Extinction

Malheur, Horreur et Mort
Le prix de la libération

Texte reconstruit d’après les journaux retrouvés du mage de sang ferreux, Lados

Sommaire

1) Le « Refuge »
2) Krasus, le cœur sur la main
3) On est ce qu’on mange
4) Terrence, le péniblemancien
5) L’or du rien
6) Le Refuge sens dessus-dessous, ou comment perdre la boussole
7) Le réveil difficile
8) De la démocratie et de pourquoi nous ne l’appliquons pas
9) La salle du portail
10) Conflit des générations
11) Métal hurlant

Le « Refuge »

Nous examinons quelques instants les corps déchiquetés des trolls que nous venons d’abattre. Rien ne reste, sinon la conviction que les trolls morts-vivants ne sont pas plus solides que leurs homologues encore doués de métabolisme. Rien à ramasser non plus, la totalité de l’endroit étant en piteux état.
Elentar inspecte la mare, Filling observe mollement le passage vers l’est, Mathrim enfonce divers objets dans les lourds mécanismes de la porte au Nord-Ouest et je pose mon bâton au sol. Au prix d’encore une autre remarque sur le fait que je possède le bâton de Pélor, je me concentre une poignée de secondes et demande au bâton de nous montrer la voie la plus sûre. Il s’exécute et un long filament doré et diffus s’extrait de la pointe de l’objet pour glisser doucement sous la porte que Mathrim tripote. Un peu surpris, le halfelin, mais il reprend aussitôt son travail. Il semble qu’il y ait bien un piège ici, et au moment précis où il nous le dit, un couinement métallique retentit et un ressort est éjecté de la porte.
L’instant de flottement passé, après lequel nous pouvons considérer que nous ne sommes pas tous morts dans d’atroces souffrances, nous nous engageons dans le long couloir qui suit. Elentar et Mathrim palpent les murs, et une odeur reconnaissable entre mille nous arrive jusqu’aux narines. Du sang! Nous restons perplexes quelques secondes, et soudainement de vilaines mais superficielles balafres viennent entailler nos corps. Etrange… Je jurerais qu’il s’agit là d’un effet de blessures mineures, mais pas de lanceur de sorts à l’horizon. Bah ; nous verrons. Tandis qu’une partie de la compagnie se réfugie courageusement en arrière, nous autres continuons notre progression. A l’issue du couloir, une nouvelle porte. En bois, et qui semble coincée. Mathrim analyse la porte, et lorsqu’il nous indique que nous pouvons continuer, je peine à discerner s’il a réussi à enlever un piège, ou s’il n’y en avait tout simplement pas. Nous poussons la porte, et nous retrouvons devant un spectacle ahurissant.

Krasus, le cœur sur la main

Des lits de pierre garnis de sangles retiennent d’infortunés humanoïdes dont les respirations saccadées parviennent à nos oreilles. Les murs, le plafond et le sol, ainsi que tout objet dans cette pièce sont couverts d’une pâte poisseuse dont la composante principale est assez clairement du sang. Les victimes sont couvertes de plaies béantes et desquelles s’échappe leur vie sous la forme de diverses humeurs nauséabondes, et la pièce est emplie d’une poussière poisseuse et rougeâtre en suspension dans l’air, et qui semble provenir d’une étrange machine placée en son centre. La machine en question ressemble à un entonnoir posé sur un baril de métal cerclé d’une quinzaine de petites pierres chargées de sortilèges… en cours d’activation ! Que quelqu’un détruise ce truc ! Fiiling s’empare de sa lourde épée et tranche efficacement l’entonnoir. Un bruit de rouage se fait entendre, suivit d’un autre, de succion celui-ci, et je ressens une vive douleur dans mon bras gauche. Une pustule apparaît sur mon biceps, puis crève et emporte avec elle quelques grammes de chair, de sang, et d’os. La douleur est formidable, et je tiens mon bras déjà en train de cicatriser de mon autre main tremblante ; mais je ne crois pas être la victime la plus à plaindre. Un bruit de tuyauterie percée accompagne la vision dérangeant du cœur d’un des pauvres hères, arraché de sa cage thoracique et propulsé en destination de la machine, que Krasus attrape en plein vol puis essaye naïvement de le réimplanter dans le buste de son malheureux propriétaire. Il pose ses deux mains croisées sur la blessure béante et appuie, à intervalles réguliers. « Respire, respire ! Allez, reviens ! Nous allons le perdre ! »
Alors, Fiiling achève l’objet d’un coup aussi vertical que définitif.
Nous nous précipitons au chevet des deux suppliciés restants : une femme-serpent qu’Elentar connaît sous le nom de Le, et un inconnu que nous ne connaissons donc pas. Fiiling aide ce dernier à se lever, mais nous nous apercevons vite que la douleur et les blessures auront eu raison de sa santé mentale : il nous regarde avec les yeux vitreux de ceux qui n’ont plus rien derrière. Et Krasus, revient vers nous, dépité : « Je l’ai perdu, je n’ai rien pu faire. ». Je ne pensais pas avoir besoin de lui expliquer d’une amputation du cœur était un processus médical un peu trop carré pour les amateurs. Je jette un regard sur le bout de viande inerte qu’il vient de tenter de ranimer. J’ai connu des bouchers plus respectueux de la chair qu’ils travaillent. Mais revenons à nos blessés.
Tout le corps de Le est contracté, comme si elle s’était figée en une méditation tout sauf sereine. Soon caresse lentement l’épaule de la suppliciée et elle se détend soudain, et nous regarde avec terreur. Elle essaye d’articuler quelques mots mais sa mâchoire inférieure manquante nous empêche de la comprendre. Nous la délions et Soon la soigne de sorte à ce qu’elle ne soit plus en danger. Elle nous apprend alors (en langage des signes) qu’elle fut attachée sur ce lit, condamnée à respirer sa propre chair, arrachée de son corps et pulvérisée par la machine présente. Elle respire difficilement et tousse régulièrement d’immondes glaires écarlates, comme si elle avait besoin de nous prouver la véracité de son histoire. Elle nous dit que le Refuge a soudainement été attaqué, et que cela fait un bon moment qu’elle est attachée là. Le temps se déroule plus rapidement dans les abysses que sur le plan matériel, et je suis pris d’un frisson à l’idée du temps que nous avons passé à ne pas résoudre la situation. D’après ce qu’elle nous dit, des patrouilles espacées d’une dizaine de minutes arpentent les couloirs. Ayant zigouillés les trolls, nous pensons avoir un peu plus de temps que prévu. Bien que l’alarme soit probablement bientôt donnée, si ce n’est déjà fait. La magicienne est toujours nue, et nous demande de quoi la vêtir. J’enlève ma tunique et la lui tend, elle la revêt avec hâte.
Elle nous demande par la suite de trouver et ramener son grimoire, dans une pièce au sud. Je lui invoque une corde enchantée dans laquelle elle et le légume pourront se cacher le temps que nous revenions, et nous nous mettons en branle vers le Sud-Ouest, ignorant la porte au Nord-Est. Le couloir bifurque plusieurs fois en direction du Sud-Ouest, et nous arrivons bientôt devant un croisement. Vers l’Ouest, l’atelier de Pliage de Glanyphe ; vers le Sud, la pièce où nous devrions trouver Le grimoire. Le bâton nous conseille l’Ouest, mais j’attire l’attention du groupe sur le fait que je ne sais pas exactement les critères qui font dire au bâton que son chemin est le bon ; et nous tombons de toute manière rapidement d’accord sur le fait qu’apporter son grimoire à Le peut la sauver de bien des désagréments. De plus, un pont en or nous barre la route ( ?), au-dessus d’un gouffre sans fin que nous identifions aisément comme les abysses. Après quelques tergiversations assez peu pertinentes, nous concluons que le passage mène vers un autre point du Refuge. Je pense qu’il s’agit d’une protection que les mages se réservent le droit de couper s’ils veulent envoyer toute une partie du bâtiment dans un autre plan ; un peu comme quand nous fumes envoyés dans l’espace par la maudite Tarc. Nous traversons le pont en or et nous retrouvons de l’autre côté, dans une pièce banale munie de trois portes, dont une vers l’est : vers la salle où le grimoire de Le doit se trouver. Et une odeur de sang titille nos narines.

On est ce qu’on mange

Nous ouvrons la porte après en avoir désactivé les éventuels pièges, et un spectacle encore plus terrible que le précédent nous attend. Cette pièce est mise en scène similairement à celle dans laquelle Le était torturée, mais celle-ci présente une différence majeure : des tubes sortent des orifices digestifs (le pluriel est important) des victimes et les relient à la machine en route. Derrière la machine, une molette à trois position annotées en Abyssal : « Drôle », « Très drôle », et « Hilarant ». Pendant que nos camarades observent la boîte, Soon, Sierra et moi constatons les dégâts sur les victimes. Trois lits dans cette pièce, et deux d’entre eux recouverts d’un tas informe de chairs en putréfaction et d’excréments. En revanche, le dernier accueille un bonhomme obèse qui déglutit irrégulièrement les immondes matières sanguinolentes et veinées de sombre qui arrivent par le tuyau qui s’enfonce dans sa gorge. Un haut-le-cœur me prend. Dans le mur du fond de cette pièce, un large démon informe et inerte est épinglé au mur par une immense lance enfoncée de plusieurs dizaines de centimètres dans la pierre.
Soon et moi tombons d’accord : Nous ne pouvons pas laisser le pauvre homme ainsi : nous tranchons les tuyaux, et l’infortuné mage vomi à grand bruit le contenu de son estomac, tandis que je lui tiens la tête et que Soon tente de le rassurer. Nous ne voulons pas encore extraire le tuyau : nous ignorons s’il est attaché à l’intérieur ou pas.
Mais Fiiling lève son épée sur sa tête, et l’abat à plusieurs reprises sur l’engin. La machine est détruite sous la furie du demi-dragon, et un grésillement menaçant inonde la pièce. J’incante un mur de glace en dôme au-dessus du captif dans l’optique de le protéger de la probable explosion qui arrive, mais il n’en est rien. Fiiling brise après quelques instants le mur de glace, nous indiquant que rien n’a explosé. Je ne suis pas habitué à ce que ça n’explose pas.
Un étrange petit carré flotte au-dessus des restes de la machine démoniaque : un portail.
Elentar sort le bâton du temps et en tourne la molette : il essaye de fermer le portail de la façon la moins spectaculaire possible. Mais deux indices assez clairs m’indiquent l’échec de la manœuvre : l’air de surprise contrariée qui se grave sur son faciès, et le fait que le portail grandit pour donner sur une immense mer de lave, dans laquelle une créature s’ébroue gaillardement au loin. La chose se rapproche alors qu’Elentar et Huclock cherchent la meilleure manière de fermer le truc, et alors qu’elle s’apprête à passer la tête dans le trou, Elentar tourne la molette du bâton, et le portail se met à vriller en spirale et une gerbe de lave en sort, qui s’apprête à inonder la salle. Je n’ai aucune solution de repli pour parer à ça, et les airs paniqués de mes amis m’apprennent qu’ils ne sont pas plus avancés que moi. Seul Huclock agite les mains frénétiquement, et alors que la vague de lave percute le voile invisible qu’il vient de poser dans la pièce, nous plongeons tous dérisoirement sur et sous les lits de pierre. Il vient de couper la salle en deux à l’aide d’un mur de force, nous sommes hors d’atteinte des flots brûlants. Bien vu, Huclock.

Terrence, le péniblemancien

La lave en fusion recouvre maintenant la moitié de la salle sur une cinquantaine de centimètres, le démon empalé nous est inaccessible. Nous nous occupons du gros mage en train de vomir ses tripes, au sens encore plus propre que le sens premier du terme. Nous apprenons par Elentar qu’il se nomme Terrence, et un air de dépit suivi d’un fugace mouvement de la tête nous indique qu’il n’est pas spécialement fan de lui. J’ôte le tuyau qu’il a dans la gorge, et une gerbe de sang accompagne le retrait. Je tends une lanière de cuir entre ses dents et lui conseille de serrer fort pendant que je retire l’autre. Il s’exécute, je m’exécute. Un hurlement étouffé se fait entendre, suivit d’un soupir de soulagement. Il se présente, Terrence, devin. Un rapide dialogue avec lui nous fait comprendre plusieurs choses : c’est une sacrée ordure, un couard, un voleur, un sans-gêne doublé d’un menteur d’une impolitesse telle que j’envisage de le rebrancher pendant quelques secondes. Juste comme ça. Pour le fun. D’après lui, Orcus a déjà gagné. Il a essayé de collaborer et prendre la place d’un de ses lieutenants, et le démon l’a attaché ici pour rigoler. Mais comme il le dit lui-même : « Je comprends, j’aurais fait pareil ». Il nous indique ensuite que son grimoire est dans le coin et qu’il souhaite le récupérer, nous indiquant la cache du grimoire de Le. Mais bien sûr.
Dans la cache, un grimoire, un kriss et un étrange bracelet représentant deux dragons emmêlés. Il continue de prétendre qu’il s’agit du sien, et nous lui proposons d’en parler avec Le. Il hausse alors les épaules et nous assène d’un « Fallait bien que j’essaye » assez peu mérité. Quel sac à …. Enfin. De retour devant Le, nous avons une confirmation de l’état d’esprit de Terrence le pénible : Le lui adresse un geste de la tête et il ne prend pas la peine de lui répondre. La voyant habillée, il exige des vêtements, que Soon lui procure (en l’occurrence son filet de pêche). Le nous explique alors qu’il n’a pas participé à la défense de la zone contre Orcus, il prétend qu’il était dans les couloirs. Il m’insupporte. J’invoque discrètement un serviteur invisible et lui demande de mettre les doigts dans les plaies du gros pénible qui nous fait face. Il commence à se tordre de douleur, et mes compagnons identifient assez rapidement l’origine de la farce. Même Le, sans la moitié inférieure de sa bouche, semble sourire et me fait un signe de main reconnaissant. Mais Soon et Sierra m’enjoignent d’arrêter mon cirque quand deux de ses blessures s’ouvrent de façon inquiétante. Soon les referme, et je demande au serviteur d’arrêter, puis d’attendre que nous soyons repartis avant de recommencer.
Mais c’est le moment que choisit Soon pour se faire remarquer. Il prend un air profondément las, probablement à cause de nos aventures courantes au royaume des ignobles, et prononce distinctement « Werel Nek-Bahr ». Nous nous figeons, et attendons. Rien ne se passe. Soon se tient la main devant la bouche, et nous explique qu’il a essayé par curiosité. Rien ne semble s’être passé, si ce n’est que l’homme au demi-cerveau, que je propose d’appeler Théodule pour l’occasion, a regardé l’apôtre de la paix d’une façon plus qu’agressive. Pour sa propre sécurité, vu que d’obscurs principes moraux nous empêchent d’ôter à Théodule une vie qu’il ne contrôle clairement plus, et sans savoir ce que nous allons faire de Terrence (le tuer me semble juste, le faire souffrir me semble mérité, dilemme), nous décidons de résoudre le problème en le reportant purement et simplement. Nous déployons donc à l’aide du sceptre du temps une bulle de stase autour d’eux. Habile, le Carafon !

L’or du rien

Nous laissons donc à Le une corde enchantée dans laquelle elle pourra se cacher et nous partons en direction de l’atelier de pliage, en quête d’un arsenal qui pourrait nous aider dans un futur très, très proche. Nous arrivons devant une bifurcation : au nord, le chemin indiqué par Pélor ; au sud, l’atelier de pliage. Elentar et moi ne parviendrons pas à motiver nos compagnons pour l’arsenal, aussi partons-nous vers le Nord suivre le bâton de Pélor plutôt que son porteur. Une nouvelle porte ici, sertie d’un superbe symbole de douleur inactif. Un piège pressant que Mathrim désactive sans aucune gêne, et la porte est ouverte. Le roublard se fige, et transpire. On sent à sa posture qu’il se contrôle –difficilement- et qu’il évalue un certain danger à courir et à se jeter… dans le tas d’or qui est amassé devant nous. Dans cette pièce, des étagères brisées et des auras magiques, maléfiques pour la plupart. Au centre, un tas d’or de 50 cm avec un cratère au centre sur lequel est posé un petit carré rose. Le nous rejoint alors et nous demande de venir jeter un œil à la stase, et plus précisément à Théodule.
Aïe, en effet, il a bougé, et ses yeux sont complètement pourpres. L’Ankou est donc bel et bien parmi nous. Nous estimons qu’il devrait mettre deux jours à en sortir, donc nous ne sommes pas réellement pressés. Après avoir osé rassurer Le sur la situation (sans parler de l’Ankou, bien entendu), nous reprenons notre exploration pécuniaire.
Des pièces d’or, donc, bennées en masse. Trois auras magiques, deux maléfiques, et des traces de sang qui souillent le sol de la pièce, jusque vers le mur au Nord. Une porte au Nord-Ouest, obstruée par un rideau semblable à une cascade. Elentar et moi (il a souhaité me suivre pour une raison que je ne connais pas) retournons demander quelques infos à Le : il s’agit de la trésorerie, et le rideau de flotte ne lui dit rien. De retours à la salle, nous portons notre attention sur le mur Nord. Nous l’étudions, le fouillons, le dépiégeons et la pierre du mur se fait molle, aqueuse même, pour se reformer plus loin en un couloir aux parois lisses que nous empruntons.

Le Refuge sens dessus-dessous, ou comment perdre la boussole

Au bout, une estrade en bois haute d’un mètre quatre-vingt occupe la quasi-totalité de la pièce dans laquelle elle est. Trois grands dômes de verre aplatis sont posés dessus, je peine à en discerner plus. Mais nos mages volants nous l’indiquent : il s’agirait là de la boussole mère ! Un dilemme assez dur s’offre à nous, je vais essayer d’en résumer les plus grandes lignes.
Tout d’abord, nous partons de la considération que les personnes qui nous ont envoyées ici n’ont pas déclenché l’alarme (Orcus nous aurait accueilli avec le respect qu’on nous doit, les autres doivent espérer qu’on mette le bronx avant de fuir). Dans cette optique, on peut considérer que le niveau de sécurité n’est pas extrêmement élevé. Ayant le contrôle de l’endroit depuis maintenant un petit moment, on peut s’attendre à ce que le démon ait dévoyé la boussole originale pour l’aider à ses fins, et ait fournit des boussoles à ses minions. La logique nous semble assez bonne pour tenter de saboter l’objet. A l’intérieur : de bien complexes mécanismes sont mus par l’énergie du portail qui alimente le Refuge, qui arrive par la machine par un long câble après un passage dans un coffret vert bouteille octaédrique contenant… Bien sûr. Une grosse pierre de l’Ankou.
Nous choisissons de la dessertir simplement, en espérant rendre la chose instable : le but étant de ne pas se faire découvrir trop tôt, ce qu’une immense explosion ne manquerait pas de faire. Nous nous préparons donc : Mathrim descelle la pierre, Krasus s’empare du coffre, Sierra et Fiiling trancheront les câbles que je tiens dans l’optique de les accoler afin qu’Huclock puisse lancer un sortilège de réparation pour les souder ensemble. Soon chante, Elentar se cache. Top à la vachette ! En une fraction de seconde les câbles sont tranchés et Krasus sprinte en dehors de la pièce suivit des deux tapeurs, je rapproche les deux extrémités en esquivant un rayon orangé qui produit un grésillement inquiétant en s’éclatant sur une série de diodes proches, puis Huclock appose ses griffes sur l’ensemble et soude le tout. Un gonflement étrange se forme dans le tuyau, et Huclock et moi cavalons alors que les mécanismes commencent à trembler et à émettre une chaleur suspecte, nous avons à peine le temps de passer la trappe qu’une formidable explosion retentit sur nos talons.
Nous volons disgracieusement au travers de la pièce et nous écrasons avec fracas dans la pièce aux pièces. Le tas a été soufflé et les confettis de métal ont valdingué au travers de la salle dans le chaos le plus total. Je finis ma course plaqué contre le mur du fond, soufflé par une déflagration arcanique des plus impressionnantes. Alors que je récupère ce qu’il me reste de dignité, deux formes éthérées s’approchent à pas pressés de notre position. Une espèce de grande elfe portant un énorme livre et à la peau pâle (mais bon, l’aspect éthéré y est peut-être pour quelque chose, la peau, pas le livre), et à ses côtés, Axl ! Celui qui devait être le guide de Med pour la réunion des élémentaires chez Li Fu !
Il ouvre de grands yeux, nous ouvrons de grands yeux. Il sourit et nous expose sa surprise, partagée, de nous trouver ici. Il nous présente son acolyte, une certaine Lüdnibell, celle-ci se tord en une respectueuse révérence. Il nous explique alors qu’il est « bloqué » entre chez lui et ce donjon, qu’il ne peut se téléporter qu’ici et que dès qu’il sort de sa demeure il se retrouve dans le Refuge. Il ne peut pas y rester très longtemps, il s’en retrouve éjecté après un temps aléatoire. Il est le responsable du démon épinglé au mur, et nous indique que la lance est un Clou. Une arme formidable, antique, artefactique et intelligentesque qu’il a trouvé à l’atelier de pliage, et qui sert à conserver l’âme et le corps d’une aberration si on l’empale contre une surface avec le bout pointu de l’arme. Pour le démon en question, il nous certifie n’avoir utilisé que l’aspect « bout pointu ». Très bien, une arme légendaire à disposition ! Fiiling sera ravi. Alors qu’il allait ouvrir la bouche pour nous expliquer leurs pérégrinations, les deux voyageurs éthérés disparaissent soudainement dans un claquement sec.

Le réveil difficile

Nous sommes éreintés, et à court de ressource, nous envisageons de nous reposer. Elentar récupère du fatras magique et dédaigne une petite broche à l’aura maléfique dont je m’empare. Je demanderai à Huclock de faire les présentations. Nous allons récupérer le Clou et examinons la situation de l’Ankouthéodule dans sa bulle. Il a les yeux mauves, grand ouverts et fixés sur nous. Pas d’inquiétude, nous avons encore du temps avant qu’il ne sorte de sa prison de temps figé. Sur ces considérations, nous partons nous coucher, après qu’Huclock ait fournit une nouvelle corde enchantée à Le, qui semble avoir repris de l’écaille de la bête. Nous nous endormons donc, sereins.
Le lendemain point, et Elentar est debout à l’aube. Il s’étire bruyamment, range son lourd grimoire dans son sac à dos et nous propose de descendre. Je n’ai pas fini de préparer mes sorts, les autres peinent à se motiver ; aussi esquisse-t-il un geste impatient de la main et déroule-t-il la corde qui mène à l’entrée du plan. Il revient quelques minutes après, hébété, le regard vitreux. Il me regarde benoîtement avec un grand sourire et m’adresse quelques mots bafouillés et incompréhensibles. Corax est perché sur son épaule, et pour un corbeau, il a l’air soucieux. Nous regardons par la fenêtre: trois immondes bestiaux se dirigent vers nous et prennent position juste sous l’ouverture du demi-plan : un Hezrou, une Nalfeshnie et un… Un Balor. Carrément. Bon, le combat s’annonce… rude. Nous commençons à établir un plan de bataille quand quelque chose nous dérange, quelque chose qui manque. Personne ne parle de les atomiser avec un quelconque objet donc nous ignorions jusqu’à l’existence, Elentar reste coi ! Corax nous annonce gravement que son maître est sous l’emprise d’une débilité. Aïe. Bon, première chose première, comme disent les elfes, nous devons soigner Elentar. Le combat promis semble assez peu réalisable avec lui, je n’ose imaginer sans. Corax nous indique qu’il a des parchemins à la ceinture, qui pourraient nous être utiles. Je me propose volontairement, noblement, bénévolement, de façon désintéressée et sans aucune arrière –pensée pour me jeter dans le havresac avec le corbeau, y chercher un salut quelconque. La compagnie accepte et personne ne souhaite me suivre, à ma grande surprise mais quand même avec un regard soutenu et menaçant de Soon et de Sierra. Bah, on ne vit qu’une fois !

Secret (Lados)

Secret (Hukloc)

De retour auprès de la compagnie, j’apprends qu’une pile de parchemins a été étudiée, et qu’un souhait mineur semble se trouver sur un parchemin de sept pages. Huclock s’apprête à la lire, et prend un soin tout à fait précis pour énoncer son souhait. J’aurais merdé. C’est pas pour moi la magie de précision. Elentar cligne des yeux et prend un air sérieux. Il pense quelques secondes.
« Vous vous êtes débarrassés des démons en bas ?
- … Non.
- Vous attendez quoi ? »

De la démocratie et de pourquoi nous ne l’appliquons pas

De retour, notre bon vieil Elentar ! Nous tergiversons sur la marche à suivre, puis il propose d’annuler la stase qui retient l’Ankouthéodule pour qu’il se jette sur les démons. J’approuve, Huclock aussi, mais Soon, Sierra et Mathrim ne sont pas de cet avis. Krasus et Fiiling hésitent. Pendant que Mathrim expose ses craintes, Elentar se concentre sur le sceptre du temps et en tourne une partie. « Voilà. J’ai annulé la stase ». Je me précipite à la fenêtre pour observer la suite, le demi-dragon derrière mon épaule, et Sierra attrape Elentar par le col et le soulève à un bon mètre de hauteur. A l’extérieur, le Chaos.
Le noir se fait, comme si toutes les bougies du couloir avaient été soufflées, et qu’une couverture encore plus sombre que l’absence de lumière les avait recouvertes. Nous discernons à peine dans un éclat violet une grande forme énervée pourfendre le Hezrou en deux. Puis, deux éclairs mauves comme deux coups de lame pourvus d’une énergie non naturelle fendent l’obscurité et le Nalfeshnie s’effondre en lambeaux au sol. Le Balor ouvre un portail et s’enfuit par là, pourchassé par l’Ankou qui hurle sa haine. Le sol et les murs tremblent, et le plafond s’effondre sur le demi-plan. Nous sommes au milieu des gravats. En théorie, s’il n’y a pas de place pour nous à la sortie du plan, nous devrions traverser la pierre jusqu’à la surface viable la plus proche, ce qui semble être, à mon avis… La salle du portail. Probablement sous bonne garde. Je soupire.
Mes camarades sont en train de débattre de démocratie quand je me retourne, et Sierra porte toujours Elentar à bout de bras. Las, je vais m’asseoir dans un coin et fait du feu. Je dénoue la longue bande de lin qui m’enveloppe, chargée de copeaux de cadavres, et je commence à la faire brûler en chantonnant devant les regards étonnés, méfiants voire scrutateurs de la compagnie. Elentar et Huclock regardent avec attention, ils risquent d’être déçus. Il nous faudra être prêt pour ce combat, et j’aurai probablement besoin d’une trame neuve. A la fin de mon rituel, je m’enroule de nouveau d’une bande de lin propre, puis nous mettons au point un plan d’évacuation. Elentar sortira ses mains du demi plan et tentera de modifier la zone pour en faire un ovoïde, résistant aux éboulis. Je me tiendrai prêt à lancer un mur de fer qui saura retenir d’éventuels cailloux récalcitrants. Il s’exécute, et semble très satisfait de son résultat. Effectivement, un dôme lisse se termine en ovoïde sur nos têtes, et nous pouvons enfin sortir du demi-plan, quelques secondes avant son expiration. Pour la suite, nous nous proposons de rejoindre directement la salle du Portail, aussi Elentar sort-il ses pinceaux et commence à tracer trois portes sur le mur, face à la salle visée. Nous les empruntons.

La salle du portail

Nous nous retrouvons dans une grande salle de près de quatre Fiiling au plafond, une cinquantaine de large et un immense portail de bois blanc sur une extrade au milieu. Autours de ce portail, une petite armée de démons tourne ses yeux vers nous. Une salle grouillante de la pire engeance des multiplans nous fait face, levant vers nous des yeux glauques, globuleux et surpris. Une quantité non négligeable de Dretchs constituent la piétaille de la masse, avec leur corps difforme et boursouflé; menés par une série de lieutenants plus impressionnants. Au menu, un Hezrou, un grand corps humanoïde aux allures de crapaud, couvert de pustules et à la musculature abjectement impressionnante; deux Glabrezus, d’immense araignées bleutées et répugnantes; deux Nalfeshnie, des sangliers difformes aux bras se terminant par des mains gonflées et griffues; et deux Marilith pour compléter le tableau de chasses, des démons au buste de femme sur un corps de serpent, avec trois paires de bras maniant chacun une lame suintante de mauvaises intentions.
Les généraux nous interpellent en Abyssal, et exhortent les Dretch à mener l’assaut. Ils s’y emploient avec zèle, mais la masse des démons mineurs ne nous impressionne pas tellement. Une Nalfeshnie s’enfuit par la porte du fond, probablement déterminée à donner l’alerte, et une Marilith lève les bras et nous fixe d’un œil mauvais. Du sol jaillissent des dizaines de lames tranchantes qui se mettent à danser dans les airs, séparant en deux la compagnie du Carafon. Mathrim, Krasus et Fiiling esquivent adroitement le danger, tandis que Sierra se retrouve balafrée mais ne semble pas accuser le coup. En revanche, elle, le barbare, le roublard et le moine sont maintenant isolés du reste du groupe par le mur de lames. Qu’à cela ne tienne, ils sont en position pour distribuer les baffes, et c’est ce qu’ils comptent bien faire! Mathrim tente le corps à corps avec un Dretch, mais ne parvient pas à trouver de point faible. Sierra et Filling tranchent dans le tas et commencent à réduire la masse grouillante, tandis que Krasus commence à malaxer un petit démon malchanceux. Du côté des mages, pour l’instant, tout va bien. Soon et moi avons incanté des sorts d’amélioration de nos alliés, Elentar vole et Huclock… Alors que le mage écailleux se concentre pour lancer un sortilège, un des Glabrezus crache dans notre direction et des étreintes imaginaires se resserrent dans nos esprits. Nous secouons la tête et elles disparaissent, sauf pour Huclock qui s’enfuit apeuré dans le coin en hauteur de la pièce. Zut. Les généraux s’approchent du combat alors qu’une des Marilith marmonne quelque abjectitude en sombreverbe, et une de ses lames se recouvre d’un voile noir et luisant. Probablement un baume guérisseur. La masse de démons arrive au corps à corps, et nos porteurs de glaives seront bientôt submergés. Ce qu’il y a de chouette avec les démons, c’est qu’ils se contrefichent du placement en combat. Je me mords la langue et souffle un nuage chargé de sang en direction de la masse d’engeances, et un torrent de sang acide s’abat sur eux, faisant fondre une grosse partie des Dretchs et attaquant la peau des lieutenants plus robustes. À la suite de cette manœuvre, Soon me prend le bras et nous traversons tranquillement la barrière de lames, par un artifice planaire de l’ermite nu. Elentar volette juste au-dessus des épées volantes et incante archimagiquement une boule translucide qu’il envoie faire péter au cœur de la mêlée. Il déforme la zone d’effet de sorte à ne pas toucher ses alliés, et un craquement formidable retentit. Une boule de son! Les quelques Dretchs restants sont véritablement déchirés par la puissance de l’onde, et le sol craque, mettant à jour les tuyauteries du portail qui laissent s’échapper de l’énergie positive par à-coups irréguliers. Mathrim et Fiiling mettent à mal les plus obtus des cogneurs d’en face, tandis que Sierra se démène comme un beau diable contre un Glabrezu et une Marilith au corps à corps. Le sanglier difforme se met à rayonner d’une aura noire et poisseuse qui semble affiner les coups de ses alliés, et l’autre Glabrezu tente de nouveau de nous rendre confus, sans succès cette fois. C’est alors qu’Il apparait.

Conflit des générations

Une immondice de près de trois mètres descend tranquillement les escaliers et nous toise d’un regard hautain. Ses jambes arquées terminées par de vils sabots son fines et habiles, une longue et fine mais néanmoins puissante queue fouette le carrelage à chacun de ses pas et son torse noueux supporte deux paires de bras pourvus de mains à trois doigts garnies de longues griffes vicieuses. Son squelette ressort à chacune de ses articulations en pointes mortelles, et d’immenses cornes vrillées et pointues ornent son front au-dessus d’un visage incarnant à lui tout seul toute la haine qu’un mortel puisse ressentir pour une seule engeance. Mon père, Zethemasil, est là. En abyssal, il s’adresse à moi.
“Ah, mon fils… Tu es encore plus pitoyable que la dernière fois que nous nous vîmes.
- Oh, Toi! C’est parce que c’est un couard ou un branleur qu’Orcus ne nous envoie que des sous-fifres?”
Je n’ai rien à lui dire. Mon sang bout. Je vais le tuer. Il va essayer de me parler, il va probablement me proposer de le rejoindre, l’idiot. Il n’a rien compris. Alors qu’il s’approche lentement de notre position, je lui envoie un message clair. Canalisant l’énergie du bâton sacré de Pélor, je lui envoie un rayon sacré. L’énergie positive révélée par la boule de son d’Elentar semble aspirée par l’artefact, et le rayon qui en sort dépasse mes espérances. Il perfore mon père de part en part, lui laissant un trou carbonisé au niveau du ventre. Il râle de douleur ; et de rage à la vue de son rejeton maniant un artefact qui lui est aussi peu familier. Le bâton chauffe dans mes mains, je ne sais pas si c’est bien normal. Non, Pélor, je ne suis pas une de tes brebis égarées, je ne le serai jamais. Mais je doute avoir, dans cette situation très précise, un allié divin aussi efficace que toi. L’Abject se dirige alors vers notre position et déploie son immense grimoire de ses deux bras inférieurs en agitant les autres dans une incantation frénétique. Je sens le regard paniqué d’Elentar se poser dans mon dos. Je l’ai aussi senti, il est en train d’incanter un sortilège de terraformation qui pourrait bien nous emporter tous! Je hurle à mes alliés: “Planquez-vous, fuyez. C’est personnel.” Et le combat prend soudainement un aspect des plus chaotiques.
Fiiling, en rage et en prise devant ses adversaires, entend mes paroles et se calme quelques secondes… Avant de pousser un hurlement d’une puissance inouïe.

Secret (Fiiling)

Ses peaux se tendent, craquèlent, et de larges écailles en émergent, des dents poussent dans la mâchoire et il grandit soudain, prenant un superbe aspect cuivré alors que de larges ailes de peau se tendent dans son dos. Il n’a plus rien d’humain en cet instant, et il ne me semble pas qu’il soit encore en mesure de discerner ses amis de ses cibles. Il déchire en deux coups d’épée le Nalfeshnie qui lui fait face, et se retourne vers Sierra au corps à corps avec la Marilith. Elentar, pour sa part, incante en un cône brillant de milles couleurs une série de rayons grésillant qui achèvent une des Marilith et les deux Glabrezus. Quant à moi, je m’approche tranquillement de mon père qui m’adresse la parole.
“Orcus ne sait rien, c’est un idiot. Rejoins-moi, mon fils, et ensemble nous règnerons sur les mortels et sur les mort-vivants!
- Te rejoindre pour que tu te dores la pilule pendant que je me tape la paperasse? Jamais!”
J’ai peur, je tremble. Je sais ce qui doit être fait et je ne ferai pas machine arrière. Mais je touche ma vengeance du bout de mes doigts, je ne dois pas rater mon coup.
Huclock continue de griffer confusément Elentar, et je lance un nouveau rayon vers Zethemasil. Encore une fois, le bâton aspire toute l’énergie positive de la pièce (y compris en partie du portail qui trône au centre), et vomit un rayon blanc qui déchire l’air en volutes ardents chaotiques sur mon père qui accuse encore une fois le coup. Une voix claire et profonde sort du bâton, et annonce en verbe de la création ce que Soon nous traduit comme “La longue marche commence!” Dans ma main, le bâton brûle et tanne mon cuir démoniaque. Mais je suis déterminé. Je renouvelle mon conseil à mes alliés de trouver une cache sûre, et Elentar se jette en avant, ouvre son sac et disparait à l’intérieur, suivit par toute la compagnie du Carafon à l’exception de Fiiling, toujours enragé et de Sierra, décidément incapable de laisser un allié derrière elle, fusse-t-il un danger immédiat pour elle (ce que Fiiling et moi-même sommes tous deux). Les démons majeurs se retournent vers mon traître de père et l’attaquent furieusement, visiblement mécontents de sa trahison d’Orcus. Je me fraie un chemin parmi l’amas de lames, de membres, de pustules et de griffes démoniaques et arrive devant mon père, sur le point de terminer son incantation. Un rictus malsain orne son visage. Le pauvre. Il n’a pas idée. Je me campe devant lui et inspire profondément.
“Père. Je te pardonne.”

Métal hurlant

Je lève le bâton au ciel et le brise en deux sur mon genou. L’infect arrête son incantation et hurle de terreur. Une sphère dorée apparait au niveau de la fracture, et une chaleur intolérable se fait. Toute l’énergie magique que contient l’artefact est libérée sous forme d’énergie positive, dans une immense nova qui balaye la pièce. De formidables craquements se font entendre et une lumière aveuglante emplit l’espace ; alors que mon corps las prend une décharge d’énergie positive bien trop forte pour mon propre bien. Je me sens aux bords la surcharge. Mon être vibre d’une énergie trop puissante qu’il est bien en peine de contenir. La nova est passée, les démons ont été soufflés. Il n’en reste qu’une vague poussière fine et blanche. Toute la chair du corps de Zethemasil a été déchirée de ses os, il n’en reste qu’une grotesque armature osseuse. Les deux morceaux du bâton, encore dans mes mains, pulsent de manière instable. Ça ne peut pas être aussi simple! Survivrai-je à la manœuvre?
Mais ce que j’avais tristement accepté avant même de le voir s’avère juste : mon père a atteint son but : la mortalité. Son squelette décharné tremble au sol, et commence à se relever en une parodie abjecte de demi-vie démoniaque, faite d’os, de crocs, de griffes, de pointes et de vilenie. Les deux morceaux de bois brut chauffent dans mes mains. Évidemment, Orcus avait préparé le coup… Mais moi aussi. Dans un élan d’émotion, je me jette sur lui et l’enserre dans mes bras. Les deux morceaux du bâton brûlent dans mes mains: une deuxième explosion d’énergie positive devrait avoir lieu. Elle ne devrait pas suffire pour te tuer; mais moi, oui. Et c’est là que tu te rendras compte que c’est ça la vraie force de la mortalité. Notre existence est bornée, aussi n’avons-nous pas le temps d’hésiter ; et je te jure, mon très cher père, que depuis que nous nous parlâmes dans cette petite chaumière, après m’avoir fièrement annoncé que tu avais déjà saboté mon existence, que toute ma vie serait dirigée vers cet instant présent. Et que j’ai tout fait, tout, pour que tu ne me survives pas.
Une sourde explosion retentit, et une petite nova finit d’emporter les deux bouts du bâton, injectant dans mon corps le trop plein d’énergie positive qui détruit mes muscles, mes nerfs, mes neurones et qui fait bouillir mon sang, brunissant légèrement les os du squelette. Alors que la vie me quitte, Zethemasil m’attrape de tous ses membres et pousse un rugissement triomphant. Et je sens dans ma poitrine mes os se briser, des aiguilles de chair et d’os qui se forment à partir de mon corps meurtri, et l’énergie magique que je gardais en réserve qui s’apprête à exploser. Une boule informe de sang, de fer, d’os et de toute la volonté qu’il me reste se forme dans ma cage thoracique, mon dernier recours contre cette pourriture. Mon dernier piège est là, mon père. Il nous emportera tous les deux.
Adieu.

View
Les colonnes de lumière ça fait mal aux yeux, mais pas que.

En italiques, extrait transcrit du poème en rébus de Fiiling, gravure du mémorial aux héros de la Passe des Scarabées.

Je me souviens

Je me souviens d’une colonne de lumière

De chevaux de lumière

De dragon avec deux culs-y

D’un repos bien mérité

Qui se finit dans les limbes

Avec des trolls sous stéroïdes

Qui ne m’ont pas ouvert en deux

View
Un geôlier légendaire, un ambassadeur, un dieu ancestral et quelques démons blagueurs.

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, avec suppléments de ses compagnons d’infortune, 979 A.L.,

Sommaire

1) Li Fu, le fourbe
2) Le tatoueur séculaire
3) Blowing in the wind
4) Les turpitudes du club Med
5) Un nouvel espoir
6) Paroles, paroles, paroles…
7) Au nom de tout ce qui est chair à nos yeux
8) Adinseth, la rencontre d’un dieu plusieurs fois millénaire
9) Adieux déchirants

Li Fu, le fourbe

Soon et moi cherchons nos compagnons. Pélor m’a laissé son beau bâton de marche, un bâton de bois luisant au bout duquel est fixé un soleil peint. L’ensemble est assez lourd et plutôt grand, la chose fait une bonne tête de plus que moi.
Ils ne semblent pas être à Rose-des-Sables… On nous indique la tente de Yoji, que nous allons consulter paisiblement. Ce dernier nous accueille avec une grande surprise, peu confiant que nous puissions arriver vivant de là où nous étions, ce qui renforce deux hypothèses : tout d’abord que le carafon est passé par ici (sans quoi il n’aurait pas su où nous nous trouvions), et d’autre part que même ses fidèles savent pertinemment que Pélor est d’une rigidité cadavérique. Il observe avec attention mon long bâton luisant, et je ne parviens pas à distinguer de jalousie dans son esprit. Peut-être un peu de surprise ? Ça, oui. De la surprise. Le vieil homme nous confirme alors que nos amis lui ont rendu visite et on disparu en buvant dans leurs verres. Discrets, les zouaves ! Je nous prépare le thé, puis nous prenons congé de lui. Soon s’assied contre un palmier pendant que je dégaine mon godet. Cul sec !
Chez Li Fu, la fête ne bat pas son plein. Je rencontre le bon vieil illithid qui m’invite à m’asseoir à une table avant de remonter dans « son bureau ». Fort bien ! J’y rencontre une portion de la compagnie du carafon, à savoir Elentar, Sierra, Fiiling ; tandis que Huclock bosse dans les labos de Li Fu et que Krasus est l’ambassadeur du plan matériel dans une assemblée visant à déterminer la violence de l’attaque des plans élémentaires sur le plan matériel. Je sursaute, déglutis, bois, transpire, ouvre de grands yeux ébahis, déglutis, ouvre de grands yeux effrayés, bois et ouvre de grands yeux amusés. Krasus, ambassadeur du plan matériel ? Je dois voir ça ! Mais pas si vite, nous avons un problème. Li Fu, alias Walter, alias Werelneck-Bar nous a….. Emprisonné ici, dans sa taverne intraplanaire ! Le fourbe, le sac ! Je ne me sens pas bien, quelque chose hurle dans ma poitrine. L’infect, il ose ?! J’apprends de mes camarades qu’il ne nous autorisera à repartir que lorsqu’il sera sûr que nous ne révélerons son secret à personne. Et il veut me faire promettre des trucs ?! Je fulmine !

Le tatoueur séculaire

Mais Huclock revient, fort de ses recherches, et a trouvé un moyen de nous coller un verrou mental, et qu’il lui faut un cobaye. Parfait, je me porte volontaire. Il précise que ce sera long et douloureux, je me porte volontaire. Il précise qu’il n’est pas sûr du résultat, je me porte volontaire. En avant pour une séance de tatouages. Entretemps, des nouvelles de Krasus, et des clarifications sur cette histoire : l’assemblée est tenue par des rebelles des plans élémentaires qui souhaitent saboter les inéluctables attaques de leurs coreligionnaires sur le plan matériel. Malheureusement, l’ambassadeur de nos miches réunies est porté disparu, et nous avons deux jours pour le retrouver… Sans quoi nous n’aurions pas notre mot à dire. Le mec en question est un certain Med, d’Aijun. Un dirigeant d’un grand empire du coin. Le bon roi Léo a au préalable été convié, mais n’a pas voulu venir. Il doit avoir autre chose en tête que le plan matériel ; il a bien raison de laisser ça aux professionnels.
Mon intérêt pour cette mission est moindre : je souhaite avant tout me barrer d’ici. Je m’isole avec Huklock, non sans avoir grogné sur Li Fu qui nous prête quand même un local. Il prend de bien prophétiques précautions, cet ancestral mage légendaire, après nous avoir expliqué que la magie des runes était bien trop instable et dangereuse pour qu’il ait envie de regarder de plus près. Fourbe, mais pas sot ! Tant pis pour lui, la bise de la liberté me chatouille déjà les moustaches. Huclock marmonne en gribouillant sur un morceau de parchemin qu’il me tend : le motif du tatouage sera hideux, mais il ne devrait pas me dévisager. Allez, le lézard, à l’œuvre ! Les deux heures d’après, qu’Huclock aura passé à me labourer le dos de ses griffes pendant que je vomissais sur le sol, se montrent particulièrement désagréables. Surtout lorsque, alors que je poussai un râle de douleur quand la griffe du graveur effleura un nerf un peu trop curieux, Huclock dérapa et balafra mon dos d’une gouttière profonde et nette. Il réfléchit quelques instants, puis reprit son travail.
Alors qu’Huclock s’essuie les pinceaux, je me redresse, et mon dos irradie d’une chaude lueur violette. Le mage écailleux teste son tatouage par de fines questions ciblées, et semble satisfait du résultat. La balafre est nette, mais ne semble pas gêner le processus magique de l’ensemble. Je file chez Li Fu, bien décidé à ne pas répondre à ses questions. Il m’examine, longuement, pendant que je le couve d’un regard haineux ; puis semble satisfait. Il réactive enfin mon verre.
Je retourne en courant à la table du carafon, et je leur souhaite les adieux dans un patois de l’Ouest de Kalsh.

Blowing in the wind

Pop, je reviens à Rose des Sables. Ah, douce liberté ! Je sens le vent chaud balayer mon faciès avec l’espièglerie de la mésange agile. Ah, Li Fu… Que le joug que tu nous imposas me fut insupportable les quelques heures que je le subis ! J’en garderai rancune, sois-en certain. Je me retrouve donc devant un Soon nu (entièrement cette fois, c’est-à-dire plus que d’habitude, c’est-à-dire avec son filet posé à ses cotés) toujours adossé à son arbre, entouré d’offrandes. Devant mon air surpris et amusé, il se défend. « J’ai déjà fait deux tournées de distribution. Et j’ai indiqué l’endroit aux mendiants du coin. » Ah, je comprends mieux ! Mais quelle popularité… des cheveux soyeux, un teint hâlé, un sourire ravageur… Soon, quel est ton secret ? Un vieil homme arrive et nous présente une boîte de gâteaux de riz sucrés. J’en prends un, flatté, avant de me rendre compte que ça ne m’était peut-être pas destiné. Tant pis, Soon n’a pas faim. Je lui explique tout de même la situation, et que je vais retourner au bar de Walter aider la compagnie du Carafon à retrouver Med. Sans douter de leur compétence, je n’aimerais pas qu’il leur arrive malheur.
J’attends donc quelques temps en compagnie agréable du pacifiste poilu et je retourne au bar, alors que ce dernier regroupe de nouvelles offrandes dans son filet et me dit repartir pour un tour de distribution. C’est beau, tous ces gens qui s’entraident les uns les autres. C’est quand même dommage qu’il faille qu’une icône s’en occupe, je n’ai pas l’impression que les villageois de Rose-des-Sables s’en fussent pratiquer leur charité de leur propre chef sans l’intervention de Soon.

Charité bien ordonnée commence par lui-même. Mais trêve de dons, j’arrive à l’auberge. Devant Sierra, Huclock et Filling, tous trois gravés des pourpres tatouages dont je fus le cobaye. Filling en a un supplémentaire, qui court du haut de sa tête jusqu’au dessus de ses épaules, « décoratif ». Sierra marmonne, elle ne doit pas être satisfaite. Huclock boit, je crois comprendre à demi-mot qu’il s’est copieusement vautré lorsqu’il réalisait le sien, et il doit se taper une migraine arcanique des plus salées. Elentar et Krasus sont sereins, et ont le teint frais : Li Fu a jugé qu’un simple sort de quête suffisait. Mais bougre d’illithid, en quoi est-ce suffisant ? Le sort n’a effet qu’une vingtaine de jours, comment a-t-il pu se faire berner de la sorte ? Je suis étrangement irrité par le fait que l’enchanteur ait encore réussi à s’échapper par une scapinerie quelconque… Il s’en sort décidément toujours trop bien.
Li-Fu nous dit qu’il va essayer de localiser Med, pendant ce temps, nous allons temporiser avec les élémentaires guérilléros.

Extrait du livre de Shuwei, Ambassadeur de l’eau

Et ici nous étions, garants de la paix interplanaire dans l’Auberge qui n’existait pas, à une table désertée par la seule personne autochtone du plan concerné. Mon inquiétude grandissait, mais j’avais confiance en les quelques mortels présents. Ils ont l’art de ne trouver des solutions qu’en cas d’urgence, et ceci l’était pour sûr. Alors que nous, des Plans Premiers, et eux des éléments Secondaires, seuls les conflits, la force, une magie qui ne sert qu’armée.

Je dois avouer que ma confiance fut légèrement ébranlée. Ce fut lorsque cet elfe étrange, serviteur de Farlanghn, commença à leur parler. Ils négociaient ses ô combien coûteux services de guide Astral, il me semble. Haxx était son nom. Mais Krasus, le Porteur de la Loi, lui emprunta son verre. Conséquemment les pouvoirs du verre disparurent et Haxx fut banni de l’auberge. Je ne saisis pas les tenants et aboutissants des actions du Porteur, après tout, c’est un mortel… pour le moment. L’aubergiste honnête était catastrophé. J’espère que Haxx reviendra, le son de sa harpe est suffisamment mauvais pour couvrir l’horrible bruit des luths à l’étage du dessous.

Pour la suite des opérations, Li Fu nous indique qu’il a « bitriangulé » la position de Med. Il hésite entre trois points interplans : une frontière entre le plan de l’air et les Abysses, un endroit d’un maëlstrom sur les Terres Extérieures et un coin reculé du plan du chaos. Dans l’ordre croissant de danger. Nous décidons couardement de les explorer dans cet ordre. L’illithid nous confirme l’existence d’un portail dans les toilettes de l’auberge, comme Haxx nous l’avait dit.

Li-Fu nous bricole une « boucle spatiale » nous permettant de revenir ici en prenant n’importe quelle sortie du labyrinthe de portails dans lequel nous nous apprêtons à pénétrer. Dans les toilettes, des trous sombres, turbulents, peu attirants. Et, juste à coté des cuvettes, un portail. Les ténèbres nous guettent de l’autre coté, aussi illuminons-nous l’armure de Sierra d’un sortilège lumineux et je franchis gaillardement le portail avant que la palabre ne s’installe.

Les turpitudes du club Med

WEEEEEEEEEEeeeeee !!! Nous glissons sur un long toboggan qui descend maintenant de façon abrupte, presque verticale, avant de se redresser et de finir en pente douce sur une plate-forme au centre de laquelle un homme se tient. Il est grand, à la peau noire d’ébène, et vêtu très richement. Il manie une longue et fine épée dorée entachée des fluides vitaux des cadavres des créatures qui jonchent le sol. Des démons, des oiseaux. Oui… ça se tient. Med, puisque c’est bien lui, lève un regard circonspect sur ses futurs sauveurs, toujours sur ses gardes. Nous nous relevons et époussetons nos dignités en lui exprimant nos louables intentions, et il accueille la nouvelle avec froideur. La compagnie du carafon ne semble pas vouloir rester dans le coin : peu de questions seront posées à cet être si puissant (du moins politiquement). Elentar parcourt la sombre pièce avec le bâton, scrutant les murs et le toit. Après quelques secondes de réflexion, nous apprenons que l’intégralité des surfaces est constituée de portails divers et variés. Il se concentre sur l’un d’entre eux et nous annonce fièrement qu’il s’agit là d’une sortie ! Parfait. Alors que nous nous concertons sur les mesures de précaution élémentaire, un grondement retentit. Les tunnels d’entrée et de sortie de la pièce se munissent de… de dents ?! Et ils raccourcissent sous les coups de mâchoires d’un grignoteur dimensionnel quelconque ; aussi cessons-nous d’hésiter. J’invoque une échelle de fumée que nous empruntons à toute vitesse alors qu’Elentar et Huclock préfèrent voler et que Krasus préfère sauter. Et nous ressortons gaiement dans les toilettes.
Med et mes compagnons se précipitent vers la salle de réunion tandis que j’emmets le vif désir de me barrer de cette prison. Mais Med insiste pour que je le suive, que je me présente au moins devant les élémentaires présents. Je m’exécute, maugréant, et nous arrivons tous dans la salle du conseil. Plusieurs élémentaires se tournent vers nous, et je jurerais pouvoir discerner sous les vagues, les étincelles et autres stalactites des airs de surprise, voire de déception. Ce n’est pas le cas pour un élémentaire d’eau visiblement heureux de notre retour et d’un élémentaire de métal qui semble sourire tranquillement dans notre direction. Impatient que je suis, je ne prête qu’une oreille distraite aux discours qui suivent, aussi ne comprends-je qu’à demi-mot que Med tient un discours d’une sécheresse désertique, à l’exception d’une oasis de compliments à notre égard, précisant que celui qui nous a permis de rentrer dans cette pièce tenait probablement à lui nuire soit à lui (Med) soit au conseil mais que l’échec de ce plan n’aura rendu notre alliance ( !?) que plus solide. Ensuite, il intime aux élémentaires de nous saluer avec la dignité qui nous est due, ce à quoi la plupart répondent par un salut mou et contraint. Je m’en fiche, je pars.

Je retourne tailler la bavette avec Soon, satisfait une fois de plus de quitter l’auberge. Je le retrouve toujours blindé d’offrandes, et faisant de le tour des pauvres hères de la cité. Note à moi-même : être oisif et pauvre à proximité de Soon est un plan de carrière tout à fait viable. La compagnie du Carafon nous rejoint sous peu, et Krasus me tend un anneau doré. Alors que je le passe, j’apprends que c’est un cadeau de Med, et qu’il peut nous servir à communiquer entre nous par le biais d’appareillages magiques et mécaniques divers. Intéressant ! Nous discutons donc, là, debout, en public et munis des anneaux de la conférence en cours à l’Auberge. Med étant basé en Aijun, il risque de vouloir focaliser l’attaque sur le plan matériel de notre coté de la planète. C’est exact, mais dans ce cas pourquoi l’avoir aidé ? « Que pouvait-on faire d’autre ? » me dit-on. Bah, on aurait pu bricoler un truc dans l’urgence… Mais tant pis. Krasus porte l’anneau de communication à ses lèvres et tente de « parler » « dedans ». « Med, essayez de ne pas détruire Kalsh, s’il vous plait ? » Ce à quoi nous obtenons une réponse sensée : « Je suis en pleine réunion. Silence, s’il vous plaît. »
De toute manière, la compagnie du carafon est bien plus laxiste depuis que les dangers divers se rapprochent. Orcus, l’Ankou, Walter… Tous ces gens sont bien plus importants et dangereux que quelques milliers de génasis du feu. Et puis, zut, on ne peut pas tout faire non plus ! Si on les sauve à chaque fois, ils n’apprendront jamais.

Un nouvel espoir

Nous nous dirigeons à la tav-au temple de Pélor, et nous y retrouvons Ethan, qui nous guide vers une vieille connaissance (Comprendre, une connaissance âgée). Glaniphe ! Elle va bien, et nous abreuve des résultats de son enquête. Elle confirme l’existence d’un portail vers le plan de l’énergie négative à Dreel, et nous a ramené des cristaux de poudre bleue. Il semble qu’une ferme soit spécialisée dans la collecte de ces machins, mais que cela n’ait pas de rapport direct avec le susmentionné portail. Ethan, lui aussi, a du nouveau sur le Refuge : il semblerait qu’Orcus ait trouvé un moyen de devenir mortel. Chouette, nous réjouissons-nous devant l’air consterné du vieux prêtre ! Puis il nous explique ce que cela signifie. Orcus est le maître des morts-vivants, et son état lui permet éventuellement de revenir à la non-vie. Il en va de même pour ses serviteurs : les démons immortels sont irrémédiablement détruits lorsqu’ils meurent ; s’ils deviennent mortels le danger est tout autre. Déçue, la compagnie du carafon. Mais Glaniphe tente de nous remonter le moral : elle nous a ramené un « cadeau ».
Le cadeau en question est un halfelin de belle taille, vêtu (ouf) de cuir sombre et arborant un sourire des plus enjoué, du nom de Mathrim. Il nous connaît vachement bien d’après Glaniphe et nous nous regardons, circonspects, curieux de savoir duquel de nos Fan club il s’est extrait. Elentar, semblerait-il, bien que celui-ci ne puisse nous éclairer sur le sujet. Le petit être nerveux nous abreuve de compliments justifiés, souligne l’honneur qu’il a de rencontrer les héros de la Compagnie du Carafon des Etoiles (CCE), et raconte avec force détails nos exploits plus ou moins récents. Soon et moi échangeons un regard entendu.
Glaniphe s’adresse au nouveau venu. 
-Mathrim, montrez-leur votre relique.
Le halfelin, surpris et hésitant, s’exécute.
-Ok mais… Vous me la rendez, hein ? J’y tiens beaucoup.
Et il sort de sa chemise… Un gros soleil doré. Sans blague. La compagnie entière, que nous avions mise au courant du discutable choix de réincarnation de notre ancien roublard, a compris l’astuce. Pélor, quel blagueur !
Huclock s’empare de la chose… Et quelque chose se passe, à quoi il n’était pas préparé. Les yeux du lézard grandissent soudainement et adoptent la couleur du soleil. Le phare écailleux exhale maintenant une aura lumineuse et réconfortante, et l’incarnation de Pélor se dresse devant nous (Il s’incarne dans Huclock ? Non pas que je sois jaloux, mais il aurait pas perdu de sa superbe le dieu soleil ?). Soudain, un vacarme métallique emplit le paysage auditif, et nous nous retournons pour voir Sierra, un genou à terre, le front baissé. J’affiche ostensiblement mon bâton. Celui surmonté d’un soleil. D’un soleil de Pélor.
«Pélor ! Vous ici ?
La créature en lieu et place de notre ami lézard lévitait au-dessus du sol, émettant une lumière dure à supporter, ses mains écailleuses nouées sur la relique. Sa tête illuminée se tourna vers nous.
- Je me manifeste ici pour vous parler. Je cherche à m’incarner.
La peau d’Huclock commence à fumer. Soon répond.
- Oui, comme vous nous l’aviez dit. Mais vous avez des candidats ? Parce que celui-ci commence à fondre. Vraiment.
Bigre : il a raison ! J’espère que l’autre ne s’attardera pas.
- Je vais chercher, par Ma Foi. J’ai des fidèles qui devraient faire l’affaire.
Je note silencieusement l’immobilisme de Sierra.
- On peut vous suggérer des possibilités ? s’inquiète Krasus.
- Eh bien… Oui, peut-être.
- Et pourquoi diable, pardon, voulez-vous vous incarner ? demande Elentar.
- Tout d’abord à cause de la présence d’Orcus sur le plan matériel. Cela m’inquiète trop, je dois agir. De plus, cela fait bien trop longtemps que je reste passif.
- Mais on nous a parlé d’une règle de réciprocité entre Nérull et vous… cela veut-il dire que…
- Oui. C’est exact, Nérull va tenter de s’incarner, si ce n’est pas déjà fait. Il recherche également un hôte viable, c’est certain. Mais mon armée est puissante, et mon royaume prêt.

Nous restons interdits quelques instants devant l’incarnation : son assurance chaleureuse pourrait inspirer courage et honneur à n’importe quel guerrier un tant soit peu béni ; mais l’effet est tout autre quand on sait que Pélor souhaite passer le relais. Et pendant ce temps, la peau de Hukloc commence à brûler et disparaître, révélant des chairs noircies de l’intérieur. Et Mathrim regarde de loin, interdit, partagé entre le désir de fuite et l’envie de récupérer son médaillon toujours dans les mains de la bougie qui nous sert habituellement de mage.
Pélor s’impatiente (enfin, pour être plus précis, Pélor impatiente le corps d’Huclock)
- Mais je dois partir, ce corps n’est pas adapté. Il se reconstituera naturellement quand je l’aurais quitté. Sachez que je garde un œil sur vous, compagnie du carafon. »
Pélor out. Huclock reprend ses esprits et ses organes, et Sierra se redresse. Une ombre passe devant sont visage, elle s’inquiète probablement de la suite des événements. Elentar est concentré lui aussi, et Krasus, Soon et moi nous regardons, interdits. Et une voix perce le silence.

« Euuuuh… Je peux récupérer mon soleil ? »

Devant notre consentement, il se jette sur l’objet comme les badauds sur l’estranger et l’enserre dans ses bras quelques instants avant de le dissimuler sous ses vêtements. Je sais pas quelle tambouille Pélor a magouillé pour nous ramener notre compagnon mais visiblement ça lui a fait lâcher les élastiques, à notre bon vieux roublard… D’après ses propres dires, le médaillon lui « parle » et le « guide ». Une occupation saine.

Paroles, paroles, paroles…

Nous nous concertons alors sur la marche à suivre. Il convient de noter pour cette fois que les choses seront bien faites par la CCE : tout le monde aura un avis différent et exprimé, puis nous recouperons ceux qui semblent les plus populaires, avant de procéder à un vote où la majorité l’emportera, et tout cela sans aucune aide magique coercitive. Malheureusement, je n’ai pas dit « vite », mais « bien ». Grosso modo, les choix qui nous étaient offerts étaient les suivants : nous aurions pu nous rendre à Dreel, finir d’enquêter nous-mêmes sur l’état des choses là-bas. Nous pouvions aussi essayer de trouver Adinseth, et lui demander pourquoi et comment Orcus était devenu mortel. Nous avions aussi le choix de nous rendre directement au Refuge pour lui botter les fesses, et enfin nous pouvions nous occuper des attaques prochaines des plans élémentaires.
Nous excluons rapidement le Refuge (trop dangereux) et les plans élémentaires (pas assez dangereux) pour hésiter entre Adinseth et Dreel. Force est de l’avouer, les deux situations sont assez préoccupantes, et même si pour ma part je meurs d’envie d’aller tailler la bavette avec Adinseth, il faut bien reconnaître que plein de questions gênent ceux d’entre nous qui ont le moins d’aisance en situation d’improvisation. Des questions comme « pourquoi ? » ou « Comment on peut lui parler ? », ou « comment on peut le rendre… « non-en-train-de-mourir ? » ». Ayant épuisé mon stock de ponctuations, nous réfléchissons à Dreel. Et là, les choses à faire sont évidentes : l’enquête n’est pas concluante, il nous faut encore trouver un rapport entre le plan de l’énergie négative et les cristaux bleus (dont Elentar et Huclock nous ont dit de façon plus qu’absconde qu’il s’agissait d’un résidu nécromantique qui aide la vie et qui s’attaque à ce qui nuit à la vie). Evident, certes, mais un peu trop détaché de la situation du Refuge qui occupe nos esprits, ceux des dieux, ceux des immortels et même ceux des mortels concernés. Après délibération, nous votons globalement en faveur d’Adinseth : nous irons voir le dieu mort dès le lendemain. Je tends mon aiguille à Huclock qui la prend avec moult précautions et utilise sa casserole de divination pour en discerner l’origine. Nous avons maintenant une idée plus précise de l’endroit : allons-y dès demain ! En revanche-nous avertit-il, des formes ombreuses gardent l’endroit. Nous aurons donc un comité d’accueil ! Eh oui, forcément, à vouloir s’opposer à Orcus, de fil en aiguille nous en auront à retordre !

Secret (Lados)

L’aube point, et nous nous levons pleins de gloire. Huclock triangule la position du lit de chair d’Adinseth et arrive a de bons résultats : nous préparons la téléportation. Deux groupes de voyage : Team Huclock (Sierra Soon et moi) et Tem Elentar (Filling, Krasus et Mathrim). Nous partons donc dans un claquement sec et nous retrouvons…. Prisonniers de la pierre.

Au nom de tout ce qui est chair à nos yeux

Enfin, de la pierre… Traditionnellement, les téléportations dans les parois rocheuses s’accompagnent d’une expulsion vers la sortie la plus proche et un écrasement global des corps concernés. Là, on est prisonniers d’une matrice étrange qui présente une vague odeur métallique. C’est vaguement visqueux, et assez mou. On dirait… Oh non. Huclock a foiré son coup, mais ne le jugeons pas. En revanche, à moins qu’on soit coincés dans le plan élémentaire de la viande, je pense qu’on patauge dans Adinseth; et je doute que ce soit une si bonne nouvelle que ça. Je mets mentalement au point trois plans pour essayer d’en sortir et m’emploie à mettre le premier en application.

Secret (Lados)

J’incante dans la volonté de tuer un sort de nécromancie létal sur le dieu mort (je ne peux m’empêcher de me dire que celle-là, pour le coup, je pense être le premier à l’avoir faite), et le résultat ne se fait pas attendre. Sous ma main, la surface se fait molle, visqueuse, putride. Mais en revanche, tout autour de moi se contracte soudainement comme un gigantesque biceps divin dans lequel nous autres, pauvres voyageurs inter dimensionnels dérisoires, ne pourrions nous considérer que comme spectateurs. Il était une fois, la vie.

Expulsée donc du Muscle, la CCE arrive à l’air libre ; et nous voyons enfin ce qui se passe. Tout d’abord, il semblerait que tout le monde ait pris un bain de chair. Sauf Krasus, à qui il manque un bras. Ah oui, tiens ! Krasus est sur le bord de la piscine, aux prises avec une boule noir d’énergie délétère qu’il esquive plusieurs fois, mais il lui manque le bras droit et une bonne partie du poumon ! À ses côtés se trouvent aussi un étrange démon courtaud muni d’une hallebarde qui se rue sur un cristal rouge encastré dans un mur non loin, et un dragon noir de taille modeste, probablement un rejeton de la dragonne que nous avions battue à plate couture à Clyffia. Par souci d’équité, il subira le même sort que sa génitrice.

Pour l’instant, le plus urgent reste Krasus. Une fois à l’air libre, nous chargeons ! Nos combattants se ruent dans la mêlée tandis que Krasus se concentre quelques secondes. Ses yeux s’illuminent, et de sa colonne vertébrale sortent des filaments dorés, filant vers ses blessures.

Secret (Krasus, Elentar)

Un bras squelettique et éthéré remplace alors le membre qu’il a perdu alors que des organes translucides mais visiblement opérationnels se reforment dans sa plaie. Il rouvre les yeux, et se relève, prêt à combattre.

Et Soon entonne une mélopée sauvage et envoûtante, dans une langue absconde mais sirupeuse tandis que du sang commence à couler de ses oreilles. C’est lié à l’utilisation du Verbe de la Création, la liste des effets secondaires est longue.

Elentar se concentre sur la pierre vers laquelle le démon se rue et décoche un air soucieux. « Il appelle des renforts ! », et je me dis que nos sorts de zone seront d’autant plus efficaces. Le démon en question brise de sa hallebarde le cristal rougeoyant, et deux formes impies apparaissent alors. De grandes et ignobles caricatures d’araignées bleues se dressent alors devant nous, des Bébiliths.

Deux nouvelles additions à la bataille : nous les occirons de plus belle ! Huclock prend de la hauteur, le stratège. Sierra et Fiiling courent au contact, tandis que Soon et moi accélérons, que dis-je, affûtons, que dis-je, lubrifions le groupe. Les premiers coups sont échangés, et Krasus survit, le dragon commence à prendre des coups. Elentar carbonise le démon à la hallebarde après que celui-ci ait envoyé des éclairs d’énergie négative dans le groupe. Soon fait tomber un divin rai de lumière sur une Bébilith qui se retrouve assommée, puis je la piège dans un long foulard qui l’enserre et qui l’immobilise. Un craquement ignoble retentit alors derrière nous, dans notre dos, vers le centre de la bassine de chair. Et nous y voyons un spectacle des plus impressionnants, le corps inerte au milieu de la cuve qui se redresse, laissant voir un cadavre décharné, à moitié squelettique et à moitié couvert de chairs en train de pourrir. La chose tremble, se secoue, se redresse et se replie dans des mouvements chaotiques et désordonnés, et visiblement dénués de sens et de conscience. Hâtons-nous. Dans le feu du combat, je ressens des pointes osseuses percer mon front et de solides sabots remplacer mes jambes ; mes compagnons sont maintenant plus qu’habitués à cela.

Du haut de son charisme et avec sa voix la plus forte, Soon ordonne (oui, oui) à une Bébilith de se ruer sur le squelette en réanimation au centre de la pièce. Elle s’exécute, avec dans les yeux cette terreur dont les démons n’ont l’habitude de se munir qu’aux portes de l’abattoir, car elle va devoir traverser le groupe de la CCE presque au complet pour y parvenir. Elle subit alors force dommages, notamment un coup de bâton de pélor aussi dérisoire que bien senti qui la sertit d’un petit soleil doré sur la chitine. Tiens, je vais ptêtre arrêter de l’agiter dans tous les sens ce machin… Nous ne nous préoccupons pas de son sort alors qu’elle fond sur le dieu en train de pourrir, et nous préoccupons du dernier ennemi. Fiiling arme un coup terrible, et l’abat sur la tête du dragon qui… n’oppose pas de résistance et s’affale au sol comme une poupée de chiffon. Et, de derrière lui, Mathrim apparait, essuyant du revers de sa cape le bout de sa rapière couvert de sang. Il a presque tué le dragonnet d’un seul coup particulièrement vicieux. Il sourit, l’assassin. Le magnifique assassin.

Sierra se dirige d’un pas alerte vers la Bébilith immobilisée et l’achève d’un coup sec. Puis elle se retourne vers nous et ses yeux s’élargissent, et un air de surprise s’inscrit sur son visage. Elle ne ressent pas la peur, mais son expression s’en approche beaucoup.

Nous nous retournons, et faisons face à un tsunami de viande qui s’écrase sur nous ! Tout n’est que chaos et détresse, alors que la vague de chair nous écrase contre le mur rocheux de la caverne et que les remous écœurants de la mare déchaînée nous ballottent telles de ridicules poupées de chiffon. En réalité, cela n’aura duré qu’un instant, mais quel instant !
Quand les choses se calment, nous nous relevons péniblement sur la couche de chair qui recouvre uniformément la caverne. Et à son centre, un humanoïde, debout. Nu. Plus que nu en fait, la chair à vif. Adinseth, en personne. En chair et en os.
Il nous scrute de ses orbites vides, et son regard s’arrête sur Krasus. La masse de chair se détruit soudain dans un bruit ignoble d’os qui se brise, et un monticule se forme devant le moine blessé, qui se pourvoit de membres et d’une tête. Et alors que le dieu examine Krasus, on pourrait jurer qu’il vieillit à vue d’œil. Puis il touche le bras fantôme d’un Krasus surpris et celui-ci (le bras) repousse et se reforme devant nos yeux ébahis. Puis, le dieu s’adresse à nous.
« Que me voulez-vous, compagnie du Carafon des étoiles ? »

Adinseth, la rencontre d’un dieu plusieurs fois millénaire

Alors que je me pose la question de l’étiquette à suivre dans ce cas très précis, Elentar, lui, s’en affranchit.
« Vous poser des questions. Nous savons qu’Orcus est devenu mortel. Pourquoi, et comment a-t-il fait ?
- Il est venu me voir, et me l’a demandé. Pourquoi aurais-je refusé ? Il a le droit lui aussi à échapper à son destin immortel. Quant à pourquoi… Je ne sais pas.
- Mais il est en train de poser une sérieuse menace sur le plan matériel ! Pouvez-vous y faire quelque chose ?
L’argument semble faire mouche. Je jurerai que le dieu esquisse un rictus.
- Je suppose. Si vous voulez le faire redevenir immortel, faites lui ingérer ça. –Il extrait de son corps en décomposition une masse de chair informe et putride, une espèce de tumeur visqueuse qu’il tend à Sierra.

- C’est une abomination, une racine d’immortalité.

Le corps branlant du dieu s’effondre et se fond dans la masse de chair, puis se reforme à coté de Fiiling. Celui-ci s’interroge.
- Mais, vous avez déjà fait ça par le passé ?
L’être découvre un sourire tout en gencives.
- Eh bien, oui, ma foi ! Pour la plupart de ceux qui me l’ont demandé. Pourquoi leur refuserai-je ? C’est un droit fondamental, qui est permis à tout le monde. La rigidité de l’immortalité ne doit pas être une prison de l’esprit, et c’est pourquoi j’ai été condamné à mourir et renaître en permanence.
- Pour quelle raison, exactement, avez-vous été puni par les dieux ?
- Parce que j’ai pris les choses en main, et que j’ai brisé leur monde parfait. J’y ai ajouté de la folie et de la couleur en créant de mes propres mains les mortels, avec un peu de moi… Avec un peu de magie.
Nous ouvrons grands nos bouches béates. Adinseth aurait créé les mortels avec de la chair et de la magie ? Tant de termes rappelant la présente et pressante situation avec l’Ankou et Walter!
Sierra saute sur la brèche.
- Vous devez connaître l’Ankou ?
- Connaître ? Oui, on peut dire ça. Un être d’un autre temps, l’une des trois entités gardiennes qui ont été créées il y a bien longtemps.
- Vous devez alors savoir qu’il désire détruire quatre-vingt dix-huit pour cent de la vie sur le plan matériel, qui bloque l’écoulement de la magie. Cela ne vous gêne pas ?
- Oui et non. D’un coté, c’est vrai que ce seraient de vastes quantités de mes créations qui disparaitraient… Mais mon œuvre en elle-même saura résister à un tel détail. Deux pour cent de la mortalité encore en vie ? C’est plus que suffisant pour que les choses repartent sans mon aide. Je suis presque curieux de voir comment ils vont se débrouiller !
- Vous devez savoir comment arrêter ça !
Adinseth a l’air surpris. Ou alors, ses paupières viennent de tomber.
- En effet, je pense que je sais. Voyez-vous, la magie est comme une rivière qui s’écoule entre les plans, et le flux constant ne saurait supporter de déséquilibre. Avec le sort que cet ancien sorcier a lancé sur le plan matériel, un blocage est apparu autour du plan matériel, y emprisonnant une grande quantité de magie et causant un déséquilibre important. Pour faire un amalgame, il existe une force d’attraction fondamentalement inexplicable entre les corps célestes en fonction de leur masse. Eh bien dans ce cas, le plan matériel est bien trop gros, et les autres plans s’en rapprochent donc. Une bonne solution serait de donner plus de poids à d’autres plans, et notamment les Terres Extérieures, où la quantité de magie semble diminuer de façon dramatique.
- Et comment pourrions-nous faire ça ? 
- Avec ceci.
Il plonge alors dans sa piscine et remonte avec une grosse amphore de grès qu’il tend à l’ampoule en plaque. L’amphore est pleine d’un fluide pâteux similaire à celui que nous avions ingéré.
- Il s’agit de mon essence divine. Allez voir Melistra Ektheriban Shallava’Roth-Kor (ou “MESR”) dans les terres extérieures et donnes-lui cela. Elle saura s’en servir. Et je préfère vous prévenir : je ressens des formes conscientes se diriger par ici… Probablement les renforts d’Orcus. Vous ne devriez pas traîner ici.
En effet, nous sommes d’accord avec cette idée. Mais Huclock questionne, curieux.
- Que se passerait-il si quelqu’un devait absorber trop de votre essence ?
- Il deviendrait comme moi. Un avatar en quelques sortes. Je vous le déconseille. Il s’agit de mon essence, et elle est trouvable dans les corps de n’importe quel mortel, mais une surdose s’avérerait désastreuse. Enfin, pour vous, personnellement je trouverais cela… intéressant.
- On peut la prélever dans les corps de tous les mortels, cette essence ?
Je suppose qu’avec un outil assez fin, c’est possible. Il faudrait percer la chair et recueillir le jus.
La CCE s’interroge du regard, et j’envisage quelques secondes de tomber dans la marmite de potion magique. Une idée traverse mon esprit.

Secret (Lados, Soon)
Soon hausse un sourcil et parle au créateur des mortels.
- Bon, ben c’était pas si compliqué. Pourquoi personne n’a fait ça avant ? Ça paraît nettement plus sensé que de massacrer la planète entière.
Le dieu éclate de rire. Ce son nous marquera longtemps, j’ai l’impression qu’on a joué du xylophone sur mes vertèbres. Tiens, je devrais me mettre à la musique.
- Parce que ce sera un formidable chaos ! Avec une telle dose de magie dans les Terres Extérieures… vous pensez que les sorts que vous maîtrisez sont le summum arcanique ? La magie primordiale, puis la magie rituelle, c’était autre chose ! Et ça… ça amènerait un pouvoir immense sur les plans extérieurs. Tout changerait. Des guerres éclateraient, des villes formidables se dresseraient à nouveau dans les cieux. Un âge de la vie, de la magie, et du Chaos ! Ahahaha !
Un silence se fait pour respecter le rire dément du Dieu. Ou pour éviter de le contrarier. Soon reprend la parole.
- Je préfère quand même cette solution.
Le dieu hausse les épaules, qui tombent au sol, puis Fiiling s’adresse à lui après une semi-révérence.
- Ô grand dieu des mortels et du libre esprit de la magie, je crois qu’il y a une partie de mon être qui a été scellée. Qu’en pensez-vous ?
La masse de chair se détruit de nouveau et un squelette partiellement pourvu de vie émerge devant le demi-dragon.
- Je vois, oui. Je pense qu’en faisant une tout petite manipulation, on devrait pouvoir y faire quelque chose.
Et sans plus attendre, il pose la main sur le dos rugueux de notre barbare, dont la peau noircit soudainement, alors qu’il tombe au sol en haletant bruyamment. Nous faisons tous un pas en arrière de surprise ou d’effroi, alors que la masse de muscle vibre d’une puissance qui nous était inconnue, les yeux révulsés mais quand même haineux et les membres tremblants dans une cacophonie épileptique intimidante. Huclock se penche sur la chose et incante rapidement ce que j’estime être une annulation d’enchantement. Il doit savoir ce qu’il fait : il semblerait que l’état de santé de notre vibrohacheur soit « stable ».

Secret (Huclok)

Secret (Fiiling)

Secret (Elentar)
Mouais. Il me semble que nous devrions vite le faire prendre en charge.

Adieux déchirants

Ça tombe bien, il semblerait que la CCE n’ait plus rien à dire à Adinseth, et qu’Adinseth n’ait plus rien à nous dire. Visiblement, notre passage l’aura au moins distrait, et nous repartons avec deux objets oxymoriques : de l’essence de mortalité et une racine d’immortalité. Elentar se fige et se concentre, dans la discrétion la plus totale. Huclock et moi ne sommes pas dupes, et Elentar le sait. Il nous annonce que nous sommes scrutés. Je pense qu’il a réussi à déterminer qui était à l’origine de la scrutation.
Nous nous préparons à nous téléporter à Rose des Sables. Je me retourne alors vers Adinseth.
- Vous vous rappelez de tous les immortels à qui vous avez offert la mortalité ?
- Oui. Ma mémoire est absolue.
- Dans ce cas, le démon Zethemasil est-il venu vous voir, et vous l’a-t-il réclamée ?
La masse de chair se détruit et se reforme dans mon dos. Il affiche un air… circonspect.
- Oui.
- Pourtant vous ne la lui avez pas accordée, je me trompe ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Je n’ai pas confiance en lui. Ce démon a un plan, je ne sais lequel. Mais il est néfaste, et je ne vais pas l’aider à mener à bien ses manigances. Il n’a rien compris à ce que signifiait la mortalité.
Je hoche la tête, pensif, et rejoins la CCE. Après quelques regards entendus, nous remercions notre hôte et nous préparons à partir. Mais ce dernier nous arrête.
- Je peux vous téléporter si vous le voulez. Vous avez une destination ?
- Dreel, réagit Elentar sans concertation aucune et dans un délai spectaculairement court.
POUF.

Ah, Dreel, son climat doux, ses choucros luisants, ses paysans nécromantiques involontaires, et sa place du marché sur-bondée en milieu de matinée, au beau milieu de laquelle nous apparaissons. J’ai les cornes sorties, les trois mètres de chair qui constituent la version prototype de notre nouveau Fiiling vibrent de haine, sa dentition n’aurait rien à envier à celles des plus sournois extraits de cauchemar d’un enfant par trop imaginatif, et la garde ne peut pas être loin : c’est plus par réflexe que par stratégie que j’invoque un brouillard qui saura nous dissimuler le temps de choisir la marche à suivre. J’entends Soon soupirer et marcher dans une direction au hasard puis demander la direction de l’hôpital le plus proche. Bon, je suppose que pour Fiiling, on a trouvé ce qu’il fallait. Pour ma part, je préviens mes camarades que je resterai dans le coin en attendant de leurs nouvelles.

Je me téléporte ainsi en bordure de la ville et trouve un petit coin reculé dans la forêt. On me prévient quelques heures plus tard que nous resterons à Dreel un petit moment, près d’une semaine d’après les médecins (et d’après Huclock). Quel heureux hasard ! Après la couture et la gravure sur gens, j’avais envie de tenter la poterie et l’alchimie. Une semaine ne sera pas de trop !

Et la Compagnie du Carafon se dispersa. La ville de Dreel était au faîte de son développement. Les anciennes fortifications de bois étaient abandonnées, recyclées, ou détruites, et leurs ruines entouraient la Vieille ville de Dreel, ou le “Gourdi”, du nom d’un plat local dont elle avait la forme vague. Là, étaient les bâtiments de ceux du pouvoir, et les résidences premières des propriétaires terriens. Quelques boutiques d’artisanat magique et luxueux parsemaient les ruelles pavées de marbre nain.

Deux choses rappelaient l’origine modeste du Gourdi. D’abord la place du marché, avec son sol de terre résolument battue et ses tréteaux pittoresques, mais qui fournissait tout de même les meilleurs produits, au meilleur prix. Ensuite, il y avait la maison de famille du roi Léo, gardée en l’état. Une plaque rappelait aux passants que le Roi et sa sœur Léa venaient de la même terre que ses sujets. Par décret du roi Léo, les chapelles de Pélor et d’Héronéus avaient été déplacées pierre par pierre dans la périphérie de la ville.

Cette banlieue s’était étendue bien au-delà des murs originaux. Elle était divisée en quatre quartiers de tailles inégales. Le plus grand, résidentiel, était un amas de maisons de bois, de pierre et d’à peu près n’importe quel matériau solide, jetées les unes sur les autres avant qu’on ait pu dire “urbanisme”. Deux quartiers symétriques, au Nord et au Sud, mêlaient granges de stockage, marchés, maisons temporaires et carrioles. C’était de là que partait la poudre bleue de Dreel, et qu’aboutissaient les multiples routes commerciales vers les gnomes de GoldRive, les Nains du Nord, la lointaine Oaze orque et même la cité-état Goulouka, des milliers de kilomètres à l’Ouest. Là, des hordes d’aventuriers pleins d’espoirs et d’illusions se ruinent pour avoir ce bracelet d’armure magique qui les aidera à survivre à cette chasse à la goule.

Le dernier quartier était consacré à la chose religieuse, et abritait adeptes, prêtres et pratiquants en tous genres. Des temples de Pélor, Héronéus, Olidamarra, Moradin, Garl Brilledor, Yondalla, même Gruumsh et Nérull sont trouvables, bien que parfois cachés. Au centre du quartier, un immense bâtiment de bois trônait : l’intérieur en est rempli d’autels en tous genres et de toutes religions possibles. Des masques et des capes sont prêtées à l’entrée, pour préserver la discrétion de chacun, et il s’agit du bâtiment le plus lourdement gardé de la ville.

Une grande partie des Bois Retrouvés au Sud avaient été transformés en champs et en exploitation de bois. Les fortifications étant inaptes à contenir l’expansion de la ville, une cavalerie était dépêchée chaque jour pour faire de larges rondes kilométriques. Les bataillons étaient au nombre de six, chacun ayant un mage volant avec eux, pour la reconnaissance.

L’effervescence est le maître-mot de la ville, et pourtant, les braves gens s’y sentent plus en sécurité qu’à Goulouka.

View
Les masques tombent ! (L'impédance du Narval)

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, 979 A.L.

Sommaire

1) Décisions, décisions…
2) Carlos, Big Bourrin.
3) Rose-des-sables, les citoyens d’horreur
4) L’invocation : quelque chose qui Cloche.
5) Ceci n’est pas le druide que nous cherchions.
6) Le bal des éléments : nous sommes de mauvais danseurs.
7) Le jour où Melkaya a bien faillit arrêter de tourner.
8) Confrontation tentaculaire.
9) Pélor, l’assassin.

Décisions, décisions…

Ethan met la main dans sa veste et en sort sa belle flasque argentée, qu’il semble vouloir tenter de finir cul sec. Prudent, il renonce et affiche quand même un grand sourire. Sa surprise n’a d’égale que sa joie, qui, elle, n’a d’égale que sa sagacité : le retour de Plouthlim est un excellent signe. Nous parlons quelques minutes du réveil énigmatique de la légende et le brillant paladin lui-même est assez perplexe quant à son passé chez les Nérulliens.
Sans mémoire de cette époque, Plouthlim semble toutefois convaincu d’avoir dit à Karel de l’éliminer ; sans toutefois comprendre pourquoi il en a fait de même avec sa femme et ses enfants. Alors que le croisé se questionne dans un émouvant élan de lyrisme sur la raison profonde du geste de Karel et sur ses noirs desseins (sic), Ethan hoche régulièrement la tête au rythme endiablé de la superbe grandiloquence du fameux héros plaqué or : lui-même ne comprend pas cet épandage de violence superflue. La prêtrise de Nérull ne suffit pas, quoiqu’en disent les plus pieux, je doute que le massacre soit pour eux un réel passe-temps plus qu’une étape pour arriver à un but. Enfin, le seul qui pourrait réellement nous renseigner à ce sujet est le principal intéressé, donc nous n’aurons pas la réponse tout de suite. Dans l’immédiat la situation dramatique du Refuge nous préoccupe de façon bien plus urgente… Lorsqu’ils apprennent que Orcus, un seigneur des Abysses s’y trouve, Plouthlim et Elentar échangent un regard circonspect. L’armée de Pélor, en route pour pourrir la vie des adorateurs du culte du vrai soleil, ne doit pas se diviser ; le Seigneur des Abysses est quand même vers le haut de la liste des priorités. Carlos semble pourtant plutôt déterminé à mener l’attaque, et d’après ce qu’on m’a raconté sur le bonhomme, il sera malaisé de le convaincre de rentrer à ses pénates. C’est ce que Plouthlim souhaite pourtant faire, aidé dans cette tâche par sa prestance, son bagou, sa force de persuasion qui frôle le divin, et par nous.
Il nous donne une tâche pour nous occuper en attendant : réveiller des paladins déchus, morts et enterrés depuis longtemps pour les combattre. C’est une idée sidéralement stupide mais la finesse d’esprit de Plouthlim, savamment dissimulée sous une épaisse couche de naïveté et d’héroïsme idiot, me laisse penser qu’il se moque indirectement de nous. Ou alors il est sérieux, mais…. je n’en suis pas sûr. Sont-ils fourbes, ces péloriens.
Il demande alors qui souhaite l’accompagner pour ramener Carlos à la raison et le convaincre d’annuler l’attaque vers les villages adorateurs du vrai soleil en Andoucia. Enfin… la croisade, plutôt. La raison est pourtant étrangement moins idiote que ce que je pensais : les adorateurs du culte du vrai soleil semblent avoir brisé un accord de non-colonisation des peuples de la région, et ont mené une campagne agressive de conversion forcée à leur religion. Carlos n’est pas, mais pas du tout d’accord, et je dois bien admettre que vu comme ça, une intervention est presque justifiée. Mais ce que les deux ampoules oublient de préciser, c’est qu’après la croisade, Pélor sera le dieu le plus vénéré de la région. Ce qui n’est pas non plus une façon très saine d’imposer un culte, pour peu qu’il y en ait une.
Bref, Carlos s’en va-t-en guerre, et nous allons lui aussi le couper dans ses plans. Plouthlim demande à la cantonade qui veut l’aider à convaincre le croisé qu’on m’a maintes fois décrit comme l’être le plus rigide et le plus inquisiteur de Melkaya, donc j’accepte. À vrai dire, Sierra et Soon ont déjà validé leur implication : Soon sur demande express du Paladin et Sierra parce que Carlos… Est son père adoptif. La présence de ces deux arguments de poids joue en ma faveur, et peut-être n’y aura-t-il pas d’occasion plus favorable de rencontrer ce fameux Carlos.
En partant, Plouthlim nous confie une mission rocambolesque : lui trouver une arme. Devant l’expression vexée de Fiiling (qui vient de lui prêter une de ses épées), il s’explique avec une diplomatie infinie.
« Je n’ai pas votre force, ni votre carrure, je ne peux pas manier aisément une telle arme. J’ai besoin de ma masse. Bien que légère et d’apparence malingre par rapport à votre impressionnant arsenal, elle a des qualités uniques.
Soon intervient.
-Elle est à la ceinture de Karel. Une autre idée ?
-Eh bien… oui. Une arme légendaire, qui aurait appartenu à un paladin héroïque, Kjovac Senman.
Hahaha. Le paladin fou à l’origine du donjon du temps. Décidément, c’est pas bon pour la soupière de faire le paladin. D’un commun accord, nous lui répondons sobrement que nous allons voir ce que nous pourrons faire.
Plouthlim siffle violemment, et un bruit d’ailes se fait entendre. Un Arrawak arrive, un espèce de vautour collé sous un vautour, en plus gros et en plus coloré. Celui-ci est pourvu d’une scelle. Plouthlim enjambe la bête et nous enjoint à faire de même ; nous nous exécutons avec notre flegme habituel : Soon se vautrant langoureusement sur les genoux du paladin, Krasus sautant sur le dos du monstre avec souplesse, Sierra me suppliant de revenir sur ma décision absurde de participer à l’excursion, et moi qui affiche difficilement l’air du mec résolu mais qui regrette instantanément son choix et qui est impatient que ce soit fini.
La Kensaï, le moine, le halfelin et moi nous attachons avec les lanières de cuir réparties le long du corps de la créature pour empêcher les passager de tomber, car comme Plouthlim nous l’a assuré : “C’est un animal de course!”. Il chausse d’ailleurs de lourds gants de cuir et une paire de lunettes fixée à son visage par une lanière de cuir plus ou moins élastique et sans vraiment prêter attention à notre confort, tapote affectueusement le cou de sa monture et lui commande de décoller.
Les ailes se secouent un peu et se mettent à vibrer. Puis elles se déploient entièrement et l’oiseau prend une position semblable à celle du chien en arrêt. Plouthlim fait claquer les puissantes ailes de l’animal et nous nous retrouvons propulsés dans les airs à une vitesse vertigineuse. Nous sommes plaqués contre le double vautour, qui agite bien paresseusement ses quadruples ailes. Une amélioration magique, probablement ?
Après une petite heure de trajet, nous apercevons au loin un campement frappé de soleils installé en plein cœur de la chaude garrigue. L’armée en place hurle des ordres à notre encontre, de menaçantes balistes commencent à être bandées vers notre direction. Un bon millier d’archers, et je distingue au moins autant de fantassins dorés avec leurs épées luisantes, sortant de leurs petites tentes de voyage.
Plouthlim semble moins intéressé par un atterrissage sûr que par un coup d’éclat, aussi fait-il lourdement poser son oiseau juste devant la tente de commandement écarlate, dans une clameur montante et un fracas d’armes.

Carlos, Big Bourrin.

Nous sautons au bas de l’engin et (pour ma part) regagnons nos esprits. Un cercle net de fantassins s’est dessiné autour de nous, entre discipline et perplexité.
Le lourd voile de toile rouge qui obstrue l’entrée de la tente se soulève promptement, et un être remarquable en sort. Le colosse qui s’extrait alors de l’ouverture est un homme des plus grands que j’aie jamais vu, et il s’agit bel et bien là d’une montagne de muscles. Le corps sur-athlétique de l’exalté est surmonté d’une tête géométrique aux contours finement ciselés par quelque carreur divin, et son visage carré et rigoureusement symétrique est dépourvu de toute excentricité esthétique, si l’on oublie cette gigantesque moustache d’une robe argentée respectable. Tout dans sa posture, son visage, son expression pue la rigidité et la moralité irréfléchie. L’armure luisante du croisé et les deux armes qu’il porte au flanc (une épée et une massue, je me rappelle avoir vu parler de ce style de combat dans un obscur vieux codex sur les expertises militaires) sont résolument marquées de symboles péloriens et présentent une teinte dorée clinquante. Et sur le coup, je regrette encore plus ma présence.
Pendant que Plouthlim range son équipement de course à sa ceinture, Carlos ouvre de grands yeux ébahis.
“Plouthlim?! (Apercevant Sierra) Toi? (puis Soon) Vous aussi?! (Son regard se fixe sur moi quelques instants) Mais comment est-ce possible?
Le héros de Pélor, les yeux encore tirés par son sommeil de près de trente ans, ou par un voyage à une vitesse supérieure à celle du son, pose les mains sur ses hanches.
- Eh bien oui, Carlos. Je suis là. Je suis revenu d’entre les morts. Ces aventuriers m’ont délivré de ma torpeur. Nous avons à te parler.
Carlos se remet de sa surprise et désigne la tente d’un geste théâtral.
- Eh bien ma foi, allons-y.
La foule s’est resserrée autour de nous. Les paladins de Rose-des-sables sont attroupés autour de notre groupe, agglutinés qu’ils sont par l’ennui militaire et cette curiosité si humaine. Je me dirige vers la tente de commandement. Alors que je vais en passer le pas, je remarque que le cadre de la presque porte est cerclé de symboles dorés probablement magiques. Nous y voilà. Assez certain de l’issue de mon geste, je franchis le pas de la porte d’un air gaillard.
Un craquement sec se fait entendre, et je ne peux plus bouger. Un bloc de glace s’est formé autour de moi et m’emprisonne presque intégralement. Seul mon visage est épargné, tourné vers l’intérieur de la tente. D’ailleurs, tous les commandants de l’armée de sont levés et ont tiré leurs armes, et s’avancent vers moi d’un pas prudent. Derrière, j’entends Carlos tirer ses deux armes. Joignant la parole au geste, j’entends sa voix musclée s’adresser à moi. Je le sens s’approcher d’un pas tranquille et franchement menaçant de ma croupe aux vents exposée.
“Ce système de détection repère les diables, les démons, et la plupart des saletés comprises entre les deux. Alors? Démon?
- Tieffelin, rectifiai-je, de façon peu assurée. Devant moi, quatre généraux attendent le coup de sifflet pour me le couper.
- C’est étrange. Le système ne devrait pas être aussi sensible. Ou alors, vous êtes vraiment corrompus par l’influence de vos ancêtres. Qu’en pensez-vous ?
- Eh bien, je ne sais pas, je vais laisser parler mes cautions morales. Sierra et Soon me connaissent, de même qu’Ethan, et j’ai aidé dans la résurrection de Plouthlim !
Sierra vole à mon secours.
" C’est vrai, je confirme qu’il nous a plusieurs fois aidés dans nos recherches!
- Tu es jeune, Sierra (encore ? Elle est jeune, ça veut dire qu’elle est bête ?), peut-être est-ce dans ses plans, et peut-être t’a-t-il berné. Et a-t-il vraiment aidé à sauver Plouthlim ?
Plouthlim prend le relai.
-C’est vrai. Puis, à mon intention  : à vous maintenant.
A moi ?! Il ne manque pas d’air! Le silence est clair : je n’aurai pas plus de soutien de sa part.
-Ces témoignages me semblent insuffisants.
J’entends un grésillement puis un raclement de métal, Carlos s’impatiente.
- Dans ce cas, demandez à Ethan, qui m’a confié ce brassard de protection !
- Il n’est pas là.
- Alors… Un moine de Rose-des-sables, un certain Yoji !
- Lui non plus. Et je ne veux pas prendre de risque.
J’entends des pas derrière moi. Il s’approche. Un raclement de métal. Je ferme les yeux. Adieu, monde loyal.
« STOP ! »
C’est la voix de Plouthlim qui résonne dans le camp entier.
« Je sais. Libérez-le.
J’imagine sans peine la mine incrédule de Carlos.
-C’est hors de question. Il est potentiellement trop dangereux. Et si ce n’est pas lui, c’est un objet qu’il porte. Nous ne pouvons pas risquer la sécurité du camp entier.
- Libérez-moi, et faites tous les tests que vous voudrez ! Tremblé-je.
Plouthlim a mis du temps avant de m’aider. Mais je le crois trop malin pour ne pas avoir profité de cet épisode pour se moquer discrètement de moi. Je ne sais pas ce qu’il a en tête, mais je crois être plus ou moins tiré d’affaire. Prudence, quand même. Pas de bêtise.
Carlos soupire.
-Bien, je vais vous libérer. Mais pas de geste brusque, nous allons vous fouiller.
Il part toucher une pierre au pied de la porte de la tente. Le mur de glace se résorbe et je suis de nouveau libre. Enfin, libre. J’me comprends. Je lève lentement les bras, et me défait de mon sac. Alors que je me retourne, je vois Carlos, toutes armes sorties. Un éclair relie fugacement les manches des deux armes dans un faible crépitement ; ce qui confirme un point déjà assez clair dans ma tête : le combat n’est pas une option. Alors que je recule lentement, un des généraux s’avance prudemment de mon sac. Plouthlim s’avance dans la tente. Un craquement se fait entendre, et dans un flash bleuté, Plouthlim se retrouve prisonnier de la glace.
« J’ai compris, je sais ce que c’est. C’est à cause des pierres. Mais aucun d’entre nous ne pourra passer. »
Les pierres de l’Ankou. Et il le savait, l’animal ! Je suis forcé de constater que Plouthlim n’est pas un héros pour rien. Mais nous devrions nous méfier de son aptitude à jouer la comédie  ; son rôle de héros intrépide et trop glorieux pour être malin est brossé à la perfection.

Sierra, Soon et Krasus se soumettent au test de la porte, et aucun d’eux ne passe.
Carlos soupire bruyamment, mais je le trouve quand même nettement plus patient que ce qu’on m’avait raconté. Il a rangé ses armes, et nous lui expliquons que le contact des pierres de l’Ankou a dû provoquer le déclenchement du piège.
- Eh bien, puisque nous ne pouvons pas vérifier avec certitude l’honnêteté de vos compagnons, faisons au moins les présentations. (Il me regarde avec insistance) J’aime savoir à qui j’ai affaire.
Il tend une main sûre vers Krasus. Ce dernier se présente. Puis il dit bonjour à Sierra, une de ses filles adoptives ; et à Soon avec qui il a déjà travaillé. Puis il me tend sa main ouverte. Je déglutis. Carlos est décidément quelqu’un d’impressionnant. Alors que j’attrape sa main, je ressens une étreinte des plus significatives. Son regard franc, droit, scrutateur et limpide se plante dans le mien, et je le sens me sonder l’âme. Il ne broie pas ma main dans la sienne, mais il me fait comprendre qu’il pourrait le faire. Le signe est clair, Carlos me met en garde. Je ne risque rien pour le moment, mais il m’éliminera sans hésitation au moindre dérapage. Puis il exprime tout haut cet avertissement.
- Je n’ai rien contre les Tieffelins. Je les considère à peu de chose près comme des humains. En revanche, les chiffres ne mentent pas. La plupart des gens comme vous sont des voleurs, des assassins. Je veux bien croire que vous êtes différent, mais ne trahissez pas cette confiance
- …. Je vais essayer. Je compte bien être une exception.
Il hausse les sourcils. Je crois que nous sommes « dans le clair » comme disent les elfes.
Il se penche une nouvelle fois vers la pierre posée près du piège et la triture. Elle semble perdre de son éclat  ; de même que les filigranes qui encadrent la porte. Le colosse se relève et nous montre la tente de la main  : nous y entrons sans plus de cérémonie, sous les regards méfiants des généraux réunis.
Plouthlim explique ses mésaventures ainsi que son réveil qu’il crédite sur Sierra. Il lui raconte les derniers moments dont il se rappelle, et assure son envie de revenir auprès de Pélor. Les généraux semblent radieux et Carlos est à son zénith ! Mais plouthlim termine son énoncé par le noyau dur de ce qui doit être fait  :
- … C’est pourquoi nous devons annuler la guerre.
Carlos sourcille.
- Vous n’y pensez pas. Ces fanatiques doivent être arrêtés.
- Avec un seigneur des Abysses au Refuge, ce n’est plus notre priorité.
- C’est impossible. La carte angélique ne s’est pas déclenchée.
Notre silence perplexe nous vaut une maigre explication : Dans le but d’équilibrer les forces du mal et du bien sur notre pauvre monde, à chaque fois qu’un trop gros morceau est envoyé d’en bas, un autre arrive d’en haut et vice-versa. La carte en question permet de garder trace des célestes gracieusement venu fournir le quota d’équilibre.
- C’est pourtant un fait. Et nous ne pouvons pas nous permettre de diviser l’armée de Pélor.
J’interviens.
- Il est possible que je me trompe, et ce que je vais dire peut paraître paranoïaque, mais peut-être est-il possible que ce nouveau culte étrange soit un moyen de diviser l’armée de Pélor en ce moment si délicat. Une croisade durera peut-être un an entier, pendant lequel ce qui se déroule actuellement ne pourra pas être contré par l’armée la plus unie de Melkaya.
Les péloriens ouvrent de grands yeux, surpris de mon intervention. J’ai probablement sorti une grosse ânerie. Ils semblent réfléchir un moment. Plouthlim reprend le flambeau.
- Dans tous les cas, nous devons lever le camp. Je vais parler aux soldats.
Sans prêter attention au regard colérique du chef desdits soldats, le héros sort de la tente, en compagnie de nous autres. Il se penche vers Soon et lui demande de l’introduire.
Soon, un immense sourire aux lèvres, s’avance dans la foule déjà massée sur place.
« Paladins, paladines, prêtres, prêtresses, péloriens ! Champion de Pélor, ancien paladin héroïque du dieu soleil, ennemi en son temps des adorateurs de Nérull, et revenu de son repos avec l’aide de la compagnie de Carafon, mesdames et messieurs, vous avez lu ses histoire, vous avez rêvé de ses aventures et vous connaissez tous son nom et ses faits d’armes légendaires  : Plouthlim, le protecteur ! »
Un tonnerre d’applaudissements accueille le paladin ravi. Il lève la main, et la martiale foule se calme. 
« Mes amis, mes frères, mes sœurs, le combat que nous allions nous préparer à livrer n’aura pas lieu. Nous rentrons chez nous. Mais pour bien peu de temps, car une autre guerre nous attend, plus importante que celle-là. Un seigneur des Abysses est parvenu à se hisser sur le plan matériel, et nous allons combattre son influence et sa corruption ! Soldats, pliez le camp, nous partons demain, dès l’aube ! »
Il rentre alors théâtralement dans la tente, laissant Carlos bouche bée. Le croisé se précipite derrière lui en vociférant des reproches bien sentis. Mais Plouthlim se défend  : il devait marquer les esprits d’une décision franche et marquer son retour dans le cœur des gens. Quel fourbe. Carlos ronchonne  : « … mais plier un camp comme ça demande trois jours, deux si on le fait dans l’urgence… »  ; mais Plouthlim n’en a cure.
Il vient vers nous. « Messieurs, je vous prête ma monture pour votre prochain déplacement. Dites-lui juste où vous souhaitez vous rendre. Il vous y conduira.
Sierra part en quête d’ordres.
- Devrons-nous faire quelque chose en attendant votre retour avec l’armée ? Préparer l’assaut, partir en reconnaissance, …
Elle est coupée par Ploutlhim.
- Vous pouvez continuer votre œuvre. Comme je vous l’ai dit, il y a d’autres paladins déchus et enterrés, si vous pouviez les trouver et les détruire, j’ai ici une liste…
Nous refusons poliment. Mais Plouthlim possède une liste de paladins déchus enterrés. C’est…. A peu près aussi curieux qu’inquiétant.
Carlos revient nous dire au revoir (surtout à sa presque fille). Il emmène d’ailleurs un peu Sierra à part et lui tend un objet plat de belle taille, emballé dans une étoffe. Elle retire le morceau de tissu et en extirpe un magnifique bouclier argenté frappé en son centre d’un soleil. Le guerrier prend la parole.
« C’est un cadeau pour toi. Il est capable de canaliser la fureur du soleil en un point très précis. Essaie-le. »
Il montre un buisson à quelques dizaines de mètres de là, en bordure du camp. La Kensaï lève le bouclier et se concentre quelques secondes, puis dans un crépitement caractéristique, une colonne de flammes s’abat sur le végétal maintenant châtié comme il se doit. Sierra semble connaître l’objet, elle remercie humblement son père et s’en équipe prestement. Puis ils reviennent vers nous.
Carlos nous serre la main une nouvelle fois et renouvelle son manège autoritaire. Cette fois, il me …. « rassure ».
« Ce qu’on dit de moi est exagéré. Je n’ai pas une collection de têtes de tieffelins sur des piques dans mes quartiers. Mais soyez prudent tout de même. Un tieffelin… hrpmf.  –Se tournant vers Soon- Vous avez décidément un effet curieux sur les gens. »
Le halfelin exécute une gracieuse révérence et le paladin tourne les talons. « Un tieffelin. Ah, la jeunesse… »
Alors qu’il part, je ressens une violente sympathie pour Soon dont la présence a sans nul doute sauvé ma peau. C’était risqué, mais c’était intéressant.
Nous retournons à dos d’Arrawak à Rose-des-sables, notre QG de circonstance, où nous retrouvons nos anciens compagnons, à l’auberge le temple de Pélor. Gwydion nous y rejoint !

- Missing : Que se passe-t-il entretemps pour Elentar et sa bande?-

Rose-des-sables, les citoyens d’horreur

Le soir se fait, chaud, dense. Nous discutons de nos trouvailles de la journée et sur notre implication dans le conflit à venir. Ethan nous rejoint et nous félicite pour nos exploits récents, et nous annonce une excellente nouvelle  : Glaniphe est de retour !
Nous décidons d’aller la voir, et la trouvons aisément à l’hôpital. Elle semble assez faible par rapport à la dernière fois que nous l’avions vue, mais cela est peut-être du à son séjour au centre de Melkaya. La magicienne est habillée d’une robe de très bonne facture dans les teintes boisées, et porte toujours sur son front le diadème spectral si reconnaissable. Ses yeux presque entièrement blancs sont à moitié fermés, comme si elle était perdue dans ses pensées.
La vieille Elfe est assise sur un fauteuil confortable et hausse un sourcil circonspect à notre approche.
Elentar s’adresse à elle.
- Bonjour, Glaniphe. Comment vous portez-vous ?
- Eh bien… Fatiguée, Elentar. Fatiguée. Mais je me remets plutôt bien de mes émotions. Le centre de Melkaya est curieusement assez peuplé, au final.
- Que pensez-vous de la situation du Refuge, et que pouvez-vous nous dire sur Kross ?
- Fort peu de chose, malheureusement. C’est un magicien de talent que nous avons accepté dans nos rangs il y a tout compte fait assez peu de temps. Un mage puissant, et assez étrange.
- Il s’agit d’un seigneur des Abysses  : Orcus.
Glaniphe ouvre ses grands yeux blancs sans pupille : elle réfléchit à toute vitesse.
- … Je comprends mieux. Eh bien, il semblerait qu’il ait le contrôle du Refuge maintenant.
Elentar croise les bras.
- Et nous allons l’attaquer. De front. Ou du moins, monter un siège.
Elle soupire, et parle sèchement.
- C’est une très, très mauvaise idée. Mais je vais vous aider, je ne pense pas que vous puissiez réussir sans mon aide.
Le sourire discret de notre enchanteur est assez révélateur. Mais de quoi, je l’ignore.
- Une question, Glaniphe, êtes-vous familière avec le portail vers le plan de l’énergie positive qui alimente le Refuge ? Il semblerait qu’il y ait un portail « jumeau », vers le plan de l’énergie négative, et on soupçonne qu’il se situe à Dreel. Qu’en pensez-vous ?
- Intéressant. Puis-je savoir pourquoi ?
- Le récent soulèvement de Dreel et l’avènement du règne du roi Léo est assez étrange. Nous soupçonnons qu’un procédé nécromantique permet à la région d’exploser économiquement  : l’agriculture est devenue nettement plus rentable depuis que le Magistèrium de Dreel produit la fameuse « poudre bleue » qui nous inquiète. Et vu que nous sommes assez connus sur place…
- … Vous vous dites que je pourrais enquêter. –Elle réfléchit quelques instants- C’est intéressant. Effectivement, ce Magisterium reste une boîte noire à nos yeux. Très bien, cela fait longtemps que je ne me suis pas rendue là-bas, j’irai sur place dès l’aube. Ils ne pourront pas me refuser l’accès ! Restez ici et attendez de mes nouvelles, n’allez pas attaquer le Refuge sans mon aide ni ces précieuses informations.
- Bien sur, Glaniphe. Nous ne sommes pas inconscients.
Les 1.5 elfes échangent un regard entendu et nous nous retirons, laissant la vénérable transmutatrice à ses pensées.
Nous retournons au temple de Pélor, et y trouvons Ethan qui nous dit que les citoyens de Rose-des-sables ont un cadeau pour nous.

Alors que nous nous rendons sur le parvis du temple, une petite foule est attroupée en bas des escaliers. Ils ont un cadeau pour nous ! Nos rudes efforts ont enfin porté leurs fruits, et les habitants de Rose-des-sables nous considèrent maintenant à notre juste valeur.
Alors que mes camarades se concertent pour décider de l’attitude à adopter, je m’avance, tout fier. Mais un pied demi-draconique se pose devant mes gros sabots et je tombe. Mes mains s’agitent et ne parviennent pas à trouver de soutien, mes jambes se dérobent sous moi et la gravité finit le travail  : je dévale l’escalier en boule, et atterrit sur le tas de badauds dans un bruit suspect de bois qui craque et de vaisselle brisée. Je me relève au milieu des passants, et m’aperçois que ma chute a été amortie par un petit paquet brun et une barre de bois brisée en son milieu. Le paquet présente maintenant une forme assez suspecte, et les habitants ont tous un air catastrophé. J’ouvre le paquet pour y apercevoir un magnifique service à thé… en pièces. Je lève la tête. Fiiling est en haut des marches, et je pourrais jurer qu’il affiche un air content. Je le hais. Je me rue près de lui et me plante devant ses trois mètres de muscles. Il ne scille pas.
- Excuse-toi.
- Non.
- Excuse-toi.
- TU es tombé sur ces gens. C’est ta faute.

Secret

J’incante rapidement et pose mes mains sur Fiiling, qui se retrouve transformé en souris. Je le confie à Soon, qui le laisse courir dans les mailles de son filet et sur ses épaules. Soon nous annonce qu’il pourra réparer l’objet le lendemain. Personne d’autre ne semble à même de le faire avec la délicatesse et la précision requise, même magiquement. Tant pis. Pour remonter le moral des troupes, et pour nous rafraîchir le gosier, je propose que nous allions tous boire un verre. Enthousiastes et assoiffés, nous allons remplir nos gosiers de la douce boisson azurée de la ville  : l’Azukr. J’espère ainsi faire oublier leur amertume à ceux qui nous ont si aimablement remerciés.
Imd n’est pas ici. Je vais le chercher  : il ne doit pas rater ça ! Il accepte difficilement l’invitation, mais je suis tenace. Il passera la soirée avec nous.

L’invocation  : quelque chose qui Cloche.

Nous allons nous coucher éreintés, et emplis de ce désir violent de reposer nos méninges après cette lourde journée si chargée. Mais le destin nous en veut, et à cinq heures du matin, un tremblement superbe se fait sentir et je me sens affublé d’une migraine disproportionnée par rapport à la quantité d’alcool ingurgitée la veille. La gueule enfarinée et le visage en bois, je me lève et me dirige vers la salle commune du temple où je retrouve un bon nombre des membres de la compagnie du carafon (des étoiles). Ethan est là aussi, la flasque à la main. Il est catastrophé. Il la retourne à l’envers et rien n’en sort  : je ressens en ce moment pour lui une énorme peine. Apparemment, quelque chose de grave est arrivé, et l’invocation a été coupée. Oui, l’école entière. Impossible d’invoquer quoique ce soit. Glaniphe et LZNM arrivent en courant et le magicien roux nous interpelle. 
- Eh ! Vous ! Vous avez senti ça ? Vous savez ce qui se passe ?
Non. Nous ne savons pas. Nous sommes aussi innocents que l’agneau qui vient de naître. Glaniphe suppose.
- Je pense que cela vient du Refuge. Je crois que le levier qui bloque l’Invocation a été activé.
Huclock, à la fenêtre, nous interpelle.
- On a peut-être un plus gros problème… venez voir.
Effectivement. Loin, très loin vers le Nord, à l’endroit où le Refuge devait se tenir, on discerne maintenant comme un point noir, une sorte de dôme obscur qui recouvre l’endroit. A une telle distance, nous en apercevons à peine les contours. Mais oui, c’est un problème. L’hypothèse de la transmutatrice semble se confirmer. Les deux réfugiés nous indiquent qu’ils devraient être en mesure de confectionner un mécanisme pour rétablir le courant, mais qu’ils manqueront d’une source d’énergie constante. Ah, si seulement nous avions en notre possession un objet capable de produire beaucoup d’énergie de façon constante ! Sierra a une idée. La cloche !
- J’ai un objet qui pourrait bien faire cela, dit-elle en montrant le lourd objet de bronze.
Les deux magiciens prennent un air prudent.
- Je ne suis pas sur que cette chose soit suffisante, soupire-t-il.
- Nous ne risquons rien à essayer.
- C’est vrai. Mais au niveau puissance… C’est équivalent à quoi ? Une boule de feu ?
Huclok répond, malicieux.
- Par rapport à une boule de feu de novice, un peu plus. Vous verrez bien.
Nous nous dirigeons en dehors de Rose-des-Sables pour leur montrer de quel bois Sierra se chauffe. Nous atteignons une petite clairière dans la garigue, à près d’un kilomètre de la cité. Sierra nous demande de nous reculer, ce que nous faisons sous les regards amusés de Glaniphe et de LZNM. Puis elle regarde autour d’elle, fait pivoter l’objet autour de son épaule et l’attrape fermement. Puis elle fixe un point dans le ciel et hurle.
« BURN ! »
Silence. Pendant un instant de flottement, mes compagnons et moi nous regardons, incrédules. Puis une lumière bleutée apparaît dans la cloche et un fin rayon aveuglant file dans les airs. Puis, dans une gigantesque explosion, la cloche vomit vers les cieux une coulée ardente de flammes apocalyptiques. Sierra est enfoncée dans le sol et une onde de choc file jusqu’à notre position. Nous subissons l’impact de plein fouet, et certains de mes alliés sont projetés au sol. Puis un gigantesque mur de flamme d’une hauteur vertigineuse s’étend dans notre direction  : l’air s’embrase !
Des gens sont au sol. Nous sommes en danger. J’arrache le col de mon vêtement. Vite. Le mur de flammes carbonise le paysage sur son passage. J’attrape le fil lâche de la scarification de mon épaule et je l’arrache dans une gerbe de sang. Un mur de glace zébré d’hémoglobine se forme autour de nous et nous recouvre, et craque sous l’impact des gerbes de flammes. La protection se fissure, puis tombe en morceaux après quelques secondes, et le flammes sont arrêtées, affaiblies, par le mur de force de Hukloc.
Le paysage est changé : tout est carbonisé à près d’un kilomètre à la ronde, et la déflagration semble s’être estompée aux portes de la cité. Glaniphe a cassé un des boutons de sa robe, activant un sort caché, et LZNM tient un parchemin déchargé à la main. Les deux ont la peau légèrement luisante, probablement quelque mesure de protection magique personnelle. Mes alliés se tiennent dans un cercle de sang calciné, et tout le reste de la faune et de la flore a été désintégré par l’innommable puissance de ce que je vais maintenant appeler le Glas. Au centre du cratère, une silhouette humaine, rouge fumante. Sierra.
Nous nous précipitons pour lui filer un coup de main, son armure est maintenant ductile, et nous devons faire attention à ce qu’elle ne se déforme pas. Soon et moi lui ôtons quelques pièces d’équipement les plus problématiques tandis qu’elle grimace de douleur.
LZNM se précipite vers elle. Il affiche un air…. Enfantin, on dirait.
« C’EST GÉNIAL ! C’est extraordinaire ! C’est….. c’est génial ! Combien ?
- Pa… pardon ? demande la Kensaï, la mâchoire en miettes.
- Combien pour la cloche ?! C’est extraordinaire ! Vous n’imaginez pas les implications théoriques de l’objet !
- Il n’est pas à vendre.
- Mais si ! J’ai 45 000 pièces d’or qui disent le contraire!
- Je ne le vendrai pas à vous, je n’ai pas confiance. Je préfère le garder sur moi, il est suffisamment dangereux comme ça.
LZNM est déçu, mais il est toujours enthousiaste. Glaniphe, elle, secoue la tête gravement.
- Ce ne sera pas possible. Trop de puissance brute. Ce n’est pas utilisable.
- Navrée. Mais je ne contrôle pas sa puissance.
- A ce sujet, Sierra, tu devrais arrêter de l’utiliser, intervient Huclock. La puissance de l’objet augmente de façon exponentielle, la prochaine fois sera encore plus impressionnante.
Glaniphe confirme.
- Effectivement, c’est aussi ma première impression. Et à ce moment-là, au vu de ce qui vient de se passer, tu risques de détruire l’atmosphère entière, donc Melkaya.
Nous apprenons alors qu’il existe une bulle climatique autour du Refuge qui pourrait réussir à contenir l’explosion, et Glaniphe avance cette solution en tant que plan au moins K.

Mais nous le conservons dans un coin de nos têtes. Nous retournons gaillardement à Rose-des-Sables, et cette journée commence sérieusement à me gonfler. De nouveau au temple de Pélor, nous nous restaurons. Alors que nous dévorons le repas servit par les novices, un étrange personnage fait son entrée.

Ceci n’est pas le druide que nous cherchions.

Un humain à la chevelure et à la lourde barbe constituées de racines épaisses comme mon pouce est entré dans le temple. Il est vêtu d’une lourde, très lourde tunique blanche, probablement plus adaptée à un climat frais. Le bas est aussi lourd que le haut, et le nouveau venu semble transpirer à grosses gouttes. Pas très étonnant. Il dit qu’il est venu nous parler.
“Bonjour madame et messieurs. Je me nomme Turean, et je suis ici pour rencontrer la compagnie du Carafon. "
Devant notre air étonné, il continue.
- La druidesse Agleraana m’a confié une mission  : elle m’a dit que l’équilibre de la nature était en danger et qu’il fallait y remédier. Elle m’a pour cela envoyé près de Kalsh, où il se passe semble-t-il quelque chose de louche. Je suis passé par Goulouka, où j’ai rencontré un certain Aartl qui m’a conseillé de vous retrouver et qui m’a mis sur votre piste.
Nous nous présentons sommairement. Quand je lui dis mon nom, il me tend une boule grise que lui a confié le capitaine de la garde de Goulouka, Legrand Aartl. Je ramasse le Palateur et le met dans ma poche, perplexe. S’il me le rend, c’est soit qu’il n’en a plus besoin, soit qu’il considère que j’en ai plus besoin que lui. Le deuxième cas est plus probable, mais aussi largement plus inquiétant. La compagnie du Carafon m’interroge sur le sujet, je leur apprends l’existence de ces objets, mais insiste pour ne pas qu’il quitte ma poche. Quant à son utilité exacte, eh bien… je ne peux pas les aider à ce sujet. Mais Turean continue son explication.
- Il semblerait qu’il coule en mon sang celui d’une famille noble de Kalsh, et que je puisse ainsi passer la barrière mentale qui protège la ville. Mais je n’y arriverai pas tout seul  ; aussi ai-je besoin de votre aide.
Krasus, avec sa subtilité naturelle, lui répond.
- Nous avons déjà pas mal de trucs sur le feu. Je ne sais pas si nous avons le temps de nous occuper de ça. Et ce qui se passe au Refuge est assez préoccupant.
- Bien sur, mais il semblerait que vous soyez suffisamment compétents pour m’aider, et je ne peux pas y aller seul.
L’équilibre de la nature me chiffonne un peu, comme pas mal de monde dans la compagnie. Mais il est possible que ce soit lié à ce que les élémentaires voulaient me faire faire. Je suis pour ma part assez d’accord pour aller voir ce qu’il y a à déterrer de cet endroit. De toute manière, ce nouvel événement au Refuge nécessite une nouvelle prise d’information. Mais Soon interrompt mon raisonnement.
- Excusez-moi, vous n’avez pas chaud dans votre tenue ?
- A vrai dire, si. Le climat est très différent de mon île natale. Je n’ai pas prévu de vêtements légers.
- Alors, prenez mon filet.
Et le halfelin déjà nu enlève sa seule parure –il se retrouve ENCORE PLUS nu- et la tend à un Turean décontenancé. Celui-ci refuse poliment. Et Soon insiste de la même façon. Apparemment, le nudisme ne lui plaît pas. Le temple de Pélor fournit au nouveau venu une tunique adaptée et nous continuons de parler de son problème. Gwydion s’interroge, avec un pragmatisme tout personnel :
- En fait, on a juste besoin de ton sang pour entrer à Kalsh ?
Turean hésite. Soon me jette un furtif regard en coin. Je tends le bras et me tranche le poignet avec un des nombreux bijoux coupants que je porte  ; et le sang coule à même le sol. « Tu veux du sang ? » dis-je, en profitant goulûment du spectacle de l’expression affligée du halfelin. Turean, pas encore acclimaté aux mœurs singulières de la compagnie du carafon, se précipite vers moi avec un récipient et me regarde de façon interloquée. Voyant que cela ne sert à rien, et en partie couvert de sang, il abandonne assez vite et lorsque j’arrête de saigner, je suis pris de légers vertiges. J’ai faim. Une belle flaque de sang gît maintenant sur le sol. Quelle idée stupide.
Alors que je cache difficilement ma faiblesse, nous ressentons un influx familier parcourir à nouveau nos corps. L’invocation semble avoir été rétablie ! Glaniphe et LZNM nous rejoignent promptement et eux aussi semblent l’avoir remarqué. Parfait. Elentar se propose pour aller explorer le nouveau Refuge, il sera de retour dans la nuit. Parfait. Éreinté, et pour le coup carrément exsangue, je m’endors ici, à même le sol.

Secret

Le matin se lève, et moi aussi. Quelque prieur est venu m’apporter une couverture pendant la nuit. La compagnie du Carafon se retrouve devant un petit déjeuner copieux, et Elentar nous raconte ses trouvailles. Grâce au Sceptre du Temps, le demi-elfe est passé en coup de vent voir ce Refuge transformé. Il semblerait que l’endroit soit maintenant recouvert par une grosse bulle noire aux reflets changeants. Un gigantesque portail, nous narre-t-il. Il estime sa largeur à près d’une dizaine de kilomètres, et nous annonce que lorsqu’on s’approche, des membres gluants et décharnés en sortent pour attraper l’imprudent. Orcus… Maître des morts-vivants. Je déglutis tout en supposant que le portail mène sur la couche des Abysses qu’il domine. Pour l’instant, nous n’en saurons pas plus, si ce n’est que l’attaque sur le Refuge devra attendre que l’on ait plus à se mettre sous la dent. Préparer une guerre contre une bulle noire et glauque ne paraît pas aisé…
Autre chose, semble-t-il. Alors qu’Elentar sort le bâton du temps, une flèche éthérée en sort, qui pointe le torse de Turean. Celui-ci exhibe alors une magnifique amulette d’un rouge profond. Apparemment, il s’agit là d’une relique temporelle qui lui a été confiée par Agleraana. Intéressant.
Nous allons nous occuper pour la journée, Elentar souhaite se préparer à d’éventuels prochains combats. Soon en profitera pour réparer le service athée offert par la cité. Sierra va purifier une âme, seule cette fois. Je m’en vais coudre.


Secret
Nous nous retrouvons le soir et décidons de notre plan d’action du lendemain avant d’aller nous coucher. Un consensus fort est trouvé, je rêve, sur le désert des roches dansantes et les éléments en galère. Parfait ! Nous allons donc nous coucher, sereins.
Le lendemain, Huclock me prête sa casserole de scrutation pour que j’essaie d’y trouver le symbole sur la pierre. Une simple mission de reconnaissance, martèlent nos alliés inquiets. Mhm. La casserole m’indique des coordonnées que je ne pense pas trop mauvaises. Je m’y rends donc en compagnie de Turean, Huclock et Sierra.

Le couloir de téléportation débouche sur une zone relativement tranquille du désert, et au loin, quatre grands monolithes effectuent dans les airs un ballet énigmatique. Les sept autres sont perdus dans des kilomètres de poussière, plus loin. Nous devons trouver la bonne pierre. Je me métamorphose en faucon et Turean en hirondelle, pendant qu’Huclock et Sierra volent et lévitent. Nous cherchons quelques secondes quand la voix de la Kensaï résonne à nos oreilles. « ICI ! ».
Effectivement, là. Un pentagramme dessiné à même une des roches en mouvement. Alors que je m’approche, une des billes, de couleur argentée, luit. Un symbole apparait dans la branche du pentagramme, un glyphe qui signifie « Métal ». Je le touche.

Le bal des éléments  : nous sommes de mauvais danseurs.

Je me retrouve instantanément dans une grande zone au sol bariolé, et aux dimensions infinies. Devant moi, un point au sol dont partent cinq demi-droites qui divisent la plate-forme en cinq portions égales. Je me tiens sur ma portion, sur un sol gris. A ma gauche, un sol bleu, puis un sol vert, puis un sol jaune, puis un sol rouge. J’attends. Dans un éclair, Huclok se retrouve sur la portion rouge. Puis Sierra apparaît sur la portion bleue, et Turean sur la portion verte. Nous partageons notre désarroi commun. Sierra tente de passer sa main au dessus de la séparation des zones, essayant de passer dans la mienne. Sa main prend une teinte noire et brillante, et devient rigide. Elle semble souffrir, et s’en va immédiatement. Elle fait de même de l’autre coté, vers Turean  : ses doigts se transforment en feuilles et elle retire sa main de plus belle. Étrange… Les élémentaires sont décidément bien hermétiques. Un tremblement se fait ressentir.
Dans un craquement formidable, le sol s’ouvre devant nous. Péniblement, une aile garnie de plumes de métal tranchantes s’extirpe de l’ouverture, suivie d’un corps luisant et hérissé d’épines. Le bec tranchant de la chose claque quelques fois dans le vide et son attention se porte sur moi. Je regarde autour de moi et m’aperçois que Sierra est debout, confuse devant une grande flaque avec des bras, tandis qu’Huclok volette au dessus d’un élémentaire de pierre ronchon et que Turean recule devant un grand arbre animé des pires intentions.
Pour protéger les éléments, il faut les combattre. Pourquoi pas ? En avant !
J’invoque mon lion de Foo, et je lui intime de charger la bête. De leur coté, mes alliés s’en sortent avec tout le brio qu’on était en droit d’attendre d’eux  : Huclok a piégé la chose derrière un mur de force qu’il tente de contenir, Turean a pris parti d’améliorer ses capacités à esquiver la chose qui l’attaque, et Sierra… eh bien… est trempée et sur la défensive. Nous ne savons pas trop quoi faire  : devons-nous les détruire, les briser ? Ou devons-nous tenter l’apaisement ? Si cela se trouve, nous devons être 5 de façon simultanée… Je ne sais pas trop quoi penser. Huclok commence à lâcher du terrain. IL nous annonce sa retraire et se téléporte. Turean non plus ne souhaite pas se battre  : il se métamorphose en félin, saute dans l’arbre, et disparaît de notre vue. Il est décidément plein de ressources, ce garçon ! Peut-être que si j’arrive à battre un des élémentaires, le système de défense sera désactivé… Je me mords la langue et crache dans les airs, et un nuage de sang corrosif fait fondre la masse de métal dans un grésillement ignoble. Sierra, de son coté, est prise dans les glaces. Je lui intime de se barrer chez Li Fu le plus vite possible, et elle acquiesce. Les morceaux de métal commencent à s’agiter et à se rassembler. Non ! Je ne peux pas le laisser faire ! Le lion de foo piétine l’ensemble, mais cela ne suffit pas. Part, Sierra, vite ! Tant pis, je tente.

Je pose ma main sur l’amas de métal, et canalise les plus sombres énergies que mon sang contienne. Un réseau de vaisseaux sanguins s’arrache de mon bras et se plante dans l’amas métallique, pour en absorber la puissance. Mais, horreur ! Les vaisseaux noircissent, et mon bras immobile prend une teinte noire et luisante. La douleur est atroce, et au sol, une partie des pièces de métal sont maintenant prises dans un conglomérat de chair informe. Je hurle. Sierra me voit dans cette situation, et s’inquiète de mon état. Je lui demande une nouvelle fois de partir, et après une courte hésitation, elle sort son verre. Elle rentre la tête dans les épaules, le regard fixé vers le corps aqueux qui lui fait face. Puis elle le charge. Alors qu’elle arrive au contact, elle arrache une partie du corps du monstre à l’aide de son godet, et d’une traite, porte le verre à ses lèvres… et disparaît. J’attends quelques douloureuses secondes, dans le sang, le métal en fusion et les tempes enflammées, mais rien ne se passe. Alors que je me concentre, j’entends une faible voix crispée  : « le rituel… n’est… pas… complet ! ». Message compris, je bois.

Je me retrouve au bar de Li Fu. J’ai mal. Je transpire. Je m’assieds sur le tabouret le plus proche et emplis mon verre de la liqueur la plus corsée qui me vienne à l’esprit. Alors que je commence à noyer ma douleur dans l’alcool, Sierra se précipite vers moi. Je suis décidément bien amoché, couvert de sueur et de sang, mon bras sectionné à mi-hauteur et remplacé par un membre de métal que je commence à pouvoir bouger et couvert d’un mélange de chair et de métal fondu. Je pense que mon bras métallique est temporaire, et que je devrais retrouver l’original d’ici peu. Je ressens des picotements dans mon poignet et dans ma main. Je commence à pouvoir la bouger… Bonne nouvelle. Une partie de la compagnie du carafon est là, et je vois au sol une flaque visqueuse prise de soubresauts désordonnés. Probablement ce que Sierra a avalé, et qui n’a pas voulu gentiment rester dans son ventre. Nous retrouvons aisément la majeure partie de la compagnie du carafon dans le bar intraplanaire de l’Illithid, et nous mettons au point un plan de rapprochement élémentaire assez clair. Dans tous les cas, il semble que Sierra et moi devions passer la journée ensemble, chez Li Fu. Les autres iront chercher notre druide disparu. Quand l’aube de demain poindra, Elentar, Turean, Huclok et Fiiling se rejoindront près du pentagramme. Elentar viendra nous donner le top départ et Sierra et moi retournerons dans nos galères respectives. Nous essaierons alors de communiquer avec les élémentaires, et ne chercherons pas l’agression. Un plan qui nécessite que je reste à la taverne intraplanaire picoler comme un zouave ? Je peux faire ça !

La Kensaï et moi appliquons donc ce fameux plan si soigneusement travaillé. Je la défie dans un concours de boissons rocambolesque, qu’elle accepte lorsque je lui dis que je dispose de sortilèges nous permettant de nous délivrer des effets de l’alcool. Nous parlons de tout et de rien, de notre situation actuelle, du danger que représente l’Ankou et de Werelnech’Barr. Je crois même qu’elle me félicite à demi-mot d’avoir « modifié mon comportement » dans le bon sens  : il semblerait que je sois devenu plus sociable et moins malveillant. Bah. Je ne me force pas. Cela fait juste bien longtemps que nous n’avons plus eu l’occasion de massacrer des gens… En tout cas, c’est plutôt positif. Et cela ne m’empêche pas de me faire battre à plate couture par le gigantisme de l’Azimarre qui supporte bien mieux la boisson que le pauvre pêcheur que je suis.
Nous passons donc chez Li Fu une nuit aussi avinée que reposante, et nous réveillons au matin avec Elentar qui nous prépare à l’arrivée de nos alliés. Ils partent de Rose-des-sables, et nous sommes encore quelque peu saouls. Nous attendons quelques minutes, et le demi-elfe réapparaît à nos cotés. Il a le visage en sang et la joue tuméfiée  : sa mâchoire inférieure pend lamentablement sous sa lèvre éclatée, mais il a l’air content. Ils ont trouvé le pentagramme (en pleine tempête de sable) et il a pris un parpaing au travers de la tronche. L’Azimare le soigne du mieux qu’elle peut. Une tempête de quérons ? Je veux voir ça !
Alors qu’Elentar disparaît, après avoir protégé Sierra de la glace (et lui-même du feu), la paladine commande un grand verre de Keffa, qui rend evri. Je la regarde patiemment vider son verre et prendre soudainement une teinte pâle, alors que ses yeux se couvrent d’un sombre voile de tristesse et de mélancolie. Pour ma part, je me lance un sortilège réparateur, et la regarde me jauger avec un profond mépris. Bah, je la soumets au même traitement  : un combat nous attend et elle risque d’avoir besoin de toutes ses ressources. Nous échangeons un regard entendu et vidons nos verres au sol.

Je vole, ou plus précisément, je tombe, ce qui au final est juste un synonyme dissocié d’une notion de contrôle assez surfaite. Je suis au dessus du désert des roches dansantes, dans les airs quelques centaines de mètres derrière un monolithe en suspension pris dans un immense nuage de briques de formes diverses en mouvement perpétuel sur lequel je reconnais difficilement le rouge ouaté d’Elentar et le métal brillant de l’armure de Sierra. Elentar touche la pierre et disparaît  : il a du trouver le pentagramme. Sierra est… loin. Je me métamorphose en arrawak et fond sur la paladine que j’attrape dans ma gueule pendant qu’elle invoque sa louve. Le canidé a dû se sentir assez désemparé, invoqué sur un caillou tombant au milieu d’une tempête de cailloux plus petits au beau milieu d’un désert hostile. Qu’importe, nous arrivons sur le pentagramme, que Sierra effleure au niveau de la branche prévue. Je la suis de près, toujours sous la forme du grand oiseau.

Nous nous retrouvons dans ce si étrange lieu duquel nous avions fuit tantôt. Quelques changements cependant  : si je suis toujours confronté à un grand oiseau de métal et Sierra à un humanoïde aqueux, c’est maintenant Elentar qui fait face à un grand Djinn de feu, et Huclok fait face au grand arbre animé tandis que Fiiling… piétine en hurlant un tas de cailloux dérisoirement éparpillés au sol. Fiiling ! Il n’a donc aucun respect ?! Je suis pourtant certain que nous ayons dit que nous allions essayer d’éviter le combat, et je suis presque sûr qu’il est actuellement enragé. Huclok tourne en rond autour d’une colonne de glace qui le sépare de son adversaire. Nous apparaissons juste quand Elentar finit d’incanter un sort qui aveugle le Djinn qui déchire l’air au hasard de ses deux sabres. Sierra se met en garde, et pare une vague déferlante qui lui arrive dessus. Pour ma part, je me concentre pour reprendre ma forme humaine et même si je conserve ma voix aviaire, je parviens à invoquer le lion de pierre qui me protège activement des assauts du grand oiseau de métal. Sous les pieds de Fiiling, le golem de pierre s’est reformé. Il lève un poing massif, et je pourrais jurer qu’il hésite. Je hurle à l’intention de mes alliés que nous devons attendre, et simplement nous défendre. Le demi-dragon lève sa gigantesque épée dévastatrice et arrête net son geste. Il fait un bond en arrière et désamorce son attaque  : je crois qu’il est redevenu maître de ses actes. Un instant de flottement accompagne notre nouvelle attitude, et les élémentaires semblent calmer le jeu. Après une poignée de secondes pleines de suspense, ils s’écroulent au sol et disparaissent de notre vue. Une silhouette apparaît, lévitant au dessus du point central. Une silhouette vaguement humanoïde et aux couleurs changeantes. Elle s’adresse à nous.
« Vous êtes gonflés. Vous arrivez directement à un des endroits les plus sacrés pour les puissances élémentaires, et vous vous permettez de détruire le système de défense !
Nous restons cois.
- Je suis désolé, mais vous allez devoir subir la pénitence du châtiment. Je serre mon poing ferreux Je rêve. Vous vous croyez où ?!
J’explose.
- Bon, on est là pour vous aider à la base, et ce sont les esprits élémentaires eux-mêmes qui nous ont guidés ici, alors la pénitence élémentaire, elle est un peu exagérée, non ?
- C’est comme ça. Je ne peux pas faire autrement.
Huclock intervient. Je boude.
- Bon, alors, on fait quoi ? On va pas partir sans faire ce pourquoi on était venus quand même !
- Rapprochez-vous, tenez-vous la main.
Nous avançons vers le centre de la zone et attrapons nos mains à travers les barrières qui séparent nos terrains de jeu. La douleur intolérable qui accompagne la déformation de nos membres aux contacts desdites barrière s’estompe rapidement, et dans un claquement sec, nous sentons une tension de défaire. L’apparition chromatique nous félicite et nous remercie.
- Merci. Vous avez empêché la disparition des barrières élémentaires. Temporairement, du moins. Au revoir.
Dans un grand flash blanc, nous nous retrouvons dans le désert des roches dansantes. Sierra soupire, et une grande main aqueuse apparaît et s’écrase sur sa joue. La pénitence élémentaire ? Des baffes de flotte ? Les esprits élémentaires sont de grands imbéciles, mais toujours moins que Fiiling. Nous retournons à Rose-des-Sables. Je suis d’une humeur massacrante. Sur la route, Turean et Huclok nous expliquent que les esprits élémentaires ne peuvent pas s’exprimer facilement : l’apparition grossière et stupide était une combinaison de nos personnalités. La « punition élémentaire » est représentative de notre sens de l’humour. Ceci n’améliore pas mon humeur.

Le jour où Melkaya a bien faillit arrêter de tourner.

Sur le parvis du temple de Pélor, nous racontons nos mésaventures à nos alliés. Gwydion rit, je le regarde de travers, il rit plus fort. Passablement éreintés et roublés par notre récent périple dans le plan des ingrats (une fraction curieuse du plan matériel, d’après Huclok, ce qui n’est pas en contradiction avec ce que je pense réellement des mœurs des élémentaires), la discussion s’échauffe assez vite. Nous décidons sagement d’aller nous restaurer dans le temple  : le soleil au zénith sonne le glas des nombreux gâteaux secs et filets de viande séchées accompagnés de fruits confits qui constituent la pitance qu’on nous sert plutôt aimablement.
C’est le moment que choisissent Elentar et Sierra pour minauder quelque mystère dont la participation de Sierra m’étonne autant qu’elle me rassure sur les intentions de l’enchanteur.
Ils nous reviennent avec une information majuscule, voire capitale, et c’est Elentar qui s’adresse à nous tous.
« Mes amis, Sierra et moi avons bien réfléchi à ce que je vais vous dire, et je crois pouvoir vous assurer ce que je vais avancer  : Werelnech’Barr est toujours en vie parce que c’est un Illithid. Et le meilleur candidat, c’est Li Fu.
Nos mâchoires se décrochant dans un silence assourdissant accompagnent avec brio l’air de contentement de l’enchanteur  : son effet est réussi. Sierra, moins théâtrale, ne laisse pas passer l’ange du doute  :
C’est en effet la conclusion qui s’impose  : si Werelnech’Barr est toujours en vie, et si comme l’a raconté Elentar –de la bouche de la personne qu’il a rencontré sur le plan des terres extérieures- c’est un Illithid, force est de reconnaître que Li Fu, ancien échappé des enfers (un « w » barré était gravé à coté de son nom) et capable de créer son fameux « bar entre les plans » est fortement suspect.
L’enchanteur étaye.
C’est aussi un magicien de génie, vu ce qu’il a su faire avec l’invocation et les verres qu’il nous a confiés. En outre, il porte une petite pierre de l’Ankou en sautoir, qui est censée être un «souvenir ». Il est ami avec beaucoup de créatures planaires qu’il peut très bien sonder simplement pour glaner des informations sur l’état de santé de la cosmologie. Et nous ne l’avons jamais vu sur le plan matériel, puisqu’il en est probablement banni.
Un exposé assez clair. Il est une chose que je dois reconnaître à Elentar, c’est que son sang-froid et sa capacité d’abstraction font de lui un allié de poids. En fait, ces deux aspects parviennent tout juste à compenser ses tendances au secret et à la rétention d’information. Le crédit de cette déduction revient donc à la collaboration surprenante entre Elentar et Sierra. Bien vu à eux. Mais je crois que de nous tous, celui qui tire la plus grande gueule, celui qui sent le plus le sol se dérober sous ses pieds et celui qui tombe paradoxalement de plus haut, c’est Turean. Qui en était resté à :
« Werelnech’Barr est en vie ?! »
Dans l’emportement, nous ne faisons plus bien attention à notre volume vocal.

Et nous apercevons une image grésillante de l’Ankou sous sa forme Telimektar. Il semble lutter contre les barrières du plan matériel pour s’incarner en Melkaya. Et sa voix se fait entendre, faible, mais précise  : « Aidez-moi…. »
Personne ne bouge, certains des membres de la compagnie du carafon ne lui prêtent même pas attention grâce aux triangles verts de protection. Mais Gwydion, lui, si. Il est serviable, et sympathique. Et je crois bien qu’il a reconnu Telimektar. « Bah, on va pas le laisser comme ça quand même, aidons-le ! » et se dirige d’un pas alerte vers la chose. Alors que nous nous précipitons pour l’interrompre, Gwydion tend la main vers le spectre grésillant et l’extirpe de son ectoplasme. Aussitôt, un craquement titanesque se fait entendre, bientôt suivit d’un hurlement de rage d’une puissance comparable à celle de vingt lions enragés. L’Ankou, puisque c’est de lui qu’on parle, apparaît dans toute sa superbe, nimbé d’un nuage ténébreux et intersidéral  ; la gigantesque créature de plusieurs mètres de haut s’ébroue et nous crache, les yeux noirs pleins de colère, la question dont la seule réponse a sur motiver son apparition parmi nous  :
« OU EST WERELNECH’BARR ?! »
Mes compagnons et moi sommes tétanisés. Le temple de Pélor tremble, et pourrait s’effondrer à tout éclat de colère de la bête, emportant avec lui tous ses habitants. La cité même de Rose Des Sables n’est certainement plus sûre, et moi-même, je ne me sens pas très bien. Succombant à l’excès de frayeur (je justifierai plus tard mon geste en parlant de « protéger la ville et ses citoyens »), je lui donne la réponse qu’il n’attend pas  :
-c’est Li Fu, le tavernier du bar entre les plans !
-OÙ EST CE BAR ?!
-Mais, je viens de vous le dire ! Entre les plans !
La créature explose de rage.
-IL N’Y A RIEN ENTRE LES PLANS ! »
Il prend sa respiration et hurle. Dans un craquement effroyable, les murs et les fondations du temple s’ébranlent. Ceux de nos alliés qui ne lui prêtaient pas attention sursautent maintenant et ont un cri de surprise en constatant la désolante apparition de l’Ankou au milieu de nous.
Nous sommes assourdis par la violence de l’onde sonore, et la créature se dirige vers la porte alors que nous tenons nos tympans martyrisés. Une fois à l’extérieur, l’Ankou regarde dans une direction qui semble au premier abord aléatoire, et s’y dirige d’un pas lent, mais décidé. Chacun de ses pas fait trembler le sol comme un troupeau de douze rhinocéros colériques et les maisons de rose-des-sables ne semblent pas bien supporter les vibrations. Certaines s’écroulent sous le choc, et les autres sont fuies par les habitants paniqués qui prennent leurs jambes à leur cou dans un instinct de préservation salutaire. Quelques dérisoires paladins se campent sur le chemin de l’horrible destructeur, mais subissent invariablement un sort peu enviable et assez salissant. Alors que nous nous hâtons pour venir observer la catastrophe, Sierra hurle quelque parole angélique et sa louve argentée apparaît, qu’elle charge d’aller sauver quelque insignifiant habitant au hasard de ceux qui ne parviennent pas à fuir. Je ne suis même pas sur que ce soit vraiment mieux que rien.
Krasus, pour sa part, laisse parler sa fougue. Il sprinte jusqu’à la position de l’Horreur qu’il dépasse, et se plante fermement devant lui, en position de défense mal assurée. Huclok fait de même, il volette au dessus de lui et tente de le protéger avec un de ces murs de forces qu’il réalise si bien. Mais l’Ankou lève le bras, et assène de violents coups de lames sur la barrière invisible, que j’imagine fort bien se fissurer en voyant le visage du mage écailleux se tendre à l’extrême. La protection magique cède, et le destructeur arme un nouveau coup redoutable. Mais la concentration de Krasus est totale. Je pousse un hurlement de frayeur en voyant le fil tranchant de la lame noire s’écraser sur la silhouette du moine.
Mais dans un instant de flottement, le spectacle auquel nous assistons nous coupe le sifflet. Krasus, plus bleu que jamais, se tient courbé comme sous le poids d’une incroyable masse, et tient entre le pouce et l’index la lame mortelle de l’Ankou. Je… je rêve ?! Il a paré le coup ?!
Mais l’Ankou hurle de plus belle, et lève de nouveau son épée. Son corps noir étincelle au soleil de plomb d ‘Andoucia, et donne à la créature toute sa prestance surnaturelle. Le coup fond de nouveau sur Krasus, mais se heurte à une barrière pourpre qui apparaît sur sa trajectoire. Quelqu’un se tient derrière Krasus. Quelqu’un que nous connaissons. Li Fu.
L’illithid semble concentré. Il hurle à notre intention.
« Vite ! Buvez ! Réfugiez-vous au bar ! »
Je sors mon verre de terre cuite et le remplit d’eau. Au moment où je le porte à mes lèvres, je vois Turean, le druide, penché sur une grosse amulette rougeoyante. Une vive lumière nous prend.

Dans l’emportement, nous ne faisons plus bien attention à notre volume vocal. Et nous apercevons une image grésillante de l’ankou en mode Telimektar. Il semble lutter contre les barrières du plan matériel pour s’incarner en Melkaya. Et sa voix se fait entendre, faible, mais précise  : « Aidez-moi…. »
Personne ne bouge, certains des membres de la compagnie du carafon ne lui prêtent même pas attention. Mais Gwydion, lui, si. Il est serviable, et sympathique. Et je crois bien qu’il a reconnu Telimektar. « Bah, on va pas le laisser comme ça quand même, aidons-le ! » et se dirige d’un pas alerte vers la chose. Mais Turean s’interpose avec violence, et bloque le roublard dans son action. Il nous dit d’un ton ferme et assez étonnant qu’il ne sait pas ce qu’il se passe, mais que l’elfe ne doit pas tendre la main à l’apparition. Toute la compagnie du carafon se retourne alors vers la chose, qui s’incarne dans un fracas assourdissant bientôt suivit d’un hurlement de rage d’une puissance comparable à celle de vingt lion enragés. Puis l’Ankou, puisque c’est de lui qu’on parle, se fond dans une boule de ténèbres totales. Une masse d’énergie( ?) dantesque se condense en un point infime de l’espace et j’ai bien peur que l’ankou nous emporte tous dans cette furie destructice. Adieu, monde … Adieu, le monde.
La sphère noire s’extrait du temple par le plafond en déchirant le toit de l’édifice qui retombe en petits fragments dérisoires de pierre et de bois. Et Turean nous conte à demi-mot, d’une voix d’outre-tombe, ce à quoi il a assisté avant d’utiliser son amulette pour remonter le temps d’une poignée de minutes. L’Ankou… Que faire ? Mais alors que je pense, je ressens une violente douleur dans l’œil gauche et la main droite. Une bille bleue tombe de mon orbite et ma main est à présent immobile et Krasus est mauve. La magie a disparu. Mon sang se fluidifie, et suinte tranquillement des mutilations que je me suis infligées. Je souffre.

Ethan arrive en courant, et se tient l’œil. Il en extrait une émeraude sanguinolente et se cache l’orbite vide avec la main. Il est catastrophé, d’aucuns le seraient pour moins que ça. Glaniphe nous rejoint aussi, péniblement. Elle halète, elle est couverte de rides. Elle se tient la poitrine et éprouve de grandes difficultés à respirer.
Nous lui amenons un fauteuil, et elle nous apprend qu’il lui manque 80% de ses poumons, habituellement remplacés par magie. Nous parlons quelques temps de nos problèmes immédiats  : l’Ankou s’est incarné temporairement, et il n’y a plus de magie. Après une dizaine de minutes cependant, l’afflux revient. Glaniphe respire de nouveau, et Ethan et moi rechaussons nos yeux respectifs. Avec un zonzonnement étrange, Krasus récupère sa luminescence bleue. Mon sang s’épaissit de nouveau et les saignements s’arrêtent. Alors que nous expliquons au vieux prêtre accablé notre théorie sur Werelnech’Barr, il examine avec intérêt le verre de LiFu que je lui confie. Il l’examine, et commence à gesticuler à coté, et marmonnant quelque chose. Je ne sais pas ce qu’il veut faire, mais c’est hors de question. Pas lui. Pas mon verre. Pas maintenant. Pas moyen.
Je me jette sur le prêtre et le plaque au sol. Allongé par terre, me répandant en excuses, je suis à califourchon sur le vieil homme dont la fiole a roulé sur le coté. Je la récupère et la lui tend, et il la débouche et la porte à ses lèvres d’un air las. Il s’excuse vaguement et nous continuons de parler.

Ethan, dans son coin, médite, l’air plus que soucieux et carrément triste. Il a vu beaucoup de choses récemment, et aujourd’hui l’Ankou s’est incarné, mettant en péril la trame même de Melkaya. Et nous, nous ne lui disons rien. C’est… dur. Je veux mettre un terme à tout cela.
Il se lève, et incante sur place. Un portail apparaît au sol, répandant une chaude lueur dorée alentour. Mes compagnons optent pour un consensus, nous allons confronter Li Fu sur ses origines. Enfin, eux. Parce qu’Ethan saute dans le portail. Soon le suit. Gwydion aussi. Turean suit le mouvement. Et moi… de même.

Confrontation tentaculaire.

Le portail se referme, toute chaleur s’est dissipée. L’archiprêtre, l’ermite, le négociant import-export et le druide ont bel et bien disparu. Huclok, Krasus, Elentar, Sierra et Fiiling se retrouvent seuls avec des prêtres perplexes, jusqu’à ce que Glaniphe arrive.
« Je reconnais ce portail, c’est un pouvoir d’invocation réservé aux plus puissants membres d’un clergé. Cela permet de rentrer directement en communication avec leur dieu.
- Eh bien, ils vont bien se marrer, commente Huclok.
- Pardon ?
- Rien. Dites, on a des choses à régler et je viens de tester, impossible de les communiquer ou de les localiser. Donc à bientôt ! »
Joignant le geste à la parole, la demi-compagnie du Carafon planta là les Péloriens, et se dirigea vers un endroit à l’écart. Là, ils burent dans leurs gobelets planaires, et se retrouvèrent à l’auberge planaire.

Une marilith jouait de quelques guitares, alors que “Charles” l’élémentaire d’énergie positive flottait paisiblement au-dessus de sa table. Karl, le diantrefosse, hocha la tête à l’adresse des aventuriers. Toutes sortes de créatures planaires vaquaient à leurs occupations. Le maître des lieux se dirigea vers les compagnons, avec son habituel
« Que puis-je faire pour vous ?
La compagnie lui rendit son salut, et Krasus prit la parole avec sa franchise naturelle.
- Bonjour tavernier, on a à vous parler ! Vous auriez de l’Alléhop ?
D’un geste de l’Illithid, le verre se remplit et le moine bleu heureux put commencer à tanguer.
- Euh, bien sûr, prenons cette table…
- Pas ici, le coupa Elentar. Dans votre bureau. »
Le tavernier plissa ses yeux fendus, méfiant.
La compagnie rentra dans le “bureau” de Li-Fu. Une pièce dépouillée, avec un parquet miteux et un livre de comptes ouvert sur un secrétaire de bois. Une étagère remplie de registres entretenus, avec pour seule décoration une tenture noire brodée de l’inscription dorée “Aux tentacules amicales”.
La porte se referma.
« Alors ? Que se passe-t-il ? Une nouvelle attaque des plans ?
- Pas vraiment, dit Huclok. C’est assez difficile à expliquer, parce qu’on est revenus dans le passé. Enfin, pas nous, on y est toujours. Mais un ami à nous. Mais disons qu’on sait quelque chose sur vous ?
L’homme lézard fit un sourire de toutes ses dents, et cligna difficilement d’un œil. Li-Fu haussa un sourcil inexistant. Sierra se mit à parler.
- Il est très dangereux de donner trop de détails. Disons que nous sommes quasiment certains de l’identité d’un certain grand magicien planaire ?
La paladine activa des zygomatiques atrophiés pour se composer un air entendu. Li-Fu haussa son second sourcil inexistant, et Fiiling prit le relais.
- Vous devez nous aider : vous savez que nous savons, et nous savons que vous savez que vous savons. L’auberge, tout ça…
- Et quoi, l’auberge ? Je ne comprends pas.
- Sauf votre respect, ne soyez pas de mauvaise volonté ! On n’a pas envie d’une autre, enfin d’une première incarnation de l’Ankou… »
Un bruit de déchirure et un hurlement étouffé retentirent. Le demi-dragon se tut instantanément, et l’Illithid et la compagnie échangèrent des regards inquiets. Elentar prit la parole.
« Je suis allé sur les Terres Extérieures, récemment. J’y ai appris qu’un certain grand magicien, supposément mort depuis huit cent ans, était toujours en vie, mais banni du plan Matériel. Avec mes compagnons, nous en avons déduit que vous étiez, euh, Wer’…
Un second fracas retentit, et les oreilles sensibles purent entendre un fugace “Je te maudis, destructeur de l’équilibre !”, et Huclok enchaîna.
- Walter. On sait que vous êtes Walter.
Toute la compagnie hocha vigoureusement la tête. Li-Fu ouvrit grand ses yeux, et se défendit :
« Donc d’après vous je serais Wer’… (craquement)… Walter. Et qu’avez-vous pour prouver ça ? Je suis tavernier, d’entre les plans certes, mais simplement tavernier.
- Nous avons eu une discussion du genre il y a peu, et l’Ankou s’est incarné sur le plan Matériel, répondit Sierra. Heureusement, les événements ont été annulés par un retour dans le temps, mais il y a un témoignage de confiance.
- Oui, continua Krasus. Et vous êtes venu en personne, et vous m’avez sauvé la vie ! Donc merci du futur. Mais maintenant plus de bêtises : on sait qui vous êtes ! W… Walter. »

Li-Fu regarda tous les membres présents de la compagnie, un par un. Puis son visage s’affaissa, et il soupira.

Alors, le monde se transforma.

La pièce s’agrandit, révélant un bureau rempli de grimoires, de plumes et d’encriers ; un symbole géométrique écarlate parcourait tout le plancher couvert de métal. Le plafond de bois disparut, inondant le bureau de la lueur de lointaines étoiles sur un ciel de ténèbres.
La tenture devint un couloir au bout duquel d’immenses installations alchimiques clapotaient, leurs tuyères argentées véhiculant toutes sortes de liqueurs et d’essences.

La tenue brune de Li-Fu avait laissé place à une longue robe mauve brodée de mots de pouvoir, des bagues étincelaient à ses doigts. La petite pierre de l’Ankou qu’il portait en pendentif était devenue une pierre complète, prisonnière d’un cerclage de métal vert.

« Vous avez raison. Je suis W… Walter.
Leurs doutes confirmés, les aventuriers sont secoués. Krasus parle :
- Alors c’est vrai ? Vous vivez caché ici depuis tout ce temps ? J’espère que vous avez une explication, et une qui tient debout !
Li-Fu soupire à nouveau.
- Je vais tout vous expliquer. Faites attention à ne pas mentionner mon nom, toutefois. Tout a commencé lorsque j’ai voulu obtenir la magie la plus puissante existante…
Huclok le coupe.
- Oui, oui, rapprochement des plans, densité de magie augmentée, piège pour le grand méchant gardien, piège semi-raté, magicien découpé. C’est la suite qui nous intéresse !
- Fort bien, je comprends. Je fus envoyé aux Enfers. Là, après quelques dizaines d’années mortelles, je négociais mon évasion avec mon gardien. Karl est maintenant un résident permanent de l’auberge, il n’a plus droit de propriété dans le plan Matériel, ou ailleurs. Lors de l’évasion, je changeai mon nom profondément, modifiant ma personnalité. Étant banni de mon plan natal, je décidai de fonder l’auberge où vous vous trouvez.
Sierra répondit.
- C’est impressionnant, mais quel était votre but ? Vous avez détruit un équilibre de milliers de milliers d’années, et vous restez ici ?
- Mon pouvoir est diminué. Les dieux eux-mêmes m’ont banni du plan Matériel, et tous mes conseillers sont morts ou disparus. Je dois garder le secret sur ce qui m’est arrivé, et par les voyageurs planaires, je parviens à me maintenir au courant.

Le côté “secret” fit couler une désagréable sueur froide dans le dos des compagnons. Krasus prit la parole.

- Ah-hem. Nos compagnons sont aussi au courant de votre identité, Walter. Qu’allez-vous faire ? Nous tuer ? »

Le mage interplanaire ouvrit grand les yeux, et compris le sérieux de la demande du moine. Il secoua la tête.

« Non ! Il y a huit cent ans, peut-être aurais-je fait ça. Et encore, sur la suggestion d’un de mes conseillers. La domination des autres ne m’intéresse pas, seul le pouvoir personnel m’enthousiasmait. Mais à votre place, j’essaierai de m’enfuir : je ne peux pas vous laisser faire ça. Vos gobelets sont désactivés.

Un lourd silence ne fut rompu que par Fiiling.

- Donc, on attend que nos compagnons s’inquiètent et nous rejoignent ?
- Tout à fait. En attendant, je peux vous faire visiter mes installations. Et vous, enchanteur, vous m’avez parlé de quelqu’un dans les Terres Extérieures ? Tout ceci est fort intéressant. J’ai matérialisé des chambres pour vous, exceptionnellement. Mettez-vous à l’aise…

Pélor, l’assassin.

Nous tombons quelques secondes et atterrissons sur un sol meuble et confortable, vaguement duveteux. Il fait chaud, très chaud, et très lumineux. Ethan nous regarde, aussi surpris que consterné.
- Je suis désolé, Ethan, de vous avoir suivi, dis-je. Mais je pense que nous vous devons plus d’explications au vu de ce que vous avez fait pour nous."
Soon confirme ma pensée.
- Effectivement, nous vous devons au moins ça.
Mais Ethan ne réagit pas, et porte sur son visage un air grave et fataliste. Et Gwydion de poser la vraie question.
- Ouais, c’est bien beau tout ça. Mais on est où, là ? Enfin, ça change rien, si vous me cherchez, regardez près de l’escalier doré.
Le vieux prêtre montre le paysage de sa main.
Des nuages. Un escalier doré. Un soleil au loin, très loin, brûlant. Nous sommes…
-… dans les Elysées. Plus précisément  : « dans » Pélor.
-… Et on peut en sortir facilement ?
Il exhibe son symbole divin qui finit de se consumer.
- J’ai bien peur de ne plus pouvoir faire cela…
C’est pas vrai ! Mais c’est pas vrai ?! Mais comment on fait pour toujours se mettre dans des positions pas croyables ! Comment c’est possible ? Qu’est-ce que mes compagnons ont fait au destin pour mériter ça ?!
Ethan ne nous rassure pas.
« Je suis venu demander conseil à Pélor. Vous de ne devriez pas être là. Mais bon, maintenant nous n’avons plus le choix. Nous devons avancer. Et prier… espérer que je sache plaider votre cause. »
Gwydion, qui essayait de desceller une marche en or adamantin de l’escalier s’arrête bien vite quand sa survie est remise en question. Il s’inquiète de la longueur de l’escalier, et reste interdit à l’écoute de la réponse  : une semaine. Prenons notre mal en patience… Façon de parler.

La température a atteint son paroxysme quand nous arrivons en haut. Mon cuir démoniaque me protège plutôt bien de la chaleur, mais celle-ci est perçante, cuisante, et impitoyable. Nous atteignons un plateau doré suspendu dans les airs sous le soleil gigantesque qui nous fait face. Nous regardons quelques instants la colossale boule de feu dans un silence respectueux, quand Ethan se retourne vers nous. Deux flammes vigoureuses ont remplacé ses yeux.
- Bonjour. Je suis ravi de vous accueillir.
Pélor ?! On va directement parler à Pélor ! C’est curieux, j’ai très nettement moins de trucs à lui dire depuis qu’il est en face de moi.
Soon et Turean répondent par un salut respectueux. Celui de Gwydion est lèche-bottes, le mien est plus discret.
- J’ai pris possession du corps d’Ethan pour vous rencontrer. Je possède tous ses souvenirs. Que venez-vous faire ici ?
Soon lui répond.
-C’est une erreur. Mais tant qu’à être ici, peut-être pouvez-vous nous expliquer deux ou trois choses. Quelle est cette zone dans le désert des roches dansantes où vous n’avez pas droit de regard ?
Le dieu soleil tente un « puis-je ? », et après un hochement de tête du roublard peu renseigné, avance une main sûre et étrangement immatérielle vers le crâne de Gwydion, y entrant comme dans du beurre. Il en extrait une petite bille argentée qui essaye de casser dans ses mains, sans succès. 
Pas moyen. Je ne sais pas ce que c’est mais vous seuls avez accès à vos souvenirs de ce qui s’est passé là-bas.
Nous ne sommes pas satisfaits. Soon continue à interroger le dieu.
- Et que voulez-vous dire par « nous sommes EN vous » ?
- Eh bien ce plan est une partie de moi, je suis le seul dieu sans avatar. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que je sois remplacé.
- Vous… allez être remplacé ?
- Bientôt, oui. Dans quelques siècles probablement. Je suis impatient de retourner dans le cycle des réincarnations, et de retrouver une vie plus… classique.
Pélor a le blues. C’est tout simplement psychotrope.
- Du coup, comment peut-on sortir de vous ?
- Trois possibilités s’offrent à vous. La première est de sauter au bas de la plate-forme, mais je ne vous le conseille pas. Personne n’est remonté pour raconter ce qui s’était passé. Vous pouvez aussi retourner dans le cycle des réincarnations. Je vous laisserai choisir votre réceptacle. Enfin, vous pouvez toujours accepter de sortir d’ici imprégné de mon essence. Changés. En bien.
En bien ?! Il manque pas de culot ! J’interviens.
- Et vous ne pouvez pas nous téléporter sur le plan matériel, tout simplement ?
- Malheureusement, je ne peux pas.
Il ne PEUT pas ?! C’est un Dieu, bien sur qu’il peut le faire ! Il n’en a aucune envie, ça je peux l’entendre. Mais qu’il ne puisse pas le faire est complètement absurde. En résumé, si les péloriens sont des radasses ultradirigistes et manipulateurs, c’est parce que leur dieu ajoute l’insulte du mensonge au crime d’ingérence.

Ah… ces dieux. Pélor nous assure qu’il ne peut pas nous ramener sur le plan matériel tel quels en raison d’un accord confus de réciprocité passé avec Nerull : s’il nous renvoie ainsi, l’autre peut faire de même avec des âmes qu’il peut choisir. Mais le deal qu’il nous propose est quand même foncièrement malhonnête. Enfin quoi, quel choix devons-nous faire ?! Pélor nous force, nous détruit ! Nous condamne en nous imposant sa marque ! Quelque soit notre choix, l’Infect nous condamne à mort, redéfinissant la totalité de nos existences, que ce soit par la négation de notre passé, ou celle de notre esprit. Je le hais. Que suis-je censé choisir ?! Que suis-je sans mon passé ? Un simple abruti orgueilleux et inexcusable. Que suis-je sans mon libre-arbitre ? Un pantin, un pantin à la merci des vents divins. La solution de sauter en bas de l’escalier m’apparait de plus en plus séduisante.
Mais non, je suis un mortel, et par définition j’ai peur de la mort. Je veux vivre pour raconter ça. Mais je ne peux pas me séparer de la poigne de mon père, je ne saurais pas vivre sans. Tant pis. Je serai touché par Pélor. Le « Bon » agite devant nous un bâton doré surmonté d’un soleil massif. Il nous dit de le prendre quand nous aurons fait notre choix. Gwydion et Turean hésitent puis choisissent la réincarnation, et Soon et moi choisissons l’autre option. Nous sommes pris dans un halo de lumière. Adieu, monde de merde.
Le soleil brûlant du début d’après-midi se reflétant sur les maisons blanches et le sabre brillant d’Andoucia offre à nos yeux un appréciable repos après la lumière insoutenable du faciès de Pélor. Je suis bon, ça y est. Soon est à coté de moi, et affiche un sourire à peu près aussi content que navré, ce qui m’amène à penser qu’il doit bien imaginer mon état d’esprit. Je fulmine autant que je peux mais n’arrive pas à percer l’aura apaisante qu’il dégage, et je me rends alors compte de quelque chose d’étrange. Le feu qui me ravage les tripes est toujours présent. L’empreinte de Pélor est… absente ? Non… Non, quand même pas. De sombres pensées me font frissonner, des idées de violences me semblent révoltantes… Mais pas au point de me les interdire. La marque de Pélor ne serait alors… Qu’un genre de guide personnel pour que l’on se rende compte d’actions maléfiques avant de les commettre ? Je… Je dois faire un test. Je pars m’isoler dans garigue sous prétexte de méditation et cherche une créature sans défense. Un écureuil fera l’affaire, le pauvre. Alors que je me livre sur la bestiole à des actes d’un sadisme insoutenable, je frissonne du dégout que je m’inspire, mais parvient tout de même à mes fins. Et alors que j’achève la créature en aspirant son énergie vitale, je ressens loin, très loin, quelque part sur le plan matériel, comme si un acte de bonté gratuite avait été perpétré. Couvert de sang et confus, je me lave un peu en imaginant l’origine de cette sensation, et arrive à deux hypothèses. En partant du principe que c’est lié à moi, soit la marque de Pélor lui permet d’intervenir quand moi je fais des saletés ; soit un être « opposé » à moi a été ramené par Nerull avec le même genre de marque et a désiré tenter la même chose que moi de son coté. Il aura nourrit un orphelin, j’aurais bousillé un écureuil.
Je retrouve un Soon étonné qui n’a semble-t-il pas réussi à retrouver la compagnie du carafon. Etrange… Peut-être Ethan aura-t-il plus d’informations ?

Nous retournons au temple. Le vieux prètre nous y accueille seul, et s’enquiert de nos états.
- Alors ? Que s’est-il passé ?
Soon et moi échangeons un regard surpris.
- Vous ne vous rappelez de rien ?
- Non. Je sais juste que Son esprit a habité mon corps quelques temps, sans que je puisse en garder un quelconque souvenir.
Je reste coi. Soon rebondit.
- Eh bien, il a accepté de nous renvoyer chez nous.
L’archiprêtre marque un temps d’arrêt. Je crois qu’il devine bien ce qui nous est arrivé. Il ne commente pas nos choix ni nos nouveaux attributs, et nous indique la position de nos alliés. Nous avons quand même perdu une semaine. C’est l’heure des retrouvailles.

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Un ancien Mal pour un ancien Bien

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, 979 A.L.

Sommaire

1) Grand « 1 » petit « a », les préparations
2) Le dragon noir vole et nie
3) Prévenir, Alerter, Secourir
4) Le récit sylvestre du rôdeur en folie
5) Un lourd problème de communication
6) Laroux, le miroir de vérité
7) La tombe du héros

Grand « 1 » petit « a », les préparations

Je sors mes aiguilles et couds, un air bien trop satisfait et probablement infantile imprimé sur mon visage. La nuit sera courte mais comme on dit: il n’y a pas d’heure pour les braves. La lanière commandée par Sierra avance comme je l’entends, et je parviens à nouer entre eux les lourds lambeaux de cuir qui lui permettront de manipuler l’objet avec aisance. Je dissimule en leurs sein un lourd secret, un piège démoniaque qui saura probablement courroucer Sierra, mais après tout… Tant pis pour elle !

Un implacable soleil radieux inonde la cité de Rose-des-Sables, et ce même si nous nous levons avant l’aube. Nos préparations nous emmènent jusqu’au temple de Pélor et à Ethan qui nous annonce d’une voix assurée qu’il ne viendra pas avec nous pour régler son compte au dragon noir. Je ne le savais pas aussi peureux, ou aussi téméraire; ce qui je l’avoue bien volontiers constitue les deux spectres les plus extrêmes de l’émotion mortelle; mais qui a quand même comme résultat commun de nous laisser enfoncés jusqu’aux genoux dans notre démêlé avec une des créatures les plus puissantes de Melkaya. Je crois que c’est parce qu’il a confiance en nous. Je ne sais plus comment le convaincre du contraire.
Alors que Sierra essaye de prendre Ethan à part pour l’entretenir de je ne sais quoi, je lui tends la lanière de cuir que j’ai confectionnée cette nuit. Du bel ouvrage, du cuir tressé avec des brodures, plein de brodures. Il semble que ce soit à la mode, les brodures.

La lanière elle-même est épaisse de quelques bon pouces ; elle présente de nombreux motifs ferreux soigneusement dénués de symboles. La Kensaï me remercie et l’attache à la lourde cloche de métal qu’elle trimballe avec beaucoup d’inconvenance, puis chausse l’objet et va retrouver Ethan qui l’attend. Alors qu’elle part, elle marque un temps d’arrêt, troublée. Elle me lance fugacement un regard courroucé et retourne vers le prêtre.
De notre coté, nous commençons à extrapoler sur les mœurs des dragons noirs et sur leurs livres de chevet. Sierra nous rejoins quelques minutes plus tard, munie cette fois d’un regard meurtrier qu’elle manie avec un dextre jamais égalé, fermement planté entre mes deux yeux. Je ris.
L’amulette qui lui fut confiée par Yoji afin de l’aider dans ses choix et dans ses décisions, qu’elle m’avait prêtée il y a de cela longtemps et qu’elle refusait de récupérer, maintenant fermement incrustée dans la lanière de la cloche, avait enfin fait son retour près de sa véritable propriétaire, à son insu. Croirez-vous que je ne fus pas remercié ? Je ne le fus. Apparemment la méthode n’était pas à son goût. Qu’importe : dans quelques années, nous en rirons.

L’engueulade qui s’ensuit ne semblant pas porter ses fruits, nous changeons de sujet. Il semble que Sierra ait encore 52 âmes en peines dans son épée. Et qu’il sera ardu de les sanctifier. Ce n’est pas la première fois que nous parvenons à de bons résultats dans des situations complexes : nous y arriverons.
Tandis que je me fais encore tancer vertement pour cette histoire de lanière et d’amulette, Ethan nous entend et me propose un palliatif au manque de jugeote qui semble à nouveau me caractériser. Il m’offre une sphère noire ramassée il y a peu chez un nécromancien lors d’un raid particulièrement efficace, et m’annonce que c’est un œil-de-chouette. Ah ! Très bien, je suis intéressé. l me conseille d’aller voir un ami à l’hôpital pour le faire installer. Un gnome. Je m’y rends. Le dragon peut attendre : la parfaite symétrie de mon visage passe au premier plan. Et puis, si me planter dans le visage une saleté trouvée chez un mec un peu louche peu me remettre du plomb dans la tête…
Elentar souhaite m’accompagner. J’accepte, mais Krasus nous interrompt.
-Elentar ! J’ai besoin de ton aide. Je souhaite enlever ces gants pour mettre l’anneau, peux-tu m’aider ? Il exhibe ses mains gantées d’un cuir maudit mais fort utile. Elentar acquiesce et incante lentement un sortilège de dissipation. Je profite de l’ouverture, et je pars en courant.

Secret (Lados)

Je retourne voir mes compagnons le visage en sang. Ils m’accueillent avec un air de surprise mou, et Soon me reproche curieusement d’avoir accepté le cadeau d’Ethan et de l’utiliser sur ses conseils.

En échange de l’objet, l’archiprêtre souhaite d’ailleurs obtenir une dose de bière bleue et de poudre utilisée à Dreel. Message reçu, j’irai faire un crochet par là-bas. Mais trêve de discussions stériles : Krasus est bleu !

Il semble avoir passé à son doigt l’anneau de la Loi Inflexible, et il rayonne maintenant d’une lumière bleutée, par la peau et par les yeux. C’est assez joli. Et je me sens franchement plus gaillard à ses cotés, même si une légère impression de flou brouille mes aptitudes magiques. Ethan, après avoir disparu quelques secondes, revient avec un panier de prunes fraîches et dodues. Il nous en donne une chacun et nous mangeons goulûment. La vache, les variétés de Rose des Sables pourraient nourrir un petit village gnome chacune ! C’est sucré, juteux, mais lourd, très lourd. Il me donne en outre un petit paquet de tissu que j’ouvre et qui contient un gâteau sablé.
Il me dit que c’est un cadeau que Imd m’a fait passer par lui. Trop surpris pour être content, j’accepte et commence à mâcher ce qui s’avère être au final l’équivalent d’une ration militaire déshydratée, broyée, salée, séchée et compactée. C’est loin d’être mauvais, mais je m’étouffe à moitié sur la consistance désertique du gâteau. Il semble que ce soit un gage d’amitié que d’offrir de la nourriture à Rose des Sables. Je demande à Ethan de remercier le jeune paladin pour moi : il doit être en plein entraînement et je ne reviendrai peut-être pas de notre rencontre avec le dragon noir. Mais je compte bien le faire moi-même par la suite.

Mais trêve de palabres. Fiiling a un plan. On pose le tabouret, on se met en file indienne et on approche lentement. Krasus propose de faire un « Mont-et-Karlos » pour –

Je sors de ma torpeur quelques minutes plus tard, heureux de ce mécanisme d’auto-défense qui coupe tous les contacts entre mes centres de réflexion pour ménager mes méninges. Un plan plus sain est proposé : on verra sur place ! Nous nous décidons enfin à partir. Elentar, refroidi par sa rencontre précédente avec une âme en peine problématique, agrippe Sierra, Krasus et Fiiling. Bah. On ne devrait pas franchir de zone interdite aux dieux, sa déplorable couardise ne gêne donc pas tant que ça. Hukloc se charge du reste du groupe. Gwydion est introuvable : la rencontre d’un dragon noir ne semble pas l’intéresser. Sa couardise à lui me paraît salutaire.

Le dragon noir vole et nie

Nous arrivons sur le parvis de la cathédrale de Cliffya, où nous sommes accueillis par un grand homme maigre, aux yeux ébahis et aux paroles incohérentes. On m’informe qu’il s’appelle Electrus. Mes alliés semblent bien le connaître, et taillent un moment le bout de gras avec lui.
Krasus l’approche : « Ah ! Electrus! Comment vas-tu ?
- Fort bien, je suis en pleine forme ! Mais que venez-vous faire ici ?
Fiiling lui répond.
- On vient s’occuper du dragon.
Le prêtre ouvre de grands yeux étonnés
- Un dragon ? Mais de quel dragon parlez-vous ?
- Nous savons qu’un dragon noir convoite un objet dans le coin. Vous ne l’avez pas vu ? Questionne Elentar.
- Eh bien non, pas de dragon dans le coin ; du moins à ce que je sache.
Huclock prend soudain son envol.
« C’est le dragon !
- Tu es sûr ? demandé-je innocemment.
-Oui. »
Sans plus de réflexion, je lui lance mes tatouages de serpent. Soon se jette alors sur le simili-prêtre, l’enserrant, et lui enjoint de se rendre, en réponse de quoi l’homme prend un air inquiétant et lui répond d’une voix grave et rocailleuse que nous n’avons probablement pas de quoi le menacer.

Les serpents se plantent dans son épaule, et le dragon sous forme humaine ne semble même pas accuser le coup. Alors que je prépare mon prochain sortilège, je reçois un coup de main spirituel que je n’avais pas ressenti depuis des années. Un esprit aux reflets métalliques incante la moitié du sort et je parviens à invoquer un gigantesque lion de terre cuite pour aider les combattants au contact. Le dragon hurle, et reprend son apparence véritable. Soon, dépassé, se laisse tomber à terre et se fond dans le parvis pierreux de la cathédrale. Il ne nous gênera pas, c’est très bien ainsi.

Dans un grondement formidable, une montagne de haine et d’écailles se révèle à nous. La peau de l’humain s’étire et prend une teinte sombre et granuleuse, puis se couvre d’écailles mates, son cou s’allonge tandis que sa gueule se garnit de longues dents effilées. Alors que son dos se déchire pour laisser s’extirper de gigantesques ailes , une longue et puissante queue fait son apparition ; et ses yeux se teinte de la flamme de la malice et de la malfaisance.
Le combat se lance donc entre la compagnie du Carafon des étoiles et un pauvre grand dragon noir qui passait par malchance sur notre trajectoire globale. Et le dragon prend un air curieusement interdit. « Je ne veux pas me battre contre vous, Porteur de la Loi. Ce combat est inégal. », le tout à l’intention de Krasus.

Mais nous ne lâchons pas l’affaire, et lançons contre la bête un assaut aussi désorganisé que volontaire. Krasus se heurte à la lourde carapace du reptile en essayant de trouver une ouverture, et nous donne un aperçu de la résilience du machin. Fiiling calibre mal un coup qui ricoche contre le dragon puis s’arrête net sur le front du moine. Sierra, prudente, essaye de garder contre son adversaire une défense optimale, probablement dans le but d’observer et de s’adapter aux situations.

Devant une telle démonstration d’amateurisme, Corax rentre en piste. L’oiseau d’Elentar s’agite quelques secondes et hurle d’une voix de crécelle une incantation plutôt évocatrice. Une petite bille argentée file du doigt de l’enchanteur vers la porte de la cathédrale et une gigantesque explosion embrasée en souffle les battants. Le lion de terre cuite accuse le coup, le dragon aussi. Mais moins, probablement. Je remarque le diadème rosé sur la tête du volatile, et me dit que ce n’est pas le moment de me poser des questions.

La chose inspire profondément et crache en notre direction un flot verdâtre, chaud et poisseux qui finit de détruire le lion de Foo, tandis que Krasus serpente entre les gouttelettes d’acide létales qui éclatent sur le sol fumant. C’est le moment que choisit Soon pour se distinguer.
Une douce mélopée sourd du sol pierreux du parvis de la cathédrale. Un halfelin, un AUTRE halfelin, s’en extrait lentement et sans effort, et s’allonge en lévitant à quelques centimètres du sol. Il tient négligemment une pomme et possède un objet qui fait cruellement défaut à Soon : un pagne. Une chaude lueur dorée exhale de sa peau hâlée par de probables longues années de farniente au lourd soleil des contrées où la pluie est si rare qu’elle en est crainte. Sa douce voix résonne à nos oreilles tendues et sait calmer dans cet instant de violence nos instincts les plus animaux.
Mais le dragon déploie de gigantesques ailes voilées et se précipite vers Hukloc qui invoque un mur de force entre lui et son adversaire non moins reptilien.

Soon et moi combinons habilement deux sortilèges clé pour permettre à Fiiling d’aller mettre des mandales dans les airs. Il ferme les yeux. Et hurle. Sa mâchoire se déforme. Des dents supplémentaires semblent y avoir poussé. Sa posture s’affaisse, et sa peau est parcourue de sursauts de haines et de puissance. J’ai l’impression d’observer un muscle entier fixé à une indicible envie instinctive de faire saigner tout ce qui a des fluides vitaux.

Il fonce vers la créature en l’air… et rate son attaque. Sierra empoigne la lourde cloche de bronze et en hurle le mot de commande avec la sainte conviction qui lui est habituelle :

BURN !”

Un craquement se fait entendre. Celui de ses os et des joints de son armure, qui subissent de plein fouet un recul visiblement dantesque. Un rayon blanc et doré sort de la béante gueule de bronze en direction des dragons en mêlée. Fiiling évite de justesse le rayon mortel qui se fracasse contre le mur de force. Sierra, sonnée et enfoncée dans le granite d’un bon centimètre, semble ne s’être pas encore habituée au recul de l’artefact.

Le dragon incante alors quelque noires paroles et Fiiling prend soudain l’apparence d’un merle qui fonce dans les bois voisins. Corax lui vole après, bien conscient que si on laisse partir le merle le plus musclé de l’histoire de l’ornithologie, on risque de ne plus jamais le revoir.

Le dragon, quant à lui, se retourne vers la cathédrale et se dirige vers son clocher. Une fois posé à son sommet, Sierra remet le couvert avec l’aide du sortilège de vol dont elle est nouvellement pourvue. Le mot de commande résonne, plus clair et plus puissant encore, et la cloche éructe une nouvelle fois cette lueur destructrice. La Sonneuse de Glas accuse encore plus le recul et se retrouve propulsée à travers les airs, à une vitesse vertigineuse. Quelques secondes après son action, un craquement sourd déchire l’air, et un nuage de poussière entoure une colline à quelques kilomètres derrière nous. Je ne m’inquiète pas plus que ça.

Le dragon, quant à lui, a cette fois prit le coup en pleine face, et chute à terre, entraînant avec lui le clocher de la cathédrale qui se fend en deux et s’écroule au sol en une pluie de débris dérisoirement saints. Et le moine saisit l’occasion. Krasus arrive au contact, et explose d’un coup de poing bien senti le naseau de la bestiole sonnée. La chose recule sous l’impact, au doux bruit de cartilages et de chairs broyés ; puis recouvre une certaine dignité en prenant une posture plus défensive. Sa gueule s’ouvre, mais pas de crachat cette fois-ci. Il veut nous parler.
« Porteur de la Loi ! Cessons ce combat. Nous allons nous entretuer. Il n’y a pas d’autre issue que le retrait des deux camps.
- Non. Qu’as-tu fait des prieurs de la cathédrale ? Hurle Krasus, exalté par la situation.
- Ils sont en vie. Mais je peux les tuer à tout moment.
- Quel est ton nom ?
Le dragon est fortement réticent, mais s’exécute.
- Hash-Taragk.
- Et pourquoi veux-tu le livre de noire vilenie ? C’est maintenant Soon qui fait parler sa prestance.
- Je ne le veux pas pour moi. On m’envoie le chercher.
- Je ne te crois pas ! Tu le veux pour toi.
Il rugit.
- Et que ferai-je d’un livre de magie divine, imbéciles ?!
- Dans ce cas, qui t’envoie le prendre ?
- Pas tout de suite ! Je veux un Portail.
Une violente aura de confiance gonfle soudain nos poitrails glorieux vers la bête tendus : Sierra vole vers nous, le cheveu au vent et le sabre au clair. Elle atterrit lourdement à coté de nous et braque sa lame vers le reptile.
- Pour aller où ? Questionne Fiiling.
Elle tourne un regard mauvais vers son demi-cousin.
- Cela ne te regarde pas. J’ai besoin de protection. Je suis envoyée par un seigneur des Abysses, Kross. Il nous menace. Il nous contrôle.

Kross. L’immonde sous-raclure de magicien du Refuge, qui faisait mumuse avec ses bassines de chair. Celui qui joue au dieu. Nous le haïssons tous ensemble.

- Maintenant je veux partir.
- C’est hors de question ! hurle Sierra.
- Que croyez-vous pouvoir faire ? Vous essayez de gagner du temps ?
Le dragon s’énerve encore.
- On essaye de sauver le plus de vies possibles avant de vous tuer.
Le temps se fige. Nous tournons lentement nos têtes vers Krasus. L’insulte a fusé. La dragonne est remontée. Le temps des palabres est finit. Place… à la mort.
Une incantation noire siffle entre les dents du colosse. Une ombre s’étend et nous recouvre tous. Krasus est le premier à tomber. Puis Huclock. Fiiling, Soon, Sierra, Elentar. Mon tour approche. Je ferme les yeux.
Un vent glacé m’entoure, et d’étranges crochets fantomatiques pénètrent mon corps pour y agripper mon âme. Après quelques interminables secondes, ils se retirent après n’avoir trouvé aucune prise ; et j’ouvre de nouveau les paupières. Le dragon est devant moi. Les cornes sorties, les sabots tremblotants sur le sol et les griffes maladroitement placées dans une position de défi dérisoire, je suis seul devant la chose. Mes compagnons gisent sans vie à mes cotés, dans un cercle d’herbe noircie et de désolation ; et moi-même je ne me sens pas très bien. La dragonne esquisse un sourire carnassier et me dévore du regard. Puis elle fait un pas de recul.
- Kross. Retiens bien ce nom.
- Qu’avez-vous fait des habitants de la cathédrale ? Ose-je, tremblant de touts les fibres de mon corps.
- Ils sont dedans. Je les ai laissés en vie.
Puis le colosse noir prend son envol, et plonge dans l’océan proche pour n’en plus refaire surface.

Prévenir, Alerter, Secourir

Tremblotant et paniqué, j’examine les cadavres de mes alliés. Aucun ne porte de blessure physique trop grave. Je me téléporte alors à Rose des Sables, dans la tente de Yoji. Il sursaute à mon arrivée, et renverse un peu de son thé.
-Arrêtez de faire ça…
-On s’en fout. Ça s’est pas bien passé avec le dragon. Les autres sont tous morts. J’y retourne, rejoignez-moi au plus vite.
Il prend un air catastrophé et part en courant. Je me re-téléporte à Cliffya.
J’ai quelques secondes devant moi. Je sors la fiole.
Je me penche sur mes camarades et leur fait avaler une gorgée pâteuse de la fiole d’Adinseth.

Quand vient le tour d’Huclock, j’ai un mouvement de recul. Il en a déjà absorbé. J’ai peur de l’overdose. Que faire ? Tant pis, j’essaie. Visiblement, il tolère bien cette nouvelle dose d’essence de mortalité, même si une légère instabilité se fait visible. Mais tout revient à la normale et mes compagnons goûtent enfin aux mérites du fluide bienfaiteur mais puant.
Tous voient alors l’immense cuve de chair, dans une grotte perdue dans des montagnes inconnues, et au centre de la cuve gargouillante, un corps sur lequel le regard a des difficultés à se fixer.

Nous avons à peine le temps d’échanger quelques paroles, notamment sur le fait que si je venais à mourir, je souhaite moi aussi recevoir une nouvelle dose, pour la science ; qu’Ethan est déjà là. Catastrophé, entouré de toute la smalah Pélorienne, encombré d’une caisse de diamants rutilants, Ethan nous regarde. Un peu déçu, l’archiprêtre bougonne à mon égard. « Vous n’avez pas idée de la quantité de verrous écclésiastico-administratifs que j’ai dû outrepasser pour récupérer tous ces diamants. Où sont les prieurs de Cliffya ?
- Bien au chaud, dedans, répondis-je. Le dragon m’a dit qu’elle les avait laissés en vie.
Ethan marque un temps d’arrêt. Il jette un œil las sur le tas de diamants et soupire.
-On va en avoir besoin, finalement.
Dans la cathédrale, aucun signe de vie. Nous fouillons un peu et nous finissons par trouver dans la sacristie un tas de corps inanimés au centre d’un cercle rouge frappé de runes absconses. Ethan se concentre. Il brise le sceau et les corps s’agitent. Aucun mort ici, la dragonne a… tenu parole.
- C’est étrange, murmure le vieux prêtre. Un dragon noir qui fait ce qu’il dit.
Une fois que tout le monde est sauf, je suis pris d’une violente lassitude. Je m’extrais de la zone sinistrée et je pars méditer sur ma condition de tieffelin.

Aux alentours des Mille Fleurs, l’auberge où nous avons rendez-vous, une odeur curieuse se fait sentir, boisée, champêtre, printanière. Je m’approche de l’édifice et l’âcreté de l’humus acide d’un sous-bois évaporant sa rosée aux rayons ardents d’un soleil matinal inonde maintenant mes narines soudainement rassérénées. Alors que je pousse la porte, c’est maintenant l’odeur violente des champignons moisissant sur les racines d’un arbre aux fruits pourrissants devant la cuvette de fange boueuse dans laquelle les sangliers les plus obtus viennent vider leur système digestif et leur capital sympathie qui prend définitivement ses marques au fond de mes sinus. Mais ! Je connais cette odeur ! Ce végétalisme, allié à ce sens si particulier de l’hygiène personnelle !
A une table centrale, mes alliés et Ethan discutent avec une silhouette familière. Un humain au front plat et à la barbe boisée. Telimektar ! En vie ! A Clyffia ! Je cours au ralenti et je prends le rôdeur dans mes petits bras musclés.
Le quart d’heure émotionnel passé, Telimektar nous conte son aventure. Mieux, il a apparemment appris les rudiments de l’écriture, et je joins donc son journal au mien.

Le récit sylvestre du rôdeur en folie

Chapitre I: Fly me to the moon

Incarné dans un oiseau de feu géantastique, si c’est pas le summum de
ma vie de Sauvageon de Pélor!

Aprés avoir déposé mes compagnons sur ce petit bout de rocher flottant
parmi les étoiles, ils sont venus me chercher. Les portes de Méchanus
se sont ouvertes, et je vais payer le prix pour avoir jouer avec les
lignes de vie. Je préfère coopérer, ils ont l’air de types
carré-carré.

Au moins, la Compagnie du Carafon semble en sécurité pour un moment.

Le temps passe lentement, et pour m’occuper, je cours dans ma cellule.
Étrangement, je ne ressens pas les effets de la fatigue. C’est
finalement plutôt sympa d’être mort. Je suis régulièrement emmené sur
une petite plateforme au milieu de nulle part. Aussi loin que mon regard
porte, je ne vois que les vagues contours d’une sphère de métal qui
m’entoure, et sur laquelle s’agite une horde de créatures métalliques,
probablement mes juges. Je comprends rapidement que mon cas pose
problème, il y a “vice de procédure”.

Mon geôlier, qui se prénomme Goliaz, est courtois mais semble
particulièrement attaché aux règles. Sa tête est faite de rouages
imbriqués, au centre de laquelle siège une pierre rouge lumineuse. Au
bout d’un temps indéterminé, il me visite dans ma cellule pour essayer
de trouver une solution à mon cas.

Il m’entraîne à travers un immense couloir, au bout duquel je perçois
une faible lumière. Chemin faisant, nous devisons et il m’explique :
« Nous disposons d’un système nous permettant de détecter les
personnes manipulant les lignes de vie sans autorisation. Il
détecte automatiquement les “clignotements de vie”
ponctués de sauts d’énergie. »
Mon échange de bons procédés avec l’Ankou a du activer ce système.

Au bout du tunnel, un simple pièce, oblongue, avec de grandes capsules
métalliques de part et d’autre. À défaut de capsules, j’ai
l’impression qu’il s’agit d’une crypte jonchée de sarcophages. Goliaz
avoue alors pourquoi Méchanus ne peut me juger, je suis encore vivant.
Je possède mon âme, mon esprit et mon corps. “Fuck Yeah” comme on dit
chez les elfes.

« Vous n’êtes pas le premier à venir ici doté de tout vos attributs de
mortel. Ces affaires sont régulières. »

Je craint de comprendre l’usage des sarcophages, mais Goliaz ne semble
pas pressé de se débarrasser de moi, je vais gagner du temps, il me
connaît pas lui.

« Vous pourriez peut-être nous éclairer sur un autre cas problématique. »
dit-il en passant sa main au dessus d’un sarcophage.

Deux panneaux de métal s’écartent et laissent entrevoir une incroyable
création. Un squelette, entièrement fait de métal, et aux
articulations duquel se trouvent des pierres précieuses que je n’avais
encore jamais vu. Il a dû faire de sacrées conneries pour être coincé
là.

« Il nous a été emmené il y a 7 ans, par un autre visiteur dans votre
situation. Cette créature nous a été laissée en tant que caution pour
la liberté de cet individu. Celle-ci est comme vous le voyez,
inanimée, mais nous avons détecté une source de magie dans sa
poitrine, une source très ténue, dont nous ne comprenons ni l’origine,
ni la nature. »

Inspectant de plus près le squelette, un détail me saute aux yeux, il
ne possède pas de bras droit.

Clignotement de vie, explosion d’énergie, bras droit manquant. Il y a
7 ans. Nom de Pélor de bordel à couilles. Elentar ? Pas impossible.

À la mention du nom d’Elentar, et de ladite catastrophe Elentarienne,
Goliaz redouble d’intérêt pour ce que j’ai à raconter. Très bien, je
vais lui donner ce qu’il veut, si ça peut m’éviter un séjour prolongé
dans les sarcophages.

« Il est possible qu’Elentar ait, comme moi, marchandé avec l’Ankou »

Les roues de Goliaz, s’agitent, ce nom lui est inconnu. Il veut de la
nouveauté ? Allons-y.

« Quand Werelnech’bar a voulu rapproché les plans à l’aide d’une
gigantesque pierre noire, lui faisant office de catalyseur, un Gardien
interplan est intervenu pour protéger les plans. Pour se faire il
s’est incarné dans le prince démon Grat’zz. Je ne sais pas exactement ce
qu’il s’est passé, mais il a réussi à détruire Werelnech’bar.
Probablement durant la bataille, son esprit a été enfermé dans la
pierre noire, qui a explosée. Les fragments de ces pierres sont
éparpillées à travers Melkaya et nombreux sont ceux qui les
convoitent. Au contact des pierres, l’Ankou vous parle, il vole votre
essence vitale en échange de services. Certains magiciens usent aussi
des ces pierres comme de petits catalyseur magiques.»

Goliaz est alarmé de la situation, il faut prévenir les Gardiens interplans.


Petit Point Culture
-———————-
La hiérarchie structurelle de l’Univers est trés cloisonnée. Les
golems de Méchnus n’interagissent pas avec les Gardiens. Jamais.
C’est pas dans le règlement.
-———————-

Il leur faut donc un dindon de la farce, un mortel qui partirait entre
les plans pour prévenir les Gardiens. Un mortel qui ne pourrait jamais
revenir mais deviendrait un génie vivant entre les plans. J’ai rien
contre ce genre de promotion mais je pense que je peux obtenir encore
mieux de la part de mon nouveau pote Goliaz.

La source de magie du squelette, je la soupçonne d’être originaire
d’un demi-plan connecté à la créature. Je propose à Goliaz de
déconnecter cette source d’énergie. Comme de coutume, le règlement
intérieur de la ferraillerie est carré-carré, il faut que l’arcane
bleue autorise la magie que je compte utiliser. Pointant du doigt le
plafond, Goliaz me demande de quelle magie je compte faire usage.
« Chronomagie »
Qu’il traduit en « Magie spéciale » pour l’arcane bleue.

M’approchant du squelette, je positionne mes doigts à proximité de la
supposée source magique. Je parviens à la perturber quelques secondes
en la déplaçant dans le temps. Puis rien. Le squelette reste inanimé.
Mais alors que je m’excuse auprès de Goliaz, un bruit métallique se
fait entendre, le squelette convulse. Puis se calme, et enfin se
relève hors du sarcophage.
« Où est le Maître ? »
Je lui réponds aussi aimablement que possible qu’il a dû rester sur
Melkaya, le temps de régler deux ou trois petits soucis.
« Êtes vous le Sacrifice ? »
Même réponse, il est sur Melkaya, nous on est que des touristes.

Ne nous laissant aucune chance de réagir, le squelette frappe l’arcane
rouge de Goliaz, dont la carcasse métallique s’effondre au sol, sans
vie. Je me jette au sol, auprés de Goliaz et tente de récupérer les
pièces de l’arcane rouge. Le squelette s’élance, parcourant à toute
allure le couloir qui m’avait emmené ici. Il court de plus en plus
vite, chaque seconde qui s’écoule, j’entends le rythme de ses pas
s’accélérer, on croirait une armée de forgerons frappant leurs lames.
Puis, le silence. Je tente de réparer et de remettre en place l’arcane
rouge de Goliaz, sans succès. Tant pis, ça me fera un souvenir.

Soudain, un grondement semble venir de la salle du Tribunal, il ne
s’agit pas d’un combat. J’entends au loin le squelette frapper, il est
train de démolir le Tribunal et ses occupants. Un grondement infernal
occupe l’espace, et se rapproche de ma position. Au bout du couloir,
je vois des milliers de pièces métalliques tomber, et parfois même un
golem de Méchanus. Et le couloir se raccourcit, tout s’effondre.

N’écoutant que mon courage, je bondis dans un des sarcophages, et le
referme sur moi, évitant de justesse une lame qui m’aurait évité de
respirer à nouveau. Je chute, mon visage est collé aux panneaux
couvrant le sarcophage, j’entends autour de moi le métal qui
s’entrechoque. Alors que je commence à m’habituer à la chute, le bon
vieux plancher des vaches me tend les bras. “Bonjour le sol” comme
dirait le cachalot cosmique. J’ouvre tant bien que mal le sarcophage,
et un spectacle apocalyptique d’offre à moi.

Chapitre II: Somewhere over the rainbow

Un ciel rose, parcouru par trois soleils, et autour de moi, les restes
de la sphère où se tenait mes juges. Au moins, je terminerai pas dans
ces sarcophages. D’ailleurs trois d’entre eux sont à proximité de moi,
j’y trouverai sans doute de quoi arranger la situation.

Dans le premier, je trouve un dentier, sympa, propre, avec de longues
dents. Je suis sûr que ça plaira aux copains.
Dans le second, un vieil elfe tout fripé avec de longues dents, un
vampire elfe, probablement très ancien. Je m’en vais le laisser à sa
place, autant pas me foutre plus dans la merde.
Le troisième a un contenu plus surprenant, un elfe, portant un bandeau
marqué d’un “B”. Bandeau, “B”, Boccob, Bandeau de Boccob. Quand je
pense qu’on a failli se faire crever pour cette connerie alors qu’il
suffit de se baisser pour le ramasser. Je m’astreins alors à retirer
le bandeau à mon compagnon d’infortune.

Qui ouvre les yeux… une petite baffe pour faire mine de le
réveiller, il n’y verra que du feu.
« Bonjour »
« Bonjour », j’aime les types polis. Surtout maintenant que je le
reconnais. C’est le père d’Elentar.

Le bonhomme s’agite, « Où sommes nous ? Que s’est-il passé ? ». Votre
serviteur, las d’être questionné répondit en essence : « Méchanus, on
s’en fout, on peut se barrer ? ».

Arborant le plus grand des sourires l’elfe incante et nous ouvre un portail.
« Ça donne où ? »
« Melkaya »
Je pensais pas aussi bien m’en sortir de celle là.

Nous atterrissons dans une clairière, fraîche et humide. Mais pas trop.
Je me trouve fort à l’aise en cet endroit. Mon hôte m’explique alors
que nous sommes en quarantaine pour 48h. Il va falloir faire la
conversation, et ceux qui me connaissent savent que que pour mon hôte,
c’est une véritable épreuve qui s’annonce.

Cet elfe manipule les forces naturelles avec une aisance
déconcertante, il me fournit un siège d’un claquement de doigts et
ainsi, nous échangeons. Il est druide, je suis un rôdeur, il est
archiprêtre de Boccob, je suis prêtre de Pélor. Que de points communs,
je sens qu’entre cumulards, on va être copains. Rapidement agacé par
mon intellect, il m’offre son bandeau d’archiprêtre. J’ose imaginer
qu’il s’agit aussi d’une marque de reconnaissance pour l’avoir sorti
du Tribunal. Mes pensées se tournent alors vers le Père Blaise, qui doit
encore se trouver dans un de ces sarcophages.

Ses connaissances sont impressionnantes, il m’apprend ainsi que le
dentier que j’ai trouvé est un dentier de thaumaturge, capable
d’arracher les âmes. Mieux vaut éviter de se couper avec ça, puis
Pélor n’apprécierai surement pas. L’arcane rouge de Goliaz permet de
lancer des sorts extrêmement puissants d’après lui.

Je lui explique que nous avons cherché à empêcher n°6 d’obtenir le
Bandeau de Boccob, sans succès. Il est déjà au courant et connait n°6,
c’est grâce à lui qu’il s’est retrouvé sur Méchanus. Au centre du
Refuge trônait la tour des cieux, évitée de tous. On raconte que celui
qui se hissera au sommet deviendra un dieu. L’elfe a réussi à entrer
dans la tour, puis à la décaler dans le temps, afin d’éviter d’être
suivi. Mais n°6 l’a précédé et l’en a expulsé. C’est le clignotement
de sa ligne de vie qui a alerté les Inéluctables.

Après deux jours, la quarantaine prend fin, et nous sommes certains
de ne pas avoir été suivis. Je me sens plus intelligent depuis que
j’ai enfilé ce bandeau de Boccob.

En gage d’amitié, il m’offre un parchemin de communication et un
aller-simple vers la destination de mon choix. Je dois retrouver
Bartelensis, direction Dreel.

Chapitre III: Oh Happy Days

La téléportation d’un aventurieux sur la place de marché ne laisse en
général pas indifférents les gens du peuple. Je profite d’avoir
capturé leur attention pour leur rappeler le devoir de charité qui
incombe à tout croyant. La ville est riche, très riche, beaucoup plus
riche que quand nous l’avions laissés il y a quelques années. Le bazar
de Léo n’est plus qu’une attraction touristique, et une plaque rappelle
:
« Ici a commencé le Roi Léo, tout en bas, comme les pégouzes que nous sommes.»
Ce bon vieux Léo, la dernière fois que je l’ai vu il descendait dans
sa cave d’un air comploteur et vendait des objets -maudits-magiques.
Il est temps d’aller le visiter dans sa nouvelle “boutique”. Le
palais royal est cossu, en travaux, mais cossu, il traduit la richesse
nouvelle de ce royaume, apportée par la poudre bleue concocté par Léa,
sœur de Léo.

Une file d’attente est formée à l’entrée du palais. Les doléances sont
reçues par le roi de 10h à 13h. Je vais tenter ma chance. Le garde me
demande mon nom afin de m’annoncer, je lui donne de bonne grâce.
« Telimektar »
À l’annonce de mon arrivée, le roi Léo se lève et me prend dans ces
bras. Il semblerait qu’il y a 8 ans, nous ayons débarrassé la ville
d’un groupe d’émissaires impériaux, venus prélever l’impôt. Cet acte
fut à l’origine du mouvement révolutionnaire qui donna naissance au
royaume de Dreel, les Terres Indépendantes de l’Est.

Nous sommes des célébrités dans le coin, il y a même une fresque à
notre gloire dans le palais. De plus, notre capacité à tenir la PS à
nos trousses a permit à Léo de travailler en toute tranquillité. Il est
désormais roi, sa sœur gouverne, et elle est à la tête du magisterium
de Dreel, petite académie de magiciens ayant créé la poudre bleue.
L’avènement du roi Léo marque aussi le retour d’une pratique
traditionnelle de la nécromancie basique. Entre ça et les traces de
nécromancie dans la poudre bleue, je sens mal l’affaire.

Voulant me récompenser, Léo m’offre le gîte et le couvert. Je décline
poliment, prétextant des affaires plus urgentes. L’araignée cachée
derrière les rideaux dans la salle du trône n’y étant pas
nécessairement étrangère. Insistant pour m’offrir quelque chose,
j’accepte de Léo une carte de bibliothèque, me donnant accès aux
archives de Dreel. Je le remercie chaleureusement et quitte céans
l’endroit.

La bibliothèque, un lieu étrange. Tout ces livres entassés, au mieux
bons pour allumer un feu. Mais qui sait, peut-être pourrais-je y
trouver des informations utiles. Versé dans les affaires locales, je
m’intéresse au passé de la forteresse du Penseur, près de Blarryn.
Après l’extinction des Illithids, elle a été occupée par des
nécromanciens. Ceux-ci ont été chassé par un groupe d’aventuriers, et
depuis la rumeur raconte qu’une liche y a élu domicile. Trop
d’informations pour aujourd’hui, il est temps de retrouver la Nature
Sauvage, les fleurs, l’odeur de la terre.

Les alentours de Dreel sont de venus un immense pâturage, où alternent
choucros et vaches. Et tout y est bleu, merci la poudre. Quelqu’un se
souvient-il encore de quand les tomarottes étaient oranges ? Sans trop
de difficulté je retrouve Bart près des collines. Mon apprentie me
cherche, elle a appris ma mort, et veut me venger. DiantreFoutre, il
me faut la retrouver. Mais avant je dois aller voir Li-Fu.

Encore une fois mon arrivée est remarquée. Porter le bandeau de
Boccob, n’est pas chose commune, même pour les ivrognes de
l’interplan. Je griffonne rapidement un message destiné à la
Compagnie du Carafon. Ils comprendront. Maintenant, direction Cliffya,
je dois vraiment changer ce symbole de Pélor en bois. Il parait que
j’ai droit à un symbole qui me permettrait de communiquer avec Ethan
maintenant.

Cliffya la maudite, ce matin, la cathédrale a été attaquée par un
dragon noir, à la recherche du Livre de Noire Vilenie. Le clocher de
la cathédrale est détruit, c’est signé ça, la Compagnie du Carafon
n’est pas loin. La gent cléricale m’informe qu’Ethan est à l’auberge
et que la Compagnie du Carafon n’est plus. On l’appelle désormais, la
Compagnie du Carafon des Étoiles. Je m’envole vers l’auberge, où la
Compagnie s’était réunie pour éviter une visite de la Police Secrète.
Personne ne manque à l’appel, et tous semblent avoir rajeunis. Tous ?
Non, un elfe manque encore et toujours à l’appel. Il semblerai que le
mot dragon noir l’ai forcé à prendre congé. Apparemment la Compagnie a
trouvé un nouveau compagnon. C’est un halfelin, il est nu. C’est une
sorte de hippie non-violent qui s’amuse à tripoter tout le monde. Je
lui aurai bien donné un coup de pied au cul, mais après tout, qui
suis-je pour le juger. Il me rappelle Pat, sans les cicatrices. Lados
m’a expliqué qu’il refusait purement et simplement de porter un slip.
C’est une liberté que j’aime à exercer moi aussi.

Après une séance d’explication avec Elentar, j’ai préféré repartir de
mon côté. D’ici une semaine, l’église de Pélor lancera une offensive
d’envergure sur le Refuge. J’en suis, et même si le naturiste basané
s’y oppose, j’ai bien l’intention cramer Tarc moi-même. Mais avant, je
vais récupérer toute l’aide possible.

-Fin de transmission

Un lourd problème de communication

Le récit de Telimektar fait faire plusieurs tours à nos sangs. Ou alors, c’est juste moi. En tout cas, tous nos regards se braquent, relativement hostiles, sur Elentar.
- Attendez, mes amis, je vais …..
Huclok incante en vitesse et Elentar se retrouve sous l’emprise d’une ancre dimensionnelle.

- … Ah quand même. Mais pas la peine de s’énerver ! Je vais vous expliquer. C’est Karel qui -
Ethan s’étouffe, et rugit.
- QUOI ?! Karel ?! Vous avez des informations sur Karel ?!
Nous prenons la sage décision de disserter du sujet avec Ethan, loin de la ville. Nous sortons donc et partons dans la forêt. Une fois à l’abri des regards, Elentar incante. Mais mes réflexes sont aiguisés : il s’agit d’une annulation d’enchantement. Il veut se débarrasser de l’ancre dimensionnelle ! Je lance un foulard ruisselant de sang qui s’étire et s’entoure autours de son corps chétif. Elentar tombe à terre. Je le relève, il essaie de me mordre. Il a l’air bougon.
- Abruti ! Nous sommes scrutés, je veux simplement supprimer le mouchard !
J’écarquille les yeux, ris un peu, et laisse la culpabilité glisser sur moi comme un pet sur une plaque de verglas. Dans les airs au dessus de nous, un œil apparaît, puis éclate dans un bruit de baudruche crevée. Nous ne sommes plus surveillés. Elentar reprend.
- C’est n°5 qui nous surveille. Mais si, rappelez-vous (devant les visages éteints de ses compagnons), un illithid avec un corps de jeune femme !
Mes camarades hochent la tête ; Sierra et moi restons interdits.
Ethan est rouge. Il nous regarde avec anxiété et semble sur ses gardes. Je crois que sa confiance en nous vient de se fissurer et l’attitude des plus saints de mes camarades qui semblent bien décidés à ne rien lui expliquer doit l’exaspérer. Enfin, nous nous jetons à l’eau. Soon, plus précisément. Il attaque directement le noyau dur : le plan de Karel.
- Bon, préparez-vous, parce que c’est assez dense. Voyez-vous, Karel a assassiné Plouthlim parce qu’il y a des années de cela, le culte de Nerull a mis au point un plan pour…
Ethan explose.
- Vous vous moquez de moi ?! Vous êtes en contact avec le plus grand criminel de Melkaya, et vous jouez aux imbéciles ? Je vous somme de vous expliquer !
Soon, perplexe et hésitant, continue son récit.
- Eh bien… C’est pourtant la vérité. Ploutlihm a réussi à pénétrer dans les plans de ce culte odieux et a malheureusement été corrompu, et quand il a demandé à Karel de l’assassiner, …
Ethan le coupe.
- Mais… Ça n’a aucun sens ce que vous dites !
- Oui, je sais, c’est dur à croire ! Mais c’est pourtant la vérité.
- Non ! Je ne comprends rien, les mots ne vont pas ensemble !
Je commence à comprendre. Karel s’est débrouillé d’une certaine manière pour que nous ne puissions pas parler de son plan, et nous retirer par là même tout moyen d’expliquer à Ethan le merdier titanesque qui se répand sous ses bottes. Nous nous regardons d’un œil entendu et tombons d’accord sur la même interprétation : Karel nous a vraiment pris pour des truffes. Le vieil homme se calme soudain, et rit de bon cœur. La fatigue ? La sénilité ? L’ivresse ? Je ne sais pas trop. Mais il nous répète dans un spasme ce que nous sommes en train de lui dire, et Soon vient apparemment de finir de lui raconter une blague douteuse au sujet de deux nains et d’une ampoule à changer. C’est cocasse. Mais c’est dur.
Au terme de notre discussion, Ethan déplore le verrou mental que nous subissons, mais semble avoir restauré sa confiance en nous. Nous devons maintenant décider de la marche à suivre. L’archiprêtre de Pélor nous annonce son intention de conserver livre de noire vilenie sur lui pendant un temps. L’idée est fort mauvaise à mon goût, mais rien ne semble pouvoir le faire changer d’avis.
Nous avons encore un peu de temps devant nous, donc Sierra nous annonce qu’elle souhaite tenter de sanctifier une des âmes en peines de son épée. Elle souhaite la couverture de Krasus en cas de problème, et je lui offre la mienne par pur retour de service rendu. Soon est aussi fort intéressé. Nous nous écartons de la ville pour nous installer dans une petite plaine. La Kensaï dégaine son ramdao et se concentre pendant que nous nous installons à distance respectable (une dizaine de mètres au plus). Une sphère noire se forme au dessus de sa tête, semblable à celle qui a manqué de la consumer dans le piège de N°6. Puis une petite boule lumineuse s’extrait péniblement de la garde de l’épée et volette autours du visage de la paladine crispée dans une position de méditation tout sauf sereine. Tout se déroule bien.
Soudain, des armures de plaques animées et fantomatiques apparaissent autours de nous, en armes. Soon luit maintenant d’une lueur plus claire, et que je crois délétère pour les fantômes car l’un d’eux commence à fumer et à bouillonner près du halfelin. Il se rend compte de cela, et il diminue l’intensité de son aura pour ne pas que le halo gène. Un bruit de sable qui coule se fait entendre, et une des armures qui nous entourent prend le visage de Sierra, en une version plus jeune, mais aussi plus sérieuse et plus… résignée. Une voix d’outre-tombe parvient à nos oreilles, sifflante et pleine d’une glaçante tristesse.
- Que faîtes-vous là ?
Perplexes nous sommes, et peu prompts à la détente. Krasus tente l’apaisement.
- Nous ne sommes que des observateurs. Nous ne vous voulons pas de mal.
- Mhm. Vous, peut-être, mais nous, oui, nous vous voulons du mal.
Personne de bouge, de peur de rompre un statut quo clairement à notre avantage. Le moine se renseigne.
- Vous allez nous attaquer ?
L’âme semble soupirer.
- Nous allons vous défendre, pour le moment. Mais je vous mets en garde… Cette épée ne doit plus absorber une seule âme. Si cela venait à arriver, nous vous décimerions jusqu’au dernier. Me fais-je bien comprendre ?
A ces mots, certaines des armures vides dégainent de redoutables armes pointées en notre direction. Nous n’en menons pas large, et même si les présences rassurantes de Soon et de Sierra verrouillent toute la peur que nous pourrions ressentir, nous sommes quand mêmes envahis par un sentiment de tension et de danger latent.
- Très bien, dit Soon. C’est noté.
Nous restons dans cette position fort peu confortable quelques minutes encore, et la bille de lumière qui gigote autours du visage de Sierra suit soudain de fil du ramdao et s’évanouit dans les airs. La sphère noire se résorbe, et l’œil de l’épée de Sierra se calme. Cette dernière reprend ses esprits et nous regarde d’un air inquiet et éreinté.
- Je crois avoir réussi… Et vous, qu’avez-vous vu ?
Nous lui expliquons ce qui vient de se passer et elle semble bien accueillir notre propos. Je crois que le seul moyen de faire ce qu’elle fait de façon sécuritaire est seule et isolée. Avec l’un d’entre nous qui regarde, de loin. Très loin. Je me promets d’oublier ce conseil dès que nous serons passés à autre chose.
Nous dissertons pendant 4 ans (ressentis) de la suite de nos opérations et nous tombons majoritairement d’accords pour aller dans le donjon du temps le lendemain matin dès l’aube. Nous devrons y retrouver le dieu de Soon enfermé là-bas, de même que des renseignements sur le livre de Noire Vilenie.

Nous allons nous coucher. Le lendemain, nous changeons d’avis. Si, si.

Je suis atterré. Nous allons donc nous séparer pour couvrir plus de distances et d’intérêts personnels. Je ferai le taxi personnel de Sierra qui désire se rendre dans un premier temps au monastère du crabe sur les îles du Chaos, puis à la Cité des Collines, sur la tombe de Ploutlihm, à la demande express de Karel. Les autres feront autre chose.
Mais alors que nous dissertons, un homme arrive. Il est plutôt grand, et assez musclé. Son corps est bardé de muscles saillants dont j’ignorais jusqu’à l’existence, et il porte une tenue qui ne serait pas extraordinaire si elle n’était complétée par un immense chapeau pointu à larges bords. Mes alliés semblent le connaître, il dit s’appeler Chapeau. … C’est un Génie, un serviteur de l’Ankou ( ?!) qui a retourné sa veste quand ce dernier a lâché les élastiques. Apparemment il y en a d’autres comme lui, dont un qui semble nous tourner autours pour tenter de s’incarner en nous : Gants. Encore heureux que ce ne soit pas Slip ou Coquille. Il nous donne quelques détails technique concernant la mécanique des souhaits qu’il exauce, c’est à la fois passionnant et entièrement hors de propos. Le temps passe, et le discours de ce personnage est fort sympathique. Mais Telimektar s’excuse, il a mieux à faire que de l’écouter parler. Il sort ainsi de la taverne des Milles Fleurs et siffle bruyamment. Alors que les portes de l’édifice se ferment, nous entendons un bruit d’aile qui laisse présager d’un animal de taille conséquente.
Krasus joue un instant avec Chapeau qu’il a réussi à faire picoler, et l’étrange personnage prend enfin son congé. Nous allons pouvoir mettre en exécution notre plan séparatiste.
« Séparons-nous pour gagner du temps ! » [APPLAUSE]
Sierra, Soon (parce qu’il faut bien lui faire prendre l’air de temps en temps) et moi nous téléportons devant le monastère du crabe et nous manions le lourd heurtoir de bronze (en forme de pince de crabe, évidement), contre la lourde porte de pierre. Un lourd géant nous ouvre, avec une lourde marguerite difficilement tatouée sur le visage. Ranfredus. Le benoît benêt nous accueille avec toute la chaleur qui lui est habituelle. Je lui présente Soon, et je pense que les deux sont faits pour s’entendre. Je propose à Ranfredus de porter Soon sur ses épaules et il accepte. Le nabot se laisse faire, et le résultat est franchement sympathique : un magnifique halfelin à la complexion si soyeuse monté sur la marguerite la plus robuste et le hippie le plus costaud qu’on puisse trouver. Je souris. Sierra lui demande de nous rencarder sur la position de ce Temius, le vieillard blanc qui lui a infligé le cristal de purification ; mais Ranfredus reste interdit.
- Je ne l’aime pas, mais je n’ai pas le droit de vous aider à ce sujet… Mais je peux peut-être faire exception pour vous si vous me promettez de ne pas l’attaquer.
Sierra répond. Évidement qu’elle ne l’attaquera pas. Comme d’habitude.
- … Je ne peux pas te le promettre. Je risque d’avoir envie de l’éliminer.
Ah, tiens, non.

Ranfredus hésite, puis soupire.
-Je suppose que si je vous l’indique par une énigme, ça devrait être tolérable. « Je vis à la pointe de l’île crachée, près de la glotte de la tête au milieu de l’océan. »
Facile. Les îles du Chaos ont globalement la forme d’une tête chapeautée au milieu de l’océan. Une petite île montagneuse s’y trouve.
- Gotcha. Allons-y.
Sierra effectue une respectueuse révérence, tandis que Soon descend des épaules du géant et lui décoche un sourire ravageur. Nous prenons congé de Ranfredus.
Je nous téléporte. Le couloir de téléportation est…. anguleux. Curieusement courbe. Étrangement circonvolu. Mais nous arrivons à destination, dans l’eau. Petite erreur de calcul, fréquent, pas de quoi remettre en cause mes capacités. Nous remontons à la surface d’une mer aux vagues régulières et plutôt douces. Pas d’îles du Chaos. Un continent à une dizaine de minutes de nage. Là, on peut commencer à remettre en doute mes compétences. Nous arrivons humides sur une plage au sable blanc. Une ligne nette marque le début d’une prairie exactement parallèle à la plage et à la mer. Les brins d’herbe de la pelouse sont alignés. Eeeeeeeeeet meeeeeeeeerde. Je réfléchis. Je ne connais pas cet endroit. Une petite masure nous fait face, au centre d’un petit terrain délimité par une barrière et recouvert d’une douce pelouse d’un vert profond. Et à perte de vue, le même schéma se répète : maison, pelouse, barrière. Une interminable route passe devant. Nous allons taper à une porte.
Un nain céleste nous ouvre.
- Bonjour !
- Bonjour monsieur, nous sommes des voyageurs impromptus et nous aimerions certains renseignements. Où sommes-nous ?
- Vous êtes des intérieurs ? Nous sommes sur le plan d’Arcadia !
Je baisse la tête, honteux. Sierra et Soon me jugent de leurs regards mauvais et accusateur. Mais le nain continue.
-Mais entrez donc, je vais vous expliquer un peu. Mettez les patins.
Sierra et moi nous exécutons. Soon, pour sa part, hésite.
- Eh bien, entrez !
- … Euuuh, non, je vais vous attendre dehors. Je ne préfère pas mettre les patins, désolé.
- Eh bien, je ne veux pas que vous salissiez ma maison…
J’interviens.
- Je promets de passer le balai après lui.
Quelque chose se brise. Je me fige et me tait. Qu’est-ce que je suis con. Après des années de pratique rigoureuse, je brise pour la première fois un secret mystique et je fais une promesse crétine à un étranger parce qu’un couillon refuse de porter des chaussons. Je me sens tellement seul. Mon imbécillité ahurissante, synonyme de galère et de pénibilité prochaine pour mes compagnons et moi-même occupe toutes mes pensées, et mon esprit maintenant exempt de toute trace de connaissance magique se focalise sur la seule chose qui l’occupe : l’image tragique d’un crétin paumé sur un plan crétin avec deux autres crétins qui ont été assez crétins pour lui faire confiance. L’esprit du métal qui guide ma résolution et qui me procure mes compétences magiques s’est évanouit de mes méninges, et je suis presque sûr de l’avoir vu partir en se passant la main sur les yeux d’un geste las et incrédule. Il a dû aller piquer un roupillon.
Soon et Sierra remarquent mon malaise.
- Sortons, dis-je d’un ton sec. Merci, monsieur. Au revoir.
Et joignant le geste à la parole, je pars. Sierra et Soon me rejoignent à quelques mètres de la maison.
- Il y a un problème ?
- Ouaip. Soon, tu te rappelles quand je t’ai dit que je ne faisais jamais de promesse ?
- …. Oui ?
- Eh bien c’est parce que c’est un tabou que ma discipline m’impose.
- Et ?
- Et quand j’ai promis à ce nain que j’allais passer la serpillière, j’ai perdu tous mes pouvoirs.
Silence. Sierra et Soon affichent une expression que j’aurais trouvé hilarante si je n’en avais pas été à l’origine. Sierra est interloquée.
- Mais… Ça veut dire que tu as fait des… des vœux ?
-… En quelque sorte, oui.
Elle explose.
- Et tu les trahis aussi facilement que ça ?! Tu n’es même pas capable de te retenir d’engager ta parole !
- Oui, je sais, c’est bon, ça va.
Elle est plus étonnée qu’autre chose, et je suppose que c’est surtout grâce à Soon. Le halfelin s’inquiète :
- Comment on fait pour rentrer ?
- Je ne peux rien faire sans mes pouvoirs.
- Et tu vas les récupérer ?
- Je pense. J’espère.
- Quand ?
- … Aucune idée. En tout cas, là, je ne sens plus rien.
Mes deux compagnons soupirent bruyamment. Soon finit par se planter devant moi pour tenter de me rassurer.
« Bon, je dois pouvoir nous faire changer de plan. Mais il me faut pour cela des baguettes de métal fourchues. Malheureusement, la matière importe puisqu’elle détermine le plan d’arrivée. Mais je ne connais pas les correspondances. »
Nous décidons sagement d’attendre le lendemain, des fois que j’aie récupéré mes pouvoirs. Nous allons nous coucher et je dors excessivement mal.
Le lendemain, le robinet de mes pouvoirs est toujours fermé. Nous voyagerons donc avec Soon. Je lui tends une aiguille dans un alliage de cuivre et d’étain. Il en brise le chas et lance son sortilège, et le groupe de l’amitié des licornes disparaît du plan d’Arcadia pour se retrouver sur une grande roue horizontale et métallique qui tourne sur elle-même de façon régulière. Autours de nous, le ciel est rose et on peut y voir trois soleils. Un bruit constant d’engrenages et de mécanismes se fait entendre.

Nous sommes… Sur Mechanus. Re-Merde.

Nous sommes sur une montagne de poulies et de roues dentées, et au sommet d’une grande vallée de métal droite. Des nuages carrés tournent autours de nous. Tout est droit, tout est froid, tout est utile et tout est odieusement calculé. Tout est aussi très dérisoire. C’est nul. Mechanus, c’est pas pour moi. Partons. Vite.
Nous descendons la montagne avec l’aide d’un sortilège de marche sur l’air. J’en bénéficie et je porte le halfelin tandis que Sierra lévite paisiblement à nos cotés. Une fois passés les nuages de limaille de fer, nous avons une vue plus claire de la vallée. Une montagne au loin est percée d’un trou titanesque et fumant, et une trainée noire semble en suinter pour se diriger globalement dans notre direction. C’est loin, très loin : pas d’inquiétude ; mais ne traînons pas. Dans la vallée, nous voyons près de nous une petite cité métallique de l’autre coté d’un fleuve de métal en fusion large d’un bon kilomètre. Après mûre réflexion, nous optons pour une méthode de déplacement… sordide. Sierra bougonne.
- Non.
- Comment ça, non ? S’inquiète Soon.
- Je ne veux pas. Trouvons autre chose.
- Ecoutez, Sierra, il n’y a pas d’autre solution!
Je m’interpose.
- Voilà ce que je propose : vous ne parlez pas de mon incompétence et je ne mentionne pas l’épisode du fleuve de métal en fusion.
- Puis-je te faire confiance ?
- … Je ne te le promets pas.

Sierra lévite donc, une corde autours du ventre, et je marche sur les airs avec Soon dans le dos en tirant la kensaï comme un ballon de baudruche de la fête foraine du plan élémentaire du métal. C’est franchement comique, mais le cocasse de la situation semble échapper à ladite baudruche. De l’autre côté, une foule. Les habitants de Mechanus, un ramassis de rouages et d’horloges qui nous indiquent une solution pour partir de ce plan : une agence de voyage.
Nous nous rendons péniblement à l’endroit indiqué et rentrons dans un bâtiment étrange muni d’un seul couloir interminable. Nous progressons jusqu’à une trappe qui s’ouvre brusquement pour nous, et nous arrivons enfin devant une grande armoire de métal arborant un sourire qui lui fut imposé dès sa création. Nous sommes chez MechaPlane, une agence de voyage interplan.

L’incongru de la situation glissant sur notre patience érodée, nous prenons un voyage vers le plan matériel depuis Mechanus, en choisissant notre destination près des îles du Chaos. Trois trappes apparaissent, et nous nous installons. L’armoire métallique nous donne des badges de voyageurs, et nous indique que nous pourrons les contacter par ce biais. Un levier est tiré, un bruit sec se fait entendre, et nous tombons dans de gigantesques toboggans de métal qui serpentent entre les plans.
Après un petit moment de folie, nous nous retrouvons agrippés au fil tranchant d’une montagne. Une plate-forme plus stable se situe à quelques mètres de nous. Nous progressons péniblement jusqu’à ce sol plus plat et observons la situation. Quelques mètres plus bas, sur un surplomb au dessus de la mer, une chaumine entourée d’un cercle blanc. Un cercle de protection contre le mal. Nous sommes enfin arrivés.
Sierra tape à la porte. Elle s’ouvre-la porte- et l’horrible vieillard blanc se tient dans son embrasure. Il produit un soupir las.
- Ah. Vous. Entrez.
Sans plus de cérémonie, nous suivons le vieillard qui semble terrassé par le poids des années. Mais pas par le poids de ses actes, apparemment. Il semble se déplacer plus péniblement encore, et racle régulièrement sa gorge noueuse et empoissée par l’humidité.
- Vous savez pourquoi je suis là. Alors allez-y. Racontez-moi. Qu’avez-vous réellement fait avec ce cristal dans mon épée ?
- Ah… C’est un Cristal de Volu que j’ai utilisé. Il est capable d’absorber les âmes environnantes. Et encore une fois, tu étais toute désignée pour porter celui qui contient celles de tes camarades tombés au combat.
- Oui, ça je sais. Mais ça vous prend souvent de manipuler les âmes ? Vous aviez déjà fait des choses semblables ?
- Oui. C’est d’ailleurs une spécialité en quelque sorte. Il y avait des puits d’âmes en peine – dont nous ne connaissons pas l’origine – que nous avons du vider et fermer. Effectivement, la manipulation des âmes peut paraître dérangeante, mais elle fut salutaire.
Il est prit d’une quinte de toux grasse et écœurante.
- Et qu’en avez-vous fait de ces âmes ?
Le vieillard tremblotant se lève, tousse et crache. Il va chercher une assiette qu’il remplit d’une soupe grumeleuse et malodorante. Il s’assoit et commence son repas.
- Nous les avons… stockées.
- Dans quoi ? Le ton de Sierra est monté. Elle est tendue. Prête à réagir.
- Nous avons pris les corps des mort-nés de la région pour leur insuffler ces âmes. Par la suite, confiés à l’orphelinat de Rose-des-Sables, ces jeunes gens deviendront de robustes paladins. Nous avons assuré la relève, et la gloire de Pélor en sortira grandie.
Il n’a pas levé les yeux de son assiette. Il sait ce qui lui pend au nez.
Sierra, sous l’effet de la présence rassurante de Soon, se lève et s’approche du vieillard. Elle attrape son assiette et la jette violemment contre le mur. Le vieillard soupire et va se resservir.
- Vous êtes horrible. Vous ne méritez pas de servir Pélor.
- Et toi, tu es trop jeune. Tu ne comprends pas tout le bien que ça a pu faire.
De nouveau, elle attrape son assiette et la projette contre le mur. Le vieillard la regarde. Il tousse, racle péniblement sa gorge.
- Que comptes-tu faire ? Tu vas m’attaquer ?
- Je ne peux pas vous laisser dans la nature.
- Dans ce cas…
L’immonde ruine claque des mains et disparaît. Il s’est téléporté loin d’ici. Sierra soupire, je ne pense pas qu’elle ait pu se résoudre à attaquer ainsi le témoin de ses vœux. Je suppute qu’elle préfère que ça se passe comme cela.
Elle se concentre quelques instants sur son épée qui s’embrase soudainement. Puis, en se tournant vers nous : « Sortez. Je vais brûler cette maison. »
Je négocie quelques instants pour fouiller la cabane, j’ai peur que le zèle de la Kensaï lui fasse rater d’importantes informations. Je trouve une montagne de parchemins et un tas de carnets qui comportent des noms ; ainsi que des cartes et un bâton blanc. Dans un tiroir, nous découvrons quatre sphères emballées dans du papier. Quatre cristaux de Volu vierges. Il était prêt à recommencer.
Soon et moi sortons, et laissons Sierra à son œuvre. Quelques secondes passent, puis une faible lumière dansante se laisse apercevoir à travers les carreaux de la bicoque. Du bois, du tissu et du papier, voilà la majeure partie de ce que contient l’édifice : cela devrait être rapide. Une lourde fumée grise s’échappe des jours entre les planches, et alors que les fondations commencent à se distordre sous l’effet de la chaleur, l’armure étincelante de la Kensaï émerge de l’édifice prochainement en ruine. Elle nous rejoint et se campe devant la maison en feu, qu’elle contemple disparaître. Je ne sais pas si elle est satisfaite du résultat de cette entrevue, mais elle a repris son calme. Le vieillard est en fuite, mais nous ne l’aurions de toute manière pas tué, pas avec Soon. Ses travaux sont mis à jour, et ses documents récupérés. Ils seront lus, étudiés, traités, et classés ; et ses faits et gestes seront connus de tous. Je suppose qu’elle est satisfaite de cela. Mais pourra-t-elle l’être pleinement tant qu’elle n’aura pas vu sa tête détachée du reste de son corps ?
Je trouve un parchemin de téléportation dans le tas de rouleaux, et nous rentrons à Rose-des-Sables. Enfin. Sans le moindre retard sur le planning.
De retour dans la cité désertique, je fais part à Sierra et à Soon mon désir d’aller parler à Imd. Sierra va sans surprise s’entretenir avec Yoji et le halfelin va l’accompagner.

Secret (Soon, Sierra, Krasus)
Pour ma part, cela fait quelques nuits que je bosse sur un cadeau à offrir à Imd en remerciement de son geste fort amical.
Je le croise en patrouille, et m’aligne sur son pas. Il me propose d’attendre sa pause qui ne devrait plus tarder, près d’un râtelier d’armes. Il arrive quelques minutes plus tard, en courant. Il me salue rapidement et attrape une lourde arbalète qu’il fixe dans son dos.
- Bonjour, Imd ! Je voulais te remercier personnellement de la charmante attention que tu as eue envers moi.
- Ah ! C’est tout naturel. J’ai vu ce qui s’est passé lors de la fête il y a peu, et je me suis dit que c’était la moindre des choses.
- Ce geste signifie plus que ce que tu penses. En tout cas, j’ai moi aussi quelque chose pour toi. Mes talents de cuisinier sont médiocres, mais je brode avec finesse.
J’extirpe le carré de tissu rouge et or brodé pour lui et le lui tend. Il l’observe, ravi, et l’attache autours de son bras.
- C’est très sympathique de votre part ! Je suis désolé, mais je dois retourner à mes obligations. Mais vous êtes le bienvenu si vous souhaitez venir prendre le thé dans mon humble bicoque.
- Je n’y manquerai pas, Imd !
Et il part en courant marcher au pas. Si jeune, et déjà si réglé… Sierra et Soon viennent vers moi en courant. Karlos les envoie récupérer les carnets et les données récupérées chez le vieux shnock. Je lui donne tout, parchemins y compris. J’ai un peu peur que certains des parchemins contiennent des sortilèges fort peu recommandables, et je ne veux pas que Karlos aie la moindre retenue à mon égard avant que je le rencontre. C’est bien triste. Je vais passer le reste de la journée en bordure de la ville, à méditer. Pas de nouvelle de mes pouvoirs…
Le soir se fait, et je croise Soon et Sierra, qui ont l’air fort préoccupés. Les carnets contenaient les noms des enfants qui ont subi les manipulations du vieux pourri. Et un de ces noms est Imd. Le pauvre gamin. Sierra compte aller le lui dire, et m’assure que Karlos le fera lui-même dès le lendemain matin. Je n’aime pas ça. Je ne suis pas sur qu’il soit assez mûr pour comprendre toutes les implications de cette information : sa sympathie à mon égard en est la preuve. Je vais aller avec eux, la situation me préoccupe.
Devant l’humble maison de terre nous nous retrouvons. Nous tapons à la porte et Imd nous ouvre, étonné mais ravi de nous voir.
- Re-bonjour, Imd ! J’ai pris au pied de la lettre votre invitation à venir boire le thé. J’ai amené des amis que tu dois connaître !
-Bien sur ! Entrez donc, je vais le préparer.
Nous entrons et il nous fait nous asseoir sur de très humbles fauteuils d’osier. Il se lance dans la préparation du breuvage, mais je l’interrompt et lui propose de s’asseoir. Je me charge des boissons chaudes.
Tandis que je manipule délicatement et avec maladresse le service rustique, Sierra se lance.
- Imd, as-tu des souvenirs de ton enfance ?
- Eh bien non. Je sais que mes parents m’ont abandonné quand je n’étais encore qu’un bébé, mais pas plus.
- C’est plus compliqué que cela. A vrai dire, nous avons découvert les agissements d’une personne peu recommandable, qui a réussi à insuffler des âmes en peine dissociées de leur haine à des corps de nourrissons mort-nés. D’après les notes qu’il a laissées, tu es un de ces nourrissons.
Le visage angélique d’Imd s’ouvre en une expression d’horreur choquée.
- Moi ? Mais… Comment est-ce possible ?!
- Il œuvrait assez près de Karlos à l’époque, même si Karlos lui-même n’était bien évidement pas au courant de ses agissements. Il avait accès à toutes les ressources nécessaires.
Un lourd silence s’installe. Imd doit réfléchir à toute vitesse. Il est malin, ce môme, et la dure réalité se révèle à ses yeux, cruelle et irréfutable.
- Je… Je crois que j’ai besoin de rester seul. Partez, s’il vous plaît. Je n’irai pas à l’entraînement demain.
Sierra reste interdite, confuse. Soon ne dit rien. Mais je crois que je sais ce qu’il est en train de se dire.
-Tu fais une bêtise, Imd, dis-je. La plus grosse difficulté qui va rythmer ta vie à partir de maintenant, c’est de ne pas te laisser définir par ça.
- Hé bien oui, mais ça n’enlève rien au fait que je suis une abomination !
- Non. Tu n’as rien demandé à personne. Tu n’es pas coupable de ce que tu es, tu l’es de ce que tu deviens. Tu es Imd, paladin de Pélor. Cette nouvelle ne change pas cela. Ta passion reste intacte. Les autres pourront peut-être y trouver à redire, mais leur avis ne compte pas. C’est le tien qui importe.
- Je crois que je vois ce que tu veux dire… sanglote Imd.
Sierra reprend le flambeau.
- Tu ne seras exclu que si tu le désires. Ne suit pas cette voie. Ceux qui te connaissent savent que tu es droit et que tu travailles d’arrache-pied pour la communauté. Il n’y a que toi qui puisses donner raison à ceux qui mettent en doute ton engagement ; mais il n’y a aussi que toi qui peux leur donner tort.
-… Oui, vous avez raison. Je ne dois pas manquer l’entraînement de demain. Il marque un temps. Combien sommes-nous dans mon cas ?
- Une centaine, répond Sierra. Karlos devrait vous en parler demain matin, mais nous avons préféré te le dire en personne ce soir.
- Je vous en remercie. Maintenant, partez, s’il vous plaît. La nuit risque d’être longue.
Alors qu’il nous accompagne à la porte, le visage rougi et gonflé par l’émotion, je lui donne un nouveau conseil.
- Je ne peux pas t’aider pour tes engagements auprès de Pélor. Mais je crois que j’ai une idée des doutes que tu risques de rencontrer, et je sais que l’isolement peut amener à des résultats catastrophiques. Si tu doutes, si c’est dur, n’hésite pas à venir me voir.
Il hoche évasivement la tête. J’espère qu’il prendra mon conseil à cœur et qu’il ne se morfondra pas dans la solitude qui m’a tant rongée il y a des années de cela… Ce que j’ai entendu de Karlos m’effraie, j’ai peur qu’il ne se montre injuste avec ces pauvres gamins. Mais je ne peux rien faire pour les plus amicaux d’entre eux… Et ceux qui me regardaient de travers il y a quelques jours de cela n’ont que ce qu’ils méritent.

Laroux, le miroir de vérité

Nous nous retrouvons de nouveau avec le reste de la compagnie du Carafon, dans la morosité. Sierra et Soon racontent nos mésaventures alors que je suis encore vexé d’avoir perdu mes pouvoirs. Soon leur explique comment j’ai perdu ma faculté de lancer des sorts en balayant le parvis de la porte d’un nain.
Merci à lui.

De leur coté, Huclok, Krasus et Fiiling ont pas mal parlé aux clients de Li Fu, surtout à Charles, l’élémentaire d’énergie positive. Au début, apparemment, ils voulaient lui demander de fermer le portail, mais le problème est le même, il doit aller au cœur du Refuge. Finalement, il les a aidés à concocter un plan solide pour fermer le portail vers le plan de l’énergie positive du Refuge : fermer le portail jumeau vers le plan de l’énergie négative qui doit se trouver aux alentours de Dreel.
Dreel, encore. Cela semble être notre prochaine destination, mais je dois d’abord retrouver le mojo.

Je m’éclipse donc et pars méditer dans mon coin.

Nous nous retrouvons plus tard à l’auberge, et la compagnie du carafon est de nouveau au complet. Je leur explique alors mes visions.
Je leur explique comment mon esprit gardien du métal, garant de mes pouvoirs, m’est apparu, demandant de l’aide. Puis ce fut les autres esprits, et leur assemblée menacée par le rapprochement des plans. En vision, ils m’ont révélé un endroit, une sorte de cercle de pouvoir mobile attaché à une des Roches Dansantes. J’ai rendez-vous là-bas avec des esprits, et je leur explique combien j’ai besoin de la compagnie, pour affronter les dangers de ces lieux dont Yoji m’a fait part.

L’idée de sauter sur un monolithe dansant dans une des zones les plus climatiquement et bestiairement hostiles du plan semble leur plaire, mais sa réalisation hasardeuse nous pousse à opter pour deux activités plus simples :

Fiiling doit se rendre à Laroux sur les conseils avisés d’Electrus, pour essayer de percer le mystère de sa force “limitée”. Il n’en a pas dit beaucoup plus, mais il existerait dans le village natal d’Electrus un moyen de connaître ce qui se cache réellement dans quelqu’un. Intéressant. Sierra pour sa part compte se rendre sur la tombe de Ploutlihm à la cité des Collines, ce que nous ferons ensemble plus tard.
Nous nous séparons (encore) pour voyager, et nous nous téléportons dans un sapin. Inconvénient classique des téléportations, nous accusons le coup. Sierra, Soon et Elentar arrivent avec un peu de retard après avoir à leur tour visité une autre partie du plan d’Arcadia. Je ris. Mais pas longtemps.
Une meute de loups gigantesques se masse au pied de l’arbre dans lequel nous sommes perchés. Krasus saute au sol tandis que j’arme un sortilège. Je fais claquer dans les airs le bruit d’une déflagration imaginaire qui suffit à faire fuir tous les loups, sauf un, le probable meneur. Soon décoche un grand sourire vers moi, probablement ravi d’éviter un bain de sang. Mes motivations sont diverses, c’est surtout le gain de temps qui m’intéresse, mais je prends bien soin de faire valoir à Soon mon dégoût des combats. Krasus est maintenant devant le dernier des canidés. Il se met en posture défensive, et le loup hésite puis prend la fuite.
Nous descendons sans plus d’histoire et nous mettons en route vers un petit village au centre duquel trône une chapelle à Pélor en pierre tout à fait pittoresque. A l’intérieur, rien qu’un maigre mobilier frêle, et une vieille femme affable à la peau de cuivre. Sarah, dit-elle se nommer. Fiiling s’approche d’elle.
- Madame, je souhaite consulter un miroir assez particulier qui est conservé ici, un miroir « de vérité ».
- Qui vous en a parlé ?
- Un prêtre de Cliffya, Electrus.
A la mention de ce nom, les traits de la vieille dame se relâchent et elle sourit franchement.
- Eh bien, si c’est mon fils qui vous envoie, je ne vois pas ce que je pourrais avoir à y redire ! Mais attention cela dit, vous risquez de voir des choses dont vous ne serez peut-être pas content. Êtes-vous de nature violente ? Avec une certaine propension à la colère ?
Fiiling hésite à expliciter la notion de “Berserker” après une telle tirade. Compréhensible.
- Oui, un peu. Mais je vais devoir y aller quand même. Je vais essayer de me contrôler.
- J’aimerais que vous soyer prudents, je ne voudrais pas que vous le cassiez. Les miroirs sont traités depuis les grottes de vérité, au Nord-Ouest d’ici : l’extraction est difficile et dangereuse.

Krasus sort alors une pipe et la bourre d’une herbe que je n’identifie pas. Il allume le foyer et la tend à Fiiling qui inspire un grand coup. Ses yeux reptiliens rougissent et ses multiples muscles se relâchent, et j’ai la forte impression qu’il fait plus attention à ce qu’il se passe. Bien joué, Krasus.

Pendant ce temps-là, Soon se rend dans la pièce pour tester son reflet. On n’y voit apparemment qu’un rayon de lumière, peut apte à parasiter les visions de ses petits camarades. Il se propose donc d’entrer avec qui le voudra pour offrir la tempérance naturelle qui l’entoure aux plus nécessiteux. Sierra entre donc dans la pièce avec Soon pour lui tenir compagnie et la garder calme.


Secret (Sierra)

Elle ressort quelques minutes après, le visage fermé. Elle ne nous racontera pas ce qu’elle y a vu, et Soon aura gardé les yeux fermés. Zut.
Fiiling y entre à son tour.


Secret (Fiiling)

Il en sort avec une mine un peu perplexe. Il semblerait qu’il y ait bien une chose scellée en lui, mais il ne souhaite plus tellement la libérer. Une bestiole assez violente donc, et aux bas instincts un peu trop bas. Nous n’aurons pas plus d’informations à ce sujet. Je rentre dans la pièce avec Soon.
Il ferme les yeux en entrant dans la pièce, mais je lui propose de les laisser ouverts. Il accepte, un peu étonné.


Secret (Soon, Lados)

Hukloc demande à son tour à y entrer. Questionné sur sa motivation, il réponds qu’il est simplement curieux, et qu’il n’est pas sujet à des sautes d’humeur destructrices comme si ses petits bras griffus pouvaient endommager les miroirs. En sortant, il affirme avoir vu un genre de poisson muet, et exprime un intérêt prononcé pour aller voir, quand il aura le temps, les grottes desquelles sont extraits les miroirs.

Nous sortons donc de la petite chapelle, et nous nous téléportons à la cité des collines. Après un nouvel échec de ma part, où nous nous retrouvons sur une colline sans cité, donc avec quand même 50% de réussite, Hucklock finit le voyage.

La tombe du héros

Mon erreur est compréhensible : la cité des collines est en réalité un tas de ruines sous la mer. Nous sommes sur le bord de l’océan, sur la berge d’une courte plage de galets et d’herbe qui sombre abruptement dans les flots recouvrant en partie les édifices d’une ancienne cité. Le spectacle est émouvant, et cesse de l’être lorsque j’apprends que la cité a été détruite mais que mes compagnons ont réussi à la faire évacuer à temps en lâchant des dinosaures dans ses rues. Il semblerait que les méthodes de la compagnie du Carafon n’aient pas tant évolué avec le temps !
Krasus et Elentar estiment la direction générale du cimetière, et nous savons que la tombe de Plouthlim y est creusée. Nous allons devoir nous déplacer sous les eaux. Sierra avance vers la rive et dégaine sa fameuse fiole de verre qui lui permet d’avoir une réserve d’air illimitée sous la flotte. Krasus et Soon y vont aussi, décidément irrespectueux des plus basiques lois de la biologie. Pour ma part, Krasus m’apprend l’existence d’une liqueur qui permet de respirer sous les flots déchaînés, la grosse branchie. Je me rends donc chez Li Fu, en commande un plein verre que je vide d’un trait. La liqueur est écœurante et peu savoureuse, mais produit l’effet désiré : des branchies poussent à la base de mon cou.

Ah, très bien ! Il faudra que je me souvienne de cette astuce. Je tousse. Li Fu peut nous fournir des utilités comme ça – Je tousse et je crache – pour aider dans des situations bien précise. Je rougis. J’ai un problème, mais lequel ? Je m’étouffe. Non… Non ! Ne me dis pas que… Que je ne peux plus respirer à l’air libre ?! Li Fu s’approche de moi et me tape dans le dos. En pleurs, rouge et le visage tuméfié par le manque d’air, je commande avec mon dernier souffle un verre de bière de Dreel que je vide instantanément sur le sol. De retour à la cité des collines, je plonge dans l’eau et respire à pleine gorgée le liquide vital. En moi-même, et peut-être un peu en dehors aussi, j’insulte Krasus.

Nous arrivons au cimetière, à une bonne centaine de mètres de la surface. La tombe de Plouthlim trône en évidence devant une pierre tombale ornée d’un grand soleil de marbre. Sierra considère un instant le geste qu’elle s’apprête à produire et ouvre la tombe granitique. Un lourd sarcophage de pierre se trouve en son sein, et nous l’en extrayons pour le ramener à la surface et sur la rive à l’aide d’un disque flottant de Tenser invoqué par notre mage écailleux. Une fois les effets de la Grosse Branchie dissipés, je rejoins mes compagnons devant le sarcophage du héros, délicatement déposé sur la pelouse verte. Fabriqué d’une seule lourde pièce de pierre scellée par une plaque du même matériau, le cercueil de Plouthlim n’a clairement pas été conçu pour une probable réouverture.

Nous allons profaner la tombe d’un des plus grands héros de Pélor, sur la demande de Karel. Pourquoi faisons-nous cela, déjà ? Mais trêve de considérations éthiques, nous examinons le bilithe. Une invocation, et quelques runes d’explosion le protègent. Huclock protège Fiiling contre le feu, et nous nous reculons. Fiiling empoigne une barre de fer qui trainait dans les débris de la cité et s’en sert comme un pied de biche pour desceller l’ensemble. Quatre explosions simultanées se font entendre, et c’est un Filling étonné mais intact qui sort du lourd nuage de soufre résultant des gerbes de flammes qui ont calciné la zone. Le sarcophage est ouvert.

A l’intérieur, Plouthlim. Intact, entier. Parfaitement conservé. Mort, bien sûr, puisque sa cage thoracique ne bouge plus. Mais à ce détail près, nous aurions pu avoir des scrupules à le réveiller dans son sommeil. Il porte une lourde armure dorée, et un bouclier frappé d’un soleil d’or est posé sur sa poitrine. Son visage serein déborde d’une paisible bonté, ses traits fins et gracieux témoignent même inanimés d’une puissante volonté de servir le plus bienfaisant des dieux. Plouthlim, ce n‘est pas un paladin. C’est LE paladin.

Une curieuse boîte verte octaédrique est accolée à sa tête, et nous conjecturons qu’elle contient une pierre de l’Ankou, ayant déjà vu de telles boîtes servir ce propos auparavant. Sierra prend son courage et la boîte à deux mains, et l’arrache. Soudain, Plouthlim ouvre les yeux.

Une marque noire et malfaisante apparaît sur son front.

Il nous regarde de façon perplexe et semble forcer. Je crois qu’il est scellé dans cette position, et qu’il ne parvient pas à bouger. Soon identifie le signe sur le front comme étant une écriture barbare de « Sceau » en Sombreverbe. Je tente de prononcer le mot, mais rien ne se passe ; et mes alliés se tiennent les oreilles alors que ma langue douloureuse retombe lourdement dans ma bouche pâteuse. Ca ne fait rien, il y a des sceaux bien singuliers.
Sierra réfléchit. Elle dégaine son arme. « Reculez-vous. Je vais le purifier. »
Elle escalade le sarcophage et s’installe fermement au dessus de la tête de Ploutlihm. Elle pose la pointe de son arme sur le front du malheureux dont les yeux affichent clairement une expression de panique la plus totale. Nous reculons un peu alors qu’elle se concentre. Soudain, son arme s’illumine et s’enfonce de quelques centimètres dans le front du héros de Pélor, alors que la Paladine plonge dans une profonde torpeur. De notre coté, le spectacle est semblable à celui auquel nous nous attendions.

Une énorme sphère noire de haine et de violence lévite au dessus de Sierra. Nous attendons quelques secondes et des armures fantomatiques nous entourent. Je précise à Fiiling et Elentar qu’ils ne craignent rien, et je l’espère du fond de mon être. Une des armures prend le visage de Sierra, en plus jeune. Une mine d’information, j’en profite.
- Bonjour, osé-je.
- Que faites-vous là ?
Je marque un temps.
- … Rien d’intéressant. Qui êtes-vous ?
- Une âme en peine. Le premier. Vous êtes en train d’absorber une âme.
- Pas du tout. Nous purifions, à vrai dire. Mais vous n’avez pas un nom à vous ?
Mais la chose ne me répond pas. Il regarde la purification en cours d’un air courroucé.
- Vous absorbez une âme. Je vous avais mis en garde. Je vous hais. Vous allez mourir. Je vais vous tuer !
A ces mots, les armures fantomatiques qui nous entourent prennent un aspect éthéré et vicié dérangeant. Les âmes en peine nous attaquent ! Elles sont nombreuses, mais n’ont pas l’air trop puissantes. Nous sommes dans une situation délicate, comment nous défendre sans les détruire ? Je ne sais pas ce qu’en pensent mes compagnons, mais leurs attitudes principalement défensives confirment mon sentiment : nous ne pouvons décemment pas nous battre sérieusement sans l’accord de la boîte de conserve trop occupée à monologuer au dessus du corps de Plouthlim.

Mais trêve de palabres. Fiiling a un plan.

Il dégaine son tabouret (sic) et pose fièrement son pied dessus, les poings sur les hanches, dans une position d’orgueil.
Une fine brise printanière se lève et parcours le paysage harmonieux qui nous entoure. Les écailles étincelantes du dragon, soudainement frappées par un rayon de soleil éblouissant, brillent d’une fraîcheur et d’une clarté uniquement pareille à l’onde fraîche qui vient arroser le palais du voyageur harassé par les rigueurs d’une vie sans luxe. La posture défiante de notre héros de camarade nous rappelle à tous que nous voyageons en compagnie d’un être formidable, et je me surprends à penser qu’en cet instant, je donnerais tout, tout, juste pour la certitude de demeurer à ses côtés une minute encore. Le dos droit et musclé, Fiiling est la nature même de la témérité, une manifestation parfaite de la force, un avatar de la puissance.
Le paysage se tord et se courbe entièrement afin de s’harmoniser autours de sa focale : le demi-dragon héroïque qui n’a plus rien à envier à l’Univers tout entier, si ce n’est sa persistance en toute situation, car Fiiling lève le pied, ce crétin. Un demi-dragon au milieu d’une foule de gens aux mentons baveux, à coté d’un tabouret de taverne gnome. Fiiling est soudainement très moche, et son plan risque d’avoir ses conséquences. Ayant attiré l’attention de toutes les âmes en peine restantes, nous sommes maintenant au milieu d’une foule de spectres colériques et effrénés.
Huclock ne s’y trompe pas. Il invoque une corde qui flotte dans les airs, synonyme de havre dimensionnel de paix en son extrémité. C’est notre seul salut. Je me tourne vers la corde et me jette en sa direction, mais un véritable mur de chairs spectrales se dresse devant moi. Les âmes en peine m’agrippent et labourent ma santé de leurs griffes éthérées. Je ressens ma vitalité qui m’est lourdement arrachée, et je perds connaissance.

Je suis dans un lieu que je connais fort bien. Une plateforme blanchâtre devant une porte noire devant laquelle des âmes font la queue. Je suis donc mort… C’est préoccupant. Mais étrangement, je ne suis pas dans la file d’attente.
Une silhouette vient vers moi, un squelette dans un long suaire noir. Il s’adresse à moi.
- Salut. Vous me remettez ?
Diantre, l’avatar de Nérull prisonnier du livre de mon père !
- Oui. Enfin, je ne saurais pas dire pourquoi ni comment, mais oui.
- Bon. J’avais une question pour vous. Comment il a fait ? Parce que bon…
Je sais de quoi il parle. Mais je suis aussi perplexe que lui, bien que nettement moins intéressé.
- Franchement, je n’en ai aucune idée.
- Bon. Si vous arrivez à le savoir, je veux bien que vous me teniez au courant.
- Je ne vous promets rien. Mais… Vous ne me faites pas rentrer ?
- Non. Je vous suis depuis un moment, et à chaque fois aucun des membres de votre groupe ne passe la porte au final. Attendez ici, vous feriez perdre du temps à tout le monde.
- Ah. Très bien. Soit. Bonne journée.
- C’est ça. Bonne journée.
Sur ces paroles pleines de lassitude, l’avatar de Nérull retourne s’occuper du flot des âmes. Pour ma part, j’attends.
Une forme floue apparaît près de moi.
- Bonjour ! Vous semblez avoir besoin de mes services.
- Ah, bonjour, Bob ! Justement, je…
- Vous vous trompez de personne.
Je marque un temps. Il semblerait qu’un des serviteurs de Bob aie pris contact avec moi, et s’apprête à me proposer un marché. Je me souviens clairement des mises en garde de Chapeau.
- Qui êtes-vous ?
- Je suis Ceinture.
- Vous voulez quoi pour me ramener à la vie ?
- Eh bien… Vos bottes. Votre ceinture. Et la trame autours de vous.
Je suis perplexe : la trame est vide.
- Pourquoi donc, la trame ?
- Ah, je veux me renseigner sur le Wu Jenisme. C’est à la mode. Et si on ne suit pas la mode en ces temps étranges, on est trop vite largués.
- Je comprends. Mais j’y tiens trop. Ecoutez, pour l’instant j’ai une solution de repli, mais je risque d’avoir besoin de vos services prochainement.
- Très bien, comme vous voulez. Au revoir !
Je discerne dans le tourbillon de vide qui me parlait une paire de gants qui s’agitent. Ceinture, c’est ça. Gant nous tourne donc bel et bien autours.
Pris dans mes considérations, je suis soudain tiré vers le haut. Je reviens à moi, déboussolé. Je suis devant une piscine de chair dans laquelle surnage Adinseth, au fond d’une caverne. A l’entrée de la caverne, un glacier se fait visible. Dans la vallée au fond du glacier, un animal gigantesque s’ébroue. Une Tarasque. Cette créature mythique existe donc bel et bien, probablement tirée du néant par les effluves vitales d’Adinseth ?! Parfait. Je meurs d’envie d’aller lui serrer la patte.
Je reprends conscience. Je suis dans un demi-plan, avec tous mes alliés (sauf Sierra) au dessus de moi. Krasus a l’air gêné, et porte au bout du doigt mon aiguille plantée dans sa chair. Il l’enlève et se soigne à l’aide de son Ki, je suppose. Huclock tient le flacon de pâte rose dont il ne reste maintenant qu’un fond, et dont je ressens le gout ferreux tapisser ma bouche. Je me sens plus jeune, je me sens plus fort. Délicieuse trouvaille que celle-ci, mais ô combien dangereuse : j’eus pu jurer avoir été à deux doigts de la catastrophe et du surdosage.
Mais alors que je me remets de mes émotions j’aperçois par la fenêtre que la situation s’est calmée dehors. La boule noire se résorbe lentement (ainsi que les âmes-en-peine) au dessus de Sierra, et elle retire son épée du front du paladin. Je me précipite à son chevet.
Ce geste est le fruit d’un mûr calcul : je suis forcé à la plus grande déférence envers les Péloriens que je ne connais pas si je souhaite avoir un quelconque crédit à leurs yeux. Que personne ne s’y trompe : je m’en fiche complètement. En revanche, je ne souhaite pas donner à des gens comme Karlos des raisons de me craindre avant de les rencontrer, et je ne souhaite pas mettre Ethan et Yoji en porte-à-faux à mon sujet. Je suis donc obligé de lécher les pieds de ceux qui ont trop d’influence parmi les adorateurs du soleil que je ne connais pas.
Plouthlim arbore maintenant un symbole blanc sur le front, que Soon identifiera sans mal comme le mot « Sceau » en Verbe de la Création. J’aide le paladin au corps raidi par l’immobilité à s’asseoir sur le bord de son sarcophage. Il perd l’équilibre à plusieurs reprises, mais je le rattrape à chaque fois.
« Merci à vous. Vous m’avez tiré de ma torpeur. Combien de temps suis-je resté ainsi, bloqué dans mon cercueil ?
Sierra hésite.
- Une vingtaine d’années, à peu près.
- Ma femme, mes enfants ?
- Nous n’avons aucune bonne nouvelle à ce sujet, j’en ai peur.
Il marque un temps. Mais nous souhaitons en savoir plus. Krasus l’interroge.
- Que s’est-il passé ?
- J’ai été arrêté par Karel. Il m’a lancé une étrange boîte noire en pleine tête, et depuis, plus rien.
- Mais, pourquoi nous-a-t-il demandé de venir voir votre tombe dans ce cas ?
Ploutlihm ouvre de grands yeux bleus et méfiants. Nous tentons alors de lui expliquer notre position, et nous parvenons au bout d’un moment à le convaincre de la véracité de nos dires. Il nous explique la situation.
- Vous avez eu raison de purifier le sceau qui me bloquait. Sans cela, Karel aurait été capable de me contrôler. Et il aurait mis la main sur ceci… regardez.
Sur ces mots, il dégrafe son armure et nous pouvons voir qu’une énorme pierre noire cerclée de blanc occupe la moitié de son ventre et de son sternum, où de palpitants organes vitaux devraient loger.

C’est une pierre de l’Ankou. Une énorme pierre de l’Ankou. Je n’en ai jamais vu d’aussi grosse.

- Cette pierre ne doit pas tomber entre les mains de Karel.
- Qu’est-ce que c’est que ça ?! Qu’est-ce que ça fait là ?! S’exclame Sierra.
- Ca date du temps où je ne savais plus vraiment quoi faire pour contrer les plans des adorateurs de Nérull. C’était une décision précipitée, je la regrette. Mais maintenant, c’est fait.

Pendant que nous parlons à Sierra du déroulement de la purification d’un œil extérieur, elle soupire et sourit « Ca s’est plutôt bien passé, on dirait. » Je lui fais mention de ma mort en lui décochant un regard théâtralement mauvais. Elle rougit, prend un air véritablement affligé et se répand en excuses.

En vérité, c’est bien peu de choses, mais arriverai-je à résister à la tentation de jouer de ce hochet à déraison ? Probablement pas.
Plouthlim, toujours assis, tend la main vers nous autres ; et nous demande épée, falchion, massue ou autre. Fiiling dégaine alors la lame de métal héritée de son père (cadeau original). Il la tend au héros qui la prend doucement et puis le met en garde :
« J’y tiens énormément.
- Ne t’inquiète donc pas, tu es de mes sauveurs. J’y ferai attention, et j’y ferai honneur. Mais il m’est impensable, en tant que Paladin, de parcourir le monde une fleur à la main.
Puis il nous glorifie de tant de beaux récits, d’histoires du héros qu’il fut toute sa vie avant que les horreurs de Nérull ne l’atteignent, représentant Pélor, en assurant le règne. Cette fois, tous ensemble, nous l’avons écouté ; et souri de l’entendre, et plus souvent pleuré ! Car nous savions ouïr ces gestes prophétiques qui précédaient la mort du paladin antique.

Puis nous lui expliquons l’état actuel de l’Église de Pélor. Il semble surpris que « cet alcoolique » d’Ethan en ait pris la tête, mais nous précise qu’il n’a rien contre lui.
Il nous demande de nous présenter. Je trouve pertinent de lui révéler ma vraie forme, par un souci d’honnêteté dérisoire eut égard à son rang. Il trouve notre groupe « intéressant ». La suite des opérations est claire, nous devons le ramener à Ethan. Huclock et moi nous en occupons. Nous allons chercher le vieil archiprêtre à Rose-des-Sables. Il semble occupé par une opération dirigée par Karlos, nous le rejoignons donc dans un camp militaire monté dans le désert. Je reste sagement à l’extérieur pendant qu’Huclock part le quérir.

Secret (Hukloc)

Ils me rejoignent en bordure du camp et nous retournons à la cité des collines. A peine arrivés, Ethan se fige en une surprise totale en apercevant Plouthlim. Ce dernier s’avance vers le vieux prêtre.
« Bonjour, Ethan. Je suis de retour. »

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Le Silence et l'Ignorance

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, 979 A.L.

Sommaire

1) Coolm, la chirurgie pour les nuls
2) Le jour où la Compagnie du Carafon n’a rien fait
3) « I’m still loving you », dit Soon au Scorpion.
4) Âmes en peines et vagues à l’âme
5) Karel : un optimisme sans faille pour un plan sensé.
6) Le temple de ?: de nouveaux éléments assez perturbateurs
7) Retour à Rose des Sables, où on étudie, on planifie et on fait des pompes.

Coolm, la chirurgie pour les nuls

Les autres nous ont rejoint. Nous sommes maintenant tous à Rose des Sables, où nous subissons la chaleur écrasante et le pesant regard des badauds. La cité de bâtiments clairs prise dans un étau infernal entre le sable traître et le ciel embrasé est un véritable témoignage de la capacité d’adaptation dont fait preuve sa population. La vie ici est belle, car elle est simple.
Cette ville me manquait, cette atmosphère étrange et ce sentiment d’être craint par la foule me procure une sensation de puissance et de bien-être difficilement justifiable. Tout le monde est Pélorien jusqu’au bout des ongles, et pourtant personne ne vient me chercher de noises. Je sais bien que c’est plutôt grâce aux présences rassurantes de Sierra et du brassard de rédemption qu’Ethan m’a confié, mais tout de même !

Cela fait quelques minutes que Coolm est penchée sur le corps d’LZNM et qu’elle l’ausculte avec attention. Le mage végétatif balbutie quelques mots incohérents et Coolm prend soudain un air assez grave. Elle sort une plaquette d’argile qu’elle caresse du bout du doigt en une incantation probablement sacrée puis l’éclate délicatement sur le front du malade. Alors que celui-ci se remet tranquillement de la légère gêne occasionnée, des filaments dorés apparaissent sur sa peau. Coolm nous révèle alors que nous voyons là son sang, en circulation dans son corps. Passionnant.
Alors que nous parlons de notre patient, une jeune femme arrive, tenant dans ses bras un poupon. Elle se dirige vers Soon et s’agenouille devant lui, requérant la bénédiction de « l’ermite nu ». Il la lui donne avec joie, et quand je la questionne à son sujet, elle me révèle qu’il s’agit là d’une sommité dans l’ermitage nudiste. Il semble assez célèbre… Mais Coolm se racle la gorge et nous revenons à notre ouvrage.

Elle dégrafe la chemise du patient et nous montre son système circulatoire au travail. Alors que je prends des notes, elle se concentre aux alentours de son cœur, sur lequel on peut discerner une petite tâche noire. La tâche semble s’agiter de façon chaotique et nerveuse dans l’organe. La prêtresse réfléchit quelques secondes puis nous annonce avec un brin d’anxiété tout mesuré qu’elle ne sait pas ce que c’est. Mais c’est d’origine magique. Sans surprise. Je lui soumets une théorie au sujet de cette chose, peut-être un mouchard du refuge ? Son visage se couvre d’une ombre d’inquiétude et elle nous annonce gravement qu’elle va devoir opérer. Mais qu’elle n’a jamais finit son cycle de chirurgien. Ah ? Je connais, j’ai moi-même déjà essayé dans ma prime jeunesse. C’est toujours graphique et un peu salissant. Je suis prêt.
Elentar lui prête une dague qu’elle cautérise avec une flamme magique. Elle brandit alors son poing qui prend soudainement l’apparence de la pierre, et, avec une concentration totale, écrase son poing pierreux sur le thorax du patient qui accuse le coup et visiblement, son coupable. LZNM est retenu, son sang gicle en une large effusion et la prêtresse prépare son prochain geste, probablement pas plus étudié que son premier.

Elle écarte les peaux labourées de sa victime sur le coté et casse son sternum, qu’elle attrape de la main gauche. Nous voyons maintenant ses poumons et son cœur à vifs, et nous discernons enfin l’origine de la tâche. Une petite créature arachnomorphe y somnolait nerveusement depuis presque 7ans. Se sentant découverte, elle fuit la cage thoracique du malheureux mage qui est passé de légume à bout de viande en un temps record. Soon, prompt et efficace, saute sur la chose et la capture dans ses mains fermées sans l’endommager.
Coolm, le sternum dans la main gauche, sort une fiole vide de son sac et y emprisonne la chose, puis la regarde s’agiter, pensive. L’air de la pièce se teinte d’une odeur caractéristique de sang frais. Une épaisse couche d’un liquide rouge et pâteux recouvre maintenant le sol sur quelques mètres carrés, et un bruit de tuyaux percé se fait encore entendre. Je fais alors part à la prêtresse de mon inquiétude vis-à-vis des chances de survie du magicien dont elle conserve la cage thoracique ruisselante de sang à la main. Mon argument touche, et elle se précipite sur le « malade ». Elle le ressoude presque littéralement après avoir refait la plomberie, et utilise une quantité de soins magiques largement trop importante pour tenter de le remettre. Alors qu’elle referme sa blessure, LZNM ouvre les yeux. Et se redresse. Coolm a réussi.

Sur son séant, grimaçant de douleur, LZNM nous regarde, perplexe. Il cligne des yeux. Se concentre. Claque des doigts. Une fois. Il faisait quoi déjà LZNM au Refuge ? Deux fois. Je sais plus. Trois fois. Je sais qu’il était très fort mais je ne sais plus dans quel domaine. Il tend la main vers la fenêtre et un éclair gigantesque torréfie l’air ambiant l’espace d’une fraction de seconde, en un vacarme assourdissant. Ah, oui, évocateur.
Il nous regarde alors.
« Vous ? Moi ? Où ? ….. Qu’est-ce que je fais dans un lit d’hôpital ? – Il blêmit – … Ma… Ma barbe ?! »

La demi-heure suivante est consacrée à une remise à jour de la situation pour LZNM, qui a vécu les sept dernières années avec une frivolité qu’on ne saurait lui reprocher. Ethan nous rejoint en vitesse en criant qu’ils ont retrouvé Glaniphe, et qu’elle est prisonnière au centre de la planète. Heh. Des trucs de mages. Sont fous, ces mages. A la vue d’LZNM, Ethan bondit de joie et court l’embrasser. Le roux, encore sous le choc de son « opération » accuse le coup et rend une accolade plus lâche au vieux prêtre qui pleure de joie. Encore une fois, une mise à jour est de mise, et Ethan nous renseigne sur son plan d’attaque. Folie, folie suicidaire et meurtrière, mais LZNM semble approuver. En tant qu’évocateur de talent, sa présence nous est remarquablement utile et bénéfique. Nous en apprenons ainsi plus sur le refuge et son organisation, notamment que si on ouvre la vanne qui se trouve sous la fontaine et qui est directement reliée par un haut fait de plomberie prétentieuse au plan de l’énergie positive et à la porte du refuge, on pourrait faire vaporiser tous les imprudents qui s’en approchent. Sympa !
Secret (Krasus)

LZNM déplore la perte de son grimoire au refuge, mais nous apprend l’existence d’une quinzaine de copies dissimulées un peu partout. Elentar se propose pour aller lui en chercher une copie non loin. LZNM accepte à contrecœur cette aide inattendue (plus par peur de laisser un de ses livres dans les mains d’un inconnu, je suppose) et note les coordonnées sur une carte. Il écrit avec un stylet qui lui sort du doigt et une réserve d’encre dans la main. Mais l’encrier est vide, et il ne peut pas écrire, drame atroce de la condition de mortel moderne. Je le fournis en sang frais du bout de mon poignet ; on ne pourra pas dire que je ne me saigne pas aux quatre veines pour le plaisir la compagnie du carafon. Légèrement perplexe, il m’informe de la présence d’un « magesang » au Refuge. Je ne sais pas quoi faire de cette information.

Le jour où la Compagnie du Carafon n’a rien fait.

Elentar part récupérer le coffre qui contient le livre après que je lui ai cédé deux aiguilles de tricot pour qui puisse faire paratonnerre quand la foudre qui protège le coffre se déclenchera. L’idée m’avait fait rire, je me devais de participer. Il s’éloigne en matérialisant des portails successifs avec le Sceptre du Temps. Ses cheveux dressés à son retour me confirmeront sa connaissance approximative des phénomènes climatiques non-magiques comme l’éckeliktrité.

Rien d’autre à faire de la journée. Très bien ! Je m’isole, avec les deux tas de muscle de la compagnie du carafon. J’ai de la lecture devant moi.

Sierra, Fiiling et moi nous dirigeons vers le désert.
Secret (Fiiling, Sierra, Lados)

Nous ne revenons que tard dans la soirée, et nous apprêtons à nous disperser rapidement pour vaquer à nos occupations.
C’est songeur et distant que j’avance au milieu de la rue vers une sourde clameur lointaine à laquelle je ne prête pas attention. Ces nouveaux éléments occupent toute ma pensée et j’esquive les innombrables badauds de la foule par réflexe plus que par prudence. Soudain, la voix claire et mélodieuse d’un halfelin nu résonne dans l’air :
« Mesdames et messieurs, la compagnie du Carafon ! »
L’air devient pesant. Un silence de mort se fait. Des bruits de pas précipités s’éloignent de ma position. Il fait soudain plus froid, et l’atmosphère de la ville se fait étouffante. Je relève lentement la tête.
Nous sommes au milieu d’une foire, et Soon se tient sur une estrade en son centre. Il nous montre de la main, et affiche un air surpris et désemparé. Sierra, Fiiling et moi sommes au milieu d’un cercle dont le centre d’attention repose clairement sur moi. Un peu plus loin, Elentar semble déguster les mets du coin avec une silhouette qui m’est familière mais que je ne relève pas pour le moment, tandis que Krasus se rafraîchit la gorge à grandes lampées d’un liquide bleu que je connais : l’Azukr. Toute l’effervescence s’est effondrée, la fête est en suspens.
Les gens regardent. Les gens chuchotent. Les gens me craignent. Les gens me haïssent. Je serre les poings, réprime une envie de leur apparaître sous ma vraie forme, et soupire bruyamment. Sans mot dire, je tourne les talons et je pars. Alors que je m’éloigne, je vois Krasus discuter avec un jeune paladin qui me pointe du doigt et du menton. Je quitte la zone et dors en-dehors de la ville d’or.
Après mon départ, les gens continuent de festoyer : les scorpions frits au piment sont dévorés dans les immenses poêles posées à même le sol. Je ne crois pas que Krasus ait réussi à provoquer une bagarre de taverne.

Secret (Sierra, Krasus)

Secret (Lados)

Secret (Lados, Soon)

« I’m still loving you », dit Soon au Scorpion.

Alors que la ville se réveille lentement, une clameur s’empare des gardes. Un scorpion géant ! Tandis que je me rends sur place, j’entends les badauds crier leur frayeur : il semble que ce soit un prédateur naturel des humains de la région, et qu’un seul de ces machins puisse causer des dégâts redoutables. Je m’attends donc à un combat dantesque, et à observer les manœuvres militaires des paladins d’Andoucia.
Que nenni. Alors que je franchis une butte, je me retrouve devant un spectacle… étonnant. La créature, d’une vingtaine de mètres de haut, et entourée à bonne distance d’un cercle de paladins qui le tiennent en respect avec leurs lances. Au milieu d’eux, Sierra, droite, campée dans une position charismatique de leader dépassé, crie des ordres d’immobilité aux paladins effarés et surpris. Juste devant le scorpion, Soon et Krasus… chantent et dansent. J’ai du rater quelque chose. Le scorpion n’a pas l’air rassuré, et si Krasus virevolte et serpente pour esquiver d’imaginaires attaques, Soon tente d’escalader la chitine de la bestiole et se vautre sur le sable, à l’indifférence totale du gigantesque prédateur sadique bardé de pinces, de dards, de venins et de mesquinerie. Soon, les fesses sur le sable, PARLE alors au scorpion et lui suggère d’aller voir plus loin au Nord s’il y est ; et le scorpion, avec cet air confus d’un castor devant une pelle à tarte, fait benoîtement demi-tour et s’éloigne pesamment. Et la liesse s’empare de la foule.

Soon est porté en triomphe et en héros, et même si Sierra semble inquiète par la possibilité du retour futur de l’arachnide, force est de constater que l’attaque n’aura pas fait de victime. Certes, le scorpion se nourrira ailleurs, au détriment d’un quelconque autre animal. En effet, Soon a repoussé l’attaque sur cette ville pour provoquer la mort d’une autre proie plus loin et plus tard. En ce sens, il n’aura pas réussi à empêcher la mort de quiconque. Mais il serait absurde de lui demander de redéfinir les lois de la nature : ce n’est pas ce qu’il cherche. Je me demande cependant s’il lui arrive de se sentir impuissant. Ce doit être dur de suivre la morale qu’il suit : la vanité de ses actes est flagrante, et la petite fraction de situations ou effectivement il parvient à dérouter la mort ne doit pas être tant discernable que ça. Ou alors, y a encore un truc qui m’échappe.
La journée est encore jeune, nous devons vaquer à nos occupations.
Il semble qu’Elentar ait reçu des nouvelles de son sac, sa localisation exacte dans l’espace. Il semble avoir reçu un message de personnes assez louches, mais je ne me prononce pas sur ce sujet.
Secret (Elentar, Sierra)

Huklock va se charger de la récupération du sac, Sierra va voir Yoji, Krasus fait un tour à la caserne et je vais voir Ethan.
Secret (Krasus)

Il semblerait que le vieux prêtre ait quelques connaissances du sujet apparemment tabou qu’est Adinseth, le dieu Mort, dont le nom est banni par les théologues. Il me parle d’un très ancien mythe d’un dieu maudit par ses congénères et qui aurait donné naissance aux mortels. Pure spéculation d’après lui, et point de vue théologique curieux au grand maximum. Il me propose cependant un livre qu’il sait présent à la bibliothèque de Rose des Sables, qu’il va emprunter pour moi. Je lui fais part de mon intérêt à ce sujet, sans dévoiler mes sources ; et empoche le livre qu’il est allé chercher pour moi. J’en ferai bon usage.

Nous nous rejoignons donc et Huclock nous montre les résultats de sa petite expédition spatiale. Il a récupéré les affaires d’à peu près tout le monde, de même que celles de Telimektar. Le rôdeur possédait des livres de prières qui sont remis à Sierra, un symbole divin que nous rendons à Ethan et l’argent est partagé. Je récupère pour ma part un anneau de bile de Vrock, je saurai en faire bon usage. Nous partageons l’argent du rôdeur.
Nous discutons ensuite de la marche à suivre, tous les huit. Les huit ? Attends… Soon, Elentar, Sierra, Fiiling, Huclock, Krasus, Gwydion et moi. Gwydion ?! Que fait-il ici ?!
Il semblerait que l’elfe soit de passage à Rose-des-Sables, et qu’il soit visiblement en manque d’aventures et de sensations fortes. Je suis content qu’il se porte bien !

D’après Ethan, nous aurions entre sept et quinze jours pour nous préparer à l’assaut du refuge. Nous avons aussi une indication de Yoji pour récupérer « une technologie » chez les elfes noirs, qui pourrait nous permettre d’attaquer plus aisément le refuge et qui pourrait lui permettre à lui de diminuer l’influence des pierres de l’Ankou sur les objets maléfiques qu’il possède. C’est un peu idiot : il doit bien être courant que s’il les mets dans deux bacs à légumes séparés, ça ne suffit pas ; son plan de récupérer et stocker plein d’objets maléfiques en plus des pierres de l’Ankou m’apparait soudain futile, naïf et incroyablement risqué. Il nous explique que cette influence est un fait nouveau : les pierres de l’Ankou n’avaient jamais corrompu les objets voisins auparavant. C’est surprenant, et inquiétant.

Décisions, décisions. Que faire ? Visiblement, notre choix s’oriente plus vers une éventuelle rencontre avec Karel dans la zone de silence du désert des roches dansantes. C’est une option fort intéressante, je suis très curieux de savoir ce qu’il a à nous dire. Nous allons donc nous mettre en route. Après avoir demandé à LZNM de ré-harmoniser nos parchemins de téléportation, Elentar et moi préparons les déplacements. Il empoigne Gwydion, Sierra et Huclock. Pour ma part, je voyagerai avec Soon, Krasus et Fiiling. Nous lançons nos sortilèges respectifs et le voyage se déroule sans encombre.

Âmes en peines et vagues à l’âme

… A ceci près qu’il est bien trop long. De plus, si les gigantesques couloirs de téléportation sont maintenant classiques, ce qui l’est moins, c’est l’aptitude de mes compagnons proches à bouger et à parler. Après un temps assez long (une trentaine de secondes, pour une téléportation, c’est gigantesque. Preuve une fois de plus qu’une durée, c’est relatif à une vitesse de déplacement. Ou un truc du genre.), je n’arrive plus à progresser. Nous sommes dans un endroit noir, dépourvu de vie. Soon nous éclaire faiblement par sa présence, et je ne me sens pas rassuré. Quelque chose cloche, et je ne voudrais pas me retrouver coincé entre les plans ; et encore moins y amener mes comparses. Mon doute disparaît assez vite avec la lente apparition d’un souffle glacé, d’une présence malveillante et ignoble : une âme en peine. Un combat ? Ici, dans cette position ? Je suis déjà suffisamment occupé à maintenir les parois de mon couloir de téléportation, je ne suis pas sûr d’avoir envie de me battre, encore moins contre un tel bestiau. Encore heureux que nous nous retrouvions entre gens de bonté, cela devrait nous aider pour le combat à venir.

Fiiling dégaine une épée qui brûle d’une colère tranquille envers les Debout-Sans-Pipi (Telimektar, buddy, si tu nous entends, R.P.Z.) et fonce sur la chose qu’il fend d’un coup bien senti. Alors que la lame traverse la créature éthérée, un léger grésillement se fait entendre, suivi d’une plainte sifflante. Le coup a visiblement touché. La créature se penche alors vers moi et enfonce ses griffes immatérielles dans ma poitrine. Elle en ressort avec toute la fougue de ma jeunesse : je me sens d’un coup nettement plus faible. J’accuse le coup, et les parois du couloir de téléportation ondulent dangereusement. Nous apercevons alors un gigantesque marteau dans l’espace, puis une immense morgenstern. Soon, constatant ma défaillance, sautille autours de moi en m’exhortant à plus de concentration, et il se passe alors quelque chose que rien au monde ne saurait justifier, quelque chose qui n’a pas lieu d’être et que seul un manquement fondamental aux règles les plus axiomatiques de l’univers pourrait expliquer : en cet instant précis, dans le vide entre les plans, sur la route d’un rendez-vous avec le plus grand tueur en série de l’histoire ET grand prêtre de Nérull, en combat contre une âme en peine, retenu par les dieux sur le chemin d’une zone sacrilège sur laquelle ils n’ont aucun droit de regard, harcelé par un halfelin nu sous son filet de pêche qui hurle à mes oreilles que je ne suis pas assez concentré à son goût, en cet instant précis, je parviens à me reconcentrer.
Soon, quel est ton vrai pouvoir ?

J’en profite même pour m’inquiéter fugacement de l’état de santé de nos camarades. S’ils tombent dans la même embûche, Elentar, Sierra et Huclok devraient pouvoir s’en sortir. Je suis plus inquiet pour Gwydion.
Mais trêve de considérations théoriques, Krasus entre en scène. Alors qu’il serpente autours de la bestiole pour mieux parer ses coups, il semble apercevoir une ouverture et déclenche un déluge de poings, de pieds et de coups de tête sur le revenant. Son corps fulmine et ses extrémités se teintent d’une faible lueur curieuse, et il parvient visiblement à toucher la chose. Une fois. Deux fois. Trois, Quatre fois ! Les poings du moine fracturent l’essence de l’esprit à chaque impact comme un nuage d’astéroïdes sur une planète malchanceuse, et l’âme en peine de criblée de trous par les météores de Krasus s’évanouit dans les airs.
Nous reprenons notre route et nous écrasons contre un sol dur et noir, visiblement précédés de quelques instants par nos compagnons de route et en effet, Gwydion est effondré sur le sol, les yeux révulsés et le corps strié de veines bleues protubérantes. Il semble sans vie. Avant que nous ayons le temps de communiquer, une forme noire s’extrait du corps de notre infortuné roublard et prend son apparence, en une version torturée et malsaine de l’elfe. Un peu vexé de n’avoir pas pu agir contre l’âme en peine et franchement débordé par la situation, je lance un gland en direction du corps du roublard. A l’impact, la graine explose en une colonne de flammes formidable, et je détruis ainsi la forme ombreuse tout en brûlant Sierra, Elentar et le corps de mon ex-camarade d’un geste curieusement désinvolte. Plus de mal que de peur donc, et alors que nous pansons nos plaies, Soon nous apprend qu’il pourra le rappeler à la vie dès le lendemain. Nos stockons donc le corps de Gwydion dans le sac d’Elentar pour ne pas avoir à le transporter nous-mêmes.
Nous contemplons la situation : nous sommes dans une cuve carrée aux parois en adamantium (dixit Fiiling). Il semblerait qu’une trappe soit présente au plafond. J’invoque une échelle de fumée et nous allons l’ouvrir. Fiiling se charge de l’œuvre de force et du sable coule de l’ouverture. Je suis soudainement pris d’un doute affreux : ne risquons-nous pas de mourir écrasés sous des tonnes de sable ? Non, visiblement la trappe était suffisamment proche de la surface. Nous sortons alors à l’air libre. Il fait chaud, un peu comme dans un désert. Une silhouette noire nous attend visiblement. Il semble n’avoir que ça à faire. Ah oui, c’est vrai, ils sont deux cents comme lui. En effet, il n’a que ça à faire.

Karel : un optimisme sans faille pour un plan sensé.

Nous apercevons au loin une immense structure de pierres qui semblent au premier abord anarchiquement disposées les unes sur les autres. Après une brève discussion sur le fait qu’on a bien voulu venir parce qu’on est super sympa mais qu’on tient à noter pour les archives qu’on lui fait pas confiance parce qu’on est super sympa mais faut pas abuser ; il nous invite à entrer dans le « temple » ( ?) par une étroite ouverture entre les pierres.Nous passons sans encombre, après que Sierra et Fiiling aient poncé les murs. A l’intérieur, une grande pièce aux murs de pierre. Il y fait frais, nous y sommes bien. Nous y discutons donc. Nous sommes dans une grande pièce aux murs recouverts de gravures dans une langue dérangeante : le verbe de la création. Une grande voûte au plafond disserte d’une forme ancienne et outrageusement puissante de magie tombée maintenant en désuétude : la magie rituelle. Pour ma part, mon enseignement m’en avait déjà transmis les bases, mais ces informations sont fort intéressantes… Fait curieux : la dalle en question semble plus récente que le reste du temple. Karel nous mène par une porte dans une autre salle. Dans cette pièce, des malles sont rangées le long des murs, et une panoplie hétéroclite d’objets étranges y est entreposée. Karel nous apprendra d’ailleurs par la suite qu’il a trouvé l’armure de l’Ankou dans ce ramassis de bidules.
C’est ainsi que Karel nous expose son plan.

Lecteur, lectrice, je demande là toute ton attention. De toute ma vie d’exclu et de paria, j’ai vu, entendu, tenté et fait des choses dont la simple mention ferait sourire le plus strict des législateurs. J’ai par maintes fois su échapper à l’emprise de la mort par la seule faculté d’improvisation instinctive qui coule dans mes veines. J’ai construit des plans entiers qui reposaient sur des pierres qui avaient près d’une chance sur dix de ne pas s’effriter et se briser en deux. J’ai même entendu récemment un plan pour attaquer une surpuissante guilde de magicien sur-défendue et en état d’alerte en y allant à pied, de jour, en tapant à la porte. Mais de tout cela, rien ne saurait égaler l’absurde grandiloquence, l’incroyable mépris probabiliste et le culot absolument divin du plan de Karel. Lecteur, Lectrice, le voici :

Le Plan de Karel








Phase But Risques Taux de réussite
1 Devenir prêtre de Nérull Cf. phase 1 pour le soleil 100%
2 Tuer plein de gens Assassinat d’un paladin de Pélor, le soleil est pas jouasse 100%
3 Convaincre des gens de m’aider

La compagnie du Carafon semble être son meilleur choix. Le pauvre.

30%
4 Invoquer Nérull conformément au plan de Nérull

Wait, what ?!.

100%
5 Invoquer Pélor (en tout cas un “Dieu du Feu et du Soleil”) en même temps dans le feutré

Meeeeeeeeeeeeeeerde…….

20%
6 Nérull meurt dans le combat

T’es sérieux mec ?

33%
6bis Si Nérull n’est pas mort, le finir

φ%
7 Mourir

Mais ?! Tu nous a pas dit que t’étais immortel ?

7 bis Demander à la compagnie du carafon de me tuer

Ah, pour sûr, on va essayer à un moment où à un autre. Mais franchement, t’aurais pas meilleur compte à tenter de devenir fromager ?

10%
8 Devenir le nouveau dieu de la Mort

Y a d’autres candidats, les dieux vont pas t’avoir à la bonne, tu portes l’armure de l’Ankou, et entre toi et la divinité, y a Pélor qui doit bien avoir un marteau de feu avec ton nom gravé sur le manche. Franchement, tu aurais plus de chance d’aller directement devant Nérull et de lui dire « Vazy steuplé c’est à moi de jouer ».

Peu %

Conclusion : bien que le plan puisse être considéré comme un happening moderne sur la frivolité de la condition de mortel transcendée par le désir de pouvoir, l’orgueil et la confiance, l’artiste nous fait miroiter en demi-teinte en une audacieuse et amusante cascade de méta-mascarade divine sa gigantesque paire de noix qu’il doit bien avoir du mal à déplacer, même en brouette.

Le plan de Karel donc, un gigantesque ramassis d’approximations et d’à-peu-près qui nécessite en plus du résumé ci-dessus que nous allions SUR LE PLAN DE NERULL LUI-MEME pour FAIRE DIVERSION pour que Karel puisse invoquer Pélor DISCRETEMENT. 150 000 pièces d’or, payées d’avance, et du pouvoir comme s’il en pleuvait pour nous. C’est con pour lui parce qu’un plan calibré comme ça, y a pas besoin de parler de blé pour je veuille en faire partie.
Nous avons jusqu’à la fin de l’année pour y réfléchir, mais nous prenons cependant une décision rationnelle et évidente : c’est hors de question, bourrin.
Maintenant que nous en savons plus sur Karel (haha) , que nous sommes rassurés sur ses intentions (HAHA), nous occultons l’invocation prochaine de Nérull sur Melkaya pour nous recentrer sur des vrais problèmes : pourquoi qu’il est deviendu pas gentil ?
Il se trouve qu’il y a longtemps, très longtemps plus exactement, Karel était un simple prêtre de Pélor en quête de bien avec Plouthlim, un paladin légendaire.

Ce dernier a eu vent d’un plan nérullien pour invoquer le dieu de la mort sur Melkaya, et a mis au point un plan « audacieux » (citation exacte, NDLR) pour contrer les dégâts occasionnés. Il comptait invoquer Pélor en même temps. Malheureusement, rattrapé par le culte du Faucheur, Plouthlim fut corrompu et demanda à Karel de l’assassiner pour arrêter là sa transition en chevalier noir. Karel l’exécuta donc et perdit ses pouvoirs divins sur le champ. Dans un soucis de zèle bien compréhensible, il tua de sa propre main tout parent de son ancien camarade au point de « finir les enfants à la dague » (citation exacte, encore). La froideur de son ton et la désinvolture avec laquelle il articule son propos sont terrifiantes : Karel est irrécupérable. Et il le sait.

Le temple de ?: de nouveaux éléments assez perturbateurs

Nous remarquons alors soudainement une forme éthérée, fantomatique. Un Gwydion blanc traînasse autours de nous, visiblement moins intéressé par l’après-vie que par les coffres bardés de richesses qui nous entourent. Il hante son sac et ses possessions, actuellement sur le dos d’Elentar, qui est gratifié d’un regard d’outre-tombe.
Karel nous rassure, il sera en mesure de le ressusciter dès ce soir. Au prix d’un euphémisme amusant : « Ce n’est plus vraiment de ma juridiction mais bon, je vais essayer. » Enfin une bonne nouvelle.
Nous fouillons sommairement les coffres de la pièce dans laquelle nous nous trouvons.
Les trouvailles sont légion :

  • Soon trouve deux galets qui s’emboîtent. Il les jette.
  • Krasus sort un anneau bleu et rouge.
  • Elentar récupère un œil transparent.
  • Sierra s’en sort avec une énorme cloche de bronze.
  • Huclock prend une casserole en terre cuite.
  • Fiiling ramène un tabouret en bois.
  • Gwydion attrape un bracelet de corde sur lequel sont montés des cailloux.
  • Pour ma part, une petite flasque de verre contenant une pâte rosâtre m’attire tout particulièrement.

Au sous-sol Karel nous conduit. En chemin, nous voyons passer des doubles de nous du futur, Karel nous dit de ne pas y faire attention. Mon moi du futur m’interpelle et me dit de ne surtout pas manger de taboulé, qu’il est daubé. Très drôle, crétin. …Euh.
Une fois en bas, nous nous retrouvons dans une pièce dont l’attrait principal est une fresque murale représentant les dieux au cours du temps.
Nous repérons instantanément que d’après cette murale, il y a eu trois générations de dieux. Chaque dieu est représenté par un petit dessin. La dernière génération est la plus fournie, et nous y reconnaissons sans mal les dieux que nous connaissons.
La première génération était composée de 3 dieux qui sont représentés comme suit :

  • Loï : une lettre en verbe de la création (c’est le nom de la lettre)
  • Un ovale aplati avec une curieuse rangée de flammes(ou de dents ?) à l’intérieur
  • Une paire de crocs. Ou deux montagnes inversées très piquées.
    La deuxième génération était composée quant à elle de 5 dieux :
  • Un homme avec une canne à pêche (dieu de la patience et de Soon, à ce qu’il semble)
  • Un homme avec une épée et un caillou (dieu de l’impatience, et le vieillard pénible de Clyffia de la dernière fois)
  • Un homme inerte dans une flaque
  • Une femme plutôt grande à la taille serrée et aux mains griffues
  • Une femme assez petite aux mains disproportionnées.

D’après Karel, une expérience mystique attend tous ceux qui touchent l’image d’un dieu sur la fresque. Ainsi donc, nous allons tripoter le mur. Le compte-rendu ne sera probablement pas exhaustif en raison de mon émoi, aussi m’excusè-je à l’avance. Je m’approche de la fresque, et pose le doigt sur celui que je pense être Adinseth, l’homme inerte dans sa flaque.
Alors que mon doigt rentre en contact avec le marbre froid, mes idées se brouillent et une vision apparait. Je vois un corps nu, flottant sur le ventre au dessus d’un bassin rempli d’une pâte rose qui me rappelle le contenu de la fiole trouvée tantôt. La mixture visqueuse et écœurante semble frémir d’une énergie étrange, et en se penchant on constate à l’intérieure nombre d’yeux, de bouches, d’os, de membres, d’ongles qui remontent à la surface et replongent en profondeur dans un ballet chaotique et dérangeant. Dans un coin du bassin, quelque chose s’agite. Je vois une main s’extirper de l’amas de chair, agripper le rebord du bassin, et un corps humain se hisse sur le rebord, puis rampe en direction de l’extérieur. Puis la vision se trouble. Je vois alors le corps ensanglanté de celui qui surnageait dans la fosse, qui rampe péniblement le long d’une route en laissant une trainée de sang spectaculaire, encadrée par des créatures métallique qui baissent la tête en un signe de révérence dans le meilleur des cas, de dégoût dans le pire.

La vision se trouble et je suis de nouveau dans la pièce de marbre. Mes compagnons ont aussi joint leurs gestes aux miens et des empreintes de doigts gras marquent le mur peut-être millénaire.
En ce qui concerne la première génération, il semblerait que l’effigie de Loï ait provoqué à Soon une vision de la génèse : une séparation du néant en rouge et noir, peut-être une séparation primordiale bien/mal ?
Dans ce cas, peut-être les deux dieux de la même génération sont des dieux de ces domaines. Hypothèses et conjectures, pas de faits. Krasus raconte que l’ovale aplati garni de flammes porte une sourde peur d’être la proie d’un prédateur, ainsi qu’une étrange lueur qui apaise cette terreur.
Du coté de la 2° génération, il semblerait que le dieu de la patience soit un certain pêcheur rencontré dans le donjon du temps ; bloqué, donc. Et que le dieu de l’impatience soit son frère. Les deux femmes de la 2° génération semblaient quant à elle se battre entre elles, peut-être plus comme un entraînement. La petite est puissante et pataude et l’autre est agile et dextre.
Sierra a touché le symbole de Pélor, évidemment, et ne partage pas sa vision. Dans son état fantomatique, Gwydion a touché le dieu-voleur, Olidammara, et ne partage pas vraiment grand-chose non plus.

Quand nous avons enfin fini d’ausculter la murale, nous reprenons lentement nos esprits. Dans mon coin, je bouquine et j’ouvre la fiole. A l’intérieur, un point brillant. J’extirpe difficilement de la pâte étrange une fine, très fine, incroyablement fine aiguille à la tête ronde et brillante. Sa pointe est si étroite que je ne parviens pas à la distinguer. Je la range soigneusement dans mon sac, avec la fiole.
Je n’ai plus rien à faire ici.

Karel revient nous voir avec un grand sourire. Il nous annonce qu’il a amélioré le carafon ! Des étoiles y sont gravées, un cercle de fer consolide l’ouverture de la carafe, nos noms sont écrits sous le socle, et un nouveau niveau de puissance (Tsunami) est présent ! Franchement, ce Karel, je ne vois pas pourquoi on s’en méfierait. (Si, je vois)
Sierra souhaite rentrer, de même que Fiiling et Huclock. Très bien, nous allons donc partir. Les autres attendront la résurrection de Gwydion quand Karel aura pu prier son dieu qu’il va tenter de tuer après avoir demandé à la compagnie du carafon de s’introduire dans son plan de pour faire diversion afin de- pardon.
Avant notre départ, Il nous donne tout de même quelque chose d’assez formidable. Sa collègue, Lya, devenue Liche il y a un certain temps, mène des recherches étendues sur les rituels et les Pierres de l’Ankou. Apparemment, elle aurait réussi à copier la technologie de la police secrète de protection contre les intrusions de Bob.

Pour preuve de sa bonne foi (envers nous), Karel nous remet des petits triangles de cuivre verdâtre, un chacun pour commencer. Krasus et Sierra en demandent plus, il les donne avec une grimace. Décidément, quel difficile. Je ne compte pas toucher à ces trucs-là.

Nous fuyons donc ce temps pluriséculaire chargé de mystères et de connaissances étranges et pour l’instant encore hors de portée. Karel nous conseille de marcher hors de la zone avant de se téléporter à Rose-des-Sables et nous nous y employons. Alors que nous franchissons la limite, entre les statues de Yondalla et de Wi-Djaz, Huclock est frappé d’un rayon de rétribution divine. Pélor il doit avoir les boules qu’on complote dans son dos, alors il a pas envie de rigoler. Sierra me corrige. Ce n’est pas Pélor. Qui d’autre ?

Je ramasse le sac d’Huclock que je tiens ouvert quelques secondes le temps qu’il y rentre. Un nuage de cendres non vivantes s’y introduit alors, et je pose le sac sur mon dos. Nous nous téléportons.

Retour à Rose des Sables, où on étudie, on planifie et on fait des pompes.

Arrivés sur place, nous nous séparons. Je garde le sac d’Huclock, désirant de toute manière me promener en bordure de la ville. Sur place, je me livre à mes activités les plus routinières. Dans la journée, Elentar va voir Coolm à la clinique : là, il apprend (et nous apprendra) que les triangles de protection contre le Bob sont à ingérer… et sont hautement toxiques. Cela mis à part, ils fonctionnent parfaitement. Ben voyons. Sierra file chez Yoji, suivie de près par Krasus et Elentar.


Secret (Lados)

Secret (Sierra)

Sans plus de tergiversations, nous nous retrouvons dans Rose-Des-Sables, où toute la compagnie du Carafon fait le point. Je les invite à grimper dans la corde enchantée que j’ai préparée pour être à l’abri du regard et leur expose mes découvertes vis-à-vis du Dieu Mort, Adinseth. Je leur explique qu’il aurait créé les mortels, et qu’il paierait de sa propre mort, continûment, pour ce péché. Je leur explique que l’objet que j’ai reçu est une partie de l’essence divine d’Adinseth, bien que je ne sache pas exactement ce que cela signifie.

Mes compagnons semblent curieux et dubitatifs vis-à-vis de ma nouvelle carrure physique. Cela prend pas mal de temps et je me heurte à une méfiance que très franchement, j’aurais du voir venir. M’enfin…
J’exhibe mon aiguille, et Fiiling laisse échapper un pouffement discret. Il me dit alors que ce n’est pas une arme, que ça ne fait rien, et qu’il a des cure-dents plus dangereux. Je lui pique un doigt, et il saigne abondamment. Sierra impose ses mains sur sa blessure avec un soupir las, puis j’indique que je l’ai trouvée dans la fiole. Alors qu’on me presse de question sur ce récipient, et sur mon physique nouvellement athlétique, je me vois obligé de l’exhiber (la fiole) et d’avouer que j’en ai ingéré un peu.
Huclock semble vivement intéressé, ayant passé des heures à identifier toutes les trouvailles du carafon, et je crois que pour calmer mes camarades, je vais devoir lui en céder une dose. J’en prélève une petite quantité dans une cuillère et la lui tend.
Et je me fige soudain. Huclock. Vampire. Immortalité. Essence d’Adinseth. Mortalité. Gaffe. Pas gaffe. Remède peut-être. Que faire.
Je n’ai pas le temps de me décider qu’il avale la chose. Quelques secondes se passent… Et Huclock reprend des couleurs. Ses écailles reprennent leur couleur sombre, son teint se fait plus mat, ses yeux plus brillants ! Sa voix redevient enjouée et claire, lançant un “MEEEEERDE!!” qui résonne dans la corde ! Et son âge canonique semble ne plus le déranger. Je crois que je viens de “guérir” Huclock ! Pas vraiment mon intention de base mais quand même ! Il révèle alors l’emplacement probable de la Tombe du Dieu Mort, sur le plan matériel. A Koskgar, dans le Nord glacé. Je préparerai des échelles de fumée.

Et en parlant du plan Matériel, c’est le moment qu’Elentar choisit… pour nous parler d’un petit truc. Une des “affaires compliquées dont je vous parlerait plus tard”.
Quand nous étions à l’agonie dans l’espace, il a fait usage d’un de ses Atouts : un Cube des Plans, réglé sur les Terres Extérieures.
Une fois arrivé là-bas, il était très proche de la Mort. Et il a été sauvé par une fillette, porteuse d’informations cruciales. Avec leurs grandes connaissances, Huclok et Soon recoupèrent le discours de l’enchanteur pyromane avec les faits : Cette fillette était Melistra Ekteribhan-shallava’Rothkor, une puissante magicienne. Il y a huit cent ans, quand Werelnech’Barr a lancé son truc, elle a invoqué l’Ankou sur le Plan Matériel pour qu’il pourrisse le mage. On ne connaît pas trop la suite, mais en tout cas elle est bannie du plan matériel sous cette apparence immortelle de fillette, d’après Elentar.

Et elle sait quelque chose. Werelnech’Barr est vivant, et il est caché. Il a survécu à l’Ankou. …Bon. Et, quoi ? Et rien. Ah. Nous sommes choqués, et nous promettons (à peu près) d’y faire quelque chose.

J’apprends un tas d’informations aussi sur les objets ramassés par mes camarades : Sierra possède maintenant une cloche de feu grégeois. Un objet encombrant, mais puissant, très puissant. Je lui propose de lui faire une lanière pour l’aider à la trimballer.
L’anneau de Krasus est assez particulier. Il s’agit de l’anneau de la Loi Inflexible, de Tourka, Dieu de la Force et du Combat. Lui et un anneau similaire, la Tornade du Chaos, ont été fondus dans l’épée de la Rupture, portée par le n°1 de la PS. Cet anneau ne devrait donc pas exister. Je me pose une question fugace : est-il possible que cet anneau ait été dupliqué par une ligne temporelle, dans le style Karélien ?
L’œil d’Elentar possède la particularité de lancer des rayons de flétrissement, détruisant la matière organique à volonté.
La casserole d’Hukloc semble avoir la capacité de localiser les objets auxquels on pense.
Le tabouret de Fiiling… est un tabouret qui semble doter celui qui s’assied dessus d’un charisme redoutable, forçant le regard à se poser dessus et les glandes salivaires à faire des heures supplémentaires.
Gwydion possède donc maintenant un bracelet qui le rend incroyablement plus lourd, de deux tonnes apparemment. Ca c’est du bon elfe, ça.

Nous remarquons en outre qu’à chaque tentative d’Huclock de retrouver un objet qui nous appartient, l’attention de sa casserole est retenue par une amulette autours du cou du roublard. Étrange. Et Gwydion n’explique pas du tout ça, je ne suis pas surpris de ne pas essayer de faire semblant de l’être.

Krasus, Sierra et Elentar revenant de chez Yoji, nous apprenons aussi qu’un dragon noir brigue le livre de noire vilenie, et qu’il incombe à la kensaï d’aller l’empêcher de se cultiver. Nous irons l’aider dans cette tâche, nous sommes tous plus ou moins responsables de la situation. Enfin, ça, et en plus on a rien d’autre d’urgent.

Nous allons retrouver Ethan pour lui parler de nos problèmes, et il bondit de surprise à ma vue, et de surprise puis de joie à celle d’Huclock. Je vais donc lui expliquer en détail à lui aussi mes découvertes sur Adinseth et son mythe. Il est à la fois inquiet, curieux, triste et enthousiaste, et comme je lui suis redevable de bien des choses, je lui dois bien quelques explications. Huclock et moi allons étudier la fiole et son contenu. Nous verrons bien. Je compte cependant l’utiliser en soins d’urgence pour mes compagnons et moi ; nous allons au devant de grands dangers quasiment insurmontables.
Ethan compte d’ailleurs aussi aller s’occuper du dragon noir. Demain, à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, nous partirons. Vois-tu, je sais que tu nous attends.

Je m’endors, musclé.


Secret (Elentar)

View
Depuis l'espace, vers la vie
La transmigration de Timothée Banach

Journaux du Wu Jen du Sang Ferreux, Lados, 979 A.L.

Sommaire

1) Dans l’espace, personne ne peut t’entendre dire “… Ok.”
2) La jungle, Goulouka et la plaine des Geysers
3) Dans les îles du Chaos, les vieillards sont des chameaux…
4) …Et les hommes-lézards ont les crocs
5) Soon, l’homme aux moeurs trop précises
6) Clyffia, où l’on juge et où l’on boit, mais ailleurs.

Dans l’espace, personne ne peut t’entendre dire “… Ok.”

Nous flottons dans l’espace. Peu de temps pour réfléchir, et je ne sais pas trop quoi en faire. Huclock agite les bras et semble murmurer quelque incantation, mais rien ne se passe, et son regard surpris laisse présager d’un problème un peu plus complexe qu’il n’y parait. Coolm, l’air encore relativement calme étant donnée la situation, montre du doigt le centre de ce qui était auparavant la pièce dans laquelle nous étions, et jette son sac dans cette direction.

Profitant alors d’un concept de réaction assez peu connu, elle se propulse loin de la zone. J’ai froid, d’un froid sidéral et sans pitié, et je ressens mes muscles se crisper et se raidir; alors que l’air s’échappe de mon corps par tous les orifices qu’il peut, ma peau se craquèle et commence à geler. Paniqué, je fais de même avec mon propre sac, non sans avoir récupéré à l’intérieur les deux seuls et plus importants bouquins de ma collection: mon grimoire et le livre de mon père. Elentar fait de même, après avoir pour sa part récupéré le sceptre du temps et un petit objet que je ne discerne pas bien.
Il y a dans le groupe une certaine volonté de faire vite, et si la plupart des membres suivent les conseils tacites et éclairés de Coolm, force est de constater que personne ne part dans la même direction. J’ai pour ma part un plan, mais je ne sais pas comment le communiquer à mes alliés. Cependant, Huclok et Fiiling semblent se diriger vers moi. Dans la panique, et suffisamment éloigné de ce que je pense être maintenant une zone d’antimagie, j’incante. Dans le vide, et sous la pression, la complexité du sort est décuplée, mais dans un effort mental assez éprouvant, je réussis mon sort et une corde apparaît, flottant dans le vide et porteuse de promesse dans le havre de paix vers lequel elle mène. Solution temporaire, bien sur. Mais solution. Coolm lance une botte vers le centre de la pièce et s’éloigne encore. Dans le même mouvement, elle sort un disque blanchâtre barré d’une ligne noire.

C’est le moment que choisit une voix pour apparaître dans notre tête, et nous demander de façon plutôt étonnante :

“Vous venez souvent par ici?”

A peu près simultanément, un gigantesque oiseauïde de feu et de lave apparaît au-dessus de nous. Il semble dégager une chaleur plutôt appréciable dans le froid glacial intersidéral. Mes alliés s’accrochent à lui avec toute l’énergie du désespoir. Fiiling est fébrile et tremble violemment, et du sang s’échappe abondamment des trous laissés par ses écailles qui fuient son corps par paquets inégaux. Elentar, dans un élan d’originalité, active le petit objet extrait de son sac tantôt et disparaît.
Secret (Elentar)

Je tends la main pour saisir l’oiseau de feu. Trop tard. Mes doigts se crispent avant de le toucher. Ma peau se recouvre lentement de cristaux de glace qui la zèbrent et la paralysent. Je sens mon corps entier se rigidifier et la douleur est insoutenable. Heureusement, elle ne durera pas longtemps. Je meurs donc ainsi, à des centaines de milliers de kilomètres de Melkaya. De froid et de vide. Bof, ça ou autre chose…

Secret (Lados, Telimektar)

Je me retrouve alors dans l’espace, de nouveau. Je n’ai plus froid, et une bulle translucide m’entoure. Je m’agrippe à l’oiseau de feu, sous les regards médusés et méfiants de mes compagnons. L’oiseau s’ébroue sans véritablement bouger, et fonce dans le noir intersidéral par une translation immobile vertigineuse jusqu’à un astéroïde qui semble pourvu d’une atmosphère. Le piaf s’écrase plus qu’il ne nous pose sur la surface de ce planétoïde à la croûte brune, et qui présente un ciel orange des plus étrange. Alors que nous nous remettons de nos émotions, nous comptons nos membres. Tout le monde est là, même Coolm, mis à part bien sur Telimektar. La voix de l’oiseau résonne encore dans notre tête, et j’ai bien l’impression que l’on peut communiquer avec lui en pensant nos phrases. Je me risque.

“Bonjour, qui êtes vous?
- Eh bien, c’est moi, c’est Telimektar.”.

Silence.

Il apparaît après une longue et complexe conversation que Telimektar a reçu la visite de l’Ankou, et qu’il a planifié ce sauvetage contre je n’ose imaginer quelle concession. L’Ankou se manifeste alors, juste à coté de lui.
“Bonjour. Je suis venu vous proposer une fois de plus mon aide, car vous êtes dans une situation assez complexe. Voyez-vous, Mechanus va venir pour votre compagnon (il montre du pouce l’oiseau de feu soleil Telimektar). Je peux tous vous sauver en échange de parties de votre corps.”
Il se tourne vers Huclock. “Votre tête”.
Puis vers Sierra: “Vos mains”.
Vient le tour de Fiiling. “Votre glande draconique qui vous sert à produire vos souffles”.
Puis il se tourne vers moi. “Vous c’est bon, vous avez déjà donné”.
Trop aimable. Devant notre refus global, il se justifie en prétendant qu’il ne nous tuera pas. Et qu’en ce qui concerne Huclock, il est déjà mort.

What.

Nous refusons de plus belle, et l’Ankou se tient soudain la tête. Il prend pendant quelques secondes l’apparence du démon de la luxure Grazzt, et retourne sous sa forme de Telimektar sombre. Il hausse les épaules, et nous explique qu’il a toujours le contrôle, même si pour ma part je ne suis pas entièrement convaincu. Il disparaît alors dans un nuage de fumée noire après avoir fait ses adieux.

Nous avons à peine le temps de commenter sur ce qui vient de se passer qu’un grand portail carré s’ouvre, et que des hommes de métal en sortent en nombre. Arrive ainsi Goliaz, l’inéluctable, que Telimektar semble avoir un minimum intéressé. Il se campe alors devant l’oiseau de feu.
“Vous allez devoir venir avec nous. Vous avez… dépassé.”
Telimektar n’a pas l’air bien surpris, même si je doute pouvoir discerner la moindre émotion dans cet amas de feu et de terre en fusion. Goliaz sort de petites menottes et enchaîne. Son discours, bien entendu.
“Allez-vous nous suivre de votre plein gré?”
A ma grande surprise, Telimektar accepte; visiblement bien conscient de sa situation. C’est le moment que choisit Fiiling pour interrompre l’Inéluctable.
“Pardon monsieur, mais nous sommes bloqués ici, un peu trop loin de notre monde original. Pourriez-vous nous aider?”
Le golem d’engrenages marque un temps d’arrêt, probablement surpris qu’un mortel ose l’interrompre, et même lui demander un service. Il s’approche pourtant du demi-dragon, déplie une gigantesque carte, et pointe un point de l’espace. “Vous êtes ici, coordonnées 5268971112646; 5213364799426 ;445698783231. Système normé interplans.”
Il replie ensuite sa carte, et repart en direction du portail, accompagné d’un Telimektar en oiseau de feu translatif bien docile. C’est probablement la dernière fois que nous le voyons. Alors qu’il disparaît derrière le voile planaire, un pincement étrange se fait dans ma poitrine. C’est donc cela de voir disparaître un ami. C’est une sensation douloureusement triste, mais étrangement chaleureuse.

Je secoue la tête et reprend mes pensées: il est temps de trouver un moyen de partir d’ici.
Coolm est avec nous, et son visage est légèrement ouvert dans une position de surprise que je crois bien être maximale pour cet être si calme et pragmatique. Elle reprend contenance et nous explique qu’elle a peut-être un moyen de nous renvoyer chez nous. Le disque qu’elle a sorti tantôt est en réalité une fissure portable qui nous permettrait de retrouver le point de départ du portail qui nous a emmenés jusqu’ici. Je ne comprends pas tout, mais étant coutumière des abscondités de la guilde de magie, elle doit le savoir. Dans un geste qui m’émerveille et me ravit, elle ôte le collier du Refuge qu’elle porte autours du cou et le jette plus loin en prononçant des paroles particulièrement agréables et de bon sens : “Je démissionne.”

Nous apprenons alors que le refuge s’est clairement divisé en deux parties à notre sujet, ceux qui veulent nous aider et ceux qui veulent nous tuer. Regrettant encore un fois l’absence d’un parti qui souhaite juste parler et boire un coup avec nous, je suis cependant assez content que le schisme soit enfin aussi clair. Mes compagnons demandent alors à Coolm de leur procurer de l’eau potable afin d’aller au bar intraplanaire de Li-Fu, et elle leur rend ce service, toutefois assez perplexe. Nous lui expliquons sommairement le fonctionnement des verres et elle ouvre de grands yeux de surprise, sans toutefois arriver à l’extrême légère incompréhension de tantôt. Mes compagnons boivent leur verre, et disparaissent.

Secret (Lados)
Secret (Fiiling, Hukloc, Sierra)

Les autres reviennent du bar de Li Fu. Coolm ouvre une nouvelle fois de grands yeux étonnés à l’annonce d’une possibilité de sauvetage par une mission qu’il faudra payer au tavernier. Elle les ouvre plus large encore à la mention du fait que ce Li Fu la connaît. Je décide de voir jusqu’où elle peut être étonnée, et lui annonce que Li Fu est un Illithid. Record battu, elle me regarde maintenant avec une franche impression d’incompréhension mêlée d’inquiétude extrême.

Alors que nous éludons de façon franchement louche toute question au sujet de ce bar intraplanaire, je m’enquiers du disque d’albâtre tantôt dégainé. D’après Coolm, le taux de réussite de son système est suffisamment élevé pour qu’on puisse prendre le risque. Nous décidons alors de suivre son plan. Elle se concentre quelques temps sur l’objet si étrange, et passe ses doigts dans la fente noire. Elle écarte brutalement les mains, déchirant l’espace dans une fissure verticale qui s’élargit peu à peu. De l’autre coté, une canopée.

La jungle, Goulouka et la plaine des Geysers

La prêtresse nous informe que les espèces animales et végétales visibles sont originaires de Melkaya. Bonne nouvelle. Nous passons la fissure, et tombons. Pour la plupart ; je m’accroche personnellement à Krasus pour la descente, je le pense bien plus apte que moi pour ce genre d’exercice.
Alors que Sierra s’écrase au sol et que Fiiling déchire branche sur branche, nous dévalons paisiblement les arbres. Nous nous retrouvons tous sur l’humus meuble de la forêt, et Huclock et Coolm semblent d’accord sur notre position. Nous sommes à une demi-journée de marche de Goulouka (une chance!), dans une jungle assez humide. Coolm nous annonce son intention de rejoindre son temple dans la plaine des Geysers, et commence à s’éloigner de nous après nous avoir fait ses adieux. Je la rattrape et lui propose de nous aider à rejoindre Goulouka. Nous sommes diminués d’Elentar et de Telimektar, et Huclock et moi sommes désespérément à sec.

En contrepartie, nous la téléporterons le lendemain aussi loin que faire se peut dans la direction souhaitée. Elle accepte de bon cœur, et nous préparons le campement. Elle dépose au centre du bivouac une effigie de bois et de feuilles étrange, et je ne remets pas en doute son sens de la décoration. La nuit se fait, agréable et paisible. Un tigre géant vient rôder autour de nous pendant mon tour de garde, heureusement plus attiré par curiosité que par faim. Je ne sais pas dans quelle mesure le fétiche sylvestre a joué en faveur de notre survie, mais je ne l’aurais échangé contre aucun garde au monde. Pendant mon tour de garde, je me confectionne une petite poupée de chiffon que j’essaye de faire à l’effigie de Telimektar.

Le lendemain, Coolm régénère notre barbare en si piteux état depuis l’épisode du vide intersidéral, et une fois les écailles recollées, nous nous mettons en route. Nous arrivons aux abords de la grande muraille grise de Goulouka en milieu de journée, et j’honore la promesse que j’ai faite à la prêtresse. Je me téléporte alors avec elle près de la plaine des Geysers. Là bas, un spectacle à couper le souffle nous attend.

Nous sommes sur une colline, et un vent frais nous caresse le visage. D’un côté s’étend la vaste forêt qui nous sépare de Goulouka, la ville de Dreel se laisse deviner au loin, et devant nous s’étant une vaste plaine d’un vert profond, percée par endroits de colonnes d’eau furieuse et bouillonnante.

La plaine des Geysers est un émerveillement, et une saine sérénité s’empare soudainement de moi, une paix que je n’avais plus ressenti depuis des années. En ce lieu où la nature hésite entre calme et chaos, on se plaît à penser que chaque geyser modèle le monde petit à petit, et la contemplation de ce havre de tourmente m’absorbe peu à peu loin de mes soucis actuels. Coolm contemple aussi le paysage, avec un franc sourire. Elle m’explique alors que son temple se trouve quelque part dans la plaine, et qu’elle y restera quelques temps pour renouer avec ses enseignements divins, moins intrusifs que ceux du refuge. Elle plante ses yeux dans les miens, et m’annonce que nous avons trouvé en elle une alliée. Je lui rends la pareille, bien que je doute qu’elle ait un jour besoin de nos services. Elle s’avance alors d’un pas résolu dans la plaine, et je la regarde s’éloigner quelques secondes. Je retourne à Goulouka.

Sur la route qui mène à l’unique entrée, des caravanes de marchandises se massent. Aux alentours, d’immenses champs essaient de remplacer la jungle proche, dans une constante lutte contre l’humidité et la mauvais herbe. Cela contraste fortement avec le début des forêts elfes, que je sais de conifères, et à deux jours vers le Nord. Plus loin, une grande structure également muraillée est séparée de la ville. Je ne sais pas trop quoi en penser, mais cela ressemble à des arènes ?

L’entrée elle-même de Goulouka est immense, avec plusieurs comptoirs, et une sorte de sas. Au-dessus, le balson de la ville est affiché, coloré : deux sabres mauves, l’un à large bord et l’autre fin comme une rapière, entrecroisés sur un fond gris.

Devant l’entrée de la ville, Krasus nous apprend que nous ne pouvons pas faire entrer d’arme dans l’enceinte de la cité. Il nous dit aussi que la loi y est stricte et sévère et si j’en crois mes sources, il n’a pas tort. Nous passons une porte en bois et nous retrouvons dans une vaste pièce au plafond haut et aux contours en pierre. Une foule épaisse est rassemblée dans cet endroit, et le bestiaire varié nous frappe. Les humains ne sont pas forcément majoritaires ici, et bien que nous n’ayons pas le temps de dresser des statistiques complètes, force est de reconnaître que la population est principalement hétéroclite.

Nous avançons dans la foule, et nous tombons devant deux gardes. Ils nous demandent ce que nous avons à déclarer, principalement nos armes et d’éventuelles intentions belliqueuses. Je lui tends mon hérisson en lui annonçant ma profession, et il fait un commentaire désobligeant sur mes mœurs sexuelles. Je ne dis rien. Mais j’en pense beaucoup.

Sierra et Fiiling laissent leurs armes, et on nous déconseille d’user de sortilèges délétères. Ok, on a compris, à Goulouka, la garde veille. Le message est clair, nous passons.

A l’intérieur, la ville est un gigantesque dédale de rues anguleuses et de bâtiments abscons. Les immeubles ont le sommet plat et accueillent de nouvelles rues ou de nouvelles maisons, et la ville construite ainsi ressemble moins aux trois étages bien découpés de Clyffia qu’à une termitière chaotique dont plus personne ne connaîtrait les contours originaux. On reconnaît la structure simple d’une Grand’Rue, principale, qui se sépare en deux artères à peu près au centre de la ville.

La foule est dense, et de nombreux démarcheurs semblent vouloir notre monnaie. Nous les éconduisons de moins en moins poliment, et je garde personnellement les mains dans mes poches. Grand bien m’en fait, car nous sommes victimes de deux tentatives de pickpockets maladroites.

Nous nous donnons rendez-vous dans une auberge, celle au nom le plus enagageant : “La saveur de la victoire”. Rien de comparable avec celle de Li-Fu, probablement. Chacun vaque à ses occupations, Hukloc cherche une bibliothèque décente, mais les choses écrites ne semblent pas être dans les intérêts principaux de la ville. Je me dirige vers la maréchaussée.

Secret (Lados)

Nous nous retrouvons à l’auberge, et j’annonce à mes compagnons que j’ai fait chou blanc, et que mon rendez-vous est reporté au lendemain. Ne souhaitant pas perdre de temps, Fiiling, Sierra et Huclok se téléportent sur les îles du chaos tandis que Krasus reste pour me servir d’escorte. Mais?! Je rêve?! Ils sont partis sans récupérer leurs armes!
Ils reviennent à l’auberge quelques secondes plus tard, Sierra et Fiiling en colère et Huclock bougonnant. Krasus et moi restons interdits quelques secondes, et l’hilarité frappe à la porte de ma glotte. Je ne la retiens pas.

Secret (Lados)

Je retrouve mes compagnons à l’entrée de la maréchaussée. Je leur annonce la bonne nouvelle : je connais l’emplacement d’Elentar. Ils ne me questionnent pas plus que ça.

Nous mettons donc en place notre plan d’action. Huclock pourra contacter Elentar cette nuit, nous avons donc la journée à tuer. Krasus, Fiiling et Huclock iront sur le lieu où Ethan a été capturé, pendant que j’accompagnerai Sierra au monastère des îles du Chaos où elle souhaite rencontrer le moine Ranfredus.
Nous passons une bonne parte de la journée chez Li Fu, n’ayant plus rien à faire à Goulouka.

Secret (Lados, Sierra, Fiiling)

De retour à Goulouka, nous y passons la nuit. Le lendemain, nous nous levons à l’aube. Nous récupérons cette fois les armes de nos porteurs de couteaux et nous nous rendons sur l’archipel chaotique.

Sur les îles du Chaos, les vieillards sont des chameaux…

Sierra et moi arrivons aux portes du fameux monastère. Nous nous avançons, et un gnome vient nous accueillir. Il nous annonce note arrivée au monastère du Crabe, et nous demande la raison de notre présence. Sierra dit qu’elle souhaite voir Ranfredus, et le gnome inspire un grand coup.
RAAAAANFREEEEEDUUUUUUS!”
Le sol tremble. A intervalles réguliers, et de plus en plus fort. Ranfredus déboule devant nous comme un boulet de canon, et s’arrête net. Il est recouvert de tatouages et arbore fièrement une marguerite très enfantine et au demeurant assez moche qui lui prend tout le visage. Il nous inflige une chaleureuse et douloureuse (du moins pour ma part) accolade et s’enquiert de notre santé. Ranfredus est comme nous l’avions laissé: benêt, mais irrémédiablement sympathique.
Alors que nous parlons avec lui, un homme étrange arrive. Il semble attaqué par les longues années de sa vie et se déplace de façon curieusement latérale. Il se campe devant nous et nous assène un coup dur. Il se nomme Crabman. Je chancelle.

Alors que je me remets lentement de mes émotions, Sierra précise le motif de sa visite: elle souhaite avoir de plus amples informations sur le cristal de purification serti dans la poignée de son épée. Crabman lui dit qu’il peut contacter quelqu’un de compétent qui devrait mettre trois jours à venir jusqu’ici. Alors que nous reprenons notre conversation, un jeune crabe arrive tout paniqué. “Trois personnes étranges tentent de passer: un homme-lézard, un elfe mauve et un demi-dragon…” Bien évidemment. Nous nous portons garants pour eux et ils sont emmenés jusqu’à nous.
Fiiling, Krasus et Huclock nous rejoignent ici. Alors que nous faisons les présentations, un vieillard arrive, perclus de rhumatismes et se soutenant difficilement avec un bâton de bois brut.
Il se dirige vers nous, et Crabman nous présente. Le vieillard regarde Huclock d’un air curieux, et sort un diamant de belle taille de son sac. Il s’avance de façon menaçante (comprendre : le diamant fulminant et le doigt lumineux brandit comme un fer chauffé à blanc) vers Huclock, qui sort son verre intraplanaire et le remplit d’eau de sa gourde. Le vieillard tente de toucher l’homme-lézard qui boit son verre d’une traite et disparaît devant les yeux ébahis du nouveau venu. J’érupte :

“Mais qu’est-ce que vous faites? Vous pouvez pas au moins cracher un mot avant de lancer des sortilèges sur les gens?!
-Je voulais le sanctifier. C’est un mort-vivant. Peut-être une Liche. Ou un Morg. Je ne sais pas.”
Nous marquons un temps d’arrêt. Huclock est un mort-vivant. Bien sur. Je me demande comment nous avons pu être assez aveugles pour ne pas le remarquer. Surtout que ça doit bien faire la troisième fois qu’on nous le dit… directement. Personnellement, c’est de l’étourderie. Les autres, je ne me prononce pas.
Le vieillard hausse les épaules et se tourne vers Sierra. Il regarde son épée et la lui rend. Sierra se tord en une respectueuse révérence, et prend la parole.

“Senseï, j’aimerais savoir ce qui s’est réellement passé il y a des années de cela, lors de la catastrophe avec le vampire.
-Eh bien, j’ai scellé les âmes sans repos de tes compagnons tombés au combat dans ton épée. Tu étais la plus à même de porter ce fardeau.
Sierra se fige un instant. Elle marque un temps d’hésitation et attend la suite, qui ne vient pas.
C’est tout? C’est tout ce qu’il a à lui dire? C’est… dur.
“Et… Ce vampire, existe-t-il encore aujourd’hui?
-Non. Enfin, pas réellement. Je l’ai “guéri” de son vampirisme. En échange, nous avons pu remonter tout un réseau de vampiriens et purifier toute une région de Kalsh. Nous avons ainsi sauvé des milliers de vie. Tu as joué ton rôle à la perfection."
Sierra se redresse. Elle reste stoïque.
J’ai l’impression de la sentir bouillir. Elle fulmine, et se contrôle, difficilement. A quoi joue-t-il, ce vieil imbécile?
-Et qu’allons-nous faire des quarante-sept âmes en peine dans mon épée?
-Eh bien c’est simple. Je vais aller le tuer. Ainsi, les âmes seront apaisées.
Sur ces mots, il sort une dague.
Sierra écarquille de grands yeux argentés. Elle perd contenance.
-Mais comment pouvez-vous dire une chose pareille ?! Comment avez-vous pu vous présenter comme témoin lors de mes vœux ?! Comment avez-vous pris une telle décision, et pourquoi avoir commis une telle horreur ?!
Le vieillard soupire.
-Tu es trop jeune, Sierra. Tu ne comprends pas la portée de mon geste. Nous avons sauvé des milliers de personnes d’un fléau certain. C’était la bonne chose à faire.
-C’est du délire ! Quelle insulte envers mes compagnons tombés au combat, et quelle insulte envers moi !
-Encore une fois, c’est l’inexpérience qui parle. Tu comprendras plus tard. Je vais aller tuer cet homme, pour apaiser les âmes de ces paladins.
-Mais… C’est un homme maintenant ! Il a une famille ? Des enfants ?
-Oui. Mais je ne les toucherai pas, bien sur. Mais la mort de cet homme est la fin logique des opérations. C’est… inévitable.
-Arrêtez ! Vous en avez assez fait ! Fichez la paix à cet homme ! Il doit bien y avoir un autre moyen!
Le vieillard lève un sourcil.
-Bien sur. Il faut sanctifier les âmes. Une par une."
Sierra reste coite. Ses yeux brûlent d’une sainte rage. Elle tourne le dois, et s’éloigne de cet être répugnant.
-Ne touchez plus à rien. Ne vous occupez pas de cela. Je vais essayer de réparer toutes les erreurs que vous avez commises dans cette histoire. Je souhaite ne jamais vous revoir.
Le ton de la Kensaïe s’est fait dur, coupant, comme sa lame. C’est un ultimatum, et le vieillard à qui il est adressé le sait bien. Nous ne l’avions jamais vue aussi résolue, et tout dans sa posture vibrait de l’envie de punir l’inconscient. Mais il est probable que l’âge, le grade et le fait que ce vieux croûton ait été présent lors de la prononciation de ses vœux retiennent son bras courroucé.

Secret (Sierra, Lados)

Alors que Sierra s’éloigne un peu, Ranfredus, choqué, intime au vieillard de partir.
“Maintenant, tu t’en vas !”
Ce qui parvient à arracher un sourire à Sierra. Le vieux croûton hausse les épaules et fuit comme il était venu : en claudiquant péniblement avec sa vieille carcasse trop usée. Nous rejoignons Sierra, et nous apprêtons à attaquer le problème suivant : Huclock. Il est chez Li Fu. Il nous y attend. Il sait qu’il va devoir s’expliquer. Nous remplissons nos gobelets et je crains un instant que Sierra, encore verte de rage, déporte sa hargne sur l’abjurateur. Nous verrons bien.

Cul sec.

… Et les Homme-Lézard ont les crocs.

Nous arrivons dans le bar de Li Fu. Comme prévu, Huclock a pris place à une table et sirote tranquillement (du moins en apparence) son verre. Nous nous asseyons à sa table. Je bois quelque chose de frais et léger, pour rester maître. Fiiling boit quelque chose de corsé, pour se remettre. Sierra boit quelque chose de corsé, pour se la mettre.
Nous engageons la conversation. Fiiling et moi. Sierra reste fixée sur son verre.
- Eh bien, Huclock. Tu as des choses à nous dire?
- Pas spécialement. Disons que ça me regarde.
- Nous aussi tu sais, nous voyageons avec toi depuis un certain temps, tu devrais nous en dire plus.
En tant que tieffelin maintenant officiel, je ne suis pas tout à fait sur d’être à la meilleure place pour en parler… Et puis si en fait, je suis dans mon plein droit. Je ne le jugerai pas sur cela, vu qu’il eut le bon goût de ne pas le faire pour moi. Je souhaite juste avoir confiance envers les gens avec qui nous partageons notre route.
- Bon. Effectivement, je suis un mort-vivant.
Sierra regarde le fond de son verre vide. Elle grommelle quelque parole avinée, et le verre se remplit.
- Ah. C’est… troublant. Mais quel genre de mort-vivant? On nous a parlé de Liche, mais je pense qu’on s’en serait rendu compte.
Huclock jette un regard nerveux vers Sierra, puis place ses doigts en forme de crocs sur sa mâchoire supérieure. Je frissonne. Un vampire. Sierra relève les yeux. Son visage est empreint d’une gravité à nulle autre pareille, et elle esquisse un geste pour attraper son arme. Heureusement, elle parvient à se contenir et à se rappeler que nous sommes chez Li Fu, qui tolère bien mal les écarts de ce genre.
Mais la réaction la plus frappante n’est pas la sienne, ni celle de Fiiling d’ailleurs, mais celle d’une de ses épées. La longue lame dorée qu’il manie depuis quelques temps maintenant s’est allumée. Et pas allumée comme celle de Sierra à la vue d’une quelconque dégueulasserie; mais plus comme un hérétique ficelé à un poteau par une foule à la fois effrayée, désoeuvrée et pélorienne. La lame de Fiiling, donc, brûle abondemment et dégage une chaleur remarquable et probablement délétère. Fiiling lui-même la tient avec précaution, et c’est un Li Fu tout catastrophé qui vient lui proposer de l’entreposer derrière le bar, là où la présence de vampires est moindre. Le demi-dragon accepte, forcé et un peu rétiçant. Je ne suis pas sur que Sierra s’en soit réellement rendue compte.
Elle articule péniblement des mots pleins de reproches.
- … Et tu comptais nous le dire quand?
- Le plus tard possible. Jamais, éventuellement.
- Depuis combien de temps es-tu comme cela? Quand t’es-tu fait mordre?
- Je suis dans cet état depuis quelques années maintenant. Quant à ta deuxième question, je ne me suis techniquement jamais fait mordre.
Sierra marque un temps
- Que veux-tu dire?
- Je suis devenu vampire… Sciemment. De mon plein gré. Et tout seul.
La paladine repose son verre, ébahie. Fiiling et moi ne comprenons pas très bien ce qu’il se passe, mais cela a l’air assez grave. Huclock reprend.
“Mais je n’avais plus trop le choix. J’allais mourir, et je suis un des derniers représentants de mon espèce. Et tant de choses restaient à découvrir. Mais cela ne change rien. Je ne suis pas différent, et-
- Cela change tout, au contraire! Je ne peux pas te laisser dans cet état, et je vais devoir te détruire au nom de mon dieu !
Je regarde les deux protagonistes avec une certaine terreur, connaissant l’issue fatale de ce genre de discussions.
Huclock a fait un choix, le sien. Plus que discutable, certes, mais cette décision lui appartient. Cependant, Sierra porte dans ses tripes une haine véritable et viscérale de ces créatures, et je ne crois pas que le fait qu’il ait contrôlé sa transformation joue d’une quelconque manière en sa faveur.

Je ne vois pas comment désamorcer la situation. Je jette un rapide coup d’œil circulaire. Nous sommes au centre de l’attention de tous les clients du bar, et Li Fu nous regarde d’un air soucieux. Je me demande s’il ne regrette pas un peu de nous avoir accordé nos verres. Huclock se défend.
- Regarde-moi, j’ai pris des précautions. Je me suis imposé nombre de garde-fous pour maintenir mon état. Je sais que mon âme corrompue risque de se tourner vers la malfaisance, aussi ai-je érigé de nombreuses barrières magiques coercitives. Par exemple: je suis constamment en train de me demander ce que ferait Pélor. J’ai rabattu ma soif inextinguible vers les tomarottes et la connaissance. Mes actions sont avant tout guidées par la survie plus que par l’envie. Et je me suis interdit toute action portant à l’intégrité du monde qui m’entoure. Et aussi, il y a une différence fondamentale avec les autres vampires… Mon âme est toujours présente. Légèrement confinée, mais présente.

Pendant sa tirade, je l’observe attentivement. Effectivement, ses tatouages complexes sont comme des glyphes magiques de contention, qui forcent Huclock dans une certaine direction à chaque choix entrepris. J’admire sa prévenance. Mais c’est quand même un risque énorme.

Sierra se lève et frappe des deux poings sur la table.
“Tu ne me feras pas changer d’avis. Tu es une aberration et nous devons y mettre un terme !”

Sur ces mots, un craquement titanesque retentit. Le plafond se perce d’un épais rayon de lumière éblouissante qui vient pulvériser le vampire. Un simple tas de cendres en reste, qui volette et s’infiltre dans le sac de l’homme-lézard. Son cercueil. Bien sur. Sa “bière”. Je le ramasse et le met à mon épaule.
Nous estimons à une heure le temps de sa reconstruction, Fiiling et moi avons le temps de tenter de calmer Sierra. Pas facile…
Li Fu arrive vers nous, catastrophé. Il nous bannit pour trois jours de son bar, et nous interdit d’y reproduire un tel comportement. Nous nous excusons platement et nous partons. Nous nous retrouvons chez les moines une fois de plus, et nous nous en allons sans cérémonie.
Dans la forêt, nous trouvons une petite clairière. Nous nous y installons dans le calme et la sérénité, et je dépose le sac d’Huclock au sol. Sierra n’a pas lâché un mot, et semble ivre. Je lui lance un sortilège de délivrance du poison, ce qui a l’air de la dégriser. Elle nous lance un regard de défi.
“C’est moi. Cette lumière, le châtiment de Pélor, c’est probablement moi. Je lui ai demandé conseil pour châtier cette abomination.”
Sierra est curieusement plus… belle. Ses traits sont polis, et la peau de son visage brille d’une vigueur et d’une santé étonnante. Je crois qu’on peut imputer cela sur la fureur divine qui l’accompagne. Ses actions la placent en communion avec son dieu, qui la conforte en la glorifiant de sa présence. C’est relativement impressionnant, mais c’est surtout mauvais signe pour notre vampire de poche. J’espère que ça sera passé quand il sortira.
Nous ne commentons pas. Un vampire ne saurait être détruit définitivement par cela, et je suis persuadé qu’Huclock n’en prendra pas réellement ombrage. Il s’agit maintenant de tempérer sa furie.

Fiiling lance la première vague.
- Il faut reconnaître une chose. Il ne nous a jamais tourné le dos, ou même porté le moindre préjudice, pas plus depuis qu’il est vampire.
- Mais c’est dans son fond, la manipulation et la vilenie! C’est un fléau, d’autant plus qu’il a choisit cet état! La destruction d’un vampire s’accompagne traditionnellement d’une prière pour l’être qui s’est fait mordre avant de devenir le monstre, mais dans son cas, il a choisit de devenir ainsi, et c’est livré avec tous les accessoires: y compris la haine et le mépris viscéral des vivants!
- Oui mais il fait preuve de bonne intention, avec ses sortilèges de protection.
- Mais ce n’est absolument pas fiable! On ne sait pas combien de temps cela va tenir, ni même si ce n’est pas un mensonge! Tu peux dire ce que tu veux, nous devons punir son choix par la destruction!
Je me décide à intervenir.
- J’aimerai revenir sur son choix. Il était seul, et savait qu’il allait mourir. C’était un des derniers de sa race, et il avait encore bien des choses à découvrir sur notre époque. A mes yeux, ce choix était guidé plus par la peur et la tristesse que par une quelconque motivation néfaste.
- Ce choix n’est ni justifiable, ni tolérable. Je ne reviendrai pas là dessus. Il est devenu un danger de tous les instants pour nous. Et si ses freins lâchent? Et s’il nous attaque?
- Nous nous défendrons. Et puis… Son choix est proche du mien. Celui de lire le livre, je veux dire. Nous n’avons tous les deux que peu de choses à perdre à tenter l’expérience, et tout à y gagner. Bien sur, j’aurais préféré qu’il nous le dise de lui-même mais bon. C’est ainsi. J’ai toujours du respect pour lui. C’est un mage puissant doublé d’un allié fidèle.
- Pour le moment! Et s’il perd le contrôle, et si, toi aussi, vous vous retrouvez sous l’influence de la bête? Que se passera-t-il?
- … Eh bien vous êtes suffisamment puissants pour nous arrêter. Et quand ce jour viendra, je préfèrerai tomber sous vos coups que sous les assauts de n’importe qui d’autre. Mais en attendant, je prends le parti de le juger sur ses actes.
-Il est bien plus enfoncé dans la boue que toi. Il est déjà corrompu. Il est fichu. Nous ne pouvons rien pour lui.
Fiiling intervient, et tempère, malgré sa haine raciale de la non-vie.
- Voilà ce que je propose. Nous allons bien tenter de retrouver Ethan. Nous restons avec Huclock jusque-là, et nous conservons son cercueil près de nous. Quand nous aurons retrouvé Ethan, nous le soumettrons à son jugement.
Sierra maugrée, puis acquiesce. Pour ma part, je suis aussi assez d’accord.
Huclock réapparaît, et nous lui expliquons notre décision. Il l’accepte avec un brin d’inquiétude assez compréhensible.

Alors que nous parlons, une comète fonce vers nous. Nous avons à peine le temps de nous écarter qu’une boule de hurlements flous et de larmes de peur s’écrase au sol, laissant un cratère de taille raisonnable. Elentar est dedans, de même qu’un halfelin aux habits… inhabituels.

Soon, l’être aux mœurs trop précises

Un halfelin donc, équipé d’un bâton de marche. Et d’un filet à poissons. A larges mailles. C’est tout. Et le filet, c’est sa tunique. Et le bâton, c’est bien un bâton de marche. Il est nu, et le filet à bien trop larges mailles qui lui sert de couverture laisse passer l’image de sa corpulence la plus sobre. Il est hirsute, et arbore un grand sourire content. Je reste coi. Mes compagnons aussi. Elentar s’exclame :
« Ah ! Mes amis ! Enfin je vous retrouve ! Comme je suis content de vous voir ! »

Le halfelin se présente. Il se nomme Soon, et il a été embauché par l’Eglise de Pélor pour aider Elentar à échapper au Refuge. C’est assez curieux et peu compréhensible. Elentar semble corroborer cette affirmation et dit qu’il l’a trouvé dans le désert des roches dansantes. Ma foi…
Soon nous serre la main à tous, et je me sens étrangement serein. J’ai l’impression que mes alliés réagissent de même, sauf Sierra qui continue à souffler par les naseaux. Je prends Elentar à part, et Fiiling observe la manœuvre et nous suit. Je lui apprends l’état de notre abjurateur et notre plan de l’emmener devant Ethan. Il valide avec un enthousiasme absolument et résolument nul, et nous raconte sa rencontre avec Soon, et sa téléportation d’un plan à un autre avec le sort de téléportation. Il nous apprend aussi qu’il n’a plus de grimoire, et qu’il est donc ainsi grandement handicapé. Il a cependant toujours le sceptre du temps… et un dé dimensionnel.

Je rêve, sortez-moi de là, je le hais. La version Elentarienne de la rencontre du halfelin corrobore la version du presque nudiste, et nous rejoignons les autres. Ils se sont rencontrés comme ça, dans le désert. Elentar qui revient du plan des Terres Extérieures et lui qui se curait le nez à l’ombre d’une dune. Hasard heureux et sérendipité. Elentar a validé la version du halphelin, ce qui signifie que nous n’en saurons pas plus pour le moment. Soit.

Le sujet principal abordé par Elentar concerne la disparition de son grimoire et comment le retrouver. C’est donc cela ! Je me disais bien qu’il était trop chaleureux depuis son arrivée. Il propose de se rendre sur Mechanus pour aller y retrouver Telimektar en plein jugement, et lui demander s’il a une idée de l’emplacement du sac. Je propose qu’on utilise une prière de conversation avec les morts, que les prêtres de Clyffia auront certainement préparée. Je ne souhaite pas aller sur Mechanus. De plus, une bonne nuit de sommeil nous fera le plus grand bien.

Étant quasiment à cour de ressources, nous décidons donc de nous rendre à Clyffia. Nous nous y téléportons. D’importantes contraintes sociales résolvent le problème des groupes de voyage : Soon ne se sépare pas d’Elentar, Sierra ne voyagera pas avec Huclok et la proximité d’Elentar m’est pour l’instant assez inconfortable.

Par conséquent, j’emmènerai Sierra et Fiiling, Huclok se chargera du reste. Soon semble atterré par nos petites querelles intestinales, et son avis ne m’intéresse pas tant que ça. A Clyffia, je prends congé de mes compagnons pour me refaire un équipement de voyage correct avec l’argent prêté par Sierra. Je m’y achète donc un nouveau sac, et du matériel de couture. Des bandes de lin aussi, pour le rituel de la trame.

Secret (Lados)

Alors que je les rejoins à la Cathédrale, Krasus vient de reprendre ses esprits. Il semble que Telimektar se soit incarné dans le corps du moine pour révéler la position où le sac d’Elentar se trouve. Elentar essaye de préciser qu’on ne cherche pas que son sac mais celui de tout le monde, et que si on veut sauver Melkaya nous devons récupérer nos affaires. Sa générosité ne fait aucun doute, et je suis bien rassuré du fait qu’il soit autant inquiet pour mes chutes de tissu et mes épingles rouillées que pour son sac de contenance et de contenu presque infinis. Dans l’immédiat, la priorité reste Ethan.

Il semblerait que la téléportation soit surpuissante en ce moment, et que les limites de portée soient détraquées par on ne sait quoi. Elentar nous l’assure, et son retour du plan des Terres Extérieures semble en effet valider son assertion. Par conséquent, nous pourrions nous rendre en Aijun bien plus vite que prévu, et nous devrions même nous hâter. Le problème est qu’Aijun, c’est gigantesque. Elentar, comme toujours, a la solution. Il nous montre un parchemin, dont il nous dit qu’il lui permet de communiquer avec Ethan. Je l’engueule à ce sujet. Il aurait pu nous le dire AVANT. Apparemment, Ethan dit qu’il a froid, et qu’il est piégé avec les jeunes adeptes, mais qu’il a de la nourriture et de l’eau.

Il possède un parchemin permettant de communiquer avec Ethan. Ethan a disparu depuis trois semaines. Il ne nous a pas parlé de cela. Ethan est quelqu’un d’important, pour plus de la moitié de notre groupe. Il a préféré délayer le sauvetage d’Ethan pour accélérer le retour de son sac ?! Elentar et ses cachotteries insensées commencent à me courir sur le haricoignon. Ma décision est maintenant prise : il est hors de question que je file le moindre coup de main à Elentar si je n’y gagne pas moi-même, payé d’avance. 

Nous nous téléportons ainsi en Aijun, dans les régions glaciaires. J’attrape les deux sacs de muscles par la main et je nous téléporte. Notre voyage se déroule sans encombre, et tandis que nous échangeons de maigres constatations sur le climat du coin (une banquise particulièrement inhospitalière balayée par un vent glacial nous lapidant d’une myriade de flocons de neige durs et secs), une boule de membres fonce dans notre position. Nos compagnons s’écrasent au sol dans un mélange de sang et de glace. Plus de peur que de mal en revanche, et ils se relèvent en se tenant les lombaires. La téléportation est réellement plus efficace : nous avons parcouru la moitié du globe sans le moindre souci.

Huclock localise Ethan, et connaît sa direction. Nous avançons dans la neige et la glace, et Soon, nu sous son filet chauffant, gambade gaillardement, le sourire aux lèvres et les rouleaux à l’air. Alors que le sol tremble soudainement, une silhouette de grande taille semble briser la glace au loin, et tandis que nous dissertons pour partir à la chasse au mammouth ou non (Soon a l’air assez catégorique à ce sujet), elle s’éloigne lentement dans le blizzard. Déçus de n’en pas savoir plus, nous avançons toujours dans la direction définie par Huclok. Nous arrivons alors devant un grand mur de glace, dont notre abjurateur volant nous dit qu’il fait près de 10 mètres de haut.

Je crée une échelle de fumée que je fixe contre la paroi, que nous gravissons après moult, bien trop moult précautions, tergiversations, circonlocutions, création de commissions d’étude, étude des commissions, avant un retour au totalitarisme. Une fois de l’autre coté, Ethan semble être de plus en plus proche. Un grand dôme de glace nous barre la route, et nous pensons que le prêtre de Pélor est à l’intérieur. Elentar pose ses mains gantées sur le mur, et tapote la surface de ses doigts avec une séquence bien précise.
Il a aussi gardé les gants donc. Très bien. Nous nous repoussons et un claquement sec retentit. Nous attendons quelques secondes, et une onde se concentre autours des mains de l’enchanteur, se propagent dans la structure et reviennent vers le centre. Elentar est alors brusquement propulsé en arrière.

Fiiling, dans son coin, finit de mâchonner sa patience et s’empare de sa longue épée de flammes. Il percute la surface de glace avec la lame dorée. Il parvient à la fissurer dans un craquement net. Une partie du mur s’effondre et une surface désagréablement rose et lisse apparaît derrière.

Derrière le mur de n°6, des jeunes prêtres sont visibles, et au centre de la pièce, une sorte de table plate contient de la nourriture et de l’eau. Bien évidemment, il est absurde de penser condamner un prêtre à mourir de faim. Nos examinons la surface et semblons y reconnaître un sortilège de prison. Cette vieille carne a quand même mis un point d’honneur à nous garder en vie.

Elentar, assuré par Fiiling et Krasus, utilise le sceptre du temps et lance la boule située à son extrémité contre la paroi rose à nu. Nous attendons quelques secondes le délai classique, et la paroi s’élargit soudain et se disperse en nous traversant. Ethan et les autres semblent particulièrement surpris, et se commencent à se réchauffer les extrémités comme ils le peuvent alors que le froid semble réellement les atteindre pour la première fois. Le vieux prêtre nous accueille avec joie et nous remercie de notre aide.

Pour repartir d’ici, il propose de créer deux portails à la suite, qu’il fera déboucher à la cathédrale de Clyffia. Nous mettons son plan à exécution, et nous arrivons devant le parvis de l’édifice, devant un Abraham étonné.
Les retrouvailles sont franches et amicales, et nous expliquons à Ethan ce qui s’est déroulé au refuge, ainsi que le schisme qui l’a déchiré. Il prend un moment de réflexion et nous parle de son projet : attaquer le refuge. Je suis enthousiaste, très. En plus il parait qu’il y a des golems de fer. Cela fait longtemps que je n’ai pas été en communion avec le métal.

Ethan nous dit qu’il prendra le reste de la journée pour discuter avec Huclock de son état.

Secret (Hukloc)

Tant mieux, j’ai moi-même envie d’essayer un truc qui me trotte dans la tête depuis un moment. Je présente mes excuses au groupe et je pars de mon coté, méditer sur ma condition de tieffelin.

Clyffia, où l’on juge et où l’on boit, mais ailleurs.

Secret (Lados)

Après un moment à moi, je retourne voir mes compagnons à Clyffia. Elentar semble passablement heureux, ce qui est louche.
Secret (Elentar, Soon, Krasus, Fiiling)

J’arrive dans une ambiance de fête et de joie. Une table est dressée, et accueille tous mes compagnons ainsi qu’Ethan : ils fêtent son retour. Sierra possède maintenant une épée carrément plus claire, et l’œil au bout semble frétiller comme un poisson hors de l’eau. Je me demande un instant si je peux la surnommer « Epée de la truite » sans risquer d’avoir à l’observer de plus près.
La discussion semble tourner autours d’Huclock, et j’apprends qu’un glyphe supplémentaire a été installé par Ethan, et qu’il détruira son cercueil s’il commet trop d’actes maléfiques. Huclok n’a pas vraiment l’air d’accord, mais il sait bien qu’il n’a pas le choix. Après un petit moment, Ethan va se coucher et nous laisse seul. C’est le moment que choisit la soirée pour… dériver.

Soon s’enquiert de ma blessure, je lui réponds bien évidemment que je me suis blessé. Je courais dans les bois et me suis pris les pieds dans une racine. Il ne me croit pas, et insiste lourdement. Fiiling me montre avec enthousiasme qu’il ne se coupe plus avec son épée, et je lui propose un échantillon test. Je me taille, et arrête de saigner instantanément. Par pur intérêt scientifique, nous répétons l’expérience de maintes fois.

L’expression catastrophée de Soon fait un écho assez divertissant avec l’air réprobateur et sévère de Sierra. Les deux nous intiment d’arrêter cela immédiatement, mais nous sommes trop immatures.
Soon, au comble de sa tolérance, lance un sort de graisse sur l’épée qui s’échappe de la main de Fiiling et s’étale sur la table dans un grand bruit de métal et de bois. Me demandant de moins en moins poliment de le laisser observer ma blessure, Soon arrive à faire craquer ma patience pourtant légendaire et je pose ma main sur mon épaule pour ôter le bandage d’un geste théâtral. En dessous, des épingles plantées à même la chair semblent retenir un fil rouge qui dessine autours de tuteurs de métal plantés dans la peau un motif complexe qui ressemble à un amas de flocons de neige imbriqués les uns dans les autres. Le motif entier est taillé dans la chair, et le fil rouge sang semble suinter d’hémoglobine qui pourtant ne coule pas des blessures ouvertes.

Soon et Sierra ont un geste de recul, les autres me regardent avec stupeur. Fiiling a nettement moins envie de jouer. Je replace le bandage, après que Sierra se soit assurée que ce n’est pas une marque maléfique. Soon me demande une nouvelle fois comment ceci est apparu, et je lui explique que je me le suis fait moi-même. Il a l’air atterré. Il ne souhaite pas que je me batte contre d’autres personnes, mais j’ai encore le droit de regard sur mon corps.

Respectivement à court de boisson, désœuvré et curieux de la quantité d’alcool qu’un Aasimar peut s’envoyer ; Sierra, Fiiling et moi retournons au bar entre les plans pour passer le reste de la soirée. Là-bas, Li Fu nous annonce que quelqu’un souhaite nous parler. Il nous montre une table au loin. Avec Karel. Bien sûr, encore lui. Nous nous approchons et nous asseyons à sa table. Il est pâle, très pâle. Il a des cernes sous les yeux. Il est épuisé.
-Ah vous voilà enfin. Prenez place, je dois vous parler.
-Vous nous attendez depuis longtemps ?
-Trois jours. Entiers. Et je n’arrive pas à dormir ici… Trop de bruit.
-Bien. Et vous voulez nous voir pour quoi ?
-Je dois vous expliquer plusieurs choses. Mon plan déjà, pourquoi il doit marcher, et pourquoi il est à deux doigts de rater. Cela fait très longtemps que je réunis des sacrifices par milliers, et j’ai dû en utiliser près d’une centaine pour contrer l’attaque du plan de l’eau. Je vais manquer de temps.

Nous sommes assez estomaqués du ton et des propos de Karel. Il note notre surprise, et il continue.
- En fait, je suis toujours dévoué à mes causes d’antan. Mais j’ai changé de bord. Je suis… un prêtre double en quelques sortes. On pourrait croire que le schéma des sacrifices pourrait me permettre d’invoquer Nérull, mais ce n’est pas vrai. Ce n’est pas mon but.
- Et dans ce cas, quel est votre but ?
- Je ne peux pas vous en parler maintenant. Je vais vous demander de me rejoindre dans une zone particulière du désert des roches dansantes, là où les dieux ne peuvent pas nous espionner. Je vous y attends déjà. Je vous demande de faire vite.
Il sort une carte, et nous y pointe le désert des roches dansantes, ainsi que la zone dont il parle. Il tend la carte à Sierra, qui hésite et s’en empare. Puis elle le tance sombrement.
- Vous êtes considéré comme le plus grand criminel de l’histoire. De plus, vous êtes un traître, un prêtre de Pélor déchu. Pourquoi devrait-on vous aider ?
- Parce que je suis victime des apparences. La trahison de Pélor, c’est un ami, un grand paladin. Il s’est retrouvé dans une situation complexe et il n’a pas pu s’en sortir. Au dernier moment, il m’a demandé de le tuer, ce que j’ai fait. Je n’en suis pas fier, ni heureux. C’est la vérité, point. Aussi… regardez.
Sur ces mots, il ramasse un couteau et se l’applique sous la gorge. Il semble appliquer une forte pression et rien ne se produit. Le couteau ne pénètre pas sa chair.
- … Je suis incapable de mourir. J’ai essayé, plusieurs fois. Chaque tentative s’est soldée par un échec complet. Je suis au bout, je n’en peux plus… Si vous trouvez un moyen de me tuer, je vous en supplie, faites-le. J’ai trouvé le deuxième degré d’activation de cette fichue armure, et je ne puis mourir.
Sierra, Fiiling et moi nous regardons, étonnés. Karel a bel et bien l’air misérable en cet instant.
- Très bien, Karel. Nous viendrons écouter ce que vous avez à nous dire.
-Merci. Merci mille fois.

Il pousse un soupir de soulagement, baîlle à s’en décrocher la mâchoire et s’endort, la tête sur la table.
Nous allons trouver un coin libre dans l’auberge et en discutons rapidement entre nous. Un consensus est atteint : nous allons dans un premier temps en parler aux autres. Ensuite, nous aiderons Ethan à mettre au point le plan d’attaque du Refuge. Pour finir, nous irons voir Karel. Nous commandons de l’huile de vidange et la versons au sol. Nous revenons à Clyffia.

Dans un soucis bien compréhensible de ne pas parler de cette affaire dans une cathédrale Pélorienne, nous prenons le parti de nous éloigner de Clyffia, et nous sommes suivis par un bruit. Un vieillard qui tient une épée, et qui la tape contre une pierre. Le bruit est insupportable, car répété des dizaines et des dizaines de fois. Au bout d’un moment, Huclok tente de le reproduire et le vieillard s’arrête. Dans la nuit noire, on ne le voit plus, ni on ne l’entend. Nous exposons alors notre rencontre avec Karel.

Soon est outré, et le fait savoir. Le petit bout d’halfelin m’insupporte au plus haut point en critiquant notre soi-disant inconscience. Il est pénible, il gigote et il nous insulte, et pourtant je ne ressens pas le besoin instinctif de lui faire bouffer mes coudes. Il est étrange. Malgré ses protestations, nous tombons d’accord sur notre programme, minus Elentar qui attend des nouvelles de son sac dans deux jours, il l’aura localisé et il ne nous restera plus qu’à aller le chercher. Tiens, il semble croire que je suis intéressé. Je précise que non. Tellement pas.
Nous passons une nuit assez calme dans l’ensemble, même si Sierra nous dit qu’elle a rêvé du vieillard au caillou, et si Fiiling fait la grasse matinée. Nous nous retrouvons à l’aube autours d’une table, avec Ethan qui soigne sa gueule de bois à grand renfort d’alcool de flasque. Il nous explique alors son plan. Il compte retrouver Carlos à Rose des Sables, qui a réussi à mettre la main sur LZNM. Je lui précise alors que Coolm a démissionné du Refuge, et qu’il est fort possible qu’elle souhaite l’aider. De plus, en tant que prêtresse d’Obad-Hai, il se peut qu’elle soit à même de détecter un éventuel poison ou toxine naturelle. Huclok et moi partirons chercher Coolm, tandis que Krasus et Sierra iront à Rose-des Sables directement. Nous y emmènerons la prêtresse le cas échéant. Elentar, Fiiling et Soon resteront à Clyffia s’occuper d’Elentar et de son sac.
Huclok et moi nous rendons sur la plaine des Geysers, et l’homme-lézard s’extasie sur la beauté du décor. Nous cheminons quelques minutes dans la mousse humide jusqu’à une colline densément arborée d’un seul arbre, et encore, assez frêle. Je frappe à l’arbuste, et une silhouette humaine s’en extirpe, qui nous dévisage. Nous nous assurons de notre destination et mentionnons le nom de Coolm. Le jeune concierge disparait et la jeune femme sort de l’arbre quelques minutes après.
-Bonjour, Coolm.
-Bonjour à vous deux. Que venez-vous faire ici ?
-Tout d’abord, une bonne nouvelle : nous avons récupéré Ethan, en vie et en bonne santé.
La prêtresse arbore un sourire satisfait.
-… De plus, il semble vouloir attaquer le Refuge, et nous nous disions que vous pourriez nous être utile dans cette tâche. Si vous acceptez, nous pouvons dès à présent vous emmener à lui.
Elle réfléchit un instant, et acquiesce. Je suis soulagé, et assez content au final. Elle est sympa, Coolm.
- Laissez-moi une demi-heure, le temps d’organiser mon départ. Je vais prévenir mes frères.

Elle rentre dans l’arbre. Nous attendons patiemment son retour, et elle revient avec un sac en toile. Nous la mettons au courant de l’état de santé de LZNM, et lui demandons son aide. Peu convaincue, elle accepte cependant de se pencher sur son cas. Nous nous téléportons à Rose des Sables, où nous retrouvons Ethan, Sierra, Huclok et le mage légumineux. Coolm se rend à son chevet.

Tout est calme.

View
Séance du 01/03/2014
Des elfes noirs, des fous dangereux, des guides cryptiques et de la désintégration.

Ce qui suit est principalement tiré du journal de Lados.

Illusion de Hukloc

Nous nous retrouvons instantanément dans une pièce aux dimensions intimistes aux murs phosphorescents, sans fenêtres. Des étagères supportent des livres et divers objets étranges sont disposés dans la salle. Le plus étrange est ce qui ressemble à un jeu de logiques disposé sur une table, qui comprend des boules en lévitation avec des tubes et des plateaux ineptes. Devant la table, absorbé dans son jeu, un jeune Elentar. Attends. Elentar ? Ah…

Illusion d’Elentar, suite

Nous observons le jeune Elentar encore quelques temps, puis des bruits étranges nous parviennent aux oreilles. Un claquement sec, puis une violente explosion. Le schéma se répète trois fois, et nous observons par la porte qui donne sur une petite terrasse l’origine des violences.

Nous sommes semble-t-il à Erebor, la capitale des Elfes, ou du moins une de leurs plus importantes villes. De grands arbres colorés supportent une ville constituée de maisons phytologiques à même leurs troncs, et d’élégantes structures en pierre au sol mosaïquent un paysage maintenant défiguré par trois cratères impressionnants, espacés de quelques centaines de mètres, et qui semblent être imputables à de puissantes boules de feu à retardement. Quelque chose grouille au fond des cratères, et des silhouettes en sortent pour attaquer les résidents : des elfes noirs. Des éclairs thaumaturgiques croisent des flèches non moins dangereuses dans le chaos ambiant, les assaillants en surnombre décimant les défenseurs pris au dépourvu.

Je vois Elentar claquer des doigts en manipulant une quantité d’énergie infime, et une gigantesque explosion nous souffle. Nous sommes projetés à travers la pièce avec des myriades de copeaux de bois, et la douleur me gagne. Mon cuir déjà tanné par les flammes abyssales ne suffit pas vraiment à atténuer la violence de l‘explosion, et je me retrouve au sol, dans un tout nouvel univers de douleur et de brûlures.

Mais il semblerait qu’une victime ait été plus touchée encore : le jeune Elentar gît avachi contre le mur, les membres disloqués dans une position grotesque, et de nombreuses plaies laissent échapper par flots ininterrompus son sang qui rougit les nombreux éclats de bois qui l’empalent, restes dérisoires de la porte qu’il avait ouverte quelques secondes plus tôt (trop tôt). C’est à ce moment qu’un bruit insupportable retentit, semblable aux hurlements d’un vieux chat errant et malade à l’heure de se séparer de la boule de poils qui se forme dans son gosier, alors qu’un bébé pleure sur la place du marché aux poissons sous l’assaut d’une horde de mouettes rieuses sanguinaires hystériques.

Un flot impressionnant d’elfes arrive alors sur les lieux des combats, avec à sa tête une grande elfe volante maniant un objet d’un grotesque tout assumé : une espèce de poche de tissu sur laquelle sont greffés des tuyaux de tailles, d’aspects et de couleurs tout aussi aléatoires. Elle tient un des tuyaux à sa bouche, et dirige vers nous un des pots d’échappement, origine certaine du bruit improbable. Elentar se tient les oreilles, assourdi. Je me tiens les tempes, abasourdi.

Quand les combats se calment, et quand les elfes noirs rentrent dans leurs trous noircis, la musicienne de discorde qui se présentera comme Carmela Histhwué vient vers nous. Elle valide notre existence en s’enquérant de nos identités, ce à quoi nous opposons un courageux « c’est pas ça qui est important, mate un peu l’état du p’tit ». M’inquiétant de mes brûlures localisées sur le devant, elle me redirige d’un air énervé vers les guérisseurs sur le sol de la forêt, comme on chasse une mouche du revers de la main. Je ne m’effarouche pas et vais enduire mes membres endoloris du baume vert guérisseur des soigneurs elfiques. A mon retour, j’empêche Telimektar de grignoter le sac de toile musical, et ne me demande pas pourquoi c’est à présent un écureuil.

De son coté, Histhwué porte le tuyau de son instrument à ses lèvres (je pouffe), et pointe l’extrémité d’un des tubes colorés vers le corps de l’ex-Elentar. Des filaments verts se lient alors à ses articulations, et alors que la prêtresse joue un hymne macabre et solennel en l’honneur du jeune elfe, elle profane en même temps son cadavre en le forçant à la suivre comme un pantin grotesque et sans âme plié à sa volonté. L’ironie m’uppercute, je reste bouche bée devant ce spectacle d’une cruauté effroyable. Je n’aime pas ce que je vois, mais la démonstration de force me pousse à ne pas le faire remarquer. Alors que de grands elfes habillés en noir et décorés de fleurs rouges sang écartent les soigneurs des victimes le temps du passage de la sympathique prêtresse, l’obscurité tombe sur nous et voile nos yeux ébahis.

Je me réveille amputé, dans une vaste pièce souterraine creusée à même la terre. Je suis un elfe à qui il manque le pied gauche, et de grandes parties de mon corps sont enduits de la même substance poisseuse et verte. Mes compagnons sont aussi dans la peau d’éclopés de la récente attaque, dans des états plus ou moins risibles. Nous entendons une musique au loin, et nous reconnaissons le timbre incomparable de la Chose de Bruit. Nous nous dirigeons vers son origine. La mélodie semblable à celle de la marionettisation d’Elentar se fait plus forte au fur et à mesure que nous nous en approchons, et plus lente au fur et à mesure qu’elle touche à sa fin (dieux que ces pléonasmes sont répétitifs).

Nous arrivons dans une vaste pièce aux contours lisses qui abrite en son centre un lourd voile vert et carré. Des silhouettes se dessinent sur le tissu, alors que des propos rituels sont prononcés. Filling, ou du moins l’elfe le plus brave et le plus enthousiaste de notre groupe, se superpose soudain à une image d’une elfe de belle taille, et à la voix impérieuse. Il s’agit là apparemment d’une certaine Saana Mélanos, grande prêtresse d’Obad-Haï. Il ; enfin elle soulève le voile et s’avance de l’autre coté.

Un lit est posé sur une dalle blanche, et Histhwué se tient à ses cotés. Sur le lit, le jeune Elentar est débarrassé des éclats de bois intrusifs, et repose inerte et dénué de vie. Les deux elfes échangent quelques paroles qui semblent corroborer l’importance étrange d’Elentar. Un rituel est alors conduit, un rituel « naturel » qui redonne la vie à Elentar. Alors que je m’interroge sur la réelle différence de fond entre ce que je viens de voir et une grosse partie des sorts de nécromancie craints par les populations éclairées, des propos étranges sont tenus.
Ils parlent de parole respectée, de service rendu et de faveur retournée. Elles n’ont plus rien d’obligation vis-à-vis d’une ou d’un groupe particulier de personnes, et le retour d’Elentar à la vie semble plus tenir du juste retour de service que de la charitable et empathique envie de le sauver. Soit, certes. Sur ces considérations, elles sortent de l’infirmerie par une porte au sommet d’une volée de marches. Le chambranle de la porte maintenant ouverte délimite le portail de sortie du joyeux monde Elentarien. Nous l’empruntons.

La compagnie des Connards Ineptes.

Nous nous retrouvons à l’entrée d’un souterrain. Derrière nous, la jungle. Devant nous, un long couloir pavé et difficilement éclairé par quelques torches. Je suis Rhoïd, un vieillard, peu vêtu, et peint d’une alternance de noir et d’or. Alors que je coche trois lignes de ma to-do list, je regarde mes compagnons. Telimektar est vêtu d’un simple pagne, et tient à la main et dans son dos des lances dont la lame impressionnant luit d’un éclat mystérieux. Je le connais sous le sobriquet d’Ook. Près de lui, Sierra est dans la peau d’une colosse de muscles au teint bronzé roulée dans une glaise dont les propriétés magiques la protègent de la plupart des assauts.
Près de lui se tient Krasus, il porte dans le dos un arc à la corde doublée, qu’il tient d’un air circonspect. Un peu plus loin se tient une Filling féminine demi-nue, dans une tenue étrange et curieusement travaillée, et ses avant-bras se terminent par une série de machines incompréhensibles, et probablement « mauvais mojo ».
Elentar, plus loin, est un grand homme sec et puissant, dont la démarche assurée et posée cache une puissance physique impressionnante.
Nous sommes des envoyés de nos tribus respectives en Aijun, tous ici pour enfin obtenir le trésor du temple des Penseurs.

Nous sommes prêts, nous sommes fiers, nous sommes sur nos gardes et soudés. Nous avançons dans le couloir qui présente de nombreuses portes. La première que nous croisons arbore un rubis brillant. Ook s’en approche et le gratte de la pointe de sa lance, je lui dis « C’est pas une bonne » et nous mourons tous carbonisés dans le brasier déclenché par le piège.

Nos esprits sortent de nos cadavres, et nous regardons d’un œil « extérieur » la suite de la scène, plongé dans l’hilarité pour ma part.
Un homme-lézard du crépuscule venimeux sort de derrière une autre porte, l’air blasé. « Je ne m’attendais pas à ce qu’ils tiennent aussi peu. Faudra dire au prêtre de baisser la puissance de ce piège si les aventuriers commencent à tomber dedans…»
Un groupe d’hommes-lézards se forme autour de nos cadavres calcinés, et parlent de notre performance avec un dépit palpable. L’un d’eux prend la parole. « Hé, gamin, regarde donc sur eux s’ils n’ont rien qui puisse t’intéresser… Tu peux peut-être t’amuser avec les machines de la dame. » Un jeune, très jeune, impossiblement jeune Hukloc s’approche alors de nous et fouille nos corps. Il ramasse des résidus d’engrenage des machines de Filling, puis file derrière une porte, tout excité. Le noir se fait.

Hukloc, l’homme qui en avait vus, des cons.

Nous sommes maintenant des travailleurs et des gardes, sur le chantier incroyable de ce que nous imaginons être le donjon du Temps. Nous travaillons à nos tâches respectives, quand un humain vêtu de manière excentrique, et arborant un emblème de lune et de soleil accolés vient dans notre direction, ou plus précisément vers Hukloc. Il s’agit de Kjovac Senman, celui qui a initié le projet. L’homme-lézard lève la tête, et dissimule un soupir d’exaspération tout en se préparant mentalement à l’épreuve qui l’attend. L’homme regarde le ciel de l’air inspiré et lucide qui empoisse les méninges des illuminés notoires, et s’adresse à notre mage écailleux.
« Ah, mon cher. Les travaux avancent-ils ?
- Oui, bien sur. Nous serons prêts à temps.
- C’est bien ainsi. Voyez-vous, ce projet dépasse votre entendement, ainsi que celui de tous ceux qui y participent. C’est l’accomplissement d’une vie, que dis-je d’une vie, d’une idée ; que dis-je d’une idée ; d’un concept !, lui assène-t-il en gesticulant de la manière la plus théâtrale possible.
- Son ampleur le reflète. Puis-je retourner à mon travail ?
- Bien sur, faites, faites… Il marque un temps, puis reprend : Mais n’êtes-vous pas fier de travailler sur ce projet ?!
- Oui, oui, bien sûr, je suis extrêmement fier.
- Ah, très bien, très bien. Un grand projet, un grand projet. Une dernière chose, j’ai entendu que vous aviez des points de désaccord avec madame Germain, j’espère que cela ne déteindra pas sur la progression de votre travail.» Le regard de Kjovac se fixa, en coin, sur Hukloc.
« Non, cela n’aura pas d’impact.
- Très bien, je vous laisse ici alors, vous devez avoir du travail. Un grand projet, véritablement. »
Il laisse ainsi un Hukloc soulagé, et part exalter les ouvriers méfiants et apeurés par son emballement, notamment après qu’il ait extrait avec sa dague quelques goutes de sang du cou d’un cariste incarné par Telimektar, pour vérifier son engagement. La terreur sur son visage sembla le rasséréner.
Il s’approcha aussi du manutentionnaire incarné par Sierra, en cours de transport d’une grande dalle de marbre, pour qu’elle admire cette dalle et comprenne son implication dans le Grand Projet. Elle s’acquitta de la tâche tant bien que mal.

Le calme se fait enfin, et une silhouette sombre s’approche. Il s’agit d’une personne que nous connaissons bien, la prêtresse de Nérull que nous avions vue et gentiment questionnée (Les bons conseils de Sierra: ce n’est pas parce qu’on remonte le temps après que ce n’est pas de la torture!) dans le donjon du temps, la susdite Madame Germain, Stine de son prénom. Elle est grande, ses cheveux noirs sont attachés en une natte sérieuse, et elle porte la bure sombre des Faucheurs. Elle s’approche d’Hukloc.
- Bonjour. Je vois que vous êtes occupé.
- En effet, dit Hukloc en fronçant les sourcils. Que puis-je faire pour vous ?
- Peu de choses. Je tenais à insister sur le fait que nos désaccords de fond ne doivent pas impacter notre travail ici, et que l’œuvre doit être réalisée avec toute notre attention.
- Vous m’insultez, madame. Je le sais fort bien, et je ne laisserai pas ce détail influencer mon travail.
- Très bien. Dans ce cas, j’ai une nouvelle tâche pour vous. Le Sceptre est terminé, il faut améliorer les sorts de protection sur lui et en ajouter d’autres, voilà la liste.
-Je m’en occupe avec joie. » Le regard de la nécromancienne, froid et calculateur, est soutenu par les yeux à doubles paupières de Hukloc. Aucune ne cligne. Alors qu’elle s’apprête à parler, une phrase déchire l’air ambiant :
« Ah ben voilà, visiblement il y a encore des gens qui ont suffisamment de temps à perdre pour tailler la bavette plutôt que de bosser ! Allez, religieux et affiliés, débarrassez-moi le plancher ! » . Le cri est porté par une voix chevrotante mais bien assurée, celle de l’architecte du projet, le vieillissant Benoît Banach. Il marmonne (très fort) un “C’est vraiment la cour des miracles, ici…” en s’approchant. La prêtresse hausse les épaules et tourne les talons. Un troisième personnage approche, et il s’agit ici d’un humain tassé par l’âge et qui se déplace à l’aide d’une canne en bois. Il arrive devant Hukloc, et active la bague magique qu’il porte à la main. Un dessin apparait dans les airs, le plan du bâtiment, et il le manipule, à la recherche évidente d’un coin précis.
– Voilà ! Ici. De nouvelles instructions pour vous. Le plan a légèrement été changé, et il vous faut prendre en compte ces modifications, le tout sans repousser le planning. Vous y arriverez ?
- Euh. On a déjà un léger retard sur la salle catalyste, mais je suppose qu’on peut le faire sans trop de délais.
- Mouais. Ok. Super. Bon, je ne pense pas que ça gêne vraiment l’autre, là, la dernière fois que je lui ai parlé de retard, il a dit « Qu’importe le temps quand nos cœurs sont mus par la passion divine ! ». N’en profitez pas pour ne rien foutre quand même. »

Tournant les talons et s’éloignant dans un bruissement de radotage au sujet de l’incompétence des travailleurs, l’architecte me fait soudainement penser à Telimektar… La ressemblance physique est prenante.

Le Temps passe, et nous sommes maintenant réunis dans la salle catalyste, quasiment tous les travailleurs, gardes et autres y sont rassemblés pour la fin officielle des travaux. Le grand excentrique s’approche de Telimektar, et après un discours émouvant sur la grandeur du projet, lui sépare la tête des épaules d’un coup d’épée franchement impressionnant. Après lui avoir demandé s’il était véritablement impliqué dans le Projet, bien entendu.

Il récupère la tête encore vivante (il l’explique par le fait que son sabre n’a pas la capacité d’ôter la vie, ce qui est encore une fois très sympa sur le papier mais franchement moche sur le terrain), et l’empale sur les pointes de la cuvette catalyste. Il lève alors les bras au ciel, et demande :
« Qu’on amène les catalystes divins ! »
Alors, d’un air blasé, le vieil architecte vide un sac de jute sur la tête de l’infortuné Telimektar. Celui-ci se trouve recouvert par une douzaine de pierres de l’ankou grosses comme des poings.
On peut se rappeler de l’incantation à peu près comme suit:
« Viens donc ici, divine créature, et apporte la dernière pierre à cet ouvrage, clos la boucle temporelle de cet endroit ! »
La tête de Telimektar explose dans un bruit humide d’os et de viscères, et à sa place se tient un personnage fulminant de noirceur, aux traits rappelant ceux du rôdeur herbeux, mais en plus sombre. L’Ankou est ici, et il n’est pas jouasse. Il tend négligemment la main vers son invocateur, qui se retrouve étêté à son tour, et qui s’écroule lamentablement au sol, comme une poupée de chiffon.

Il prononce alors quelques paroles incompréhensibles, et la terre tremble. Des éclairs jaillissent du plafond de la salle et des piliers qui le soutiennent, et nous sommes tous déchirés en petits morceaux fumants, sauf Hukloc qui parvient à s’enfuir. Nous nous retrouvons alors dans une vaste pièce blanche, qui contient un simple bureau et sept chaises. Nous nous asseyons alors, et l’Ankou apparaît. Il est grand, sombre, et mystérieux, mais plutôt de bonne humeur.

Nous discutons de choses et d’autres avec lui, et mes alliés ont même l’air de le prendre « à la légère ». Pour ma part, circonspect et prudent, je n’ose pas trop lui adresser la parole. Il semble évident pour tout le monde qu’il est bloqué dans l’espace et le temps, et nous invite à lui rendre visite dans son tombeau dans un endroit que je prends bien soin d’oublier, quelque part au milieu de l’océan. Il nous propose ensuite son aide, qui j’en suis persuadé serait grande, en l’échange de notre aide pour détruire 98% de la vie sur le plan matériel. Il dit que nous ferions alors partie des 2%. Chouette !

Nous refusons plus ou moins poliment, et Telimektar sort soudain d’une torpeur dans laquelle il était plongé depuis quelques minutes. Il nous explique alors qu’il s’est trouvé dans une demi-sphère, avec plein de rouages et d’engrenages, et que des sphères de verre correspondant à nos personnes étaient éteintes pour nous, clignotante pour Hukloc et lumineuse pour Telimektar. Il nous dessine une forme peu convaincante, un symbole dessiné sur le sol de la demi-sphère. Un tas de ficelles emmêlées. C’est pas très bien fait. On ne comprend pas grand-chose…

Quand nous avons fini notre petite discussion, l’Ankou prend congé de nous. Une porte se dessine au fond de la pièce, et nous l’empruntons. Nous nous retrouvons alors dans un grand champ de tomarottes. De belles, juteuses et rouge-orangées tomarottes.
Et à portée de main. Nous mangeons les belles, juteuses, rouge-orangées et à portée de mains tomarottes. Une fois repus, nous sommes assaillis par une pensée détestable. Que ferait Pélor ? Je dois survivre !!!

Nous avançons à travers les champs de Blarryn jusqu’à une grange. A l’intérieur, une tomarotte d’écurie nous accueille. Elle a l’air particulièrement goûtue. Je m’approche pour la croquer, quand je me fais plaquer par une Sierra curieusement tomarottophilophobe. Je me sens faible, pâle, éreinté. J’ai froid. Des crocs me poussent dans la mâchoire, et la simple pensée du soleil dehors me fait frémir. Je DOIS survivre. Que ferait Pélor ?! Devant maintenant voyager à l’ombre, je prends la plus simple et la plus efficace des solutions, je vais marcher derrière Sierra, à l’ombre de son armure. Bold move. Elle me questionne, ne se rend pas compte de la supercherie sur le moment. Tout va bien.

Arrivés à la place du village, nous nous élevons. Nous lévitons dans les airs, entourés de monuments, de livres, de tomarottes. Je prends un bouquin et l’ouvre. Il y est écrit, en lettres claires, répétées et hurlées au lecteur :

Que ferait Pélor ?

Un portail tourne au dessus de nos têtes. Nous le franchissons, et nous retrouvons dans un espace de gravité relative. Un gigantesque cachalot flotte dans le néant, et nous regarde, amusé. Un avatar de Boccob ! Que ferait Pélor ?

Il nous donne le droit de poser une question, à laquelle il répondra. Plusieurs candidates se bousculent dans ma tête. Quels sont les objets magiques en possession d’Elentar qu’il ne souhaitait pas nous voir connaître ? Quels sont les raisons qui poussent Yoji à récolter des objets litigieux ? Qu’en fait-il par la suite ? Qui est le vampire qui a décimé l’unité militaire de Sierra, où est-il à l’heure actuelle ? Pourquoi sommes-nous dans un gigantesque champ de tomarottes, et quel est le lien entre elles, Blarryn et Huclok ? Suis-je un outil de mon père, ou ai-je enfin réussi à en être indépendant ?… Que ferait Pélor ?! Je flotte vers le cachalot géant, et pose ma question. Je suis ensuite congédié.

Fiiling, dans sa grande naïveté, demande “Quelle est la réponse à la Vie, l’Univers et le Reste ?” et semble déçu par la déjà très connue réponse.

Sierra demande : “Est-ce que réunir les pierres de l’Ankou pourrait être un moyen de le détruire ?” et a pour réponse un OUI cosmique.

Krasus demande : “Existe-t-il un moyen de rétablir l’équilibre sans détruire 98% de la vie ?” et a pour réponse un OUI non moins cosmique.

Telimektar demande : “Pourquoi les tomarottes sont-elles si adorées par les enfants ?” et a pour réponse un énigmatique “Parce qu’il le faut pour survivre.”

Hukloc demande un simple et profond “Suis-je sur la bonne voie ?” et a pour réponse un rassurant “OUI”.

Elentar est le dernier à partir, et nul n’entend sa question.

Nous nous retrouvons tous ensemble. Sur un glacier. Qui glisse à une vitesse ahurissante le long d’une falaise. Nous allons probablement tous mourir, et Telimektar est debout, à la pointe du bloc de glace, les bras croisés, le regard tendu vers l’horizon. Telimektar, bien sur.

Telimektar et les secrets du Banach. (sic)

Nous dévalons la pente raide de la montagne, et je décide d’utiliser un des parchemins de téléportation incomplets d’Ethan. Je cligne des yeux, et me retrouve… des kilomètres plus haut, bien au dessus de la pointe des montagnes. Et je chute de tout mon poids. Un morceau du glacier est venu avec moi, et flotte maintenant au-dessus de ma tête. Je « nage » pour l’esquiver et recherche un moyen de ne pas m’écraser lamentablement sur le sol. Je regarde autours de moi, et je vois un nuage noir qui arrive, qui dispense une pluie variant d’un blanc cassé à un marron malsain. Des corneilles, par milliers, qui répandent leurs fientes partout. Je vais probablement m’encastrer dans le tas, peut être puis-je me faire locomotionner… Je préviens Telimektar, puis je fends les airs vers les oiseaux.
En bas, Hukloc s’est transformé en une énorme boule de poils, Sierra a sauté d’elle-même du rocher, fendant une dalle de granite au passage, et Telimektar s’en est allé en lévitant tranquillement. Elentar a fait le choix tactique étrange de se transformer en hydre, sans doute pour profiter de leur agilité et de leur souplesse légendaires.

J’embrasse mon destin, ainsi que des dizaines de piafs dans un mélange de sang, de fientes, de plumes et de becs plantés dans mon corps. Je souffre, oui, mais je vais nettement moins vite. Je fabrique une échelle de fumée qui retient les corneilles contre moi. Je tombe. Mais, encore une fois, moins vite. Mon plan de secours fonctionne en partie, et j’ai besoin d’un support souple pour amortir ma chute. Le vent et les piafs me dirigent de façon chaotique vers le sol, où mes compagnons se remettent difficilement de leur chute. J’aperçois Fiiling, les écailles de son ventre on disparu, il saigne abondamment. Il a du subir une belle chute, et semble bien râpé. Parfait, il semble être désigné par le destin, j’espère qu’il est mou à l’intérieur !
Le choc est rude, et Fiiling n’est pas mou. Nous roulons sur le sol de nombreuses fois, et de nombreuses corneilles mortes sont tartinées sur la piste d’atterrissage. Le nuage de fientes est visiblement passé, et tout est recouvert d’une lourde couche d’étrons de corneilles. Telimektar sort le Carafon, et l’active en mode petite fontaine.

Rien ne sort, si ce n’est un flot de paroles noires ressemblant à une incantation. Il coupe court à son expérimentation. Il la relance en mode geyser, et cette fois, un liquide crémeux vert s’en échappe et se répand au sol, faisant repousser toutes les plantes et nettoyant toutes les impuretés, fiente comprise.
Nous sommes lavés.

Nous sommes aussi rejoints par un homme étrange. Il a une tête de crocodile, et est habillé d’un simple pagne blanc. Il tient un bâton et s’adresse à nous. Il se nomme Sobek, et semble connaître Telimektar. C’est réciproque. Il nous emmène plus ou moins chez lui. Non pas avant que je sois transformé en taupe, il frappe de son bâton au sol, ce qui creuse la terre de façon régulière. Il tapote ainsi le sol à répétition pendant un long moment, et nous arrivons enfin dans une pièce austère.
Deux rigoles contiennent des braises brûlantes, et une table supporte plusieurs denrées. L’homme à tête de reptile nous annonce alors qu’il est le dieu des stupéfiants, et psychopompe diplômé.
Je suis stupéfait.

Le dieu de la DROOOOOOOOGUE nous propose alors de nous servir dans des bols qui contiennent de petites amandes enrobées. L’une d’entre elle, que nous allons nommer la GDA pour Grains Délirants aux Amandes (ou Grosse Défonce Assurée), est judicieusement sélectionnée par Telimektar, et nous suivons son geste ; plus ou moins à regret pour certains d’entre nous. Personnellement, ça va.

Par la suite, le bon vieux Sobek nous indique deux chemins pour sortir d’ici : le chemin rouge et le chemin anti-rouge. Alors que nous nous demandons où nous allons aller, nous nous dédoublons et nous prenons les deux chemins à la fois. Ce fut étrangement simple et rapide, et je remercie le ciel (ou le pavé, je sais pas) que ce soit à Telimektar de résoudre le problème. Ne pas poser de question. Quand ça fonctionne, on avance. Point.
Nous nous retrouvons alors dans un couloir souterrain que nous parcourons. AU bout d’un moment, nous arrivons à l’air libre : devant une rivière plutôt large au débit assez rapide. Telimektar s’approche d’un pont étroit sur lequel est posé un vautour. Le vautour l’interroge d’un « KWWWARK » assoupi, à quoi Telimektar répond « KWAARK KERRWK KWAAAUK ». Le vautour le laisse passer. Je m’élance alors, épaté par la simplicité du test. Arrivé sur le pont, le vautour m’invective d’un agressif « wwwWWAARK KWARK KWWWWWOK » mais je connais la parade ! « KWAARK KERRWK KWAAAUK », annonce-je fièrement. Fiiling, quelques mètres derrière moi sur le pont, hausse les épaules. Le vautour prend alors un air contrit et nous attaque. Déplorant mes maigres connaissances en géographie, je tombe dans le fleuve. Repêché par un Krasus volontaire, je rejoins le groupe.
Le piaf d’Elentar nous annonce alors que le vautour dit que nous pouvons passer, si nous abandonnons quelqu’un. Il semblerait cependant que ce quelqu’un ait déjà été abandonné. Sur ces considérations, mes alliés passent un par un le pont, et je me prépare magiquement à le comprendre et lui parler pour m’excuser, je l’ai probablement insulté dans sa langue. Après de plates et peu sincères excuses, je passe le pont et rejoint nos compagnons de l’autre coté.
Nous sommes maintenant dans un bois, près de Blarryn. Nous sommes à présent équipés d’arcs et de flèches. Nous arrivons devant un puits, dans lequel un homme richement habillé vient jeter un paquet de vêtements, dans lesquels un mouvement est perceptible. Je me penche dans le puits, assuré par Krasus, et récupère le paquet. Un bébé y est présent… Probablement Telimektar. Un homme de carrure impressionnante apparait alors, et je lui tends le bambin. Il l’amène alors dans une minable cabane de chasseur. Il semble prendre bien soin de lui ; le gamin est dans un landau de la plus piètre facture, mais c’est quand même l’endroit le plus confortable de la pièce. L’homme s’entraine à l’arc contre des cibles posées à même les meubles de sa maison, et fait preuve d’une dextérité impressionnante. Alors que nous faisons le tour de la pièce, nous remarquons une porte et un portail derrière une des cibles, que nous empruntons.
Nous sommes maintenant dans une arène, alignés en son centre. Au dessus de nous, une grille, et de l’autre coté des dizaines de spectateurs sur les gradins sont en délire. Une voix se fait entendre :
« Le concours d’interception de flèches explosives va bientôt démarrer ! »
Je déglutis. Nous allons nous poster à intervalles réguliers, et des archers pénètrent et se posent en face de nous. Un numéro est hurlé, et un archer bande son arc. La fine tige de bois au bout rond file à toute vitesse vers Sierra. Au moment de l’impact, celle-ci interpose son bouclier massif qui absorbe remarquablement bien la force de la déflagration.
Un autre numéro est tiré. L’archer en face de moi bande son arc. Je fais de même, et m’apprête à viser la flèche en plein vol. Nous lâchons tous les deux nos cordes, et les deux projectiles se croisent en l’air. Je plonge au sol pour éviter la déflagration, et relève la tête pour observer la situation. L’archer est maintenant à genoux, et serre ses mains sur sa gorge, d’où un flot discontinu de sang s’échappe. Il tente de gargouiller quelques vaines insultes à mon égard, mais aucun son ne s’échappe du bouillon de sang et de salive. Un soigneur se précipite à sa rencontre, et il est pris en charge par les autorités sanitaires. Ca lui apprendre à insulter les gens.
Encore un autre numéro est annoncé. L’archer en face d’Hukloc bande son arc et tire. Hukloc, d’un geste imprévu et franchement très précis pour son âge, parvient à intercepter la flèche avec sa main droite. La foule hurle de joie ! Trop tôt. Le projectile éclate, et sa tête avec. C’est alors que nous nous rendons compte qu’il avait prit l’apparence du père adoptif de Telimektar, et c’est son corps qui gît maintenant au sol, amputé du chef.
« Ah, c’est un regrettable accident mais qui arrive, ce sont les règles du sport… Les flèches sont malheureusement instables, et ce sont des choses qui arrivent ! Nous prions la famille du disparu de venir récupérer le corps dans les plus brefs délais. »
Un jeune homme descend des tribunes, une version plus jeunote de Telimektar, et attrape le corps de son père adoptif. Il sort de l’arène par une porte latérale, et nous lui emboîtons le pas, dans ce qui semble être le portail de sortie.

Dans la boule rose

Nous nous retrouvons dans la pièce que Telimektar nous avait tantôt décrite. Une demi-sphère nous entoure, et des engrenages recouvrent les murs. Derrière ces engrenages, une surface de verre polie. Des globes de verre maintenant ternes sont fixés au mur et reliés aux mécanismes par une sorte de poulie étrange au sol. Nos noms sont inscrits sur chacune des sphères, dans leur version complète cette fois-ci. C’est ainsi que nous apprenons les patronymes de chacun d’entre nous, ce qui est quand même un comble après tant de temps passé ensemble. Voici donc les noms retenus :
Sierra se nomme en fait Sierra Sable.
Le barbare draconique se patronyme Fiiling Livingin Bainor.
Notre enchanteur suisse a pour blaze Sindacollo.
Le jeune Krasus est un descendant de Korialstrasz
Telimektar est donc issu de la noble famille des Banach, de prénom Thimotée
Hukloc n’est pas, vraiment pas le nom complet. D’ailleurs, avec un nom aussi classieux, je demanderai à ce qu’on m’appelle par la diatribe complète : Mal’Hukloc Maxima Tenebrae.
Pour ma part, je suis Lados Mercier.
Cela ne m’avait jamais percuté mais… Mes souvenirs sont ce que mon père biologique m’a raconté. Peut-être était-il déjà suffisamment fou pour me mentir à ce sujet ? Je me demande si j’ai de la famille, des cousins, ou ce genre de chose. Je suis curieux de voir leur réaction.
J’ajoute cela à ma liste de recherches la prochaine fois qu’on croise un lieu civilisé.

Je propose à Fiiling de charger à travers la surface de verre pour sortir de l’endroit, ce qu’il fait de manière décidée après tout de même quelques hésitations. Les engrenages volent en éclat, mais pas le verre. La surface se reforme lentement après l’impact et les engrenages reviennent tous seuls en place. Il fallait tenter.
Elentar et Hukloc sondent les parois de la sphère et Elentar a un plan. Alors que je frissonne, nous nous espaçons dans la sphère pour nous installer au point où nos sphères étaient reliées au mécanisme au sol. A son signal, nous bloquons le mécanisme tous ensembles. Noir.

Nous nous réveillons dans une pièce cubique, avec de l’eau dans les poumons. Je me redresse et vomis toute l’eau involontairement absorbée. Mes alliés font de même. Nous sommes maintenant « en sécurité ». Alors que nous nous remettons de nos émotions, nous décidons de la marche à suivre. Premièrement, nous allons nous téléporter à la surface. Et Telimektar récupère la sphère de verre maintenant inerte qui semblait être la source de l’illusion. Elentar s’en charge, et nous nous retrouvons devant le mobile brisé du Refuge. Mes compagnons sont étonnés, je leur explique alors que quand je suis arrivé ici, il n’y avait rien.

Elentar est questionné sur ses motivations, ainsi que sur le contenu de son inventaire. Ses réponses absurdement évasives nous bloquent, et nous n’obtenons rien de concret. Nous savons maintenant qu’il est blindé d’objets douteux, qu’il ne veut pas les exposer sous prétexte que ça le regarde et pas nous et que ce n’est ni intéressant ni en rapport avec nos faits et gestes.  Mes compagnons le laissent partir avec ce discours, ce qui me perturbe fortement étant donné que c’est un point de vue que je n’ai jamais réussi à faire valoir. Il y a une chose qu’on ne peut pas enlever à Elentar, c’est que sa rhétorique est implacable. Je lui demanderai des conseils à ce sujet.

Des méthodes douteuses du Refuge et de pourquoi on devrait ne plus y foutre les pieds

Elentar décide alors d’aller au refuge avec Hukloc, et je reste sur place avec Sierra, Fiiling, Krasus et Telimektar, qui commence à faire brûler les restes de la structure amenée par le Refuge. Je m’approche et fouille, et voit plein de petites pierres serties dans l’objet. Fiiling et moi les dessertissons, et nous nous les répartissons.

Alors que nous nous demandons comment rejoindre le monastère des îles du Chaos dans lequel le moine Ranfredus vit, et que Sierra souhaite consulter, un éclair bleuté apparaît. Elentar, Hukloc et Krasus sont de retour, avec une grande humaine habillée de feuilles tressées. Elle dit s’appeler Coolm. C’est une prêtresse d’Obad-Hai du Refuge. Elle nous annonce, fort inquiète, que nous sommes maintenant mortellement irradiés par les cristaux chargés d’énergie que nous avons prélevé sur le bousin. Elle désire nous soigner, sympa ! Elle sort sa boussole et l’éclate par terre, et ce faisant nous téléporte au refuge. Merde.

Nous sommes dans les cuves individuelles dans lesquelles nous sommes déjà passées. Le liquide se vide au bout d’un moment, et nous sortons. Le collier anti-sorts n’est pas présent, mais mon cou me démange quand même, et je pense que ce ne serait pas très malin de tenter un sortilège.

Nous pouvons enfin avoir une discussion ouverte avec la susdite Coolm, qui a quand même subit les mêmes traitements que nous. Nous sommes bien au refuge, et nous y sommes « en sécurité ». Je commence à être fatigué que les gens se soucie de notre sécurité. Nous lui apprenons que N°6 a très probablement récupéré le bandeau de Boccob, et cette nouvelle semble la mettre mal à l’aise. Elle ne comprend pas pourquoi le Refuge tient toujours debout si c’est le cas, et me donne par là-même de nouvelles idées d’activités si jamais il m’arrivait de tomber en possession de ce machin. Nous apprenons aussi qu’Ethan est porté disparu lors de l’attaque de N°6 sur la structure en bois du Refuge, au dessus du temple des bulles englouties. Cette nouvelle me chagrine réellement. Telimektar lance un deuxième pavé dans la mare en annonçant qu’Elentar se ballade avec la cape de N°6. Coolm ouvre de grands yeux surpris, fait un pas en arrière et articule d’une voix claire et forte « Code 3 ! ».

Les gardes sortent de la salle et appuient sur un bouton. Nous sommes parcourus d’éclairs d’énergie paralysante alors que nos pensées se troublent et que nos corps convulsent.
Nous nous réveillons dans des caissons individuels, tandis que des laborantins examinent nos inventaires avec le plus grand intérêt.

Quand nous nous retrouvons, nous apprenons que rien ne nous a été confisqué et que nous allons tester la sphère de verre conservée par Telimektar. Nous allons dans une pièce à part, sécurisée, en compagnie de Coolm et de Tarc, une puissante magicienne. Cette dernière demande fort sèchement la sphère à Telimektar, qui répond un « non. » relativement compréhensible. Elle insiste. Telimektar aussi. Il va jouer au plus con, et il va perdre, on le sait tous. Mais les gens du refuge sont décidément bien désagréables. Pourquoi devons-nous leur rendre des comptes, déjà ?

« Vous êtes en train d’abuser de ma patience ! Vous osez manquer de respect à un mage de mon importance ? Dernière chance : donnez-moi cette sphère ! »
La réponse de Telimektar fuse, gestuelle et obscène. L’impétueuse mage dégaine une baguette magique, et avant que je n’eusse pu la gêner, l’utilise et lance un rayon de Désintégration sur le pauvre Telimektar qui tente de se protéger avec la sphère. Le rayon louvoie autour de l’objet et frappe le rôdeur en plein torse, qui tombe en un petit tas de cendres fumantes.

Je pousse un grognement de colère, mes ailes sortent, ma peau bleuit et mes crocs poussent, je dégage une chaleur puissante. Sierra châtie justement l’assassin d’une remontrance bien sentie.
« Mais vous êtes inconsciente ?! Pourquoi venez-vous de faire cela ?! Il n’était pas un danger pour vous, et vous le tuez pour de bêtes raisons d’ego et de respect ! » Voilà, le ton est donné. Qu’elle se le tienne pour dit.
La Telimektaricide fait un pas en arrière. Je suis prêt à me défendre, et dans le cas où elle n’attaque pas, à lui sauter à la gorge. Mais elle tourne un regard haineux vers nous et nous lance « Appréciez votre séjour dans l’espace ! » ; puis elle appuie sur un bouton.

Les murs de la pièce disparaissent, de même que l’air ambiant. Telimektar est un tas de cendres, et nous dérivons dans l’espace. Le froid intersidéral me gagne, mes camarades aussi.
La situation est… complexe.

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(N-1)-Les rêves en bulles
On va jouer à un jeu. -N°6

Séance 25/01/2014 :
Le journal qui suit est grandement inspiré des notes de Lados. Des remarques d’autres aventuriers, ainsi qu’une partie du journal d’Elentar, sont inclus.
(Lados)

La vie est un long fleuve tranquille

Fort de mes nouvelles informations et de mon entrevue avec ce bon vieux Yoji, je me téléporte aux alentours de la structure engloutie que mes compagnons ont probablement commencé à explorer. Le ciel est bleu, les mouettes rient, la mer reflue sur la plage proche et une silhouette rose me charge.

Peu de temps après, nous sortons victorieux de notre aventure. Même si la vie de Telimektar et d’Hukloc furent perdues dans l’action,

nous avons réussi à prévenir l’ingérence du plan du feu sur le plan matériel. Les réjouissances teintées de deuil sont sobres et retenues, et nous gardons en tête le souvenir de nos compagnons disparus trop tôt, emportés dans les flots sous l’océan implacable. Nous nous séparons donc et allons vaquer à nos occupations.

Mes pas m’emmènent aux abords de la cité de Lakeïn où je m’installe en tant que couturier. L’aventure me fatigue à présent, et maintenant que le plan du plan du feu a été déjoué, la tranquillité me guette tel un rapace une musaraigne trop grasse. Je laisse l’oiseau fondre sur moi et cède à la tentation de retourner en ville pour tenter de m’y refaire un trou. Ma modeste enseigne sur la place du marché de la cité m’apporte paix et prospérité, et la vente d’une certaine étoffe aussi typique que moi divin me permet d’y couler des jours… Paisibles, enfin. Le temps s’écoule tranquillement, et la vie est belle.

La nuit, je suis aux enfers. Je n’y suis pas torturé, et j’y circule même librement. Les diables ne font pas même attention à moi. Le matin, je me réveille dans mon lit.

Quelques mois plus tard, je constate que l’établissement bancaire qui me faisait face dans la place de la ville a disparu, laissant la place à un débit de boisson qui s’affiche sous le doux nom de « Biathlon ». Je pouffe à la vue d’un nom aussi grotesque. En revanche, le bar a l’air de tourner, et les clients semblent s’y bousculer. Le mercredi, de valeureux et fiers gaillards s’y rendent, et je suppose qu’on doit s’y frapper dans le dos de façon virile et joyeuse. Ce n’est pas mon milieu. Peut-être irai-je y faire un tour demain.

J’ai vu Sierra aujourd’hui. Elle est entrée dans le Biathlon. Débordé par mes travaux je n’ai pu la rejoindre. Je suis autant ravi de voir qu’elle se porte bien que surpris de sa présence ici… J’eus aimé lui tailler le bout de gras, ce sera pour une autre fois. Je ne l’ai pas vue ressortir ce soir-là. J’irai la voir demain.
Une rude journée se termine, et je sais que Sierra a est encore au Biathlon. Elle y passait le balai. Je me dirige vers le bar afin de me moquer d’elle. Je ne boirai que quelques verres avant de rentrer, une commande de foulards de laine de rat m’est parvenue, je me dois de la terminer dès demain, je rentrerai tôt. Je boirai un verre, puis rideau. Mes genoux tremblent, mes pas sont lourds. La fatigue me gagne. Je suis éreinté… J’irai la voir demain.

J’ai vu Krasus ! Il est avec Sierra au bar, et échangent régulièrement de longues et probablement ennuyeuses paroles. J’irai les voir ce soir quand j’aurai terminé cette commande épuisante. C’est encore raté. La ville a augmenté la taille de la place du marché, et je n’avais pas la moindre envie de naviguer dans cet océan de gens. Peut-être dans les heures creuses ?

Elentar et Filling ! Que viennent-ils faire ici ? Ils se dirigent vers le bar… Ils sont rejoints par Sierra à l’entrée et échangent des paroles devant la porte. Je les hèle. Ils ne me voient pas. Ils entrent. C’est décidé, j’y vais. Je m’avance à travers la foule qui semble se densifier soudain. Je fais quelques mètres, puis on me bouscule. Je n’arrive plus à avancer. Chaque pas est un effort surhumain. C’est étrange. Je retourne chez moi, perplexe.
Krasus, Sierra, Elentar et Filling sont sortis. Je leur fais de grands signes par la fenêtre. Ils me voient ! Ils avancent vers moi, l’air surpris. Mes anciens compagnons se figent soudain dans leurs pas, et regardent dans ma direction avec de grands yeux ronds et presque effrayés. Ils promènent leurs yeux entre le devant de leurs pieds et moi. Je les appelle, et leur propose de rentrer avec enthousiasme.
(Elentar) —« Telimektar et Hukloc sont morts dans le donjon à cause d’un piège, paix à leur âme. Sierra est partie combattre avec l’armée dans le Sud (elle dirige un régiment genre) et j’ai pas trop de contacts depuis le donjon mais on est en bons termes. Krasus a ouvert un bar à … Lakein je crois. Je vais le voir de temps en temps. Fiiling fait de la ferronnerie d’art, je vais aussi lui rendre visite tous les mois quand je m’ennuie. Lados et Gwyddion aucune nouvelle.
 » […]
« Et puis un jour, je vais chez Krasus et je trouve par hasard Sierra (qui venait là pour apprendre à faire du ki) et aussi Fiiling est au bar. Les bons vieux amis, tout ça. La taverne de Krasus organise des tournois de go mais je me rends compte que quelque chose close quand les distances sont tout à coup étirées. Bon. Genre les tables de go font des mètres puis des centaines de mètres de long, et la porte s’est transformée en une énorme pierre. Aussi, les clients sont des humains de plusieurs mètres. Ça choque personne d’autre que moi. Je sors de la taverne, avec Krasus et Fiiling aussi je crois, et puis là on voit dans une boutique en face une enseigne “Lados, couturier” avec Lados qui fait coucou gentiment par la fenêtre. »

J’ouvre les yeux. Je suis allongé dans une pièce sombre, dans quelques centimètres d’eau. Je respire, paniqué. Je tousse.

(Telimektar) —« Faut continuer à leur mettre des baffes. Hé, qu’est-ce que c’est que cette grosse boule rose ? »
(Hukloc) —« Touche pas à ç… »

Les regards de mes visiteurs se font légèrement plus sereins quand je les invite à passer le seuil de ma boutique. Je suis confus. Ils sont en pleine forme : Krasus tient ce bar au nom curieux, Sierra est partie des armées de Pélor pour le rejoindre et suivre son enseignement (cette nouvelle m’amuse grandement), Filling est de passage dans la région et vient observer le tournoi de Go hebdomadaire organisé par le Biathlon, tandis qu’Elentar fait sa visite mensuelle auprès de son ancien camarade.
Ils semblent m’avoir vu entouré de flammes et derrière une grande fissure d’où s’échappaient des flammes et des plaintes, et m’en tenaient apparemment pour responsable. Je leur explique pincé qu’il n’en est rien, et leur parle de ma théorie. Je crois bien que nous sommes prisonniers d’une illusion qui dure depuis bien trop longtemps, des mois entiers. Toutes les absurdités auparavant rencontrées me sautent au visage, et j’en fait part aux autres. Ils sont incrédules. Agacé, je commence à m’emporter. Alors que nous parlons, le noir se fait. Elentar et moi disparaissons.

L’illusion de Filling

Nous nous retrouvons dans une pièce sombre, qui contient deux chaises. Nous nous asseyons dessus. Un être étrange apparaît, un vieillard blanc qui tient un bâton et porte un bandeau
bleu orné de deux B scintillants. Elentar et moi pâlissons. C’est le bandeau de Boccob, celui que nous étions allé chercher ! Il nous raconte qu’il a obtenu l’artefact, et qu’il va se charger lui-même de la conduite du rituel qui protégera la planète. Il nous a tendu un piège, craignant que l’on emmène avec nous trop d’ennemis potentiels, et nous annonce plusieurs mauvaises nouvelles : le donjon s’effondrera bientôt, tout sera englouti, et nous sommes dans son piège jusqu’à ce que nous trouvions nous-même la porte de sortie. C’est le N°6 de la P.S. Damnation.
Nous nous retrouvons à nouveau avec nos compagnons à qui nous expliquons notre situation. Je me retrouve soudain devant Telimektar et Huclok qui regardent consternés une boule rose flottante dont partent des tentacules attachées à chacun de nos crânes. J’ai à peine le temps de leur parler que je me retrouve de nouveau avec les autres. Dans le flou le plus total, nous nous arrangeons pour gagner le tournoi de « Go à boire » (Filling tient remarquablement bien la boisson). Nous sommes rejoins plus tard par un Telimektar et un Huclok perplexes, puis nous retrouvons tous de nouveau dans cette pièce noire peu avenante qui se trouve être l’esprit d’Elentar.
N°6 nous explique plus clairement la situation, après avoir dégrisé et assez dangereusement menacé Sierra suite à une série d’insultes aussi fruitées et probablement méritées qu’efficaces et hors contexte. L’illusion fonctionne par couches, dont chacune est tournée autour de l’un d’entre nous. Notre survie dépend de notre capacité à localiser les passages clefs de nos histoires respectives. Je ricane à l’idée d’infliger mon passé aux plus hygiéniques de mes compagnons..
Nous nous retrouvons dans la première couche de l’illusion. Filling semble particulièrement motivé et inventif… Il demande à Huclok de localiser un endroit pour lui. Probablement un endroit au nord…
Il se concentre quelques minutes et disparaît soudainement.
A présent convaincus qu’il s’agit de son univers, nous essayons de trouver un moyen de le rejoindre. Essayant de réfléchir comme lui, nous partons en courant vers le Nord. Nous traversons les terrains à tout allure, portés par une fougue et une naïveté remarquablement rafraîchissantes.
(Elentar) —«  Il semble pouvoir se téléporter avec sa force, ce qui est assez balaise »

La voix de Filling se forme dans mon esprit, et j’apprends qu’il est derrière nous. Nous nous rejoignons, et il propose de nous emmener avec lui jusqu’à la caverne qui semble tant l’intéresser. Nous nous téléportons à son entrée (les voyages mentaux dans les illusions semblent particulièrement efficaces) et gravissons une paroi lisse de roche brute sans le moindre problème. Nous entrons alors dans une caverne où une image éthérée d’un dragon de bronze est entourée, en face d’une silhouette elfique à l’air grave. Apparemment, la mère de Filling, en face de son père. Telimektar tente d’attraper une pierre de l’Ankou posée sur une stèle dans la caverne, et se fait rudement intercepter par un Filling mécontent. Le dragon et l’elfe communiquent quelques minutes, au sujet d’une guerre qui fait rage chez les elfes, et à laquelle le dragon ne souhaite pas participer. Après un moment, l’elfe sort de la caverne.
Une fissure apparaît dans le mur derrière le dragon de cuivre, que nous traversons avec hâte.

Nous nous retrouvons en plein milieu de Kalsh. En pleine foule. Le crépuscule est là, de même que l’humidité et la grisaille. Je hais cette ville. Les gens nous regardent, et certains nous montrent du doigt. Un garde s’approche, rapidement retenu par un passant qui nous montre d’un doigt mauvais.

Un démon, deux démons, trop de démons ?

Je sais où nous sommes, Je sais quoi faire. Nous attendons un peu, et des gardes apparaissent par paquets de dix. Ils nous entourent rapidement. Mon plan est huilé à la perfection, et je l’applique. J’invoque un mur de glace au dessus de moi. De NOUS ! J’avais oublié que nous étions nombreux… J’explique mon plan à Elentar et Huclok : la téléportation. Nous nous donnons rendez-vous plus au sud. Un craquement retentit, et un souffle perce le mur de glace. Un dracosire noir nous attaque. La fuite est la seule option. Telimektar tombe au sol et je manque de le rejoindre. Je me transforme en créature du marais et attrape mes compagnons avec mes tentacules. Je me concentre sur le lieu de mon initiation à la magie, seul endroit reculé et réellement tranquille que je connaisse. Nous nous y retrouvons cahin-caha. Je récupère lentement ma forme humaine et explique à mes compagnons ce qu’il s’est passé.
(Elentar) —«  C’est une sorte de cauchemar de Fiiling en fait, et c’est un mix entre Fiiling (son cauchemar) et Lados (parce que les gens nous regardent de travers comme ce que Lados en tout logique a subi toute sa vie). Et puis les gens disparaissent, et on se fait attaquer par un grand dracosire noir avec trop de dents. Bouclier de glace, tentatives de téléportations… En fait c’est une illusion qui fait vachement mal. »

Je les éclaire brièvement sur la question de mon passé, sans rentrer dans les détails, et les informe de la nécessité de retrouver mon paternel. Je mets longuement en garde Sierra sur la nécessité de me faire confiance et de ne pas montrer d’agressivité déplacée. Elle me garantit sa bonne conduite sans conviction, comment ne pas la comprendre ?

Alors que je me concentre sur les enfers et mon désir d’y aller, la forêt s’ouvre de part et d’autre d’un chemin de terre brute. Une fine pluie rouge et poisseuse recouvre les végétaux maladifs d’une couche épaisse de sang pâteux, et nous avançons dans cette forêt sans bruit.
Nous croisons après quelques centaines de mètres un souvenir assez récent : une des nombreuses fois où Sierra et moi avons provoqué la destruction d’un sanctuaire divin en y entrant de concert. Elle me tance à nouveau à ce sujet, et je lui renouvelle des excuses peu sincères et peu crédibles.
La scène se reproduit plusieurs fois, et mes compagnons ne semblent pas intéressés par le phénomène. Tant mieux. Le souvenir se reproduit maintes fois.

(Sierra) —«  Groan »

La pluie de sang redouble de violence et infiltre le moindre de nos vêtements, et la moue de dégoût de certains de mes compagnons me laisse songeur. Nous apercevons des silhouettes dans les arbres. Elles semblent s’approcher de part et d’autre de la route. Je sais ce que cela implique, et je crois que mes amis aussi. Nous nous préparons. Un agent de la P.S, n°7, saute au milieu de nous avec deux rapières dégainées tandis que ses forces se massent pour nous prendre en tenaille. Une quinzaine d’agents de terrain de la PS sont ainsi réunis, et ils nous agressent une fois de plus sans autre but ni raison que de nous nuire. Je les hais.
Au cours du combat, Elentar meurt. Et revient.

Nous nous remettons en route et arrivons devant une couche de lianes particulièrement dense. Dans son enthousiasme et sa simplicité habituelle, Telimektar frappe à la jungle.

(Krasus) —«  Bah oui, c’est du bon sens»

Les lianes s’écartent, et on se retrouve dans un couloir noir et malsain. J’aimerai faire demi-tour. Je ne suis plus sur de vouloir le rencontrer… Dans une petite pièce carrée, nous signons notre laissez-passer. J’espère n’avoir raté aucun piège… On nous fournit un petit badge rose qui signale notre état d’illusion, ce qui signifie que les enfers dans lesquels nous nous apprêtons à pénétrer sont les véritables enfers. Je déglutis. Un guide lémurien nous est assigné, et nous le suivons dans cet endroit pour le moins malsain et répugnant.

Les enfers sont bien moins graphiques que ce que j’ai pu imaginer. De longs couloirs aux murs lisses et sombres s’enchaînant avec des vastes salles vides. Alors que nous progressons, l’atmosphère se fait oppressante, et j’imagine l’état d’esprit dans lequel mes compagnons doivent se trouver. Quoique bien conscient de l’ironie de la chose, je me sens quand même réellement navré de les entraîner ici.
Le lémure nous entraîne dans une vaste pièce au sol creux, et nous envoie dans le 4° cercle des enfers. Nous nous retrouvons dans un nouveau couloir qui nous mène à l’intérieur d’une structure gigantesque : la prison qui retient mon père. L’angoisse me gagne. J’ai envie de faire demi-tour.
Le couloir débouche sur une gigantesque pièce au sol noir et poisseux. A intervalles réguliers, des tentacules sortent du sol et s’enroulent autours de créatures diverses, avant de se ficher dans leur crâne pour les geler dans une probable agonie perpétuelle. Papa se trouve ici, et j’en suis globalement rassuré. Le lémure continue d’avancer tranquillement et nous le suivons. Nous arrivons devant un panneau gigantesque sur lequel sont gravés des centaines et des centaines de noms. Certains de ces noms sont rayés (une minorité), et j’aperçois dans le tas celui de Li Fu. Son nom est rayé, et suivi de la mention « w » entre parenthèses.
Le lémure nous entraîne au milieu des prisonniers jusqu’à une créature que, hélas, je ne connais que trop bien. Un démon de taille impressionnante, et à la peau bleue, se tient prostré, les bras autours des genoux, et semble plongé dans une profonde torpeur. Le tentacule qui le retient sort du sol derrière lui, et se plante dans son front sans même s’enrouler le moins du monde autours de son corps.
Je m’avance, en essayant tant bien que mal de dissimuler ma terreur. Et mon dégoût.
Le lémure semble appuyer sur des boutons au sol et mon père est parcouru de sursauts et de spasmes. Il ouvre soudainement de grands yeux noirs.
« Salut, p’pa. »
Le démon laisse apparaître de longues et tranchantes dents alors que son visage se tord d’un rictus carnassier. Sa bouche se distord de façon grotesque quand il laisse échapper un bâillement retenu probablement depuis des années.
«Ce n’est pas très sympathique de déranger son père pendant sa sieste…
Je sais, mais que veux-tu, dans la famille, le respect se perd. J’ai quelques questions à te poser, peux-tu y répondre ?
Je ne sais pas. Peut-être. On verra. Ils sont amusants tes petits camarades ! Ils ont l’air… intéressants.
Eh oui. Enfin, je crois. Connaîtrais-tu un certain N°6, de la police secrète ? Il nous retient dans un piège…
Ah oui, le psionnique, me coupe-t-il. Un mec étrange. Il est puissant. Tu t’es fait avoir par lui ? »

Alors que je lui explique la situation, mon père regarde mes compagnons d’un air… affamé. Il s’attarde un peu sur Sierra et sur Filling, vers lequel il tend une main pleine de menace. Je le rappelle à l’ordre, et lui demande de ne pas toucher mes petits camarades, et il se ravise. Je doute que mon point de vue ait quoique ce soit à voir avec cela.
Il porte une main griffue à son front et arrache le tentacule qui s’y trouve. Nous faisons tous un pas en arrière, et il nous regarde, amusé et grimaçant. Il la tend à Filling, qui ne semble pas intéressé par un test. Mon père se ravise, et garde le tentacule à la main alors que la discussion reprend.
Le sujet du livre est abordé, et j’apprends qu’il parle de la vie et de la mort. Qu’il est intéressant, aussi, et que je vais le lire. Nous revenons à notre problème le plus immédiat.
« Pour tes « amis », je ne sais pas. Pour toi, tu devrais essayer de ne pas être là. Utilise ton Palateur.
Mes alliés marquent un temps de surprise.
Ecoute, papa, je ne pense pas que ce soit vraiment nécessaire.
Bah. Je pense que la clé de ton esprit repose au moment ou je t’ai débarrassé de ces attaches affectives inutiles qui bridaient ton accès au réel pouvoir. Maintenant, laisse-moi dormir. J’ai des ennemis dans les abysses, je tiens à rester discret quelques temps… »
Il se replante le tentacule dans le front, et se fige.
Nous le quittons ici, et faisons marche arrière. Nous franchissons rapidement un portail, et nous retrouvons dans un petit village en bordure de montagne. Je sais ce qu’il me reste à faire, et je n’en ai pas envie.
J’emmène mes compagnons dans la petite masure que je connais si bien en bordure du patelin, et nous me voyons, plus jeune, couper du bois pour le feu. Un bruit de chair broyée se fait entendre, un flash violet illumine quelques instants la maison et un odeur de souffre se répand. J’emboîte le pas au jeune garçon et entre dans la petite masure. Je m’adosse au mur, baisse la tête et attend.
Mes compagnons se pressent à la fenêtre, apparemment trop effrayés par l’illusion d’un souvenir pour supporter de la voir et l’entendre de près et assistent à ma première rencontre avec mon père. Il me donne un livre et disparaît. Je brûle le livre, prend un baluchon et je pars en mettant le feu à la bâtisse. Un portail apparaît dans la cheminée, et je l’emprunte. Mes alliés m’emboîtent le pas.

Nous nageons. Nous sommes dans une grande piscine circulaire, avec de l’eau jusqu’au cou. Nous nous trouvons dans une pièce faiblement éclairée, aux décorations sobres et à l’architecture imposante. Je profite de ce moment de tranquillité pour faire un brin de toilette, et enfin enlever cette couche de sang qui nous recouvre. Un humain outrageusement mlusclé ouvre l’imposante porte et marque un temps d’arrêt, surpris. Il nous regarde. Il reste bloqué ainsi un instant, vêtu uniquement d’un pagne qui ne laisse que peu de place à l’imagination, et articule lentement des mots pleins de promesse.
« Krasus ?! C’est toi ? Que fais-tu ici ? »

Le test de la piscine ? C’est dans mes Kord.

Krasus laisse échapper un soupir de soulagement et nous annonce avec un grand sourire que nous nous trouvons dans un monastère dédié à Kord, au sommet d’une montagne loin dans le désert. Je ressens un picotement dans le dos, tout le long de ma colonne vertébrale. La sensation s’atténue lorsque je me tiens droit. Je me sens comme une plante maladive clouée à un tuteur abscons.
La montagne de muscle nous emmène jusqu’à la personne qui dirige l’endroit. En chemin, je regarde Telimektar. Il est écailleux, et grand. Il me regarde de même… Il semblerait que le monde de Filling nous ait suivi jusqu’ici : nous sommes de grands et costauds demi-dragons.
Nous arrivons dans une vaste salle dans laquelle d’immenses mannequins d’entraînement sont judicieusement placés. Un géant nous accueille, et semble reconnaître Krasus. Ils échangent quelques paroles naïves et chaleureuses, et notre compagnon mauve lui demande si nous pouvons lui rendre service. La réponse résonne, évidente et claire, comme une vérité ultime qui soudain s’extirpe des méandres cervicales empêtrées dans la lourde brume d’inquiétude qui emplit le crâne de tous ceux qui ont de vrais problèmes.
« Il faut balayer la montagne. » A croire que sauver le monde fait oublier les priorités.

Filling, Krasus, Telimektar, Sierra et moi nous emparons de fins balais et nous dirigeons à l’extérieur. Je crois n’être pas le seul à être dubitatif. A l’extérieur, l’évidence se fait : il y a du sable sur la montagne, plein. Telimektar et moi discutons un instant avec Krasus du Khi et de cette rigueur qui pousse dans nos vertèbres. Il nous montre quelques mouvements monacaux, destinés à faire circuler le flux. Telimektar et moi tentons de reproduire ses gestes, mais les années d’entraînement ne sauraient être compensées par un point de coté.
Nous nous mettons plus ou moins jovialement à l’œuvre.
Soudain, quelques chose bouge dans mes mains. Le manche du balai noircit soudainement et sa tête s’allonge en trois pointes noirs produisant des éclairs. Ce sont les fourches mises à disposition des visiteurs des prisonniers des enfers. La fourche s’enroule autours de mon corps et les trois pointes
viennent se ficher dans mon visage. La douleur apparaît, formidable. Je m’effondre en convulsant et ai à peine le temps de voir Filling subir le même supplice, à la jambe cette fois.
Un nouvel univers de douleur s’offre à nous deux, bien pire que tout ce que j’ai pu imaginer. Nous convulsons et hurlons de douleur pendant une durée interminable.
Quand je reviens à moi, Krasus est à genoux sur mon torse, pendant que Telimektar me tient les jambes. Les trois pointes de la fourche ruissellent de mon sang et j’ai trois trou dans le visage. Afin de camoufler mon état, je lance un sortilège d’illusion pour réparer mon visage. Il fonctionne un peu trop bien. Je suis maintenant affublé d’une queue rousse touffue et de deux incisives un peu trop grandes. Et j’ai faim de graines. Je suis en effet, un écureuil. Pourquoi pas.

Le géant nous rejoint pour voir comment on s’en sort. Avec un probable profond mépris pour ces incapables, il nous montre comment faire : il saute sur le flanc de la montagne et la descend en nageant le papillon dans le sable, accumulant par là-même des quantités de sable impressionnante et mon respect éternel. Elentar, visiblement jaloux, tente une solution… Elentarienne. Il dégaine la cruche et déverse un torrent de liquide sur le flan de la montagne, la nettoyant de façon assez efficace, il faut le reconnaître. En revanche, la carafe ne produisait pas d’eau, mais une liqueur de je ne sais quelle graine amère, et la montagne entières pue, à peu près autant que le bar de Krasus après le tournoi de Go alcoolique. Une bonne chose de faite.

Nous retournons à l’intérieur et je pars à l’infirmerie, bien décidé d’une part à filer un coup de main dans la mesure de mes maigres moyens, et d’autre part à rester à l’abri pour ne pas accumuler plus de sable dans ma fourrure si douce et seyante.

Filling vient me chercher plus tard, et me demande de l’accompagner. Il m’explique en chemin que Krasus s’est livré à un test particulièrement compliqué : nager dans la piscine suffisamment vite pour que le tourbillon qui en résulte atteigne le sol de celle-ci (le test de Kordiolis, NDLR) Il a réussi, et il y avait apparemment un portail au fond. Nous sautons vers le sol. Nous tombons, pour ainsi dire. Je rejoins mes compagnons tous déjà groupés ici et nous observons de gigantesques monolithe se mouvoir dans le ciel. Nous sommes apparemment dans le désert des Pierres Dansantes. Une silhouette se fait voir au loin.
Nous voyons approcher un « jeune » Yoji qui porte sur son dos un enfant elfe endormi,à la peau mauve. Nous discutons quelques minutes avec lui. Il a récupéré l’enfant plus tôt, suite à un raid orc sur un village elfe au nord. L’enfant est épuisé, mais en pleine forme. Petit à petit, Yoji se désintéresse de nous pour parler à un autre groupe de personnages aux questions sensiblement identiques qui nous ressemblent fortement. Un aimable rappel que nous ne devrions pas traîner ici.
Nous suivons Yoji qui nous ignore maintenant complètement jusque dans sa tanière, un modeste trou dans le désert. De nombreuses étagères sont garnies d’objets divers et variés, et si le vieux Yoji ne fait pas dans le recel d’objets magiques, on peut en tout cas dire qu’il en fait collection. Il allonge le jeune Krasus dans un lit relativement confortable avant de s’allonger lui-même sur une paillasse bien plus martiale. Il ferme les yeux.
Le bâton de marche de Yoji, négligemment posé dans un coin devient noir. Krasus le prend, regarde dedans et disparaît. Nous le suivons dans le monde suivant.

Raté. Nous sommes toujours chez Yoji. Cette fois, la caverne est vide à l’exception du grand porte-manteau doré qui soutient une cape noire et rigide. Il semblerait que ce soit une pièce de l’armure de l’Ankou.

Le picotement ressentit dans le dos se fait plus fort, et notre peau commence à brûler. Je me sens mal, et plein d’une sainte colère contre le monde. Une énergie mystérieuse circule dans mon corps, et je m’entaille le bras pour tenter de m’en débarrasser (l’idée semblait bien meilleure sur le coup). Rien n’y fait, et je saigne abondamment. Telimektar tente de me soigner. Une violente lumière assombrit tout l’horizon et Telimektar est maintenant lui aussi affublé d’une queue touffue et d’un visage de rongeur, dans la version verte. Nous communiquons entre nous, mais personne ne peut nous comprendre. Nous quittons peu après cet endroit et nous retrouvons à l’air libre. Enfin… Nous sommes dans le désert, dans un des cercles du paradis. Nous sommes donc de façon assez évidente… chez Sierra.

Mon Kensaï chez les sangsues.

Nous évoluons péniblement sous une atmosphère pesante. Le désert à perte de vue nous torréfie et nous assèche, et j’espère que Sierra sait où nous allons car je ne risque pas de l’aider. Aux enfers, au moins, c’est fléché. Nous arrivons relativement vite au sommet d’une dune un peu plus haute que les autres et nous voyons un grand oasis sous nos pieds. Un peu avant la rive, un espèce d’ange gigantesque communique avec une sorte de lézard blanc indéfinissable.
Nous nous avançons. De manière angélique, c’est-à-dire avant que nous ayons pu prononcer un mot, il dégaine une gigantesque épée qu’il tient en position de combat entre lui et nous. Sierra prend la parole. Elle tente de savoir plus précisément où nous sommes et comment nous pourrons avancer.
L’ange lève l’épée, et une insupportable voix résonnante se fait entendre.
« Vous n’êtes pas autorisés à passer. Je vais vous bannir. »
Il s’approche de Krasus et l’embroche sans plus de préambule. Krasus tombe à genoux, presque coupé en deux. L’ange a le culot infâme de regarder son épée avec surprise, comme si un grand coup de claymore dans le flanc de quelqu’un n’avait pas pour effet de bord classique de séparer le jus de la pulpe, et ajoute l’insulte à l’offense en haussant les épaules et en se tournant vers Telimektar.

(Sierra) —«  Stop ! Nous aimerions tous passer, puis-je me porter garante de tous ceux-là ?»

La voix de Sierra semble calmer la brute. J’attrape le corps de Krasus et le recule loin de l’ange le temps de la discussion. Sierra finit par obtenir notre droit de passage, et l’«ange » range son épée.

(Ange) —«  La sécurité a été levée.»
L’eau de l’oasis se sépare, et le sol humide laisse entrevoir une porte. Sierra s’avance et la franchit. Nous la suivons.
Le pas de la porte passé, Telimektar et moi reprenons nos formes originales, non sans un certain regret pour sa part. La nuit est tombée, il règne un froid glacial et une violente terreur s’empare de nous.

Une odeur que je connais bien nous assaille les narines : celle du sang. Nous sommes au beau milieu d’un carnage. Des corps mutilés jonchent le sol dans un chaos total. Des torses dépossédés de leur membres arborent encore dérisoirement le symbole de Pélor tandis que les bras déchiquetés portent encore des armes qui laissent penser qu’une unité entière de paladins a trouvé la mort ici.
Un peu plus loin, une silhouette se tient avachie sur un corps. Le cadavre allongé est parcouru de soubresauts tandis que la silhouette accroupie plante goulûment ses crocs dans le cou du malheureux. Un vampire. Je connais ces bestioles, je me prépare à intervenir.
C’est donc une saloperie de vampire qui a fait cela. Sierra dégaine, la bave aux lèvre et la rage au ventre. La peur qui la submerge toujours se fait toutefois plus forte, et nous prend aux tripes. Nos gestes se font mal assurés et plus lents. Le vampire se tourne vers Filling, et le regarde fixement.
Je réagis au quart de tour et lance mes tatouages sur la chose afin de la distraire. Le vampire ne semble pas en prendre ombrage et recommence sa domination sur Filling. Elentar la contre, et Filling tombe au sol. C’est mieux ainsi. Nous nous lançons à l’assaut de la créature, qui se défend redoutablement bien. Le combat est ardu et violent, et nous parvenons finalement à le faire fuir. A cet instant, nous apercevons une forme éthérée, Sierra, en plus jeune, tomber au sol couverte de blessures. Un Yoji non moins fantomatique apparaît, l’observe un instant et la charge sur son dos comme un fétu de paille. Il commence à partir.
De nombreux soldats apparaissent non loin, et nous encercle. C’est le moment que choisit Sierra pour perdre le contrôle. Elle se raidit dans une posture de méditation en tenant fermement son arme devant elle. Une grosse bulle noire se forme au dessus de sa tête, et une sensation de rage et de tristesse nous submerge. Soudain, Telimektar grandit, et se transforme un un démon redoutable, un grand insecte blanc aux antennes noueuses et aux griffes acérées : un Gélugon. Filling, pour sa part, entame une métamorphose en ce que je suppose être un dragon noir. Dans le doute et la précipitation, je le métamorphose en crapaud, et le met dans mon sac.
Elentar tente de calmer Sierra par des moyens magiques malheureusement coercitifs, ce qui a l’air d’avoir l’effet inverse. La bulle noire grandit, et enveloppe maintenant entièrement la Kensaïe. Je vais tenter ma chance. Je pénètre au cœur du tourbillon de ténèbres,

La boule noire se résorbe. Le ciel se fait plus clair, et Sierra ouvre les yeux.
Un cristal noir se détache de son épée, tombe au sol, et une demi-sphère l’entoure. Une scène se déroule à l’intérieur. On voit Yoji porter Sierra sur son dos jusqu’à une tente où il l’allonge sur un lit. Un vieil homme accourt et se penche sur elle. Il l’examine, puis pose un cristal clair sur sa poitrine. Des formes étranges s’échappent de ses blessures, et glissent le long de son corps crispé et inconscient vers l’objet qui semble les absorber en s’assombrissant petit à petit. Lorsque le corps de la paladine cesse enfin de convulser, le cristal est d’un noir profond et intimidant. Le vieil homme le récupère alors et s’éloigne vers un établi, où il le sertit dans une garde d’épée, celle de l’arme actuelle de Sierra. Il revient, et la montre à Yoji. Ce dernier acquiesce gravement, et la vision devient trouble. La bulle noircit et prend l’apparence d’un nouveau portail. Je crois que nous en avons finit ici. Nous passons le portail.

Nous nous retrouvons alors dans une grande pièce cubique et blanche, aux murs capitonnés. Le visage d’Elentar se ferme. Il connaît cet endroit. « Nous sommes en prison. Nous sommes dans Mechanus ».

Quatre entités en colère

L’arrivée dans l’esprit d’Elentar est… Désagréable.

(Elentar) —«  On est dans la prison de Mechanus où j’étais stocké quelque temps. On est plusieurs dans un corps et tout est compliqué. Puis on est chez moi, à Erebor, quand j’étais petit, avec un jeu de société. Puis on est au purgatoire, lors de mon procès.»

On est dans la prison de Mechanus où j’étais stocké quelque temps. On est plusieurs dans un corps et tout est compliqué. Puis on est chez moi, à Erebor, quand j’étais petit, avec un jeu de société. Puis on est au purgatoire, lors de mon procès.

D’une part parce que je sais maintenant que mes compagnons sont globalement des incapables, et de plus parce que je partage maintenant le corps de Telimektar. Je suis une facette de son esprit, et nous nous disputons ses organes. En tant qu’invité, je laisse bien sur le soin à Telimektar de diriger son corps. Pour le moment.
Ils se demandent où j’ai pu passer, et Telimektar tente de leur expliquer. Malheureusement, son corps disparaît et est remplacé par le mien. Une autre présence est avec nous deux : Sierra ; et son corps a disparu. J’explique brièvement la situation à nos alliés et j’essaye de sortir de la salle en activant un mécanisme inséré dans le mur. Apparemment, Telimektar l’avait déjà fait, et je n’ai pas plus de réussite que lui. La pièce devient sphérique et tourne sur elle-même. Nous glissons pêle-mêle pendant quelques instants, puis la cubiture de la sphère se résout et la pièce reprend sa forme originale.
Quelques théories aussi insolites qu’inefficaces sont avancées, mais nous ne savons pas plus comment sortir d’ici. Soudain, nous disparaissons tous, sauf Krasus. Il reste seul avec le corps de Sierra. L’incompréhension crasse du moine et l’inefficacité de la paladine grignote le temps qui nous est clairement compté. Soudain, tout le monde disparaît, et nous nous retrouvons dans le corps d’Elentar.
Une occasion inattendue de sonder son esprit et apprendre ce qu’il a dans son sac ! Une bataille mentale s’engage, Sierra et Krasus protégeant l’esprit d’Elentar, et Telimektar, Huclok et moi souhaitant y accéder. Ils nous repoussent, mais nous avons quand même accès à une partie de ce que nous recherchions.
Tout devient noir, et nos esprits sont violemment séparés. Nous nous retrouvons dans une pièce sobre d’une maison elfique. Nous sommes des petites sphères de lumière, autours d’une table sur laquelle est déployé un jeu elfique. Nous ne connaissons pas cet endroit, peut-être sommes-nous chez Elentar ?

Le temps passe, et une fissure apparaît dans la pièce. Elentar, ou du moins la sphère qui me fait penser à Elentar, saute dans le puits. Nous la suivons. Nous nous retrouvons dans une pièce obscure
meublée de 4 fauteuils et d’une chaise. Sur un des cotés de la pièces, nous voyons du coin de l’œil une noirceur que je ne peux me résoudre à regarder de front. Sierra nous apprendra plus tard qu’il s’agit des enfers.
Nous errons quelques temps et Elentar, après un moment de réflexion, s’assied sur la chaise. Je suppose que nous devons compléter chacun des fauteuils restants, mais Elentar ne se décide pas à nous donner cette information.
Le premier fauteuil est clair, et semble très confortable. Telimektar s’y assoit.
Le deuxième fauteuil est sombre, et plus petit. Hukloc y prend place.
Le troisième est gris, et carrément inconfortable. Krasus se l’inflige.
Le dernier est doré et dépasse en hauteur des autres. Je m’y installe.

Un bureau apparaît soudain devant nous. Un livre est posé dessus. Nos corps sont engloutis dans des entités bien différentes de nous. Telimektar est un ange à la carrure droite, Nemeziel. Huclok est enveloppé dans une brume malsaine et noire. Il s’agit de Grazzt, prince-démon de la luxure.
Le visage de Krasus est maintenant un amas d’engrenages et de poulies en mouvement perpétuel, Goliaz l’inéluctable. Quand à moi, je suis pris dans le corps d’un Génie, Zaarhana.

Goliaz prend la parole. Apparemment, nous jugeons Elentar, et ce juste après la catastrophe Elentarienne qui a provoqué le cataclysme que nous avions (difficilement) vécu. Les chefs d’accusation sont graves, et nous devons déterminer son nouvel alignement. En effet, nous savons qu’Elentar sera bientôt ressuscité, et la sentence logique serait de le faire devenir Chaotique-Neutre. Elentar se défend en prétendant qu’il n’est pas responsable, et qu’il ne contrôlait pas ses actes.
Son discours nous touche assez peu, et nous tergiversons sur la marche à suivre. Nemeziel souhaite lui imposer un sursis, qu’il devra payer lors de sa prochaine mort. Pour ma part, je n’y vois pas d’inconvénient. Grazzt semble aussi en accord avec cela.
Quand nous arrivons à un accord final, Goliaz l’énonce à voix haute et claire. Un marteau tombe lourdement sur la table, et les entités se retirent. Une fissure s’ouvre au sol, et nous sommes aspirés à l’intérieur.

Nous tombons de tout notre poids, et nous arrivons au dessus du refuge. Notre chute est n’est pas freinée, et nous heurtons le sol lourdement. Nous nous réveillons dans l’infirmerie du Refuge, et Ethan est au chevet d’Elentar. Celui-ci se réveille, récemment réanimé. Ethan ouvre sa flasque et en boit une gorgée. Ils échangent quelques paroles, et Ethan se lève. Il est gris, les yeux ternes, et son état physique global est très largement pitoyable. Une porte s’ouvre au fond de la pièce, une porte noire. Quand nous avançons pour la traverser, Krasus se retourne et demande une lampée de d’alcool à Ethan, qui lui tend sa flasque. Une fois sa soif étanchée, nous passons la porte.

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8-Les mines et la seconde bataille de Cliffya (incomplet)
Où on prend l'habitude d'exploser des trucs

C’est après une légère nuit de sommeil que, se sentant beaucoup plus fort à présent, nos aventuriers décidèrent de s’attaquer aux mines de Cliffya. Ils eurent comme premier guide un nain, Barkakrak, qui leur demanda de ramener les équipes perdues, si c’était possible.
Ils durent s’y reprendre à deux fois avant de pouvoir descendre d’un étage dans cette foutue mine, la patrouille à l’entrée s’étant révélée être des kobolds d’élite du chaos. Une salamandre de feu et quelques kobolds leur posèrent d’immenses difficultés également, ce n’est même pas motivant à coucher par écrit.
Revenus à la surface, re-rencontre avec la PS. Un membre en particulier, non camouflé, grand, blond, yeux bleus. Il les amène au QG de la milice, leur demande poliment d’accepter une mission, car ce ne sont pas du tout des criminels évadés, et ils ne protègeraient pas des criminels évadés. Il leur remit un dossier de la PS, leur affectant à chacun des numéros, et leur indiquant leur contact, près d’un grand arbre à Goulouka. Une pierre de l’ankou y serait détenue.
C’est toujours avec confusion qu’ils acceptèrent, à demi-mot. Ils s’en retournèrent à la ville, plus bas, et décidèrent qu’il était temps d’aller purger la mine. En effet, rester sur un échec ne seyait à aucun aventurier. Avec plus d’assises, plus de confiance aussi, ils inhumèrent proprement le babélien qui semait la terreur dans la mine. La créature chaotique n’affecta pas leurs esprits purs de ses paroles, mais je l’assure, on en doutait. C’est après cela qu’une malheureuse suite d’évènements les fit tenter de pêcher un poisson géant, qui n’était autre qu’un babélien. Le flécheur fut saucissoné proprement.
Trimballant ce boulet à présent, et surveillant la couleur de la flamme pour ne pas que tout… eh ben, tout a explosé. Et oui, parce qu’une porte qui s’ouvre sur une poche de gaz, ça fait une différence de densité, donc une turbulence violente. Leurs réflexes excellents leur permirent d’admirer en bon état le désastre. Ils retrouvèrent notamment un cadavre d’étrangleur, broyé sous cinq tonnes de feldspath et de charbon.

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