthlim nous l’a assuré : “C’est un animal de course!”. Il chausse d’ailleurs de lourds gants de cuir et une paire de lunettes fixée à son visage par une lanière de cuir plus ou moins élastique et sans vraiment prêter attention à notre confort, tapote affectueusement le cou de sa monture et lui commande de décoller.
Les ailes se secouent un peu et se mettent à vibrer. Puis elles se déploient entièrement et l’oiseau prend une position semblable à celle du chien en arrêt. Plouthlim fait claquer les puissantes ailes de l’animal et nous nous retrouvons propulsés dans les airs à une vitesse vertigineuse. Nous sommes plaqués contre le double vautour, qui agite bien paresseusement ses quadruples ailes. Une amélioration magique, probablement ?
Après une petite heure de trajet, nous apercevons au loin un campement frappé de soleils installé en plein cœur de la chaude garrigue. L’armée en place hurle des ordres à notre encontre, de menaçantes balistes commencent à être bandées vers notre direction. Un bon millier d’archers, et je distingue au moins autant de fantassins dorés avec leurs épées luisantes, sortant de leurs petites tentes de voyage.
Plouthlim semble moins intéressé par un atterrissage sûr que par un coup d’éclat, aussi fait-il lourdement poser son oiseau juste devant la tente de commandement écarlate, dans une clameur montante et un fracas d’armes.

Carlos, Big Bourrin.

Nous sautons au bas de l’engin et (pour ma part) regagnons nos esprits. Un cercle net de fantassins s’est dessiné autour de nous, entre discipline et perplexité.
Le lourd voile de toile rouge qui obstrue l’entrée de la tente se soulève promptement, et un être remarquable en sort. Le colosse qui s’extrait alors de l’ouverture est un homme des plus grands que j’aie jamais vu, et il s’agit bel et bien là d’une montagne de muscles. Le corps sur-athlétique de l’exalté est surmonté d’une tête géométrique aux contours finement ciselés par quelque carreur divin, et son visage carré et rigoureusement symétrique est dépourvu de toute excentricité esthétique, si l’on oublie cette gigantesque moustache d’une robe argentée respectable. Tout dans sa posture, son visage, son expression pue la rigidité et la moralité irréfléchie. L’armure luisante du croisé et les deux armes qu’il porte au flanc (une épée et une massue, je me rappelle avoir vu parler de ce style de combat dans un obscur vieux codex sur les expertises militaires) sont résolument marquées de symboles péloriens et présentent une teinte dorée clinquante. Et sur le coup, je regrette encore plus ma présence.
Pendant que Plouthlim range son équipement de course à sa ceinture, Carlos ouvre de grands yeux ébahis.
“Plouthlim?! (Apercevant Sierra) Toi? (puis Soon) Vous aussi?! (Son regard se fixe sur moi quelques instants) Mais comment est-ce possible?
Le héros de Pélor, les yeux encore tirés par son sommeil de près de trente ans, ou par un voyage à une vitesse supérieure à celle du son, pose les mains sur ses hanches.
- Eh bien oui, Carlos. Je suis là. Je suis revenu d’entre les morts. Ces aventuriers m’ont délivré de ma torpeur. Nous avons à te parler.
Carlos se remet de sa surprise et désigne la tente d’un geste théâtral.
- Eh bien ma foi, allons-y.
La foule s’est resserrée autour de nous. Les paladins de Rose-des-sables sont attroupés autour de notre groupe, agglutinés qu’ils sont par l’ennui militaire et cette curiosité si humaine. Je me dirige vers la tente de commandement. Alors que je vais en passer le pas, je remarque que le cadre de la presque porte est cerclé de symboles dorés probablement magiques. Nous y voilà. Assez certain de l’issue de mon geste, je franchis le pas de la porte d’un air gaillard.
Un craquement sec se fait entendre, et je ne peux plus bouger. Un bloc de glace s’est formé autour de moi et m’emprisonne presque intégralement. Seul mon visage est épargné, tourné vers l’intérieur de la tente. D’ailleurs, tous les commandants de l’armée de sont levés et ont tiré leurs armes, et s’avancent vers moi d’un pas prudent. Derrière, j’entends Carlos tirer ses deux armes. Joignant la parole au geste, j’entends sa voix musclée s’adresser à moi. Je le sens s’approcher d’un pas tranquille et franchement menaçant de ma croupe aux vents exposée.
“Ce système de détection repère les diables, les démons, et la plupart des saletés comprises entre les deux. Alors? Démon?
- Tieffelin, rectifiai-je, de façon peu assurée. Devant moi, quatre généraux attendent le coup de sifflet pour me le couper.
- C’est étrange. Le système ne devrait pas être aussi sensible. Ou alors, vous êtes vraiment corrompus par l’influence de vos ancêtres. Qu’en pensez-vous ?
- Eh bien, je ne sais pas, je vais laisser parler mes cautions morales. Sierra et Soon me connaissent, de même qu’Ethan, et j’ai aidé dans la résurrection de Plouthlim !
Sierra vole à mon secours.
" C’est vrai, je confirme qu’il nous a plusieurs fois aidés dans nos recherches!
- Tu es jeune, Sierra (encore ? Elle est jeune, ça veut dire qu’elle est bête ?), peut-être est-ce dans ses plans, et peut-être t’a-t-il berné. Et a-t-il vraiment aidé à sauver Plouthlim ?
Plouthlim prend le relai.
-C’est vrai. Puis, à mon intention  : à vous maintenant.
A moi ?! Il ne manque pas d’air! Le silence est clair : je n’aurai pas plus de soutien de sa part.
-Ces témoignages me semblent insuffisants.
J’entends un grésillement puis un raclement de métal, Carlos s’impatiente.
- Dans ce cas, demandez à Ethan, qui m’a confié ce brassard de protection !
- Il n’est pas là.
- Alors… Un moine de Rose-des-sables, un certain Yoji !
- Lui non plus. Et je ne veux pas prendre de risque.
J’entends des pas derrière moi. Il s’approche. Un raclement de métal. Je ferme les yeux. Adieu, monde loyal.
« STOP ! »
C’est la voix de Plouthlim qui résonne dans le camp entier.
« Je sais. Libérez-le.
J’imagine sans peine la mine incrédule de Carlos.
-C’est hors de question. Il est potentiellement trop dangereux. Et si ce n’est pas lui, c’est un objet qu’il porte. Nous ne pouvons pas risquer la sécurité du camp entier.
- Libérez-moi, et faites tous les tests que vous voudrez ! Tremblé-je.
Plouthlim a mis du temps avant de m’aider. Mais je le crois trop malin pour ne pas avoir profité de cet épisode pour se moquer discrètement de moi. Je ne sais pas ce qu’il a en tête, mais je crois être plus ou moins tiré d’affaire. Prudence, quand même. Pas de bêtise.
Carlos soupire.
-Bien, je vais vous libérer. Mais pas de geste brusque, nous allons vous fouiller.
Il part toucher une pierre au pied de la porte de la tente. Le mur de glace se résorbe et je suis de nouveau libre. Enfin, libre. J’me comprends. Je lève lentement les bras, et me défait de mon sac. Alors que je me retourne, je vois Carlos, toutes armes sorties. Un éclair relie fugacement les manches des deux armes dans un faible crépitement ; ce qui confirme un point déjà assez clair dans ma tête : le combat n’est pas une option. Alors que je recule lentement, un des généraux s’avance prudemment de mon sac. Plouthlim s’avance dans la tente. Un craquement se fait entendre, et dans un flash bleuté, Plouthlim se retrouve prisonnier de la glace.
« J’ai compris, je sais ce que c’est. C’est à cause des pierres. Mais aucun d’entre nous ne pourra passer. »
Les pierres de l’Ankou. Et il le savait, l’animal ! Je suis forcé de constater que Plouthlim n’est pas un héros pour rien. Mais nous devrions nous méfier de son aptitude à jouer la comédie  ; son rôle de héros intrépide et trop glorieux pour être malin est brossé à la perfection.

Sierra, Soon et Krasus se soumettent au test de la porte, et aucun d’eux ne passe.
Carlos soupire bruyamment, mais je le trouve quand même nettement plus patient que ce qu’on m’avait raconté. Il a rangé ses armes, et nous lui expliquons que le contact des pierres de l’Ankou a dû provoquer le déclenchement du piège.
- Eh bien, puisque nous ne pouvons pas vérifier avec certitude l’honnêteté de vos compagnons, faisons au moins les présentations. (Il me regarde avec insistance) J’aime savoir à qui j’ai affaire.
Il tend une main sûre vers Krasus. Ce dernier se présente. Puis il dit bonjour à Sierra, une de ses filles adoptives ; et à Soon avec qui il a déjà travaillé. Puis il me tend sa main ouverte. Je déglutis. Carlos est décidément quelqu’un d’impressionnant. Alors que j’attrape sa main, je ressens une étreinte des plus significatives. Son regard franc, droit, scrutateur et limpide se plante dans le mien, et je le sens me sonder l’âme. Il ne broie pas ma main dans la sienne, mais il me fait comprendre qu’il pourrait le faire. Le signe est clair, Carlos me met en garde. Je ne risque rien pour le moment, mais il m’éliminera sans hésitation au moindre dérapage. Puis il exprime tout haut cet avertissement.
- Je n’ai rien contre les Tieffelins. Je les considère à peu de chose près comme des humains. En revanche, les chiffres ne mentent pas. La plupart des gens comme vous sont des voleurs, des assassins. Je veux bien croire que vous êtes différent, mais ne trahissez pas cette confiance
- …. Je vais essayer. Je compte bien être une exception.
Il hausse les sourcils. Je crois que nous sommes « dans le clair » comme disent les elfes.
Il se penche une nouvelle fois vers la pierre posée près du piège et la triture. Elle semble perdre de son éclat  ; de même que les filigranes qui encadrent la porte. Le colosse se relève et nous montre la tente de la main  : nous y entrons sans plus de cérémonie, sous les regards méfiants des généraux réunis.
Plouthlim explique ses mésaventures ainsi que son réveil qu’il crédite sur Sierra. Il lui raconte les derniers moments dont il se rappelle, et assure son envie de revenir auprès de Pélor. Les généraux semblent radieux et Carlos est à son zénith ! Mais plouthlim termine son énoncé par le noyau dur de ce qui doit être fait  :
- … C’est pourquoi nous devons annuler la guerre.
Carlos sourcille.
- Vous n’y pensez pas. Ces fanatiques doivent être arrêtés.
- Avec un seigneur des Abysses au Refuge, ce n’est plus notre priorité.
- C’est impossible. La carte angélique ne s’est pas déclenchée.
Notre silence perplexe nous vaut une maigre explication : Dans le but d’équilibrer les forces du mal et du bien sur notre pauvre monde, à chaque fois qu’un trop gros morceau est envoyé d’en bas, un autre arrive d’en haut et vice-versa. La carte en question permet de garder trace des célestes gracieusement venu fournir le quota d’équilibre.
- C’est pourtant un fait. Et nous ne pouvons pas nous permettre de diviser l’armée de Pélor.
J’interviens.
- Il est possible que je me trompe, et ce que je vais dire peut paraître paranoïaque, mais peut-être est-il possible que ce nouveau culte étrange soit un moyen de diviser l’armée de Pélor en ce moment si délicat. Une croisade durera peut-être un an entier, pendant lequel ce qui se déroule actuellement ne pourra pas être contré par l’armée la plus unie de Melkaya.
Les péloriens ouvrent de grands yeux, surpris de mon intervention. J’ai probablement sorti une grosse ânerie. Ils semblent réfléchir un moment. Plouthlim reprend le flambeau.
- Dans tous les cas, nous devons lever le camp. Je vais parler aux soldats.
Sans prêter attention au regard colérique du chef desdits soldats, le héros sort de la tente, en compagnie de nous autres. Il se penche vers Soon et lui demande de l’introduire.
Soon, un immense sourire aux lèvres, s’avance dans la foule déjà massée sur place.
« Paladins, paladines, prêtres, prêtresses, péloriens ! Champion de Pélor, ancien paladin héroïque du dieu soleil, ennemi en son temps des adorateurs de Nérull, et revenu de son repos avec l’aide de la compagnie de Carafon, mesdames et messieurs, vous avez lu ses histoire, vous avez rêvé de ses aventures et vous connaissez tous son nom et ses faits d’armes légendaires  : Plouthlim, le protecteur ! »
Un tonnerre d’applaudissements accueille le paladin ravi. Il lève la main, et la martiale foule se calme. 
« Mes amis, mes frères, mes sœurs, le combat que nous allions nous préparer à livrer n’aura pas lieu. Nous rentrons chez nous. Mais pour bien peu de temps, car une autre guerre nous attend, plus importante que celle-là. Un seigneur des Abysses est parvenu à se hisser sur le plan matériel, et nous allons combattre son influence et sa corruption ! Soldats, pliez le camp, nous partons demain, dès l’aube ! »
Il rentre alors théâtralement dans la tente, laissant Carlos bouche bée. Le croisé se précipite derrière lui en vociférant des reproches bien sentis. Mais Plouthlim se défend  : il devait marquer les esprits d’une décision franche et marquer son retour dans le cœur des gens. Quel fourbe. Carlos ronchonne  : « … mais plier un camp comme ça demande trois jours, deux si on le fait dans l’urgence… »  ; mais Plouthlim n’en a cure.
Il vient vers nous. « Messieurs, je vous prête ma monture pour votre prochain déplacement. Dites-lui juste où vous souhaitez vous rendre. Il vous y conduira.
Sierra part en quête d’ordres.
- Devrons-nous faire quelque chose en attendant votre retour avec l’armée ? Préparer l’assaut, partir en reconnaissance, …
Elle est coupée par Ploutlhim.
- Vous pouvez continuer votre œuvre. Comme je vous l’ai dit, il y a d’autres paladins déchus et enterrés, si vous pouviez les trouver et les détruire, j’ai ici une liste…
Nous refusons poliment. Mais Plouthlim possède une liste de paladins déchus enterrés. C’est…. A peu près aussi curieux qu’inquiétant.
Carlos revient nous dire au revoir (surtout à sa presque fille). Il emmène d’ailleurs un peu Sierra à part et lui tend un objet plat de belle taille, emballé dans une étoffe. Elle retire le morceau de tissu et en extirpe un magnifique bouclier argenté frappé en son centre d’un soleil. Le guerrier prend la parole.
« C’est un cadeau pour toi. Il est capable de canaliser la fureur du soleil en un point très précis. Essaie-le. »
Il montre un buisson à quelques dizaines de mètres de là, en bordure du camp. La Kensaï lève le bouclier et se concentre quelques secondes, puis dans un crépitement caractéristique, une colonne de flammes s’abat sur le végétal maintenant châtié comme il se doit. Sierra semble connaître l’objet, elle remercie humblement son père et s’en équipe prestement. Puis ils reviennent vers nous.
Carlos nous serre la main une nouvelle fois et renouvelle son manège autoritaire. Cette fois, il me …. « rassure ».
« Ce qu’on dit de moi est exagéré. Je n’ai pas une collection de têtes de tieffelins sur des piques dans mes quartiers. Mais soyez prudent tout de même. Un tieffelin… hrpmf.  –Se tournant vers Soon- Vous avez décidément un effet curieux sur les gens. »
Le halfelin exécute une gracieuse révérence et le paladin tourne les talons. « Un tieffelin. Ah, la jeunesse… »
Alors qu’il part, je ressens une violente sympathie pour Soon dont la présence a sans nul doute sauvé ma peau. C’était risqué, mais c’était intéressant.
Nous retournons à dos d’Arrawak à Rose-des-sables, notre QG de circonstance, où nous retrouvons nos anciens compagnons, à l’auberge le temple de Pélor. Gwydion nous y rejoint !

- Missing : Que se passe-t-il entretemps pour Elentar et sa bande?-

Rose-des-sables, les citoyens d’horreur

Le soir se fait, chaud, dense. Nous discutons de nos trouvailles de la journée et sur notre implication dans le conflit à venir. Ethan nous rejoint et nous félicite pour nos exploits récents, et nous annonce une excellente nouvelle  : Glaniphe est de retour !
Nous décidons d’aller la voir, et la trouvons aisément à l’hôpital. Elle semble assez faible par rapport à la dernière fois que nous l’avions vue, mais cela est peut-être du à son séjour au centre de Melkaya. La magicienne est habillée d’une robe de très bonne facture dans les teintes boisées, et porte toujours sur son front le diadème spectral si reconnaissable. Ses yeux presque entièrement blancs sont à moitié fermés, comme si elle était perdue dans ses pensées.
La vieille Elfe est assise sur un fauteuil confortable et hausse un sourcil circonspect à notre approche.
Elentar s’adresse à elle.
- Bonjour, Glaniphe. Comment vous portez-vous ?
- Eh bien… Fatiguée, Elentar. Fatiguée. Mais je me remets plutôt bien de mes émotions. Le centre de Melkaya est curieusement assez peuplé, au final.
- Que pensez-vous de la situation du Refuge, et que pouvez-vous nous dire sur Kross ?
- Fort peu de chose, malheureusement. C’est un magicien de talent que nous avons accepté dans nos rangs il y a tout compte fait assez peu de temps. Un mage puissant, et assez étrange.
- Il s’agit d’un seigneur des Abysses  : Orcus.
Glaniphe ouvre ses grands yeux blancs sans pupille : elle réfléchit à toute vitesse.
- … Je comprends mieux. Eh bien, il semblerait qu’il ait le contrôle du Refuge maintenant.
Elentar croise les bras.
- Et nous allons l’attaquer. De front. Ou du moins, monter un siège.
Elle soupire, et parle sèchement.
- C’est une très, très mauvaise idée. Mais je vais vous aider, je ne pense pas que vous puissiez réussir sans mon aide.
Le sourire discret de notre enchanteur est assez révélateur. Mais de quoi, je l’ignore.
- Une question, Glaniphe, êtes-vous familière avec le portail vers le plan de l’énergie positive qui alimente le Refuge ? Il semblerait qu’il y ait un portail « jumeau », vers le plan de l’énergie négative, et on soupçonne qu’il se situe à Dreel. Qu’en pensez-vous ?
- Intéressant. Puis-je savoir pourquoi ?
- Le récent soulèvement de Dreel et l’avènement du règne du roi Léo est assez étrange. Nous soupçonnons qu’un procédé nécromantique permet à la région d’exploser économiquement  : l’agriculture est devenue nettement plus rentable depuis que le Magistèrium de Dreel produit la fameuse « poudre bleue » qui nous inquiète. Et vu que nous sommes assez connus sur place…
- … Vous vous dites que je pourrais enquêter. –Elle réfléchit quelques instants- C’est intéressant. Effectivement, ce Magisterium reste une boîte noire à nos yeux. Très bien, cela fait longtemps que je ne me suis pas rendue là-bas, j’irai sur place dès l’aube. Ils ne pourront pas me refuser l’accès ! Restez ici et attendez de mes nouvelles, n’allez pas attaquer le Refuge sans mon aide ni ces précieuses informations.
- Bien sur, Glaniphe. Nous ne sommes pas inconscients.
Les 1.5 elfes échangent un regard entendu et nous nous retirons, laissant la vénérable transmutatrice à ses pensées.
Nous retournons au temple de Pélor, et y trouvons Ethan qui nous dit que les citoyens de Rose-des-sables ont un cadeau pour nous.

Alors que nous nous rendons sur le parvis du temple, une petite foule est attroupée en bas des escaliers. Ils ont un cadeau pour nous ! Nos rudes efforts ont enfin porté leurs fruits, et les habitants de Rose-des-sables nous considèrent maintenant à notre juste valeur.
Alors que mes camarades se concertent pour décider de l’attitude à adopter, je m’avance, tout fier. Mais un pied demi-draconique se pose devant mes gros sabots et je tombe. Mes mains s’agitent et ne parviennent pas à trouver de soutien, mes jambes se dérobent sous moi et la gravité finit le travail  : je dévale l’escalier en boule, et atterrit sur le tas de badauds dans un bruit suspect de bois qui craque et de vaisselle brisée. Je me relève au milieu des passants, et m’aperçois que ma chute a été amortie par un petit paquet brun et une barre de bois brisée en son milieu. Le paquet présente maintenant une forme assez suspecte, et les habitants ont tous un air catastrophé. J’ouvre le paquet pour y apercevoir un magnifique service à thé… en pièces. Je lève la tête. Fiiling est en haut des marches, et je pourrais jurer qu’il affiche un air content. Je le hais. Je me rue près de lui et me plante devant ses trois mètres de muscles. Il ne scille pas.
- Excuse-toi.
- Non.
- Excuse-toi.
- TU es tombé sur ces gens. C’est ta faute.

Secret

J’incante rapidement et pose mes mains sur Fiiling, qui se retrouve transformé en souris. Je le confie à Soon, qui le laisse courir dans les mailles de son filet et sur ses épaules. Soon nous annonce qu’il pourra réparer l’objet le lendemain. Personne d’autre ne semble à même de le faire avec la délicatesse et la précision requise, même magiquement. Tant pis. Pour remonter le moral des troupes, et pour nous rafraîchir le gosier, je propose que nous allions tous boire un verre. Enthousiastes et assoiffés, nous allons remplir nos gosiers de la douce boisson azurée de la ville  : l’Azukr. J’espère ainsi faire oublier leur amertume à ceux qui nous ont si aimablement remerciés.
Imd n’est pas ici. Je vais le chercher  : il ne doit pas rater ça ! Il accepte difficilement l’invitation, mais je suis tenace. Il passera la soirée avec nous.

L’invocation  : quelque chose qui Cloche.

Nous allons nous coucher éreintés, et emplis de ce désir violent de reposer nos méninges après cette lourde journée si chargée. Mais le destin nous en veut, et à cinq heures du matin, un tremblement superbe se fait sentir et je me sens affublé d’une migraine disproportionnée par rapport à la quantité d’alcool ingurgitée la veille. La gueule enfarinée et le visage en bois, je me lève et me dirige vers la salle commune du temple où je retrouve un bon nombre des membres de la compagnie du carafon (des étoiles). Ethan est là aussi, la flasque à la main. Il est catastrophé. Il la retourne à l’envers et rien n’en sort  : je ressens en ce moment pour lui une énorme peine. Apparemment, quelque chose de grave est arrivé, et l’invocation a été coupée. Oui, l’école entière. Impossible d’invoquer quoique ce soit. Glaniphe et LZNM arrivent en courant et le magicien roux nous interpelle. 
- Eh ! Vous ! Vous avez senti ça ? Vous savez ce qui se passe ?
Non. Nous ne savons pas. Nous sommes aussi innocents que l’agneau qui vient de naître. Glaniphe suppose.
- Je pense que cela vient du Refuge. Je crois que le levier qui bloque l’Invocation a été activé.
Huclock, à la fenêtre, nous interpelle.
- On a peut-être un plus gros problème… venez voir.
Effectivement. Loin, très loin vers le Nord, à l’endroit où le Refuge devait se tenir, on discerne maintenant comme un point noir, une sorte de dôme obscur qui recouvre l’endroit. A une telle distance, nous en apercevons à peine les contours. Mais oui, c’est un problème. L’hypothèse de la transmutatrice semble se confirmer. Les deux réfugiés nous indiquent qu’ils devraient être en mesure de confectionner un mécanisme pour rétablir le courant, mais qu’ils manqueront d’une source d’énergie constante. Ah, si seulement nous avions en notre possession un objet capable de produire beaucoup d’énergie de façon constante ! Sierra a une idée. La cloche !
- J’ai un objet qui pourrait bien faire cela, dit-elle en montrant le lourd objet de bronze.
Les deux magiciens prennent un air prudent.
- Je ne suis pas sur que cette chose soit suffisante, soupire-t-il.
- Nous ne risquons rien à essayer.
- C’est vrai. Mais au niveau puissance… C’est équivalent à quoi ? Une boule de feu ?
Huclok répond, malicieux.
- Par rapport à une boule de feu de novice, un peu plus. Vous verrez bien.
Nous nous dirigeons en dehors de Rose-des-Sables pour leur montrer de quel bois Sierra se chauffe. Nous atteignons une petite clairière dans la garigue, à près d’un kilomètre de la cité. Sierra nous demande de nous reculer, ce que nous faisons sous les regards amusés de Glaniphe et de LZNM. Puis elle regarde autour d’elle, fait pivoter l’objet autour de son épaule et l’attrape fermement. Puis elle fixe un point dans le ciel et hurle.
« BURN ! »
Silence. Pendant un instant de flottement, mes compagnons et moi nous regardons, incrédules. Puis une lumière bleutée apparaît dans la cloche et un fin rayon aveuglant file dans les airs. Puis, dans une gigantesque explosion, la cloche vomit vers les cieux une coulée ardente de flammes apocalyptiques. Sierra est enfoncée dans le sol et une onde de choc file jusqu’à notre position. Nous subissons l’impact de plein fouet, et certains de mes alliés sont projetés au sol. Puis un gigantesque mur de flamme d’une hauteur vertigineuse s’étend dans notre direction  : l’air s’embrase !
Des gens sont au sol. Nous sommes en danger. J’arrache le col de mon vêtement. Vite. Le mur de flammes carbonise le paysage sur son passage. J’attrape le fil lâche de la scarification de mon épaule et je l’arrache dans une gerbe de sang. Un mur de glace zébré d’hémoglobine se forme autour de nous et nous recouvre, et craque sous l’impact des gerbes de flammes. La protection se fissure, puis tombe en morceaux après quelques secondes, et le flammes sont arrêtées, affaiblies, par le mur de force de Hukloc.
Le paysage est changé : tout est carbonisé à près d’un kilomètre à la ronde, et la déflagration semble s’être estompée aux portes de la cité. Glaniphe a cassé un des boutons de sa robe, activant un sort caché, et LZNM tient un parchemin déchargé à la main. Les deux ont la peau légèrement luisante, probablement quelque mesure de protection magique personnelle. Mes alliés se tiennent dans un cercle de sang calciné, et tout le reste de la faune et de la flore a été désintégré par l’innommable puissance de ce que je vais maintenant appeler le Glas. Au centre du cratère, une silhouette humaine, rouge fumante. Sierra.
Nous nous précipitons pour lui filer un coup de main, son armure est maintenant ductile, et nous devons faire attention à ce qu’elle ne se déforme pas. Soon et moi lui ôtons quelques pièces d’équipement les plus problématiques tandis qu’elle grimace de douleur.
LZNM se précipite vers elle. Il affiche un air…. Enfantin, on dirait.
« C’EST GÉNIAL ! C’est extraordinaire ! C’est….. c’est génial ! Combien ?
- Pa… pardon ? demande la Kensaï, la mâchoire en miettes.
- Combien pour la cloche ?! C’est extraordinaire ! Vous n’imaginez pas les implications théoriques de l’objet !
- Il n’est pas à vendre.
- Mais si ! J’ai 45 000 pièces d’or qui disent le contraire!
- Je ne le vendrai pas à vous, je n’ai pas confiance. Je préfère le garder sur moi, il est suffisamment dangereux comme ça.
LZNM est déçu, mais il est toujours enthousiaste. Glaniphe, elle, secoue la tête gravement.
- Ce ne sera pas possible. Trop de puissance brute. Ce n’est pas utilisable.
- Navrée. Mais je ne contrôle pas sa puissance.
- A ce sujet, Sierra, tu devrais arrêter de l’utiliser, intervient Huclock. La puissance de l’objet augmente de façon exponentielle, la prochaine fois sera encore plus impressionnante.
Glaniphe confirme.
- Effectivement, c’est aussi ma première impression. Et à ce moment-là, au vu de ce qui vient de se passer, tu risques de détruire l’atmosphère entière, donc Melkaya.
Nous apprenons alors qu’il existe une bulle climatique autour du Refuge qui pourrait réussir à contenir l’explosion, et Glaniphe avance cette solution en tant que plan au moins K.

Mais nous le conservons dans un coin de nos têtes. Nous retournons gaillardement à Rose-des-Sables, et cette journée commence sérieusement à me gonfler. De nouveau au temple de Pélor, nous nous restaurons. Alors que nous dévorons le repas servit par les novices, un étrange personnage fait son entrée.

Ceci n’est pas le druide que nous cherchions.

Un humain à la chevelure et à la lourde barbe constituées de racines épaisses comme mon pouce est entré dans le temple. Il est vêtu d’une lourde, très lourde tunique blanche, probablement plus adaptée à un climat frais. Le bas est aussi lourd que le haut, et le nouveau venu semble transpirer à grosses gouttes. Pas très étonnant. Il dit qu’il est venu nous parler.
“Bonjour madame et messieurs. Je me nomme Turean, et je suis ici pour rencontrer la compagnie du Carafon. "
Devant notre air étonné, il continue.
- La druidesse Agleraana m’a confié une mission  : elle m’a dit que l’équilibre de la nature était en danger et qu’il fallait y remédier. Elle m’a pour cela envoyé près de Kalsh, où il se passe semble-t-il quelque chose de louche. Je suis passé par Goulouka, où j’ai rencontré un certain Aartl qui m’a conseillé de vous retrouver et qui m’a mis sur votre piste.
Nous nous présentons sommairement. Quand je lui dis mon nom, il me tend une boule grise que lui a confié le capitaine de la garde de Goulouka, Legrand Aartl. Je ramasse le Palateur et le met dans ma poche, perplexe. S’il me le rend, c’est soit qu’il n’en a plus besoin, soit qu’il considère que j’en ai plus besoin que lui. Le deuxième cas est plus probable, mais aussi largement plus inquiétant. La compagnie du Carafon m’interroge sur le sujet, je leur apprends l’existence de ces objets, mais insiste pour ne pas qu’il quitte ma poche. Quant à son utilité exacte, eh bien… je ne peux pas les aider à ce sujet. Mais Turean continue son explication.
- Il semblerait qu’il coule en mon sang celui d’une famille noble de Kalsh, et que je puisse ainsi passer la barrière mentale qui protège la ville. Mais je n’y arriverai pas tout seul  ; aussi ai-je besoin de votre aide.
Krasus, avec sa subtilité naturelle, lui répond.
- Nous avons déjà pas mal de trucs sur le feu. Je ne sais pas si nous avons le temps de nous occuper de ça. Et ce qui se passe au Refuge est assez préoccupant.
- Bien sur, mais il semblerait que vous soyez suffisamment compétents pour m’aider, et je ne peux pas y aller seul.
L’équilibre de la nature me chiffonne un peu, comme pas mal de monde dans la compagnie. Mais il est possible que ce soit lié à ce que les élémentaires voulaient me faire faire. Je suis pour ma part assez d’accord pour aller voir ce qu’il y a à déterrer de cet endroit. De toute manière, ce nouvel événement au Refuge nécessite une nouvelle prise d’information. Mais Soon interrompt mon raisonnement.
- Excusez-moi, vous n’avez pas chaud dans votre tenue ?
- A vrai dire, si. Le climat est très différent de mon île natale. Je n’ai pas prévu de vêtements légers.
- Alors, prenez mon filet.
Et le halfelin déjà nu enlève sa seule parure –il se retrouve ENCORE PLUS nu- et la tend à un Turean décontenancé. Celui-ci refuse poliment. Et Soon insiste de la même façon. Apparemment, le nudisme ne lui plaît pas. Le temple de Pélor fournit au nouveau venu une tunique adaptée et nous continuons de parler de son problème. Gwydion s’interroge, avec un pragmatisme tout personnel :
- En fait, on a juste besoin de ton sang pour entrer à Kalsh ?
Turean hésite. Soon me jette un furtif regard en coin. Je tends le bras et me tranche le poignet avec un des nombreux bijoux coupants que je porte  ; et le sang coule à même le sol. « Tu veux du sang ? » dis-je, en profitant goulûment du spectacle de l’expression affligée du halfelin. Turean, pas encore acclimaté aux mœurs singulières de la compagnie du carafon, se précipite vers moi avec un récipient et me regarde de façon interloquée. Voyant que cela ne sert à rien, et en partie couvert de sang, il abandonne assez vite et lorsque j’arrête de saigner, je suis pris de légers vertiges. J’ai faim. Une belle flaque de sang gît maintenant sur le sol. Quelle idée stupide.
Alors que je cache difficilement ma faiblesse, nous ressentons un influx familier parcourir à nouveau nos corps. L’invocation semble avoir été rétablie ! Glaniphe et LZNM nous rejoignent promptement et eux aussi semblent l’avoir remarqué. Parfait. Elentar se propose pour aller explorer le nouveau Refuge, il sera de retour dans la nuit. Parfait. Éreinté, et pour le coup carrément exsangue, je m’endors ici, à même le sol.

Secret

Le matin se lève, et moi aussi. Quelque prieur est venu m’apporter une couverture pendant la nuit. La compagnie du Carafon se retrouve devant un petit déjeuner copieux, et Elentar nous raconte ses trouvailles. Grâce au Sceptre du Temps, le demi-elfe est passé en coup de vent voir ce Refuge transformé. Il semblerait que l’endroit soit maintenant recouvert par une grosse bulle noire aux reflets changeants. Un gigantesque portail, nous narre-t-il. Il estime sa largeur à près d’une dizaine de kilomètres, et nous annonce que lorsqu’on s’approche, des membres gluants et décharnés en sortent pour attraper l’imprudent. Orcus… Maître des morts-vivants. Je déglutis tout en supposant que le portail mène sur la couche des Abysses qu’il domine. Pour l’instant, nous n’en saurons pas plus, si ce n’est que l’attaque sur le Refuge devra attendre que l’on ait plus à se mettre sous la dent. Préparer une guerre contre une bulle noire et glauque ne paraît pas aisé…
Autre chose, semble-t-il. Alors qu’Elentar sort le bâton du temps, une flèche éthérée en sort, qui pointe le torse de Turean. Celui-ci exhibe alors une magnifique amulette d’un rouge profond. Apparemment, il s’agit là d’une relique temporelle qui lui a été confiée par Agleraana. Intéressant.
Nous allons nous occuper pour la journée, Elentar souhaite se préparer à d’éventuels prochains combats. Soon en profitera pour réparer le service athée offert par la cité. Sierra va purifier une âme, seule cette fois. Je m’en vais coudre.


Secret
Nous nous retrouvons le soir et décidons de notre plan d’action du lendemain avant d’aller nous coucher. Un consensus fort est trouvé, je rêve, sur le désert des roches dansantes et les éléments en galère. Parfait ! Nous allons donc nous coucher, sereins.
Le lendemain, Huclock me prête sa casserole de scrutation pour que j’essaie d’y trouver le symbole sur la pierre. Une simple mission de reconnaissance, martèlent nos alliés inquiets. Mhm. La casserole m’indique des coordonnées que je ne pense pas trop mauvaises. Je m’y rends donc en compagnie de Turean, Huclock et Sierra.

Le couloir de téléportation débouche sur une zone relativement tranquille du désert, et au loin, quatre grands monolithes effectuent dans les airs un ballet énigmatique. Les sept autres sont perdus dans des kilomètres de poussière, plus loin. Nous devons trouver la bonne pierre. Je me métamorphose en faucon et Turean en hirondelle, pendant qu’Huclock et Sierra volent et lévitent. Nous cherchons quelques secondes quand la voix de la Kensaï résonne à nos oreilles. « ICI ! ».
Effectivement, là. Un pentagramme dessiné à même une des roches en mouvement. Alors que je m’approche, une des billes, de couleur argentée, luit. Un symbole apparait dans la branche du pentagramme, un glyphe qui signifie « Métal ». Je le touche.

Le bal des éléments  : nous sommes de mauvais danseurs.

Je me retrouve instantanément dans une grande zone au sol bariolé, et aux dimensions infinies. Devant moi, un point au sol dont partent cinq demi-droites qui divisent la plate-forme en cinq portions égales. Je me tiens sur ma portion, sur un sol gris. A ma gauche, un sol bleu, puis un sol vert, puis un sol jaune, puis un sol rouge. J’attends. Dans un éclair, Huclok se retrouve sur la portion rouge. Puis Sierra apparaît sur la portion bleue, et Turean sur la portion verte. Nous partageons notre désarroi commun. Sierra tente de passer sa main au dessus de la séparation des zones, essayant de passer dans la mienne. Sa main prend une teinte noire et brillante, et devient rigide. Elle semble souffrir, et s’en va immédiatement. Elle fait de même de l’autre coté, vers Turean  : ses doigts se transforment en feuilles et elle retire sa main de plus belle. Étrange… Les élémentaires sont décidément bien hermétiques. Un tremblement se fait ressentir.
Dans un craquement formidable, le sol s’ouvre devant nous. Péniblement, une aile garnie de plumes de métal tranchantes s’extirpe de l’ouverture, suivie d’un corps luisant et hérissé d’épines. Le bec tranchant de la chose claque quelques fois dans le vide et son attention se porte sur moi. Je regarde autour de moi et m’aperçois que Sierra est debout, confuse devant une grande flaque avec des bras, tandis qu’Huclok volette au dessus d’un élémentaire de pierre ronchon et que Turean recule devant un grand arbre animé des pires intentions.
Pour protéger les éléments, il faut les combattre. Pourquoi pas ? En avant !
J’invoque mon lion de Foo, et je lui intime de charger la bête. De leur coté, mes alliés s’en sortent avec tout le brio qu’on était en droit d’attendre d’eux  : Huclok a piégé la chose derrière un mur de force qu’il tente de contenir, Turean a pris parti d’améliorer ses capacités à esquiver la chose qui l’attaque, et Sierra… eh bien… est trempée et sur la défensive. Nous ne savons pas trop quoi faire  : devons-nous les détruire, les briser ? Ou devons-nous tenter l’apaisement ? Si cela se trouve, nous devons être 5 de façon simultanée… Je ne sais pas trop quoi penser. Huclok commence à lâcher du terrain. IL nous annonce sa retraire et se téléporte. Turean non plus ne souhaite pas se battre  : il se métamorphose en félin, saute dans l’arbre, et disparaît de notre vue. Il est décidément plein de ressources, ce garçon ! Peut-être que si j’arrive à battre un des élémentaires, le système de défense sera désactivé… Je me mords la langue et crache dans les airs, et un nuage de sang corrosif fait fondre la masse de métal dans un grésillement ignoble. Sierra, de son coté, est prise dans les glaces. Je lui intime de se barrer chez Li Fu le plus vite possible, et elle acquiesce. Les morceaux de métal commencent à s’agiter et à se rassembler. Non ! Je ne peux pas le laisser faire ! Le lion de foo piétine l’ensemble, mais cela ne suffit pas. Part, Sierra, vite ! Tant pis, je tente.

Je pose ma main sur l’amas de métal, et canalise les plus sombres énergies que mon sang contienne. Un réseau de vaisseaux sanguins s’arrache de mon bras et se plante dans l’amas métallique, pour en absorber la puissance. Mais, horreur ! Les vaisseaux noircissent, et mon bras immobile prend une teinte noire et luisante. La douleur est atroce, et au sol, une partie des pièces de métal sont maintenant prises dans un conglomérat de chair informe. Je hurle. Sierra me voit dans cette situation, et s’inquiète de mon état. Je lui demande une nouvelle fois de partir, et après une courte hésitation, elle sort son verre. Elle rentre la tête dans les épaules, le regard fixé vers le corps aqueux qui lui fait face. Puis elle le charge. Alors qu’elle arrive au contact, elle arrache une partie du corps du monstre à l’aide de son godet, et d’une traite, porte le verre à ses lèvres… et disparaît. J’attends quelques douloureuses secondes, dans le sang, le métal en fusion et les tempes enflammées, mais rien ne se passe. Alors que je me concentre, j’entends une faible voix crispée  : « le rituel… n’est… pas… complet ! ». Message compris, je bois.

Je me retrouve au bar de Li Fu. J’ai mal. Je transpire. Je m’assieds sur le tabouret le plus proche et emplis mon verre de la liqueur la plus corsée qui me vienne à l’esprit. Alors que je commence à noyer ma douleur dans l’alcool, Sierra se précipite vers moi. Je suis décidément bien amoché, couvert de sueur et de sang, mon bras sectionné à mi-hauteur et remplacé par un membre de métal que je commence à pouvoir bouger et couvert d’un mélange de chair et de métal fondu. Je pense que mon bras métallique est temporaire, et que je devrais retrouver l’original d’ici peu. Je ressens des picotements dans mon poignet et dans ma main. Je commence à pouvoir la bouger… Bonne nouvelle. Une partie de la compagnie du carafon est là, et je vois au sol une flaque visqueuse prise de soubresauts désordonnés. Probablement ce que Sierra a avalé, et qui n’a pas voulu gentiment rester dans son ventre. Nous retrouvons aisément la majeure partie de la compagnie du carafon dans le bar intraplanaire de l’Illithid, et nous mettons au point un plan de rapprochement élémentaire assez clair. Dans tous les cas, il semble que Sierra et moi devions passer la journée ensemble, chez Li Fu. Les autres iront chercher notre druide disparu. Quand l’aube de demain poindra, Elentar, Turean, Huclok et Fiiling se rejoindront près du pentagramme. Elentar viendra nous donner le top départ et Sierra et moi retournerons dans nos galères respectives. Nous essaierons alors de communiquer avec les élémentaires, et ne chercherons pas l’agression. Un plan qui nécessite que je reste à la taverne intraplanaire picoler comme un zouave ? Je peux faire ça !

La Kensaï et moi appliquons donc ce fameux plan si soigneusement travaillé. Je la défie dans un concours de boissons rocambolesque, qu’elle accepte lorsque je lui dis que je dispose de sortilèges nous permettant de nous délivrer des effets de l’alcool. Nous parlons de tout et de rien, de notre situation actuelle, du danger que représente l’Ankou et de Werelnech’Barr. Je crois même qu’elle me félicite à demi-mot d’avoir « modifié mon comportement » dans le bon sens  : il semblerait que je sois devenu plus sociable et moins malveillant. Bah. Je ne me force pas. Cela fait juste bien longtemps que nous n’avons plus eu l’occasion de massacrer des gens… En tout cas, c’est plutôt positif. Et cela ne m’empêche pas de me faire battre à plate couture par le gigantisme de l’Azimarre qui supporte bien mieux la boisson que le pauvre pêcheur que je suis.
Nous passons donc chez Li Fu une nuit aussi avinée que reposante, et nous réveillons au matin avec Elentar qui nous prépare à l’arrivée de nos alliés. Ils partent de Rose-des-sables, et nous sommes encore quelque peu saouls. Nous attendons quelques minutes, et le demi-elfe réapparaît à nos cotés. Il a le visage en sang et la joue tuméfiée  : sa mâchoire inférieure pend lamentablement sous sa lèvre éclatée, mais il a l’air content. Ils ont trouvé le pentagramme (en pleine tempête de sable) et il a pris un parpaing au travers de la tronche. L’Azimare le soigne du mieux qu’elle peut. Une tempête de quérons ? Je veux voir ça !
Alors qu’Elentar disparaît, après avoir protégé Sierra de la glace (et lui-même du feu), la paladine commande un grand verre de Keffa, qui rend evri. Je la regarde patiemment vider son verre et prendre soudainement une teinte pâle, alors que ses yeux se couvrent d’un sombre voile de tristesse et de mélancolie. Pour ma part, je me lance un sortilège réparateur, et la regarde me jauger avec un profond mépris. Bah, je la soumets au même traitement  : un combat nous attend et elle risque d’avoir besoin de toutes ses ressources. Nous échangeons un regard entendu et vidons nos verres au sol.

Je vole, ou plus précisément, je tombe, ce qui au final est juste un synonyme dissocié d’une notion de contrôle assez surfaite. Je suis au dessus du désert des roches dansantes, dans les airs quelques centaines de mètres derrière un monolithe en suspension pris dans un immense nuage de briques de formes diverses en mouvement perpétuel sur lequel je reconnais difficilement le rouge ouaté d’Elentar et le métal brillant de l’armure de Sierra. Elentar touche la pierre et disparaît  : il a du trouver le pentagramme. Sierra est… loin. Je me métamorphose en arrawak et fond sur la paladine que j’attrape dans ma gueule pendant qu’elle invoque sa louve. Le canidé a dû se sentir assez désemparé, invoqué sur un caillou tombant au milieu d’une tempête de cailloux plus petits au beau milieu d’un désert hostile. Qu’importe, nous arrivons sur le pentagramme, que Sierra effleure au niveau de la branche prévue. Je la suis de près, toujours sous la forme du grand oiseau.

Nous nous retrouvons dans ce si étrange lieu duquel nous avions fuit tantôt. Quelques changements cependant  : si je suis toujours confronté à un grand oiseau de métal et Sierra à un humanoïde aqueux, c’est maintenant Elentar qui fait face à un grand Djinn de feu, et Huclok fait face au grand arbre animé tandis que Fiiling… piétine en hurlant un tas de cailloux dérisoirement éparpillés au sol. Fiiling ! Il n’a donc aucun respect ?! Je suis pourtant certain que nous ayons dit que nous allions essayer d’éviter le combat, et je suis presque sûr qu’il est actuellement enragé. Huclok tourne en rond autour d’une colonne de glace qui le sépare de son adversaire. Nous apparaissons juste quand Elentar finit d’incanter un sort qui aveugle le Djinn qui déchire l’air au hasard de ses deux sabres. Sierra se met en garde, et pare une vague déferlante qui lui arrive dessus. Pour ma part, je me concentre pour reprendre ma forme humaine et même si je conserve ma voix aviaire, je parviens à invoquer le lion de pierre qui me protège activement des assauts du grand oiseau de métal. Sous les pieds de Fiiling, le golem de pierre s’est reformé. Il lève un poing massif, et je pourrais jurer qu’il hésite. Je hurle à l’intention de mes alliés que nous devons attendre, et simplement nous défendre. Le demi-dragon lève sa gigantesque épée dévastatrice et arrête net son geste. Il fait un bond en arrière et désamorce son attaque  : je crois qu’il est redevenu maître de ses actes. Un instant de flottement accompagne notre nouvelle attitude, et les élémentaires semblent calmer le jeu. Après une poignée de secondes pleines de suspense, ils s’écroulent au sol et disparaissent de notre vue. Une silhouette apparaît, lévitant au dessus du point central. Une silhouette vaguement humanoïde et aux couleurs changeantes. Elle s’adresse à nous.
« Vous êtes gonflés. Vous arrivez directement à un des endroits les plus sacrés pour les puissances élémentaires, et vous vous permettez de détruire le système de défense !
Nous restons cois.
- Je suis désolé, mais vous allez devoir subir la pénitence du châtiment. Je serre mon poing ferreux Je rêve. Vous vous croyez où ?!
J’explose.
- Bon, on est là pour vous aider à la base, et ce sont les esprits élémentaires eux-mêmes qui nous ont guidés ici, alors la pénitence élémentaire, elle est un peu exagérée, non ?
- C’est comme ça. Je ne peux pas faire autrement.
Huclock intervient. Je boude.
- Bon, alors, on fait quoi ? On va pas partir sans faire ce pourquoi on était venus quand même !
- Rapprochez-vous, tenez-vous la main.
Nous avançons vers le centre de la zone et attrapons nos mains à travers les barrières qui séparent nos terrains de jeu. La douleur intolérable qui accompagne la déformation de nos membres aux contacts desdites barrière s’estompe rapidement, et dans un claquement sec, nous sentons une tension de défaire. L’apparition chromatique nous félicite et nous remercie.
- Merci. Vous avez empêché la disparition des barrières élémentaires. Temporairement, du moins. Au revoir.
Dans un grand flash blanc, nous nous retrouvons dans le désert des roches dansantes. Sierra soupire, et une grande main aqueuse apparaît et s’écrase sur sa joue. La pénitence élémentaire ? Des baffes de flotte ? Les esprits élémentaires sont de grands imbéciles, mais toujours moins que Fiiling. Nous retournons à Rose-des-Sables. Je suis d’une humeur massacrante. Sur la route, Turean et Huclok nous expliquent que les esprits élémentaires ne peuvent pas s’exprimer facilement : l’apparition grossière et stupide était une combinaison de nos personnalités. La « punition élémentaire » est représentative de notre sens de l’humour. Ceci n’améliore pas mon humeur.

Le jour où Melkaya a bien faillit arrêter de tourner.

Sur le parvis du temple de Pélor, nous racontons nos mésaventures à nos alliés. Gwydion rit, je le regarde de travers, il rit plus fort. Passablement éreintés et roublés par notre récent périple dans le plan des ingrats (une fraction curieuse du plan matériel, d’après Huclok, ce qui n’est pas en contradiction avec ce que je pense réellement des mœurs des élémentaires), la discussion s’échauffe assez vite. Nous décidons sagement d’aller nous restaurer dans le temple  : le soleil au zénith sonne le glas des nombreux gâteaux secs et filets de viande séchées accompagnés de fruits confits qui constituent la pitance qu’on nous sert plutôt aimablement.
C’est le moment que choisissent Elentar et Sierra pour minauder quelque mystère dont la participation de Sierra m’étonne autant qu’elle me rassure sur les intentions de l’enchanteur.
Ils nous reviennent avec une information majuscule, voire capitale, et c’est Elentar qui s’adresse à nous tous.
« Mes amis, Sierra et moi avons bien réfléchi à ce que je vais vous dire, et je crois pouvoir vous assurer ce que je vais avancer  : Werelnech’Barr est toujours en vie parce que c’est un Illithid. Et le meilleur candidat, c’est Li Fu.
Nos mâchoires se décrochant dans un silence assourdissant accompagnent avec brio l’air de contentement de l’enchanteur  : son effet est réussi. Sierra, moins théâtrale, ne laisse pas passer l’ange du doute  :
C’est en effet la conclusion qui s’impose  : si Werelnech’Barr est toujours en vie, et si comme l’a raconté Elentar –de la bouche de la personne qu’il a rencontré sur le plan des terres extérieures- c’est un Illithid, force est de reconnaître que Li Fu, ancien échappé des enfers (un « w » barré était gravé à coté de son nom) et capable de créer son fameux « bar entre les plans » est fortement suspect.
L’enchanteur étaye.
C’est aussi un magicien de génie, vu ce qu’il a su faire avec l’invocation et les verres qu’il nous a confiés. En outre, il porte une petite pierre de l’Ankou en sautoir, qui est censée être un «souvenir ». Il est ami avec beaucoup de créatures planaires qu’il peut très bien sonder simplement pour glaner des informations sur l’état de santé de la cosmologie. Et nous ne l’avons jamais vu sur le plan matériel, puisqu’il en est probablement banni.
Un exposé assez clair. Il est une chose que je dois reconnaître à Elentar, c’est que son sang-froid et sa capacité d’abstraction font de lui un allié de poids. En fait, ces deux aspects parviennent tout juste à compenser ses tendances au secret et à la rétention d’information. Le crédit de cette déduction revient donc à la collaboration surprenante entre Elentar et Sierra. Bien vu à eux. Mais je crois que de nous tous, celui qui tire la plus grande gueule, celui qui sent le plus le sol se dérober sous ses pieds et celui qui tombe paradoxalement de plus haut, c’est Turean. Qui en était resté à :
« Werelnech’Barr est en vie ?! »
Dans l’emportement, nous ne faisons plus bien attention à notre volume vocal.

Et nous apercevons une image grésillante de l’Ankou sous sa forme Telimektar. Il semble lutter contre les barrières du plan matériel pour s’incarner en Melkaya. Et sa voix se fait entendre, faible, mais précise  : « Aidez-moi…. »
Personne ne bouge, certains des membres de la compagnie du carafon ne lui prêtent même pas attention grâce aux triangles verts de protection. Mais Gwydion, lui, si. Il est serviable, et sympathique. Et je crois bien qu’il a reconnu Telimektar. « Bah, on va pas le laisser comme ça quand même, aidons-le ! » et se dirige d’un pas alerte vers la chose. Alors que nous nous précipitons pour l’interrompre, Gwydion tend la main vers le spectre grésillant et l’extirpe de son ectoplasme. Aussitôt, un craquement titanesque se fait entendre, bientôt suivit d’un hurlement de rage d’une puissance comparable à celle de vingt lions enragés. L’Ankou, puisque c’est de lui qu’on parle, apparaît dans toute sa superbe, nimbé d’un nuage ténébreux et intersidéral  ; la gigantesque créature de plusieurs mètres de haut s’ébroue et nous crache, les yeux noirs pleins de colère, la question dont la seule réponse a sur motiver son apparition parmi nous  :
« OU EST WERELNECH’BARR ?! »
Mes compagnons et moi sommes tétanisés. Le temple de Pélor tremble, et pourrait s’effondrer à tout éclat de colère de la bête, emportant avec lui tous ses habitants. La cité même de Rose Des Sables n’est certainement plus sûre, et moi-même, je ne me sens pas très bien. Succombant à l’excès de frayeur (je justifierai plus tard mon geste en parlant de « protéger la ville et ses citoyens »), je lui donne la réponse qu’il n’attend pas  :
-c’est Li Fu, le tavernier du bar entre les plans !
-OÙ EST CE BAR ?!
-Mais, je viens de vous le dire ! Entre les plans !
La créature explose de rage.
-IL N’Y A RIEN ENTRE LES PLANS ! »
Il prend sa respiration et hurle. Dans un craquement effroyable, les murs et les fondations du temple s’ébranlent. Ceux de nos alliés qui ne lui prêtaient pas attention sursautent maintenant et ont un cri de surprise en constatant la désolante apparition de l’Ankou au milieu de nous.
Nous sommes assourdis par la violence de l’onde sonore, et la créature se dirige vers la porte alors que nous tenons nos tympans martyrisés. Une fois à l’extérieur, l’Ankou regarde dans une direction qui semble au premier abord aléatoire, et s’y dirige d’un pas lent, mais décidé. Chacun de ses pas fait trembler le sol comme un troupeau de douze rhinocéros colériques et les maisons de rose-des-sables ne semblent pas bien supporter les vibrations. Certaines s’écroulent sous le choc, et les autres sont fuies par les habitants paniqués qui prennent leurs jambes à leur cou dans un instinct de préservation salutaire. Quelques dérisoires paladins se campent sur le chemin de l’horrible destructeur, mais subissent invariablement un sort peu enviable et assez salissant. Alors que nous nous hâtons pour venir observer la catastrophe, Sierra hurle quelque parole angélique et sa louve argentée apparaît, qu’elle charge d’aller sauver quelque insignifiant habitant au hasard de ceux qui ne parviennent pas à fuir. Je ne suis même pas sur que ce soit vraiment mieux que rien.
Krasus, pour sa part, laisse parler sa fougue. Il sprinte jusqu’à la position de l’Horreur qu’il dépasse, et se plante fermement devant lui, en position de défense mal assurée. Huclok fait de même, il volette au dessus de lui et tente de le protéger avec un de ces murs de forces qu’il réalise si bien. Mais l’Ankou lève le bras, et assène de violents coups de lames sur la barrière invisible, que j’imagine fort bien se fissurer en voyant le visage du mage écailleux se tendre à l’extrême. La protection magique cède, et le destructeur arme un nouveau coup redoutable. Mais la concentration de Krasus est totale. Je pousse un hurlement de frayeur en voyant le fil tranchant de la lame noire s’écraser sur la silhouette du moine.
Mais dans un instant de flottement, le spectacle auquel nous assistons nous coupe le sifflet. Krasus, plus bleu que jamais, se tient courbé comme sous le poids d’une incroyable masse, et tient entre le pouce et l’index la lame mortelle de l’Ankou. Je… je rêve ?! Il a paré le coup ?!
Mais l’Ankou hurle de plus belle, et lève de nouveau son épée. Son corps noir étincelle au soleil de plomb d ‘Andoucia, et donne à la créature toute sa prestance surnaturelle. Le coup fond de nouveau sur Krasus, mais se heurte à une barrière pourpre qui apparaît sur sa trajectoire. Quelqu’un se tient derrière Krasus. Quelqu’un que nous connaissons. Li Fu.
L’illithid semble concentré. Il hurle à notre intention.
« Vite ! Buvez ! Réfugiez-vous au bar ! »
Je sors mon verre de terre cuite et le remplit d’eau. Au moment où je le porte à mes lèvres, je vois Turean, le druide, penché sur une grosse amulette rougeoyante. Une vive lumière nous prend.

Dans l’emportement, nous ne faisons plus bien attention à notre volume vocal. Et nous apercevons une image grésillante de l’ankou en mode Telimektar. Il semble lutter contre les barrières du plan matériel pour s’incarner en Melkaya. Et sa voix se fait entendre, faible, mais précise  : « Aidez-moi…. »
Personne ne bouge, certains des membres de la compagnie du carafon ne lui prêtent même pas attention. Mais Gwydion, lui, si. Il est serviable, et sympathique. Et je crois bien qu’il a reconnu Telimektar. « Bah, on va pas le laisser comme ça quand même, aidons-le ! » et se dirige d’un pas alerte vers la chose. Mais Turean s’interpose avec violence, et bloque le roublard dans son action. Il nous dit d’un ton ferme et assez étonnant qu’il ne sait pas ce qu’il se passe, mais que l’elfe ne doit pas tendre la main à l’apparition. Toute la compagnie du carafon se retourne alors vers la chose, qui s’incarne dans un fracas assourdissant bientôt suivit d’un hurlement de rage d’une puissance comparable à celle de vingt lion enragés. Puis l’Ankou, puisque c’est de lui qu’on parle, se fond dans une boule de ténèbres totales. Une masse d’énergie( ?) dantesque se condense en un point infime de l’espace et j’ai bien peur que l’ankou nous emporte tous dans cette furie destructice. Adieu, monde … Adieu, le monde.
La sphère noire s’extrait du temple par le plafond en déchirant le toit de l’édifice qui retombe en petits fragments dérisoires de pierre et de bois. Et Turean nous conte à demi-mot, d’une voix d’outre-tombe, ce à quoi il a assisté avant d’utiliser son amulette pour remonter le temps d’une poignée de minutes. L’Ankou… Que faire ? Mais alors que je pense, je ressens une violente douleur dans l’œil gauche et la main droite. Une bille bleue tombe de mon orbite et ma main est à présent immobile et Krasus est mauve. La magie a disparu. Mon sang se fluidifie, et suinte tranquillement des mutilations que je me suis infligées. Je souffre.

Ethan arrive en courant, et se tient l’œil. Il en extrait une émeraude sanguinolente et se cache l’orbite vide avec la main. Il est catastrophé, d’aucuns le seraient pour moins que ça. Glaniphe nous rejoint aussi, péniblement. Elle halète, elle est couverte de rides. Elle se tient la poitrine et éprouve de grandes difficultés à respirer.
Nous lui amenons un fauteuil, et elle nous apprend qu’il lui manque 80% de ses poumons, habituellement remplacés par magie. Nous parlons quelques temps de nos problèmes immédiats  : l’Ankou s’est incarné temporairement, et il n’y a plus de magie. Après une dizaine de minutes cependant, l’afflux revient. Glaniphe respire de nouveau, et Ethan et moi rechaussons nos yeux respectifs. Avec un zonzonnement étrange, Krasus récupère sa luminescence bleue. Mon sang s’épaissit de nouveau et les saignements s’arrêtent. Alors que nous expliquons au vieux prêtre accablé notre théorie sur Werelnech’Barr, il examine avec intérêt le verre de LiFu que je lui confie. Il l’examine, et commence à gesticuler à coté, et marmonnant quelque chose. Je ne sais pas ce qu’il veut faire, mais c’est hors de question. Pas lui. Pas mon verre. Pas maintenant. Pas moyen.
Je me jette sur le prêtre et le plaque au sol. Allongé par terre, me répandant en excuses, je suis à califourchon sur le vieil homme dont la fiole a roulé sur le coté. Je la récupère et la lui tend, et il la débouche et la porte à ses lèvres d’un air las. Il s’excuse vaguement et nous continuons de parler.

Ethan, dans son coin, médite, l’air plus que soucieux et carrément triste. Il a vu beaucoup de choses récemment, et aujourd’hui l’Ankou s’est incarné, mettant en péril la trame même de Melkaya. Et nous, nous ne lui disons rien. C’est… dur. Je veux mettre un terme à tout cela.
Il se lève, et incante sur place. Un portail apparaît au sol, répandant une chaude lueur dorée alentour. Mes compagnons optent pour un consensus, nous allons confronter Li Fu sur ses origines. Enfin, eux. Parce qu’Ethan saute dans le portail. Soon le suit. Gwydion aussi. Turean suit le mouvement. Et moi… de même.

Confrontation tentaculaire.

Le portail se referme, toute chaleur s’est dissipée. L’archiprêtre, l’ermite, le négociant import-export et le druide ont bel et bien disparu. Huclok, Krasus, Elentar, Sierra et Fiiling se retrouvent seuls avec des prêtres perplexes, jusqu’à ce que Glaniphe arrive.
« Je reconnais ce portail, c’est un pouvoir d’invocation réservé aux plus puissants membres d’un clergé. Cela permet de rentrer directement en communication avec leur dieu.
- Eh bien, ils vont bien se marrer, commente Huclok.
- Pardon ?
- Rien. Dites, on a des choses à régler et je viens de tester, impossible de les communiquer ou de les localiser. Donc à bientôt ! »
Joignant le geste à la parole, la demi-compagnie du Carafon planta là les Péloriens, et se dirigea vers un endroit à l’écart. Là, ils burent dans leurs gobelets planaires, et se retrouvèrent à l’auberge planaire.

Une marilith jouait de quelques guitares, alors que “Charles” l’élémentaire d’énergie positive flottait paisiblement au-dessus de sa table. Karl, le diantrefosse, hocha la tête à l’adresse des aventuriers. Toutes sortes de créatures planaires vaquaient à leurs occupations. Le maître des lieux se dirigea vers les compagnons, avec son habituel
« Que puis-je faire pour vous ?
La compagnie lui rendit son salut, et Krasus prit la parole avec sa franchise naturelle.
- Bonjour tavernier, on a à vous parler ! Vous auriez de l’Alléhop ?
D’un geste de l’Illithid, le verre se remplit et le moine bleu heureux put commencer à tanguer.
- Euh, bien sûr, prenons cette table…
- Pas ici, le coupa Elentar. Dans votre bureau. »
Le tavernier plissa ses yeux fendus, méfiant.
La compagnie rentra dans le “bureau” de Li-Fu. Une pièce dépouillée, avec un parquet miteux et un livre de comptes ouvert sur un secrétaire de bois. Une étagère remplie de registres entretenus, avec pour seule décoration une tenture noire brodée de l’inscription dorée “Aux tentacules amicales”.
La porte se referma.
« Alors ? Que se passe-t-il ? Une nouvelle attaque des plans ?
- Pas vraiment, dit Huclok. C’est assez difficile à expliquer, parce qu’on est revenus dans le passé. Enfin, pas nous, on y est toujours. Mais un ami à nous. Mais disons qu’on sait quelque chose sur vous ?
L’homme lézard fit un sourire de toutes ses dents, et cligna difficilement d’un œil. Li-Fu haussa un sourcil inexistant. Sierra se mit à parler.
- Il est très dangereux de donner trop de détails. Disons que nous sommes quasiment certains de l’identité d’un certain grand magicien planaire ?
La paladine activa des zygomatiques atrophiés pour se composer un air entendu. Li-Fu haussa son second sourcil inexistant, et Fiiling prit le relais.
- Vous devez nous aider : vous savez que nous savons, et nous savons que vous savez que vous savons. L’auberge, tout ça…
- Et quoi, l’auberge ? Je ne comprends pas.
- Sauf votre respect, ne soyez pas de mauvaise volonté ! On n’a pas envie d’une autre, enfin d’une première incarnation de l’Ankou… »
Un bruit de déchirure et un hurlement étouffé retentirent. Le demi-dragon se tut instantanément, et l’Illithid et la compagnie échangèrent des regards inquiets. Elentar prit la parole.
« Je suis allé sur les Terres Extérieures, récemment. J’y ai appris qu’un certain grand magicien, supposément mort depuis huit cent ans, était toujours en vie, mais banni du plan Matériel. Avec mes compagnons, nous en avons déduit que vous étiez, euh, Wer’…
Un second fracas retentit, et les oreilles sensibles purent entendre un fugace “Je te maudis, destructeur de l’équilibre !”, et Huclok enchaîna.
- Walter. On sait que vous êtes Walter.
Toute la compagnie hocha vigoureusement la tête. Li-Fu ouvrit grand ses yeux, et se défendit :
« Donc d’après vous je serais Wer’… (craquement)… Walter. Et qu’avez-vous pour prouver ça ? Je suis tavernier, d’entre les plans certes, mais simplement tavernier.
- Nous avons eu une discussion du genre il y a peu, et l’Ankou s’est incarné sur le plan Matériel, répondit Sierra. Heureusement, les événements ont été annulés par un retour dans le temps, mais il y a un témoignage de confiance.
- Oui, continua Krasus. Et vous êtes venu en personne, et vous m’avez sauvé la vie ! Donc merci du futur. Mais maintenant plus de bêtises : on sait qui vous êtes ! W… Walter. »

Li-Fu regarda tous les membres présents de la compagnie, un par un. Puis son visage s’affaissa, et il soupira.

Alors, le monde se transforma.

La pièce s’agrandit, révélant un bureau rempli de grimoires, de plumes et d’encriers ; un symbole géométrique écarlate parcourait tout le plancher couvert de métal. Le plafond de bois disparut, inondant le bureau de la lueur de lointaines étoiles sur un ciel de ténèbres.
La tenture devint un couloir au bout duquel d’immenses installations alchimiques clapotaient, leurs tuyères argentées véhiculant toutes sortes de liqueurs et d’essences.

La tenue brune de Li-Fu avait laissé place à une longue robe mauve brodée de mots de pouvoir, des bagues étincelaient à ses doigts. La petite pierre de l’Ankou qu’il portait en pendentif était devenue une pierre complète, prisonnière d’un cerclage de métal vert.

« Vous avez raison. Je suis W… Walter.
Leurs doutes confirmés, les aventuriers sont secoués. Krasus parle :
- Alors c’est vrai ? Vous vivez caché ici depuis tout ce temps ? J’espère que vous avez une explication, et une qui tient debout !
Li-Fu soupire à nouveau.
- Je vais tout vous expliquer. Faites attention à ne pas mentionner mon nom, toutefois. Tout a commencé lorsque j’ai voulu obtenir la magie la plus puissante existante…
Huclok le coupe.
- Oui, oui, rapprochement des plans, densité de magie augmentée, piège pour le grand méchant gardien, piège semi-raté, magicien découpé. C’est la suite qui nous intéresse !
- Fort bien, je comprends. Je fus envoyé aux Enfers. Là, après quelques dizaines d’années mortelles, je négociais mon évasion avec mon gardien. Karl est maintenant un résident permanent de l’auberge, il n’a plus droit de propriété dans le plan Matériel, ou ailleurs. Lors de l’évasion, je changeai mon nom profondément, modifiant ma personnalité. Étant banni de mon plan natal, je décidai de fonder l’auberge où vous vous trouvez.
Sierra répondit.
- C’est impressionnant, mais quel était votre but ? Vous avez détruit un équilibre de milliers de milliers d’années, et vous restez ici ?
- Mon pouvoir est diminué. Les dieux eux-mêmes m’ont banni du plan Matériel, et tous mes conseillers sont morts ou disparus. Je dois garder le secret sur ce qui m’est arrivé, et par les voyageurs planaires, je parviens à me maintenir au courant.

Le côté “secret” fit couler une désagréable sueur froide dans le dos des compagnons. Krasus prit la parole.

- Ah-hem. Nos compagnons sont aussi au courant de votre identité, Walter. Qu’allez-vous faire ? Nous tuer ? »

Le mage interplanaire ouvrit grand les yeux, et compris le sérieux de la demande du moine. Il secoua la tête.

« Non ! Il y a huit cent ans, peut-être aurais-je fait ça. Et encore, sur la suggestion d’un de mes conseillers. La domination des autres ne m’intéresse pas, seul le pouvoir personnel m’enthousiasmait. Mais à votre place, j’essaierai de m’enfuir : je ne peux pas vous laisser faire ça. Vos gobelets sont désactivés.

Un lourd silence ne fut rompu que par Fiiling.

- Donc, on attend que nos compagnons s’inquiètent et nous rejoignent ?
- Tout à fait. En attendant, je peux vous faire visiter mes installations. Et vous, enchanteur, vous m’avez parlé de quelqu’un dans les Terres Extérieures ? Tout ceci est fort intéressant. J’ai matérialisé des chambres pour vous, exceptionnellement. Mettez-vous à l’aise…

Pélor, l’assassin.

Nous tombons quelques secondes et atterrissons sur un sol meuble et confortable, vaguement duveteux. Il fait chaud, très chaud, et très lumineux. Ethan nous regarde, aussi surpris que consterné.
- Je suis désolé, Ethan, de vous avoir suivi, dis-je. Mais je pense que nous vous devons plus d’explications au vu de ce que vous avez fait pour nous."
Soon confirme ma pensée.
- Effectivement, nous vous devons au moins ça.
Mais Ethan ne réagit pas, et porte sur son visage un air grave et fataliste. Et Gwydion de poser la vraie question.
- Ouais, c’est bien beau tout ça. Mais on est où, là ? Enfin, ça change rien, si vous me cherchez, regardez près de l’escalier doré.
Le vieux prêtre montre le paysage de sa main.
Des nuages. Un escalier doré. Un soleil au loin, très loin, brûlant. Nous sommes…
-… dans les Elysées. Plus précisément  : « dans » Pélor.
-… Et on peut en sortir facilement ?
Il exhibe son symbole divin qui finit de se consumer.
- J’ai bien peur de ne plus pouvoir faire cela…
C’est pas vrai ! Mais c’est pas vrai ?! Mais comment on fait pour toujours se mettre dans des positions pas croyables ! Comment c’est possible ? Qu’est-ce que mes compagnons ont fait au destin pour mériter ça ?!
Ethan ne nous rassure pas.
« Je suis venu demander conseil à Pélor. Vous de ne devriez pas être là. Mais bon, maintenant nous n’avons plus le choix. Nous devons avancer. Et prier… espérer que je sache plaider votre cause. »
Gwydion, qui essayait de desceller une marche en or adamantin de l’escalier s’arrête bien vite quand sa survie est remise en question. Il s’inquiète de la longueur de l’escalier, et reste interdit à l’écoute de la réponse  : une semaine. Prenons notre mal en patience… Façon de parler.

La température a atteint son paroxysme quand nous arrivons en haut. Mon cuir démoniaque me protège plutôt bien de la chaleur, mais celle-ci est perçante, cuisante, et impitoyable. Nous atteignons un plateau doré suspendu dans les airs sous le soleil gigantesque qui nous fait face. Nous regardons quelques instants la colossale boule de feu dans un silence respectueux, quand Ethan se retourne vers nous. Deux flammes vigoureuses ont remplacé ses yeux.
- Bonjour. Je suis ravi de vous accueillir.
Pélor ?! On va directement parler à Pélor ! C’est curieux, j’ai très nettement moins de trucs à lui dire depuis qu’il est en face de moi.
Soon et Turean répondent par un salut respectueux. Celui de Gwydion est lèche-bottes, le mien est plus discret.
- J’ai pris possession du corps d’Ethan pour vous rencontrer. Je possède tous ses souvenirs. Que venez-vous faire ici ?
Soon lui répond.
-C’est une erreur. Mais tant qu’à être ici, peut-être pouvez-vous nous expliquer deux ou trois choses. Quelle est cette zone dans le désert des roches dansantes où vous n’avez pas droit de regard ?
Le dieu soleil tente un « puis-je ? », et après un hochement de tête du roublard peu renseigné, avance une main sûre et étrangement immatérielle vers le crâne de Gwydion, y entrant comme dans du beurre. Il en extrait une petite bille argentée qui essaye de casser dans ses mains, sans succès. 
Pas moyen. Je ne sais pas ce que c’est mais vous seuls avez accès à vos souvenirs de ce qui s’est passé là-bas.
Nous ne sommes pas satisfaits. Soon continue à interroger le dieu.
- Et que voulez-vous dire par « nous sommes EN vous » ?
- Eh bien ce plan est une partie de moi, je suis le seul dieu sans avatar. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que je sois remplacé.
- Vous… allez être remplacé ?
- Bientôt, oui. Dans quelques siècles probablement. Je suis impatient de retourner dans le cycle des réincarnations, et de retrouver une vie plus… classique.
Pélor a le blues. C’est tout simplement psychotrope.
- Du coup, comment peut-on sortir de vous ?
- Trois possibilités s’offrent à vous. La première est de sauter au bas de la plate-forme, mais je ne vous le conseille pas. Personne n’est remonté pour raconter ce qui s’était passé. Vous pouvez aussi retourner dans le cycle des réincarnations. Je vous laisserai choisir votre réceptacle. Enfin, vous pouvez toujours accepter de sortir d’ici imprégné de mon essence. Changés. En bien.
En bien ?! Il manque pas de culot ! J’interviens.
- Et vous ne pouvez pas nous téléporter sur le plan matériel, tout simplement ?
- Malheureusement, je ne peux pas.
Il ne PEUT pas ?! C’est un Dieu, bien sur qu’il peut le faire ! Il n’en a aucune envie, ça je peux l’entendre. Mais qu’il ne puisse pas le faire est complètement absurde. En résumé, si les péloriens sont des radasses ultradirigistes et manipulateurs, c’est parce que leur dieu ajoute l’insulte du mensonge au crime d’ingérence.

Ah… ces dieux. Pélor nous assure qu’il ne peut pas nous ramener sur le plan matériel tel quels en raison d’un accord confus de réciprocité passé avec Nerull : s’il nous renvoie ainsi, l’autre peut faire de même avec des âmes qu’il peut choisir. Mais le deal qu’il nous propose est quand même foncièrement malhonnête. Enfin quoi, quel choix devons-nous faire ?! Pélor nous force, nous détruit ! Nous condamne en nous imposant sa marque ! Quelque soit notre choix, l’Infect nous condamne à mort, redéfinissant la totalité de nos existences, que ce soit par la négation de notre passé, ou celle de notre esprit. Je le hais. Que suis-je censé choisir ?! Que suis-je sans mon passé ? Un simple abruti orgueilleux et inexcusable. Que suis-je sans mon libre-arbitre ? Un pantin, un pantin à la merci des vents divins. La solution de sauter en bas de l’escalier m’apparait de plus en plus séduisante.
Mais non, je suis un mortel, et par définition j’ai peur de la mort. Je veux vivre pour raconter ça. Mais je ne peux pas me séparer de la poigne de mon père, je ne saurais pas vivre sans. Tant pis. Je serai touché par Pélor. Le « Bon » agite devant nous un bâton doré surmonté d’un soleil massif. Il nous dit de le prendre quand nous aurons fait notre choix. Gwydion et Turean hésitent puis choisissent la réincarnation, et Soon et moi choisissons l’autre option. Nous sommes pris dans un halo de lumière. Adieu, monde de merde.
Le soleil brûlant du début d’après-midi se reflétant sur les maisons blanches et le sabre brillant d’Andoucia offre à nos yeux un appréciable repos après la lumière insoutenable du faciès de Pélor. Je suis bon, ça y est. Soon est à coté de moi, et affiche un sourire à peu près aussi content que navré, ce qui m’amène à penser qu’il doit bien imaginer mon état d’esprit. Je fulmine autant que je peux mais n’arrive pas à percer l’aura apaisante qu’il dégage, et je me rends alors compte de quelque chose d’étrange. Le feu qui me ravage les tripes est toujours présent. L’empreinte de Pélor est… absente ? Non… Non, quand même pas. De sombres pensées me font frissonner, des idées de violences me semblent révoltantes… Mais pas au point de me les interdire. La marque de Pélor ne serait alors… Qu’un genre de guide personnel pour que l’on se rende compte d’actions maléfiques avant de les commettre ? Je… Je dois faire un test. Je pars m’isoler dans garigue sous prétexte de méditation et cherche une créature sans défense. Un écureuil fera l’affaire, le pauvre. Alors que je me livre sur la bestiole à des actes d’un sadisme insoutenable, je frissonne du dégout que je m’inspire, mais parvient tout de même à mes fins. Et alors que j’achève la créature en aspirant son énergie vitale, je ressens loin, très loin, quelque part sur le plan matériel, comme si un acte de bonté gratuite avait été perpétré. Couvert de sang et confus, je me lave un peu en imaginant l’origine de cette sensation, et arrive à deux hypothèses. En partant du principe que c’est lié à moi, soit la marque de Pélor lui permet d’intervenir quand moi je fais des saletés ; soit un être « opposé » à moi a été ramené par Nerull avec le même genre de marque et a désiré tenter la même chose que moi de son coté. Il aura nourrit un orphelin, j’aurais bousillé un écureuil.
Je retrouve un Soon étonné qui n’a semble-t-il pas réussi à retrouver la compagnie du carafon. Etrange… Peut-être Ethan aura-t-il plus d’informations ?

Nous retournons au temple. Le vieux prètre nous y accueille seul, et s’enquiert de nos états.
- Alors ? Que s’est-il passé ?
Soon et moi échangeons un regard surpris.
- Vous ne vous rappelez de rien ?
- Non. Je sais juste que Son esprit a habité mon corps quelques temps, sans que je puisse en garder un quelconque souvenir.
Je reste coi. Soon rebondit.
- Eh bien, il a accepté de nous renvoyer chez nous.
L’archiprêtre marque un temps d’arrêt. Je crois qu’il devine bien ce qui nous est arrivé. Il ne commente pas nos choix ni nos nouveaux attributs, et nous indique la position de nos alliés. Nous avons quand même perdu une semaine. C’est l’heure des retrouvailles.

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PabloMontoya Marchetti_Simon

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